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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 210 — La bouche et le cœur (שצריך לפרוט הנדר כשפתיו)

Trois seifim : le vœu ne prend qu’énoncé, et seulement si la bouche et le cœur s’accordent
יורה דעה · סימן ר״י
שצריך לפרוט הנדר כשפתיו
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman du rapport entre ce qu’on pense et ce qu’on dit. Le vœu, écrit le Choulhan Aroukh, ne prend pas tant qu’il n’est pas sorti des lèvres — et il ne prend pas non plus si les lèvres ont dit autre chose que le cœur. De là trois seifim : le mot mal sorti et le mot trop large ; le vœu prononcé en rêve, où il n’y a ni bouche ni cœur ; et le vœu qu’on retire aussitôt dit. Ce sont des règles למעשה : tout cas réel se pose à un Rav.

Sujet : Le vœu qu’il faut énoncer des lèvres, et l’accord de la bouche et du cœur
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״י (ג׳ סעיפים)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. De quoi parle ce siman ? Ce que la parole doit à la pensée
2. Les trois seifim, clause par clause
3. Les concepts-clés : פיו ולבו שוין, פת סתם, על דעת אחרים, תוך כדי דיבור
4. D’où viennent ces seifim : Chevouot, Nedarim, le Rambam, le Tour, le Beit Yossef
5. L’appareil du siman : les vingt-et-une entrées, citées une à une
6. Le tableau des trois seifim
7. Cas pratiques
8. Questions de compréhension

1. De quoi parle ce siman ? (ג׳ סעיפים)

Les simanim précédents disaient quelles formules font un vœu. Celui-ci recule d’un cran et demande ce qu’il faut pour qu’une formule, quelle qu’elle soit, ait prise. Deux exigences, et le seif les pose dans la même phrase : il faut que la chose soit sortie des lèvres, et il faut que la bouche et le cœur s’accordent.

De ces deux exigences le siman tire trois cas. Le premier seif examine le décalage entre l’une et l’autre : le mot qui n’est pas celui qu’on avait en tête, et le mot plus large que ce qu’on avait en tête. Le deuxième prend le cas limite — le vœu prononcé en rêve, où il n’y a ni bouche ni cœur. Le troisième examine la sortie : celui qui se rétracte aussitôt, et celui qui se rétracte en son cœur seulement.

Trois seifim, une seule idée. Seif 1 : le vœu ne prend que si la parole est sortie et qu’elle correspond à la pensée ; si elle a dit autre chose, rien ; si elle a dit plus large, le vœu prend sur ce que les deux ont en commun. Seif 2 : le rêve n’est ni parole ni pensée. Seif 3 : la rétractation immédiate défait le vœu, mais elle doit elle aussi sortir de la bouche.

2. Les trois seifim, clause par clause

Voici les trois seifim, chacun d’abord en entier — tel que la source le donne, gloses entre parenthèses et gloses du Rama comprises —, puis décomposé.

Seif 1 — la bouche, le cœur, et l’écart entre les deux

Le seif pose la double exigence, puis en tire deux conséquences opposées : le mot autre ne fait rien, le mot plus large fait quelque chose. Il ferme sur un troisième cas, où le cœur d’autrui remplace le sien.

