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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 176 — Quelle location est permise

Huit seifim, et une question : ce qui est versé paie-t-il une chose, ou du temps ?
יורה דעה · סימן קע״ו
איזה השכרה מותרת ואיזה אסורה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le Siman 176 tient en huit seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ח׳ סעיפים. Son titre ne demande pas si la location est permise, mais laquelle l’est. Car louer et prêter se ressemblent trait pour trait : une somme est remise, une autre revient plus tard. Le siman apprend à les distinguer par une seule question — quelque chose s’est-il usé ? — et il la pose successivement à l’argent, aux ustensiles, à un navire, à une vache, à un champ et à un ouvrier.

Sujet : Quelle location est permise — השכרה, אגר נטר, פחת, אחריות אונסין, צאן ברזל, נדוניא
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קע״ו

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Choulhan Aroukh : les huit seifim
2. Le mécanisme : ce que paie un loyer, et pourquoi l’argent n’en a pas
3. La sougya : בבא מציעא ס״ה ע״א — מרבין על השכר ואין מרבין על המכר
4. Le vocabulaire du siman : השכרה · אגר נטר · פחת · אחריות אונסין · צאן ברזל · נדוניא
5. Le tableau : quelle location est permise, et pourquoi
6. L’appareil : le Chakh (9 ס״ק), le Taz (9), le Baer Hetev (9), les Nekoudot HaKessef (2) et le Pit’hei Techouva (1)
7. Le Rambam : הלכות מלווה ולווה, chapitres ה׳, ז׳ et ח׳
8. Cas pratiques modernes
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Choulhan Aroukh — les huit seifim

Le siman avance par objets loués, du moins louable au plus louable. Le seif 1 : l’argent, qui ne se loue pas — et les conditions étroites auxquelles il pourrait le faire. Les seifim 2 à 4 : les choses mobilières — ustensiles, navire, marmite, vache —, où le loyer paie une usure réelle. Le seif 5 : la somme remise au locataire, selon qu’elle entre dans le bien ou dans le commerce. Le seif 6 : le bien-fonds, où le loyer n’est dû qu’à la fin, ce qui permet la remise. Les seifim 7 et 8 : le travail d’un homme, qui suit une autre règle.

Seif א — l’argent qui ne se loue pas, et les trois degrés de responsabilité

איזה השכרה מותרת ואיזה אסורה. ובו ח׳ סעיפים:
אסור לאדם להשכיר מעותיו שיאמר לו אשכיר לך י׳ דינרין בדינר לחודש והני מילי כששוכר להוציאם אבל אם שכרם כדי להתלמד בהם או ליראות ומחזירם לו בעין מותר: הגה ודוקא שלא קבל עליו רק אחריות גנבה ואבדה אבל אם קבל עליו כל אחריות אסור (ב״י בשם בעל התרומות) ואם קיבל עליו המשכיר כל אחריות בין דגנבה ואבדה בין אחריות דאונסין יש מתירין אפי׳ משכיר לו להוציאם (ת״ה סי׳ ש״ב) כדלקמן סי׳ קע״ז ומיהו אם לא קבל עליו רק גנבה ואבדה ולא אונסין או אונסין ולא גנבה ואבדה אסור להוציאן בשכרן (ב״י בשם תוס׳ והגהמ״יי פ״ה וסמ״ג וריב״ש סי׳ ש״ה וש״ח ות״ה שם וע״פ) מיהו לא הוי אלא כאבק רבית אבל אם לא קבל המשכיר אחריות כלל הוי רבית קצוצה (ריב״ש שם):
Titre du siman : quelle location est permise et laquelle est interdite ; et il comporte huit seifim.

Il est interdit à un homme de louer son argent, en disant : « je te loue dix dinars pour un dinar le mois ». Et cela vaut lorsqu’il les loue pour les dépenser ; mais s’il les a loués pour s’exercer avec eux ou pour les montrer, et qu’il les lui rend en nature, c’est permis.

Glose : Et ce n’est qu’à condition qu’il n’ait accepté sur lui que la responsabilité du vol et de la perte ; mais s’il a accepté sur lui toute responsabilité, c’est interdit (Beit Yossef au nom du Baal HaTeroumot). Et si c’est le bailleur qui a accepté sur lui toute responsabilité — tant celle du vol et de la perte que celle des cas de force majeure —, certains permettent même de les lui louer pour qu’il les dépense (Teroumat HaDéchen 302), comme plus loin au siman 177. Toutefois s’il n’a accepté sur lui que le vol et la perte et non la force majeure, ou la force majeure et non le vol et la perte, il est interdit de les louer pour qu’il les dépense (Beit Yossef au nom des Tossefot, Hagahot Maïmoniyot chapitre 5, Semag, Rivach 305 et 308, Teroumat HaDéchen ibid., et voir plus loin). Toutefois ce n’est qu’une poussière d’intérêt ; mais si le bailleur n’a accepté aucune responsabilité, c’est un intérêt fixé (Rivach ibid.).
Pourquoi l’argent ne se loue pas. Louer, c’est céder l’usage d’une chose sans en céder le corps : le loyer paie l’usure que l’usage lui inflige, et le corps revient. L’argent ne se comporte pas ainsi. Dès qu’on le remet à quelqu’un pour qu’il le dépense, il n’est plus sa chose à lui — il devient une dette, et ce que l’on reçoit en plus est un intérêt. Le seif l’écrit en creux : la location d’argent n’est permise que là où l’argent n’est pas dépensé — pour s’exercer, pour montrer — et où l’on rend les pièces mêmes.

Seif ב — les ustensiles — jusqu’à l’autorisation de vendre

כלים מותר להשכירם אפילו נותן לו רשות למכרם ולעשות בהם כל חפצו רק שלבסוף יחזיר לו כלי אחר כזה (לשון רמב״ם פ״ח מה״מ די״א):
Les ustensiles, il est permis de les louer, même en lui donnant l’autorisation de les vendre et d’en faire tout ce qu’il veut, pourvu qu’à la fin il lui rende un autre ustensile semblable (langue du Rambam, chapitre 8 des Hilkhot Malvé, halakha 11).
Le principe de la location d’ustensiles, et sa portée surprenante. On peut louer un ustensile en autorisant l’autre à le vendre — donc à en disposer entièrement — pourvu qu’il en rende un semblable à la fin. Ce que le loyer paie n’est donc pas la garde de cet objet-là, mais l’usage d’une catégorie d’objets ; et c’est précisément ce qui distingue l’ustensile de l’argent, comme le Taz le montrera. Le Choulhan Aroukh recopie ici la langue du Rambam.