שצריך לפרוט הנדר כשפתיו. ובו ג׳ סעיפים:
אין הנדר חל עד שיוציא בשפתיו ויהיו פיו ולבו שוים לפיכך היה בלבו לידור מפת חטים והוציא בשפתיו פת שעורים מותר בשניהם אבל אם היה בלבו פת חטים (או פת שעורים) והוציא בשפתיו פת סתם אסור בשל חטים לבד (או בשל שעורים לבד) (דכן משמע בסימן רי״ז ס״ט) ואם נדר על דעת אחרים אינו תלוי בלבו אלא כפי מה שיאמרו אחרים שהוא דעתם כך יחול הנדר:
« שצריך לפרוט הנדר כשפתיו. ובו ג׳ סעיפים » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
Qu’il faut énoncer le vœu de ses lèvres. Et il comporte trois seifim
Le chapeau nomme la première des deux exigences ; la seconde viendra dans le corps du seif.
« אין הנדר חל עד שיוציא בשפתיו ויהיו פיו ולבו שוים » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
Le vœu ne prend pas tant qu’il ne l’a pas énoncé de ses lèvres et que sa bouche et son cœur ne sont pas pareils
Deux conditions et non une. La première est la parole ; la seconde est l’accord. Toute la suite du seif décline les manières dont la seconde peut manquer.
« לפיכך היה בלבו לידור מפת חטים והוציא בשפתיו פת שעורים מותר בשניהם » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
C’est pourquoi, s’il avait dans le cœur de vouer contre le pain de blé et qu’il a énoncé de ses lèvres du pain d’orge — il lui est permis pour les deux
Le blé, parce que les lèvres ne l’ont pas dit ; l’orge, parce que le cœur ne l’a pas voulu. Deux moitiés d’un vœu ne font pas un vœu.
« אבל אם היה בלבו פת חטים (או פת שעורים) והוציא בשפתיו פת סתם » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
mais s’il avait dans le cœur du pain de blé (ou du pain d’orge) et qu’il a énoncé de ses lèvres du pain sans précision
Le cas retourné : le mot dit est plus large que le mot pensé, et le mot pensé est compris dedans. La parenthèse est une glose du texte imprimé ; nous la recopions.
« אסור בשל חטים לבד (או בשל שעורים לבד) (דכן משמע בסימן רי״ז ס״ט » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
il lui est interdit pour le pain de blé seulement (ou pour le pain d’orge seulement) (car c’est ce qui ressort du siman 217, seif 9)
Le vœu prend sur l’intersection : ce que le cœur visait et que la bouche a couvert. Le renvoi entre parenthèses est dans le texte imprimé ; on notera que le Chakh, à son ס״ק ב, écrit la même référence sous la forme סי״ט — et c’est bien au seif 19 du siman 217, et non au seif 9, que le sens de פת סתם est établi.
« ואם נדר על דעת אחרים אינו תלוי בלבו אלא כפי מה שיאמרו אחרים שהוא דעתם כך יחול הנדר » (שו״ע יו״ד ר״י:א)
et s’il a voué selon l’avis d’autrui, cela ne dépend pas de son cœur mais de ce que diront les autres qui est leur avis — ainsi prendra le vœu
La clause déplace l’exigence : ce n’est plus son cœur qu’il faut accorder à sa bouche, c’est celui d’autrui. Le Chakh en citera la source, qui est le Rambam.

Seif 2 — le vœu prononcé en rêve

Un seif de trois lignes, et deux positions : la première tient le rêve pour rien, la seconde demande dix hommes. Le Mehaber donne la première, rapporte la seconde, et conclut qu’il faut en tenir compte.

הנודר בחלום אינו כלום ואינו צריך שאלה ויש אומרים שיתירו לו עשרה דידעי למקרי (ויתירו לו בחרטה כאלו נדר בהקיץ) (תשובת הגאונים) ויש לחוש לדבריהם (מיהו אי לית ליה בקלות עשרה דידעי למקרי יתירנו בשלשה כשאר נדר) (רשב״א סימן תרס״ח):
« הנודר בחלום אינו כלום ואינו צריך שאלה » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)
Celui qui voue en rêve — ce n’est rien, et il n’a pas besoin de שאלה
Conséquence directe du seif 1 : en rêve il n’y a ni lèvres ni cœur. Le Taz donnera la raison au nom du Roch.
« ויש אומרים שיתירו לו עשרה דידעי למקרי (ויתירו לו בחרטה כאלו נדר בהקיץ) (תשובת הגאונים » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)
et certains disent que dix qui savent lire le délient (et ils le délient par un regret, comme s’il avait voué éveillé) (Techouvat HaGueonim)
La seconde position ne dit pas que le vœu a pris : elle dit qu’il faut faire quelque chose. Le Chakh renverra au siman 334, où l’on trouve la même exigence pour celui qu’on a mis au ban en rêve.
« ויש לחוש לדבריהם » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)
et il y a lieu de tenir compte de leurs paroles
Le Mehaber ne tranche pas comme les seconds : il dit qu’il faut s’en soucier. Le Chakh ajoutera que tel est l’usage.
« מיהו אי לית ליה בקלות עשרה דידעי למקרי יתירנו בשלשה כשאר נדר » (רמ״א יו״ד ר״י:ב)
toutefois s’il ne trouve pas aisément dix qui savent lire, il le déliera devant trois comme pour un vœu ordinaire
La glose du Rama assouplit l’exigence quand elle est impraticable, et donne sa source. Ce n’est pas une concession sur le fond : c’est une règle de faisabilité.