Seif ג — le navire et la marmite de cuivre

מקום שנהגו לשכור הספינה וליטול שכרה ואם נשברה שמין לו מה שפחתה ומשלם יתר על שכרה הרי זה מותר וכן מותר להשכיר סיר של נחושת וכיוצא בו ונוטל השכר ודמי מה שפחת ממשקלו וכן כל כיוצא בזה: הגה וי״א דוקא כלים כאילו דאפי׳ מה שנשאר נפחת קצת ובעד זה נוטל שכר ולכן אם נשבר משערין כמה היה שוה בשעת שבירה (ב״י בשם התוספות וכן כ׳ רבינו ירוחם והגהות אשיר״י וכן משמע לשון הטור):
Là où l’usage est de louer le navire et d’en prendre le loyer, et si elle se brise on évalue pour lui ce qu’elle a perdu et il paie en plus du loyer — c’est permis. Et de même il est permis de louer une marmite de cuivre et choses semblables, et de prendre le loyer ainsi que la valeur de ce que son poids a perdu ; et de même pour tout ce qui y ressemble.

Glose : Et certains disent : seulement des ustensiles comme ceux-là, où même ce qui reste s’est un peu amoindri, et c’est pour cela qu’il prend un loyer ; c’est pourquoi, s’il s’est brisé, on évalue combien il valait au moment de la brisure (Beit Yossef au nom des Tossefot, et ainsi ont écrit Rabbénou Yerou’ham et les Hagahot Ashiri, et ainsi ressort le langage du Tour).
Deux cas, et le second est le plus fort. Le navire : on prend un loyer, et si le navire se brise, le locataire paie la dépréciation en plus du loyer. La marmite de cuivre : on prend un loyer, et l’on prend aussi la valeur du métal perdu au fil de l’usage. Le Taz montrera que le second est le vrai ‘hidouch — dans le navire, la dette ne naît qu’au moment de la brisure, tandis que dans la marmite elle commence dès le premier usage, et c’est pourtant permis, parce que ce qui reste est réellement diminué.

Seif ד — la vache évaluée en argent

מותר לשכור פרה ולשומה בדמים כגון שיאמר הרי פרתך עשויה עלי בשלשים דינר אם תמות וכל זמן שהיא אצלי אעלה לך סלע בחדש בשכירות (וי״א דאם תמות משערין כמה היתה שוה בשעת מיתה) (רמב״ן ורבינו ירוחם והטור):
Il est permis de louer une vache et de l’évaluer en argent, par exemple en disant : « voici ta vache, elle est mise sur moi pour trente dinars si elle meurt, et tout le temps qu’elle est chez moi je te verserai un sela par mois de loyer » (et certains disent que si elle meurt on évalue combien elle valait au moment de la mort) (Ramban, Rabbénou Yerou’ham et le Tour).
Une bête n’est pas une somme. Fixer d’avance la valeur de la vache « si elle meurt » ressemble fort à un prêt : trente dinars, un loyer mensuel, et une restitution en argent. Le Tour explique pourquoi ce n’en est pas un — parce qu’elle reste dans le domaine du propriétaire jusqu’au moment de la mort, et qu’elle s’amaigrit ; l’avis rapporté ajoute la condition qui referme le tout : évaluer non pas d’avance, mais au moment de la mort.

Seif ה — deux cents zouz — dans le corps du bien, ou dans le commerce

המשכיר שדה לחבירו בי׳ כורים לשנה וא״ל תן ר׳ זוז שאפרנס בהם השדה ואני אתן לך י״ב כור בכל שנה הרי זה מותר מפני שאם יפרנס השדה בדינרין אלו יהיה שכרה יותר וכן אם השכיר לו חנות או ספינה בעשרה דינרין בשנה ואמר לו תן לי מאתים זוז שאבנה בהם ואציירנה ואכיירנה או אתקן בהם ספינה זו וכלי תשמישה ואני אעלה לך י״ב דינר בכל שנה הרי זה מותר. (הואיל והוא מוציא המעות בגוף הספינה או החנות) (טור) אבל אם א״ל תן לי ר׳ זוז כדי להתעסק בהם בחנות או להוציא בסחורה של ספינה או לשכור בהם מלחים ואני אוסיף לך בשכירות הרי זה אסור:
Celui qui loue un champ à son prochain pour dix kor l’an, et à qui celui-ci a dit : « donne deux cents zouz pour que je les investisse dans le champ, et je te donnerai douze kor chaque année » — c’est permis, parce que s’il travaille le champ avec ces dinars son rendement sera plus grand. Et de même s’il lui a loué une boutique ou un navire pour dix dinars l’an, et qu’il lui a dit : « donne-moi deux cents zouz pour que je bâtisse avec, que je la peigne et que je l’orne, ou que je répare avec eux ce navire et ses agrès, et je t’augmenterai de douze dinars chaque année » — c’est permis (puisqu’il dépense l’argent dans le corps du navire ou de la boutique) (Tour). Mais s’il lui a dit : « donne-moi deux cents zouz pour que je m’en serve dans le commerce de la boutique, ou pour les dépenser en marchandise du navire, ou pour engager avec eux des matelots, et je t’augmenterai le loyer » — c’est interdit.
Une seule question : où l’argent va-t-il ? Deux cents zouz remis au locataire, et un loyer qui augmente — la forme est identique dans les deux moitiés du seif. Ce qui les sépare est la destination : investi dans le corps du bien loué, l’argent améliore la chose et le loyer supplémentaire paie une chose meilleure. Employé au commerce, il ne fait rien à la chose : le loyer supplémentaire ne paie plus qu’un délai. Le Tour dit le mot exact — בגוף השדה.