Seif 3 — se rétracter aussitôt dit

Deux manières de défaire un vœu à l’instant : se raviser soi-même, ou accepter la protestation d’autrui. Et une condition qui vaut pour les deux.

הנודר וחוזר בו תוך כדי דיבור או שמיחו בו אחרים תוך כדי דבור וקבל דבריהם (תוך כדי דיבור לנדרו) (סברת הרב ובזה יישב השגת הראב״ד על הרמב״ם ודלא כב״י) לא הוי נדר והוא שאומר כך בפיו אבל אם אמר חזרתי בלבי אינו כלום:
« הנודר וחוזר בו תוך כדי דיבור או שמיחו בו אחרים תוך כדי דבור וקבל דבריהם » (שו״ע יו״ד ר״י:ג)
Celui qui voue et se rétracte dans le temps d’une parole, ou que d’autres ont contredit dans le temps d’une parole et dont il a accepté les paroles
Deux voies : sa propre rétractation, ou l’acceptation de la protestation d’autrui. Le Chakh dira ce que dure ce délai — le temps de dire שלום עליך רבי.
« תוך כדי דיבור לנדרו) (סברת הרב ובזה יישב השגת הראב״ד על הרמב״ם ודלא כב״י » (רמ״א יו״ד ר״י:ג)
(dans le temps d’une parole depuis son vœu) (raisonnement du Rav, et par là il a résolu l’objection du Raavad contre le Rambam, et non comme le Beit Yossef)
La glose du Rama est brève et elle décide de tout : le délai se compte depuis le vœu, non depuis la protestation. Le Taz et le Chakh y reviendront longuement.
« לא הוי נדר והוא שאומר כך בפיו אבל אם אמר חזרתי בלבי אינו כלום » (שו״ע יו״ד ר״י:ג)
ce n’est pas un vœu — et à condition qu’il le dise ainsi de sa bouche ; mais s’il a dit : je me suis rétracté en mon cœur, ce n’est rien
La symétrie est exacte : le vœu exige la bouche, la rétractation aussi. Le cœur seul ne fait ni l’un ni l’autre.
Les trois seifim en un mot. Un vœu tient à deux fils : la parole et l’intention. Coupe l’un des deux, il ne tient plus — sauf dans le cas du milieu, où la parole couvre l’intention sans s’y réduire, et où le vœu tient sur ce qu’elles ont en commun. Le rêve coupe les deux fils. La rétractation, elle, doit être tissée du même fil que le vœu : de la parole.

3. Les concepts-clés de ce siman

פיו ולבו שוין — « sa bouche et son cœur sont pareils ». La condition centrale, et elle est double : il faut que la bouche ait parlé, et que ce qu’elle a dit soit ce que le cœur voulait.

לבטא בשפתים — « articuler des lèvres ». C’est l’expression du verset dont Chmouel tire l’exigence de la parole ; le Taz la cite en trois mots au début de son commentaire.

פת סתם — « du pain sans précision ». Le mot large qui contient le mot étroit : c’est lui qui rend le second cas du seif 1 différent du premier.

על דעת אחרים — « selon l’avis d’autrui ». Le vœu fait sur l’intention d’autres hommes : leur cœur tient alors la place du sien.

תוך כדי דיבור — « dans le temps d’une parole ». Le délai pendant lequel la rétractation vaut encore. Le Chakh en donne la mesure : le temps de dire au maître שלום עליך רבי.

דברים שבלב אינם דברים — « les choses du cœur ne sont pas des choses ». Le principe opposé, qui explique pourquoi la rétractation intérieure ne vaut rien, et sur lequel repose la position du Ba’h au seif 1.

4. D’où viennent ces seifim

La guemara — מסכת שבועות

Toute la matière du seif 1 est dans une seule page de Chevouot. Chmouel y pose l’exigence de la parole ; une braïta l’oppose à un autre verset ; et Rav Chéchet, en réponse, produit exactement les deux cas du seif — le pain d’orge à la place du blé, et le pain sans précision.

« אָמַר שְׁמוּאֵל: גָּמַר בְּלִבּוֹ – צָרִיךְ שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו; שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְבַטֵּא בִּשְׂפָתַיִם״ » (שבועות כ״ו ע״ב)
« בִּשְׂפָתַיִם״ – וְלֹא בַּלֵּב; גָּמַר בְּלִבּוֹ מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְכֹל אֲשֶׁר יְבַטֵּא הָאָדָם בִּשְׁבוּעָה״ » (שבועות כ״ו ע״ב)
« בִּשְׂפָתַיִם״ – וְלֹא שֶׁגָּמַר בְּלִבּוֹ לְהוֹצִיא ״פַּת חִטִּין״ וְהוֹצִיא ״פַּת שְׂעוֹרִין״; גָּמַר בְּלִבּוֹ לְהוֹצִיא ״פַּת חִטִּין״ וְהוֹצִיא ״פַּת״ סְתָם, מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְכֹל אֲשֶׁר יְבַטֵּא הָאָדָם״ » (שבועות כ״ו ע״ב)
On notera que le seif tient les deux versets ensemble : לבטא בשפתים impose la parole, et לכל אשר יבטא האדם fait entrer la pensée quand la parole ne la dément pas. C’est de là que sort le cas du pain sans précision.

La guemara — מסכת נדרים

Le seif 2 n’a pas de source directe : la guemara ne parle que de celui qu’on a mis au ban en rêve. C’est de cette phrase, et de la distance qu’il y a entre elle et notre cas, que naissent les deux positions du seif.

« אָמַר רַב יוֹסֵף: נִידּוּהוּ בַּחֲלוֹם, צָרִיךְ עֲשָׂרָה בְּנֵי אָדָם לְהַתִּיר לוֹ, וְהוּא דְּתָנוּ הִלְכְתָא » (נדרים ח׳ ע״א)

Le Rambam — הלכות נדרים et הלכות שבועות

Le Rambam écrit la règle dans les vœux en renvoyant expressément aux serments, et c’est dans les serments qu’il la développe : la condition, le cas du mot autre, le cas du mot large, l’avis d’autrui, la rétractation immédiate et sa mesure.