Seif ו — augmenter le loyer d’un bien-fonds, et la dot des gendres

מותר להרבות בשכר הקרקע (לשון רמב״ם פ״ז מה״מ דין ח׳) כיצד השכיר לו את החצר וא״ל קודם שהחזיק בו אם מעכשיו אתה נותן לי הרי היא לך בי׳ סלעים בכל שנה ואם תתן שכר חדש בחדש הרי היא בסלע בכל חדש ה״ז מותר וכיוצא בזה בשכר האדם ג״כ מותר: הגה אבל אם כבר החזיק בו לשכור לו בי׳ סלעים לשנה אסור לומר לו תתן כל חדש סלע א׳ ואני אמתין לך המעות (ב״י בשם תלמידי הרשב״א) וכ״ש אם כבר נתחייב לו השכירות ונותן לו דבר בהמתנת המעות דאסור (הגהות אשיר״י והג״מ פ׳ א״נ ובהגמי״י פ״ח) מותר להרבות בנדונית חתנים כגון שנדר נדוניא לבתו והתנה עם חתנו שכל שנה שיניח לו הנדוניא אצלו יתן לו כך וכך שכר מותר שאין זה אלא כמוסיף לו נדוניא ודוקא כשהתנו כן קודם הנשואין אבל לא אח״כ דהוי אגר נטר (רשב״א סימן תקכ״ט וריב״ש סימן תק״ב) ועיין לקמן סימן קע״ז):
Il est permis d’augmenter le loyer d’un bien-fonds (langue du Rambam, chapitre 7 des Hilkhot Malvé, règle 8). Comment ? Il lui a loué la cour et lui a dit, avant qu’il en eût pris possession : « si tu me paies dès maintenant, elle est à toi pour dix sela’im l’an ; et si tu paies mois par mois, elle est à un sela le mois » — c’est permis. Et de même pour le louage d’une personne, c’est aussi permis.

Glose : Mais s’il en a déjà pris possession, à raison de dix sela’im l’an, il est interdit de lui dire : « paie un sela chaque mois et je t’attendrai pour l’argent » (Beit Yossef au nom des disciples du Rachba). Et à plus forte raison s’il s’est déjà obligé au loyer et qu’il lui donne quelque chose pour l’attente de l’argent — c’est interdit (Hagahot Ashiri, Hagahot Maïmoniyot chapitre Eizehou Néchekh, et Hagahot Maïmoniyot chapitre 8). Il est permis d’augmenter dans la dot des gendres : par exemple s’il a promis une dot à sa fille et a stipulé avec son gendre que chaque année où celui-ci lui laissera la dot chez lui, il lui donnera tel et tel salaire — c’est permis, car ce n’est là qu’ajouter à la dot ; et ce, à condition qu’ils l’aient stipulé avant les noces, mais non après, car ce serait un salaire d’attente (Rachba 529 et Rivach 502) ; et voir plus loin au siman 177.
La règle qui explique tout le siman. Un loyer n’est dû qu’à la fin de la période. Celui qui offre un tarif plus bas contre un paiement immédiat ne reçoit donc rien pour un délai : il consent une remise sur un loyer qui n’était pas encore exigible. La glose du Rama trace aussitôt les deux limites : une fois la possession prise, et à plus forte raison une fois le loyer devenu exigible, tout supplément pour l’attente est interdit — et le Chakh en tire la règle générale : tout salaire d’attente est interdit, qu’il s’agisse d’argent de loyer ou d’argent de prêt.

Seif ז — le travail échangé contre un travail plus grand

אסור לומר לאדם עשה עמי מלאכה היום ששוה דינר ואני אעשה עמך בשבוע אחר מלאכה ששוה שתים:
Il est interdit de dire à un homme : « travaille avec moi aujourd’hui un travail qui vaut un dinar, et je travaillerai avec toi une autre semaine un travail qui en vaut deux ».
Le travail se paie comme une marchandise. Échanger une journée qui vaut un dinar contre une journée qui en vaudra deux, c’est recevoir un supplément pour avoir attendu. Le Rambam classe d’ailleurs cette règle sous un titre exactement symétrique du précédent : il est permis d’augmenter le loyer d’un bien-fondsil est interdit d’augmenter le salaire d’un homme. Le siman suivant expliquera pourquoi les deux ne suivent pas la même règle.

Seif ח — l’ouvrier payé d’avance, et celui qui commence aujourd’hui

השוכר את הפועל בימות החורף לעשות עמו בימות הקיץ בדינר ליום ומקדים לו שכרו מעתה ושכרו שוה בימות הקיץ סלע ליום אסור אבל אם אמר לו עשה עמי מלאכה מהיום ועד זמן פלוני בדינר ביום מותר דכיון שמתחיל לעשות עמו מעתה אינו נראה כנוטל שכר מעותיו שמקדים לו:
Celui qui engage l’ouvrier en hiver pour qu’il travaille avec lui en été à un dinar le jour, et lui avance son salaire dès maintenant, alors que son salaire vaut en été un sela le jour — c’est interdit. Mais s’il lui a dit : « travaille avec moi depuis aujourd’hui jusqu’à telle date, à un dinar le jour » — c’est permis ; car puisqu’il commence à travailler avec lui dès maintenant, il n’apparaît pas comme prenant un salaire pour l’argent qu’il lui avance.
Et la raison de l’écart. Le locataire d’une cour acquiert la cour dès l’instant ; l’ouvrier, lui, ne se lie pas dès l’instant — il peut se dédire. Une avance faite à un ouvrier qui ne commence pas est donc un prêt, et le rabais consenti sur son salaire est le prix du prêt. Qu’il commence aujourd’hui, et tout change : le salaire est dû pour un travail en cours, et l’avance n’achète plus de temps. C’est la ma’hloket centrale du niveau 2, et les Nekoudot HaKessef y jouent le rôle décisif.
Les huit seifim posent une seule question : ce qui est versé paie-t-il une chose, ou paie-t-il du temps ? Un loyer paie une chose — l’usage d’un objet et l’usure qu’il subit. Un intérêt paie du temps. Toute la difficulté du siman est que les deux se ressemblent : dans les deux cas, une somme est remise et une autre revient plus tard. Le critère qui les sépare tient en un mot : quelque chose s’est-il usé ?

2. Le mécanisme — ce que paie un loyer, et pourquoi l’argent n’en a pas

« אסור לאדם להשכיר מעותיו בלשון שכירות שיאמר אשכיר לך עשר דינרין בדינר לחדש » (טור יו״ד קע״ו)
« אָסוּר לְהַשְׂכִּיר הַדִּינָרִין שֶׁאֵין זֶה דּוֹמֶה לְמַשְׂכִּיר אֶת הַכְּלִי שֶׁהַכְּלִי חוֹזֵר בְּעַצְמוֹ וְזֶה מוֹצִיא אֵלּוּ וּמֵבִיא דִּינָרִין אֲחֵרוֹת וְנִמְצָא זֶה אֲבַק רִבִּית » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה ט״ז)

Le Tour emploie une formule remarquable : louer son argent « en langage de location ». C’est dire que l’interdit ne porte pas sur les mots mais sur la chose : appeler cela un loyer ne change rien, parce que l’argent n’a pas ce qu’un loyer paie. Le Taz, au premier ס״ק, formule le yessod et le pousse jusqu’à sa conséquence extrême.

« ואע״פ שיחזיר אותם בעין אח״כ מ״מ כיון שהיה לו רשות להוציאם והיה האחריות על המקבל הוה ליה כהלואה ואסור ליתן שכר דהוי כרבית » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק א)
« אבל בסעיף ב׳ בכלים אמרינן דאין השכר משום הלואה אלא משום שנפחת הכלי במה שנשתמש בו ואותו הפחת המשכיר מקבלו עליו » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק א)
« ומשום הכי אם הוא כלי שאין בו פחת כגון כלי כסף וזהב » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק א)
פחת — l’usure. Voilà ce qu’un loyer paie, et voilà pourquoi la location d’un objet n’est pas un prêt : l’objet s’abîme, et le propriétaire supporte cette perte. Le Taz en tire une conséquence que le seif ne dit pas : un ustensile qui ne s’use pas — de l’argenterie, de l’or — ne peut pas être loué contre un salaire lorsqu’il est remis à la manière d’un prêt et que la responsabilité pèse sur le preneur. Il est alors comme de la monnaie.

Le seif 3 pousse le principe à sa limite, et le Tour l’explique longuement : ce n’est pas seulement l’ustensile qui ne s’abîme qu’à la fin, c’est aussi celui qui commence à s’user dès le premier instant.

« ואם כן כיון ששם אותו בדמים ומתחייב באונסין הרי הדמים בהלואה אצלו והשכר שנותן לו מיחזי כרבית » (טור יו״ד קע״ו)
« אפ״ה שרי כיון שאינו מתחייב בדמיו אלא א״כ ישבר וכל זמן שהוא בעין הוא מחזירו כמו שהוא ועד שעת שבירה הוא ברשות הבעלים לזולא וגם הוא נפחת » (טור יו״ד קע״ו)
« ולא מיבעיא כלי שאינו נפחת מיד ע״י תשמיש ואין ההלואה נעשה מיד דשרי אלא אפי׳ יורה שמתחלת ליפחות מיד מותר לשוכרה » (טור יו״ד קע״ו)
Le critère, en trois mots. ברשות הבעלים : tant que la chose est encore chez son propriétaire au regard du risque — elle peut se déprécier, elle s’use —, ce qui est versé est un loyer. Le jour où elle n’y est plus, où le preneur en répond en toutes circonstances et où le propriétaire n’a plus qu’une créance, ce qui est versé devient un intérêt. C’est ce qui explique le seif 1 et sa glose, où tout dépend de qui porte la responsabilité.
« ודוקא שלא קבל עליו רק אחריות גנבה ואבדה אבל אם קבל עליו כל אחריות אסור » (רמ״א יו״ד קע״ו:א)
« מיהו לא הוי אלא כאבק רבית אבל אם לא קבל המשכיר אחריות כלל הוי רבית קצוצה » (רמ״א יו״ד קע״ו:א)
Les trois degrés de la glose. (1) Le bailleur ne prend aucune responsabilité : intérêt fixé. (2) Il en prend une partie — vol et perte, mais non la force majeure, ou l’inverse : simple poussière d’intérêt. (3) Il les prend toutes : certains permettent même de louer l’argent pour qu’il soit dépensé. L’échelle est cohérente avec le yessod du Taz : plus le propriétaire garde le risque, plus la chose reste sienne, et plus ce qui est versé ressemble à un loyer.

3. La sougya — Bava Metzia 65a

La michna oppose deux opérations qui, à l’œil, sont la même : dans les deux, on offre un prix plus bas contre un paiement immédiat. L’une est permise, l’autre interdite — et c’est le seif 6 de notre siman.

« מַרְבִּין עַל הַשָּׂכָר וְאֵין מַרְבִּין עַל הַמֶּכֶר » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« הִשְׂכִּיר לוֹ אֶת חֲצֵרוֹ, וְאָמַר לוֹ: ״אִם מֵעַכְשָׁיו אַתָּה נוֹתֵן לִי – הֲרֵי הוּא לְךָ בְּעֶשֶׂר סְלָעִים לַשָּׁנָה, וְאִם שֶׁל חוֹדֶשׁ בַּחוֹדֶשׁ – סֶלַע לַחוֹדֶשׁ״, מוּתָּר » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« מָכַר לוֹ אֶת שָׂדֵהוּ, וְאָמַר לוֹ: ״אִם מֵעַכְשָׁיו אַתָּה נוֹתֵן לִי – הֲרֵי הִיא שֶׁלְּךָ בְּאֶלֶף זוּז, אִם לַגּוֹרֶן – בִּשְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה״, אָסוּר » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« רַבָּה וְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: שְׂכִירוּת אֵינָהּ מִשְׁתַּלֶּמֶת אֶלָּא בַּסּוֹף » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« וְהַאי כֵּיוָן דְּלָא מְטָא זִמְנֵיהּ לְמִיגְבֵּא – לָאו אֲגַר נְטַר לֵיהּ, מִשְׁווֹא הוּא דְּהָכִי שָׁוְיָא » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« וְהַאי דְּקָאָמַר לֵיהּ ״אִם מֵעַכְשָׁיו אַתָּה נוֹתֵן לִי הֲרֵי הוּא לְךָ בְּעֶשֶׂר סְלָעִים לְשָׁנָה״ – אוֹזוֹלֵי הוּא דְּקָא מוֹזֵיל גַּבֵּיהּ » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
« סֵיפָא: כֵּיוָן דִּזְבִינֵי נִינְהוּ וּבָעֵי לְמִשְׁקַל דְּמֵי מֵעַכְשָׁיו, הִלְכָּךְ אֲגַר נְטַר לֵיהּ הוּא, וְאָסוּר » (בבא מציעא ס״ה ע״א)
Tout tient dans la date d’exigibilité. Un loyer n’est dû qu’à la fin ; celui qui paie tout de suite paie donc avant terme, et la remise qu’il obtient n’est pas le prix d’un délai — c’est le bailleur qui, pour être payé plus tôt, consent moins cher. Une vente, à l’inverse, se paie tout de suite : le vendeur qui attend le battage attend une somme déjà due, et le supplément qu’il réclame est le prix de cette attente. La halakha ne regarde donc pas la ressemblance des formes mais le moment où la dette devient exigible.
« לפי ששכירות אינה משתלמת אלא לבסוף » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ז)
« הלכך כי שקיל מיניה סלע בחודש דה״ל י״ב סלעים אין זה שכר המתנת מעות שהרי לא נתחייב לו לשלם שכירות עד סוף החודש » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ז)
« והאי דא״ל אם מעכשיו תתן לי הרי לך בי׳ סלעים אי הוה מקדים ליה הוה מחיל ליה מדמי השכירות ומוגיר לו בפחות משויה » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ז)