« וְאֵין הַנּוֹדֵר נֶאֱסָר בְּדָבָר שֶׁאָסַר עַל עַצְמוֹ עַד שֶׁיּוֹצִיא בִּשְׂפָתָיו וְיִהְיֶה פִּיו וְלִבּוֹ שָׁוִין כְּמוֹ שֶׁבֵּאַרְנוּ בִּשְׁבוּעוֹת » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ב)
« אוֹ שֶׁנִּתְכַּוֵּן לוֹמַר תְּאֵנִים וְאָמַר עֲנָבִים. הֲרֵי זֶה מֻתָּר בִּשְׁנֵיהֶם וְאֵין כָּאן נֵדֶר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ב)
« הַנּוֹדֵר עַל דַּעַת אֲחֵרִים הֲרֵי זֶה כְּנִשְׁבָּע עַל דַּעַת אֲחֵרִים. וְכֵן הַנּוֹדֵר וְחָזַר בּוֹ בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר אוֹ שֶׁמִּחוּ בּוֹ בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר וְקִבֵּל הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ב׳ הלכה ג)
« מִי שֶׁנִּתְכַּוֵּן לִשְׁבוּעָה וְגָמַר בְּלִבּוֹ שֶׁלֹּא יֹאכַל הַיּוֹם אוֹ שֶׁלֹּא יִשְׁתֶּה וְשֶׁדָּבָר זֶה אָסוּר עָלָיו בִּשְׁבוּעָה וְלֹא הוֹצִיא בִשְׂפָתָיו הֲרֵי זֶה מֻתָּר » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה י)
« הַמִּתְכַּוִּן לְהִשָּׁבַע שֶׁלֹּא יֹאכַל אֵצֶל רְאוּבֵן וּכְשֶׁבָּא לְהוֹצִיא שְׁבוּעָה נִשְׁבַּע שֶׁלֹּא יֹאכַל אֵצֶל שִׁמְעוֹן. הֲרֵי זֶה מֻתָּר לֶאֱכל עִם רְאוּבֵן שֶׁהֲרֵי לֹא הוֹצִיאוֹ בִּשְׂפָתָיו » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה י״א)
« גָּמַר בְּלִבּוֹ שֶׁלֹּא לֶאֱכל פַּת חִטִּין וְנִשְׁבַּע שֶׁלֹּא יֹאכַל פַּת סְתָם אָסוּר בְּפַת חִטִּים שֶׁפַּת חִטִּים פַּת שְׁמָהּ » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה י״ד)
« מִי שֶׁנִּשְׁבַּע וְאָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֹכַל הַיּוֹם וְעַל דַּעְתְּכֶם אֲנִי נִשְׁבָּע. אֵין זֶה יָכוֹל לוֹמַר כָּךְ וְכָךְ הָיָה בְּלִבִּי » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה ט״ו)
« וְאַחַר שֶׁנֶּאֱסַר חָזַר בּוֹ מִיָּד בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר וְהוּא כְּדֵי שֶּׁיֹּאמַר תַּלְמִיד לְרַב שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה י״ז)
« נִשְׁבַּע וְחָזַר בּוֹ בְּתוֹךְ כְּדֵי דִּבּוּר בְּלִבּוֹ אֵין זֶה כְּלוּם » (רמב״ם הלכות שבועות פרק ב׳ הלכה י״ט)
Deux points valent d’être notés. Le premier : le Rambam donne la mesure du délai — le temps qu’un élève mette à saluer son maître. Le second : il ferme sur la rétractation intérieure et écrit אין זה כלום, exactement comme notre seif 3.

Le Tour et le Beit Yossef

Le Tour donne les mêmes trois matières, et ajoute une position que le Mehaber ne retiendra pas : un יש אומרים qui distingue le savant de l’homme du commun. Le Beit Yossef en donne la source — une réponse des Tossefot — et rapporte la position du Roch, du Rachba et du Raavad.

« אין הנדר חל עד שיוציא בשפתיו ויהיה פיו ולבו שוין » (טור יו״ד ר״י)
« וי״א דהיינו דוקא ת״ח אבל עם הארץ אסור בכל וא״א הרא״ש ז״ל לא כ״כ » (טור יו״ד ר״י)
« והנודר בחלום כתב א״א הרא״ש ז״ל שאינו כלום ואינו צריך שאלה » (טור יו״ד ר״י)
« וכתב הרא״ש אם גמר בלבו להוציא פת חטין והוציא פת שעורין אינו אסור לא בחטין ולא בשעורין » (ב״י יו״ד ר״י)
« אבל גמר בלבו להוציא פת חטים והוציא פת סתם אסור בפת חטים דפת חטים פת שמיה » (ב״י יו״ד ר״י)
« כלומר משום דמהימנינן ליה במאי דאמר שלא היה בלבו אלא פת חטין אבל ע״ה אסור בכל דכיון דאמר פת סתם כל מין פת במשמע » (ב״י יו״ד ר״י)
« ולא דמי לנדוהו בחלום דסימן קללה הוא בעלמא שהרחיקוהו וצריך קירוב » (ב״י יו״ד ר״י)
« תשובה לא נאמרו דברים בגמרא אלא בנדוהו בחלום אבל לחשש בעלמא חושש אני לרווחא דמלתא אפי׳ בשבועות ונדרים » (ב״י יו״ד ר״י)
« כתב הראב״ד דבר זה אינו מחוור שאין אחרים מזדקקין לנדרו שתהא מחאה שלהם סומכת נדרו לחזרתו » (ב״י יו״ד ר״י)
« ואיני יודע למה כתב שאינו מחוור שהרי לא מפי דברי האחרים הוא מתיר אלא מפני שקבל דבריהם » (ב״י יו״ד ר״י)
La dernière ligne compte : le Beit Yossef ne comprend pas l’objection du Raavad, et le dit. C’est ce point précis que le Rama tranchera dans sa glose du seif 3, et que le Taz et le Chakh développeront.

5. L’appareil du siman, entrée par entrée

Vingt-et-une entrées : sept du Chakh, cinq du Taz, cinq du Baer Hetev, trois du Pit’hei Techouva, une des Nekoudot HaKessef. Elles sont citées ici toutes, dans leur ordre.

Le Chakh (ש״ך) — sept ס״ק

« מותר בשניהם. בחטים שהרי לא הוציא בשפתיו ובשעורים שהרי לא נתכוין לומר שעורים » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק א)
Le blé parce que la bouche ne l’a pas dit, l’orge parce que le cœur ne l’a pas voulu : le Chakh nomme les deux moitiés manquantes.
« אסור בשל חטים לבד. כשהיה בלבו פת חטים או בשל שעורים כשהיה בלבו פת שעורים לבד דשניהם בכלל פת סתם כדלקמן סימן רי״ז סי״ט » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ב)
D’abord la symétrie : blé pensé, blé interdit ; orge pensée, orge interdite — car les deux sont compris dans « pain » sans précision, et le Chakh renvoie au siman 217.
« וכתב הב״ח דהיינו דוקא כשהוציא בשוגג פת סתם ולא נתכוין לאסור עליו פת סתם » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ב)
Puis le Ba’h, et c’est la ma’hloket du siman : tout cela ne vaut que si le mot large est sorti par inadvertance.
« אבל אם הוציא בשפתיו פת סתם בכוונה ומתכוין שלא להוציא פת חטין בשפתיו אלא לחשוב בלבו פת חטים אסור בכל פת דדברים שבלב אינן דברים » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ב)
Mais s’il a dit « pain » à dessein, en gardant « blé » dans son cœur — il est interdit dans tout pain, car les choses du cœur ne sont pas des choses.
« כן משמע מכל הפוסקים וכן הוא דעת המרדכי בשם ראבי״ה ודלא כב״י עכ״ד » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ב)
Et le Chakh appuie le Ba’h sur l’ensemble des décisionnaires et sur le Mordekhi au nom du Ravyah, contre le Beit Yossef.
« ואם נדר על דעת אחרים כו׳. כגון שאמר שבועה שלא אוכל היום ועל דעתכם אני נשבע » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ג)
Le cas du Rambam, repris mot pour mot : « serment que je ne mangerai pas aujourd’hui, et c’est selon votre avis que je jure ».
« וכיון שהיה פיו ולבן של אחרים שוים שנשבע על דעתם חייב מפני שלבם של אלו במקום לבו הם עכ״ל רמב״ם » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ג)
Et la raison, qui est une formule : שלבם של אלו במקום לבו הם — leur cœur tient la place du sien.
« שיתירו לו עשרה כו׳. כדלקמן סימן של״ד סל״ה בנידוהו בחלום » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ד)
Le renvoi au siman 334, où l’on trouve le cas du ban prononcé en rêve — la seule chose dont la guemara ait parlé.
« ונראה דלסברא זו אפילו חזרו והתירוהו בחלום אינו כלום כמו התם גבי נידוי דא״א לחלום בלא דברים בטלים ושמא ההיתר דברים בטלים » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ד)
Et le Chakh tire la conséquence : pour cette position, même s’ils l’ont délié en rêve, ce n’est rien — car un rêve ne va pas sans paroles vaines, et la déliaison en est peut-être une.
« ויש לחוש לדבריהם. והכי נהוג ונראה דה״ה באשה שנדרה בחלום שצריכה י׳ כמו האיש ואין הבעל יכול להפר לה ביום שמעו דדין נדר זה כמו נדוי עכ״ל ב״ח וכן נוהגין » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ה)
Le Chakh écrit והכי נהוג, puis rapporte le Ba’h sur la femme : elle aussi a besoin de dix, et le mari ne peut pas annuler ce vœu-là. Il conclut וכן נוהגין.
« תוך כ״ד. היינו שלום עליך רבי. פרישה » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ו)
La mesure du délai, en quatre mots, au nom de la Prisha.
« תוך כ״ד לנדרו. אבל לא תוך כ״ד למחאתן ולא אמרינן מאחר שחזר תוך כדי דבור למחאתן והם מיחו בו תוך כ״ד לנדרו דזה יחשב תכ״ד » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ז)
Le point décisif : le délai se compte depuis le vœu, non depuis la protestation d’autrui.
« שכאן אין האחרים שייכים לנדרו שתהא מחאה שלהם סומכת נדרו לחזרה כמ״ש הראב״ד ודלא כב״י שלא ידע כוונתו » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ז)
Et la raison : les autres ne sont pas parties au vœu, leur protestation ne peut donc pas servir de pont entre le vœu et la rétractation. Le Chakh l’attribue au Raavad, contre le Beit Yossef qui n’en a pas saisi l’intention.
« ונראה דגם הרמב״ם והטור מודים לזה כ״כ בד״מ ומביאו הדרישה וכ״כ הב״ח וכן מסיק בכסף משנה גופיה סוף פ״ב מהל׳ שבועות » (ש״ך יו״ד ר״י ס״ק ז)
Il ajoute que le Rambam et le Tour l’admettent aussi, et aligne le Darkei Moché, la Derisha, le Ba’h et le Kessef Michné lui-même.