4. Le vocabulaire du siman

השכרה — la location. Céder l’usage d’une chose sans en céder le corps. Le titre du siman ne demande pas si la location est permise mais laquelle l’est : c’est déjà dire que la forme extérieure ne décide de rien.
פחת — l’usure, la dépréciation. Le mot central du siman. Ce que le loyer paie ; ce que l’argent n’a pas ; ce qui rend la marmite de cuivre plus instructive que le navire. Et c’est aussi la raison pour laquelle le Taz interdit de louer un ustensile qui ne s’use pas quand le risque est passé au preneur.
אחריות אונסין — la responsabilité des cas de force majeure. Distincte de celle du vol et de la perte. La glose du seif 1 fait de leur combinaison le critère du degré d’interdit, et le Chakh comme le Taz corrigent tous deux le texte de la glose sur ce point : il faut lire « il est interdit de les louer pour qu’il les dépense ».
« אסור לשוכרן להוציאן כצ״ל » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ג)
« או אונסין ולא גניבה ואבידה בשכרו להוציאן כצ״ל » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ב)
צאן ברזל — le « bétail de fer ». Un montage où l’on confie un troupeau à charge d’en partager les produits, le preneur répondant de la valeur des bêtes si elles meurent. Le Rambam l’interdit comme poussière d’intérêt, et le Chakh explique au ס״ק ה pourquoi notre seif 4 n’en est pas : là, le preneur ne fait pas travailler les bêtes et le propriétaire ne conserve aucun risque dès l’instant. C’est le sujet du siman suivant.
« ול״ד לצאן ברזל דלקמן ר״ס קע״ז דהתם אינו עושה בהן מלאכה שיכחישו מחמתן והוא מקבל עליו אחריות מעתה » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ה)
« אֵין מְקַבְּלִין צֹאן בַּרְזֶל מִיִּשְׂרָאֵל מִפְּנֵי שֶׁהוּא אֲבַק רִבִּית » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ח׳ הלכה י״ב)
אגר נטר — le salaire de l’attente. Le nom générique de l’intérêt, et il revient deux fois dans le siman : dans la glose du seif 6, pour la dot stipulée après les noces, et dans la formule du Chakh au ס״ק ח, qui en fait une règle sans exception — tout salaire d’attente est interdit, sans distinguer l’argent d’un loyer de l’argent d’un prêt.
« ומבואר כאן דאין חילוק בין מעות שכירות למעות הלואה לעולם כל אגר נטר ליה אסור » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ח)

5. Le tableau — quelle location est permise, et pourquoi

Ce qui est loué, et à quelles conditionsPermis ?Source
De l’argent, pour être dépenséNonשו״ע יו״ד קע״ו:א
De l’argent, pour s’exercer ou pour montrer, rendu en natureOuiשו״ע יו״ד קע״ו:א
Idem, mais le preneur assume toute responsabilitéNonרמ״א יו״ד קע״ו:א
Pour être dépensé, le bailleur assumant toute responsabilitéCertains permettentרמ״א יו״ד קע״ו:א
Pour être dépensé, responsabilité partagée à moitiéNon — poussière d’intérêtרמ״א יו״ד קע״ו:א
Un ustensile, même avec autorisation de vendreOuiשו״ע יו״ד קע״ו:ב
Un navire, avec paiement de la dépréciation en cas de brisOuiשו״ע יו״ד קע״ו:ג
Une marmite de cuivre, avec paiement du poids perduOuiשו״ע יו״ד קע״ו:ג
Un ustensile qui ne s’use pas, risque au preneurNon — comme de l’argentט״ז יו״ד קע״ו ס״ק א
Une vache évaluée d’avance « si elle meurt »Ouiשו״ע יו״ד קע״ו:ד
Une somme investie dans le champ, la boutique, le navireOui, avec loyer majoréשו״ע יו״ד קע״ו:ה
Une somme employée au commerceNonשו״ע יו״ד קע״ו:ה
Remise sur le loyer pour paiement immédiat, avant la prise de possessionOuiשו״ע יו״ד קע״ו:ו
Idem, après la prise de possessionNonרמ״א יו״ד קע״ו:ו
Idem, le loyer étant déjà exigibleNon — à plus forte raisonרמ״א יו״ד קע״ו:ו
Un supplément sur la dot, stipulé avant les nocesOuiרמ״א יו״ד קע״ו:ו
Le même, stipulé aprèsNon — salaire d’attenteרמ״א יו״ד קע״ו:ו
Un jour de travail contre deux jours plus tardNonשו״ע יו״ד קע״ו:ז
Un salaire d’hiver avancé pour un travail d’étéNonשו״ע יו״ד קע״ו:ח
Le même, l’ouvrier commençant aujourd’huiOuiשו״ע יו״ד קע״ו:ח

6. L’appareil — Chakh, Taz, Baer Hetev, Nekoudot HaKessef, Pit’hei Techouva

Le Chakh — neuf ס״ק

« מיהו אם הוציא המעות אע״פ שבאו לידו אותן המעות עצמן אסורין משום רבית » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק א)
« וב״י כתב דמשמע מדברי ת״ה דמ״מ אין לעשות מעשה להיתר וליתא דל״ק התם הכי » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ב)
« אסור לשוכרן להוציאן כצ״ל » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ג)
« וכן יוכל להתנות שאם ישבר באונס ישלם לו דמיו אע״פ שמן הדין שוכר פטור מאונסין » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ד)
« ול״ד לצאן ברזל דלקמן ר״ס קע״ז דהתם אינו עושה בהן מלאכה שיכחישו מחמתן והוא מקבל עליו אחריות מעתה » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ה)
« נמצא מעלה לו שכירות ספינה טובה יותר מספינה רעה » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ו)
« לפי ששכירות אינה משתלמת אלא לבסוף » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ז)
« כלומר שהחזיק ונתחייב לתת לו מעכשיו השכירות י׳ סלעים » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ח)
« סימן קע״ז. סעיף ט״ו » (ש״ך יו״ד קע״ו ס״ק ט)