Le Taz (ט״ז) — cinq ס״ק

« שיוציא בשפתיו. שנאמר לבטא בשפתים » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק א)
Trois mots, et c’est le verset : לבטא בשפתים. Le Taz ancre l’exigence de la parole avant toute discussion.
« מותר בשניהם. בפת חטים מותר דהא לא הוציא בשפתיו ובשעורין מותר דהא לא גמר בלבו ואנן בעינן פיו ולבו שוין » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ב)
Il redit les deux moitiés manquantes et ferme par la formule : ואנן בעינן פיו ולבו שוין.
« כתב הרא״ש והא דתנן נודרין לחרמין ולהרגין » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Ici commence le plus long commentaire du siman. Le Roch pose une objection venue d’ailleurs : la michna permet de vouer devant un extorqueur en réservant sa pensée.
« דדבריו שבלב הוי דבריו לגבי אנס משמע דבלאו אנס לא אזלינן בתר דברים שבלב » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Si la pensée réservée compte là-bas, pourquoi ne compterait-elle pas ici ? Et si elle ne compte qu’en présence d’un extorqueur, la règle générale serait qu’on ne suit pas le cœur.
« תירץ בשם הרמב״ן דשאני התם שאין טעות בדבריו שכוון בלבו לומר בפיו יאסרו פירות לעולם אלא שמחשב בלבו באמת דוקא היום » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
La réponse du Ramban, et c’est le cœur de la distinction : là-bas la bouche ne s’est pas trompée — il voulait dire ce qu’il a dit, en pensant à part soi autre chose.
« הלכך פיו עדיף דדברים שבלב אינם דברים » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Dans ce cas, la bouche l’emporte, car les choses du cœur ne sont pas des choses.
« אבל הכא שהוצאת פיו הוא בטעות דבלבו היה לומר פת חטין הלכך הוצאת פיו אינה כלום » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Ici au contraire, la sortie de la bouche est une erreur : il voulait dire « blé ». La parole ne vaut donc rien par elle-même.
« אלא דרבינן מפסוק לכל אשר יבטא דאזלינן בתר מחשבתו כל שפיו אינו מכחיש דפת חטין נמי פת שמיה » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Et si le vœu prend malgré tout sur le blé, c’est par le second verset : on suit la pensée tant que la bouche ne la dément pas, et « pain de blé » s’appelle bien « pain ».
« וכן נראה פירוש דברי הטור שכתב והוציא בשפתיו פת סתם דהיינו שלא במתכוין להוציא פת סתם » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Le Taz lit le Tour dans le même sens : « il a énoncé du pain sans précision » veut dire sans l’avoir voulu.
« ותירצו בחד תירוצא דההיא דנודרין להרגין מיירי בעם הארץ והכא בתלמיד חכם » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Les Tossefot avaient répondu autrement : là-bas c’est un homme du commun, ici un savant. C’est la position que le Tour rapporte en וי״א et que le Roch n’a pas retenue.
« וכך כתב רש״ל דוקא אם טעה במה שאמר פת סתם אבל אם אומר בכוונה פת סתם אזלינן בתר פיו ואסור גם בשעורין ודבריו שבלב אינם דברים » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ג)
Et le Taz conclut par le Maharchal, qui dit exactement ce que dira le Ba’h : à dessein, on suit la bouche, et il est interdit dans l’orge aussi.