Le Taz — neuf ס״ק

« ואע״פ שיחזיר אותם בעין אח״כ מ״מ כיון שהיה לו רשות להוציאם והיה האחריות על המקבל הוה ליה כהלואה ואסור ליתן שכר דהוי כרבית » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק א)
« או אונסין ולא גניבה ואבידה בשכרו להוציאן כצ״ל » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ב)
« דין הכלים כמו במעות דסעיף א׳ כדי להתלמד ונתבאר שם » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ג)
« ול״נ דמתחלה לא מיירי הטור מענין שאם יהיה זול מ״מ יתן לו הקצבה אלא דלא בא אלא להשמיענו שמותר לעשות קצבה כפי השער שהיה באותה הפעם » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ד)
« ביאר בטור שבזה יש רבותא טפי מברישא דברישא לא הוה עלה שם הלואה עד לבסוף שישבר הכלי ועד אותה שעה הוה שכירו׳ וקאי ברשות הבעלים לענין זול » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ה)
« פירוש והוה כמשכיר לו ספינות משובחות בסך יותר משאר ספינות שאינם כל כך חשובות » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ו)
« הטעם דשכירות אינה משתלמת אלא לבסוף נמצא מה שפוחת לו השתא אוזלי קא מוזיל גביה » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ז)
« נראה פשוט דזה הוה רבית קצוצה ואפילו בחלוקה הראשונה שכבר החזיק כו׳ נסתפק ב״י אי הוה רבית קצוצה אבל בזה נראה דמודה דהוה רבית קצוצה » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ח)
« הטעם משום דהוי כמוסיף לו נדוניא כמ״ש אח״כ » (ט״ז יו״ד קע״ו ס״ק ט)

Le Baer Hetev — neuf ס״ק

« מיהו אם הוציא המעות אע״פ שבאו לידו אותן המעות עצמן אסורים משום רבית » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק א)
« כתב הש״ך דב״י כתב דמדברי הת״ה משמע דאין לעשות מעשה להתיר וליתא » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ב)
« כ׳ הט״ז דאין השכר אלא משום שנפחת הכלי במה שמשתמש בו ולפ״ז אם הוא כלי שאין בו פחת כגון כלי כסף וזהב אסור ליטול ממנו שכר » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ג)
« וכן יוכל להתנות שאם ישבר באונס ישלם לו דמיו אע״פ שמן הדין שוכר פטור מאונסים » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ד)
« כ׳ הש״ך ול״ד לצאן ברזל לקמן ר״ס קע״ז דהתם אינו עושה בהן מלאכה שיכחישו מחמתן » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ה)
« והוה כמשכיר לו ספינות משובחות בסך יותר משאר ספינות שאינם כ״כ חשובות » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ו)
« לפי ששכירות אינה משתלמת אלא לבסוף כמ״ש בח״מ סי׳ שי״ז נמצא מה שפוחת לו השתא אזולי קא מוזיל גביה » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ז)
« נראה פשוט דזה הוי ר״ק ואפי׳ בחלוקה הראשונה שכבר החזיק כו׳ נסתפק הב״י אי הוה ר״ק » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ח)
« וה״ה בכל מה שמתחייב אדם עתה לחבירו מתנה שאם לא יפרע מכאן עד יום פלוני שיהא מוסיף על כל ליטרא ד׳ פשיטים בחדש » (באר היטב יו״ד קע״ו ס״ק ט)

Les Nekoudot HaKessef — deux entrées

« ומשמע דמסקנת הד״מ כהר״ש בן אדרת ולא כהגמ״י בשם רשב״א בעל תוספות » (נקודות הכסף יו״ד קע״ו)
« דטעמא דמסתבר הוא דדווקא בפועל שאין גופו קנוי לו שהרי יכול לחזור בו מה שאין כן בחצר שמיד נקנה לו גוף החצר » (נקודות הכסף יו״ד קע״ו)
« ומה לי שדר בו או לא הרי יכול לעשות בו מעתה מה שירצה » (נקודות הכסף יו״ד קע״ו)
« עיין בב״י דלא משמע כן דנסתפק כיון דלא בא על ידי הלואה » (נקודות הכסף יו״ד קע״ו)

Le Pit’hei Techouva — une entrée

« וכתב דאין זה דומה לנדונית חתנים כיון שכבר היתה האם חייבת לבנה חוב זה ע״פ צוואת אביו וזה הוי ר״ק כדברי הש״ך בסי׳ קס״ו סק״ח » (פתחי תשובה יו״ד קע״ו ס״ק א)

7. Le Rambam — הלכות מלווה ולווה, chapitres ה׳, ז׳ et ח׳

Ce siman puise à deux chapitres. Le chapitre 7 donne le bien-fonds, la somme investie, le salaire d’un homme et l’ouvrier payé d’avance ; le chapitre 8 donne le navire, la marmite et la vache. Le Choulhan Aroukh recopie d’ailleurs deux fois la langue du Rambam en le disant expressément — au seif 2 et au seif 6.

« אָסוּר לְהַשְׂכִּיר הַדִּינָרִין שֶׁאֵין זֶה דּוֹמֶה לְמַשְׂכִּיר אֶת הַכְּלִי שֶׁהַכְּלִי חוֹזֵר בְּעַצְמוֹ וְזֶה מוֹצִיא אֵלּוּ וּמֵבִיא דִּינָרִין אֲחֵרוֹת וְנִמְצָא זֶה אֲבַק רִבִּית » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ה׳ הלכה ט״ז)
« מֻתָּר לְהַרְבּוֹת בִּשְׂכַר הַקַּרְקַע. כֵּיצַד. הִשְׂכִּיר לוֹ אֶת הֶחָצֵר וְאָמַר לוֹ אִם מֵעַכְשָׁו אַתָּה נוֹתֵן לִי הֲרֵי הִיא לְךָ בְּעֶשֶׂר סְלָעִים בְּכָל שָׁנָה. וְאִם תִּתֵּן שְׂכַר חֹדֶשׁ בְּחֹדֶשׁ הֲרֵי הִיא בְּסֶלַע בְּכָל חֹדֶשׁ. הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה ח׳)
« הַמַּשְׂכִּיר שָׂדֶה לַחֲבֵרוֹ בַּעֲשָׂרָה כּוֹרִים לְשָׁנָה. וְאָמַר לוֹ תֵּן לִי מָאתַיִם זוּז שֶׁאֲפַרְנֵס בָּהֶן אֶת הַשָּׂדֶה וַאֲנִי אֶתֵּן לְךָ שְׁנֵים עָשָׂר כּוֹר בְּכָל שָׁנָה. הֲרֵי זֶה מֻתָּר מִפְּנֵי שֶׁאִם יְפַרְנֵס אֶת הַשָּׂדֶה בְּדִינָרִין אֵלּוּ יִהְיֶה שְׂכָרָהּ יוֹתֵר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה ט׳)
« אֲבָל אִם אָמַר לוֹ תֵּן לִי מָאתַיִם זוּז כְּדֵי לְהִתְעַסֵּק בָּהֶן בַּחֲנוּת אוֹ אוֹצִיאֵם בִּסְחוֹרָה שֶׁל סְפִינָה אוֹ אֶשְׂכֹּר בָּהֶן מַלָּחִין וַאֲנִי אַעֲלֶה לְךָ בְּשָׂכָר הֲרֵי זֶה אָסוּר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה ט׳)
« אָסוּר לְהַרְבּוֹת בִּשְׂכַר הָאָדָם. כֵּיצַד. לֹא יֹאמַר לוֹ עֲשֵׂה עִמִּי הַיּוֹם מְלָאכָה זוֹ שֶׁהִיא שָׁוָה כֶּסֶף וַאֲנִי אֶעֱשֶׂה עִמְּךָ בְּשָׁבוּעַ אַחֵר מְלָאכָה שֶׁהִיא שָׁוָה שְׁתַּיִם » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה י׳)
« הַשּׂוֹכֵר אֶת הַפּוֹעֵל בִּימֵי הַחֹרֶף לַעֲשׂוֹת עִמּוֹ בִּימֵי הַקֹּר בְּדִינָר בְּכָל יוֹם וְנָתַן לוֹ הַשָּׂכָר וַהֲרֵי שְׂכָרוֹ שָׁוֶה בִּימֵי הַחֹרֶף סֶלַע בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמַלְוֶה אוֹתוֹ הַיּוֹם כְּדֵי שֶׁיּוֹזִיל לוֹ בִּשְׂכָרוֹ » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה י״ב)
« אֲבָל אִם אָמַר לוֹ עֲשֵׂה עִמִּי מֵהַיּוֹם וְעַד זְמַן פְּלוֹנִי בְּדִינָר בְּכָל יוֹם אַף עַל פִּי שֶׁשָּׁוֶה שְׂכָרוֹ סֶלַע בְּכָל יוֹם הֲרֵי זֶה מֻתָּר הוֹאִיל וְהוּא מַתְחִיל לַעֲשׂוֹת מֵעַתָּה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ז׳ הלכה י״ב)
« מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ לִשְׂכֹּר הַסְּפִינָה וְלִטּל שְׂכָרָהּ וְאִם נִשְׁבְּרָה שָׁמִין לוֹ מַה שֶּׁפָּחֲתָה וּמְשַׁלֵּם יֶתֶר עַל שְׂכָרָהּ הֲרֵי זֶה מֻתָּר. וְכֵן מֻתָּר לְהַשְׂכִּיר סִיר שֶׁל נְחשֶׁת וְכַיּוֹצֵא בּוֹ וְנוֹטֵל הַשָּׂכָר וּדְמֵי מַה שֶּׁפָּחַת מִמִּשְׁקָלוֹ » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ח׳ הלכה י״א)
« הַשָּׁם פָּרָה מֵחֲבֵרוֹ וְאָמַר לוֹ אִם מֵתָה הֲרֵי הִיא עַתָּה עָלַי בִּשְׁלֹשִׁים דִּינָרִים וַאֲנִי אַעֲלֶה לְךָ סֶלַע בְּכָל חֹדֶשׁ מֻתָּר לְפִי שֶׁלֹּא עֲשָׂאָהּ מֵחַיִּים דָּמִים אֶלָּא לְאַחַר מִיתָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ח׳ הלכה י״ג)
Le RambamLe Choulhan AroukhLe sujet
פרק ה׳ הלכה ט״זשו״ע יו״ד קע״ו:אL’argent ne se loue pas — la raison, et l’écart avec l’ustensile
פרק ז׳ הלכה ח׳שו״ע יו״ד קע״ו:וAugmenter le loyer d’un bien-fonds
פרק ז׳ הלכה ט׳שו״ע יו״ד קע״ו:הLes deux cents zouz : dans le bien, ou dans le commerce
פרק ז׳ הלכה י׳שו״ע יו״ד קע״ו:זInterdit d’augmenter le salaire d’un homme
פרק ז׳ הלכה י״בשו״ע יו״ד קע״ו:חL’ouvrier d’hiver pour l’été, et celui qui commence aujourd’hui
פרק ח׳ הלכה י״אשו״ע יו״ד קע״ו:גLe navire et la marmite de cuivre
פרק ח׳ הלכה י״גשו״ע יו״ד קע״ו:דLa vache évaluée pour après sa mort
פרק ח׳ הלכה י״בשו״ע יו״ד קע״זצאן ברזל — le siman suivant
Deux titres symétriques, et c’est la clé du siman. Le Rambam ouvre sa halakha 8 par מותר להרבות בשכר הקרקע et sa halakha 10 par אסור להרבות בשכר האדם. Les deux formules ne diffèrent que d’un mot — la terre et l’homme —, et pourtant elles s’opposent. La raison est dans les Nekoudot HaKessef : la cour est acquise dès l’instant, l’ouvrier ne l’est pas.

8. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Louer un objet de valeur

Louer un outil, un véhicule, un appareil : le loyer paie l’usage et l’usure, et le propriétaire garde le risque — c’est le seif 2. Mais le Taz avertit au ס״ק א : un objet qui ne s’use pas, remis à la manière d’un prêt et dont le preneur répond en toutes circonstances, n’est plus un objet loué. Pour la mise en pratique, consulte ton Rav.

Cas 2 — La remise pour paiement du loyer à l’avance

Un bailleur propose douze mois payés d’avance à un tarif inférieur au tarif mensuel. C’est le seif 6, et c’est permis — avant que le locataire n’ait pris possession, parce que le loyer n’est encore dû à aucun titre. Une fois la possession prise, la glose l’interdit ; et une fois le loyer exigible, c’est interdit à plus forte raison. Question de Rav.

Cas 3 — Des travaux financés par le locataire

Le locataire avance une somme pour améliorer le local et le loyer est augmenté d’autant. Le seif 5 permet, à une condition précise que le Tour formule : que l’argent soit dépensé בגוף השדה — dans le bien lui-même. S’il sert au fonds de commerce ou aux salaires, le supplément de loyer ne paie plus qu’un délai, et c’est interdit. Question de Rav.

Cas 4 — L’avance à un prestataire

On avance à un artisan le prix de son travail pour l’été, à un tarif inférieur à celui de l’été. Le seif 8 l’interdit, parce que le rabais est le prix de l’avance. La sortie est dans le seif lui-même : qu’il commence à travailler dès aujourd’hui. Les Nekoudot HaKessef expliquent pourquoi cette condition ne se retrouve pas pour la location d’un local. Question de Rav.

Cas 5 — L’argent laissé chez un gendre

La glose du seif 6 permet de convenir qu’une dot laissée chez le gendre porte un supplément — à condition que la stipulation précède les noces. Le Taz précise encore qu’il s’agit du premier engagement, celui des תנאים ; une fois la dot due, on est devant une dette ordinaire. Le Pit’hei Techouva rapporte un cas où cette limite décide de tout. Question de Rav.

9. Synthèse du Siman 176

Une phrase. Un loyer paie l’usage et l’usure d’une chose qui demeure au risque de son propriétaire ; l’argent n’a ni usure ni propriétaire une fois dépensé, et ce qu’on reçoit pour lui est un intérêt. De là tout le siman : les ustensiles se louent, l’argent non ; la somme investie dans le bien loué est permise, celle qui va au commerce ne l’est pas ; et la remise sur un loyer non encore exigible est licite, celle sur un loyer déjà dû ne l’est pas.

Tableau-mémoire

SeifLa clauseCe qu’elle décide
1 « אסור לאדם להשכיר מעותיו שיאמר לו אשכיר לך י׳ דינרין בדינר לחודש » (שו״ע יו״ד קע״ו:א) L’argent ne se loue pas
1 « והני מילי כששוכר להוציאם אבל אם שכרם כדי להתלמד בהם או ליראות ומחזירם לו בעין מותר » (שו״ע יו״ד קע״ו:א) Sauf s’il n’est pas dépensé et revient en nature
1 « מיהו לא הוי אלא כאבק רבית אבל אם לא קבל המשכיר אחריות כלל הוי רבית קצוצה » (רמ״א יו״ד קע״ו:א) Le degré d’interdit suit le partage du risque
2 « כלים מותר להשכירם אפילו נותן לו רשות למכרם ולעשות בהם כל חפצו רק שלבסוף יחזיר לו כלי אחר כזה » (שו״ע יו״ד קע״ו:ב) Le loyer paie l’usage d’une catégorie, non la garde d’un objet
3 « וכן מותר להשכיר סיר של נחושת וכיוצא בו ונוטל השכר ודמי מה שפחת ממשקלו » (שו״ע יו״ד קע״ו:ג) Même l’ustensile qui s’use dès le premier usage se loue
4 « מותר לשכור פרה ולשומה בדמים כגון שיאמר הרי פרתך עשויה עלי בשלשים דינר אם תמות וכל זמן שהיא אצלי אעלה לך סלע בחדש בשכירות » (שו״ע יו״ד קע״ו:ד) Une bête évaluée pour après sa mort reste une bête
5 « המשכיר שדה לחבירו בי׳ כורים לשנה וא״ל תן ר׳ זוז שאפרנס בהם השדה ואני אתן לך י״ב כור בכל שנה הרי זה מותר מפני שאם יפרנס השדה בדינרין אלו יהיה שכרה יותר » (שו״ע יו״ד קע״ו:ה) L’argent investi dans le bien améliore la chose louée
5 « אבל אם א״ל תן לי ר׳ זוז כדי להתעסק בהם בחנות או להוציא בסחורה של ספינה או לשכור בהם מלחים ואני אוסיף לך בשכירות הרי זה אסור » (שו״ע יו״ד קע״ו:ה) L’argent employé au commerce ne paie plus qu’un délai
6 « כיצד השכיר לו את החצר וא״ל קודם שהחזיק בו אם מעכשיו אתה נותן לי הרי היא לך בי׳ סלעים בכל שנה ואם תתן שכר חדש בחדש הרי היא בסלע בכל חדש ה״ז מותר » (שו״ע יו״ד קע״ו:ו) Avant la prise de possession, la remise est licite
6 « אבל אם כבר החזיק בו לשכור לו בי׳ סלעים לשנה אסור לומר לו תתן כל חדש סלע א׳ ואני אמתין לך המעות » (רמ״א יו״ד קע״ו:ו) Après, elle ne l’est plus
6 « ודוקא כשהתנו כן קודם הנשואין אבל לא אח״כ דהוי אגר נטר » (רמ״א יו״ד קע״ו:ו) La dot : avant les noces oui, après non
7 « אסור לומר לאדם עשה עמי מלאכה היום ששוה דינר ואני אעשה עמך בשבוע אחר מלאכה ששוה שתים » (שו״ע יו״ד קע״ו:ז) Le travail ne s’échange pas contre un travail plus grand
8 « אבל אם אמר לו עשה עמי מלאכה מהיום ועד זמן פלוני בדינר ביום מותר דכיון שמתחיל לעשות עמו מעתה אינו נראה כנוטל שכר מעותיו שמקדים לו » (שו״ע יו״ד קע״ו:ח) Commencer aujourd’hui : l’avance n’achète plus de temps

Questions de compréhension

  1. Pourquoi l’argent ne se loue-t-il pas ? Formule la réponse sans employer le mot « intérêt ».
  2. Le seif 2 permet de louer un ustensile en autorisant l’autre à le vendre. Que paie alors le loyer ?
  3. Le Taz (ס״ק א) interdit de louer un ustensile d’argent ou d’or dans certaines conditions. Lesquelles, et pourquoi ?
  4. Le seif 3 donne deux cas ; le Taz (ס״ק ה) montre que le second est le vrai ‘hidouch. Explique la différence.
  5. Deux cents zouz remis au locataire : dans un cas c’est permis, dans l’autre non. Quel est le critère, et quels mots le Tour emploie-t-il ?
  6. Le seif 6 permet une remise pour paiement immédiat, et la michna interdit la même chose dans une vente. Pourquoi ?
  7. La glose interdit la remise « une fois qu’il a pris possession ». Le Taz (ס״ק ז) rapporte pourtant deux avis sur ce point. Restitue-les.
  8. Les Nekoudot HaKessef tranchent, et donnent une raison. Laquelle, et comment expliquent-elles que l’ouvrier du seif 8 doive commencer aujourd’hui ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קע״ו · Niveau 1 — Initiation · איזה השכרה מותרת ואיזה אסורה
daattorah.com

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