« ואינו צריך שאלה. כ״כ הרא״ש דדוקא בנידוהו בחלום אמרו בגמרא דצריך התרה בעשרה בני אדם כיון שהרחיקוהו מן השמים צריך קירוב » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ד)
Le Taz donne la raison du Roch, et elle est une distinction de nature : le ban vient du Ciel et il faut un rapprochement.
« אבל בנשבע אפילו בהקיץ בעינן פיו ולבו שוין כ״ש בחלום שאין כאן לא פה ולא לב » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ד)
Tandis qu’un vœu exige que la bouche et le cœur s’accordent : à plus forte raison en rêve, où il n’y a ni l’une ni l’autre.
« והיש אומרים הוא הרשב״א כתב דלחשש בעלמא יש להחמיר אפי׳ בשבועה בחלום » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ד)
Le יש אומרים du seif est le Rachba, et sa position est explicitement une position de prudence, non de droit.
« אלא שמו״ח ז״ל כתב דאין הבעל יכול להפר כיון דמן השמים השביעוה » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ד)
Le Taz rapporte ici l’avis de son beau-père — le Ba’h — selon lequel le mari ne peut pas annuler ce vœu, puisqu’il vient du Ciel. C’est la position à laquelle il oppose la sienne.
« ומצאתי למהר״ל מפראג שהשיב בתשוב׳ הלכה למעשה כהרא״ש דאין צריך התרה כלל » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ד)
Et il conclut par une trouvaille : le Maharal de Prague a répondu הלכה למעשה comme le Roch — aucune déliaison n’est requise.
« תוך כדי דיבור לנדרו. פירוש שמחאת אחרים וקבלתו את דבריהם הכל הוא תוך כדי דיבור לנדרו » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ה)
Le Taz explique la glose du Rama : protestation et acceptation doivent, ensemble, tenir dans le délai qui suit le vœu.
« דאי יש בהמחאת אחרים יותר מכדי דיבור מחשב הפסקה בין הקבלה ובין הנדר » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ה)
Car si la protestation dure plus longtemps, il y a coupure entre le vœu et l’acceptation.
« אבל באמת אין אחרים מזדקקין לנדרו וזה הקשה הראב״ד ועל כן תירץ רמ״א דהכל הוא תוך כדי דיבור לנדרו ולא כבית יוסף » (ט״ז יו״ד ר״י ס״ק ה)
Et il nomme la difficulté : les autres ne sont pas parties au vœu. C’est ce que le Raavad objectait, et ce que le Rama résout — contre le Beit Yossef.

Le Baer Hetev (באר היטב) — cinq ס״ק

« לבד. דהיינו כשהיה בלבו פת חטים ואם היה בלבו של שעורים אסור בפת שעורים לבד דשניהם בכלל פת סתם » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק א)
Le Baer Hetev commence par la symétrie du Chakh, en clair.
« אבל אם הוציא בשפתיו פת סתם בכוונה ומתכוין שלא להוציא פת חטין בשפתיו אלא לחשוב בלבו פת חטין אסור בכל פת דדברים שבלב אינן דברים עכ״ל וכ״כ מהרש״ל » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק א)
Puis il rapporte le Ba’h, et ajoute que le Maharchal écrit de même — ce qui donne à la position deux appuis et non un.
« אחרים. כגון שאמר שבועה שלא אוכל היום ועל דעתכם אני נשבע (אין זה יכול לומר כך וכך היה בלבי) רמב״ם » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ב)
Le cas du Rambam, en abrégé, avec la clause décisive entre parenthèses.
« שיתירו. כתב הש״ך דלסברא זו נראה דאפילו חזרו והתירוהו בחלום אינו כלום דא״א לחלום בלא דברים בטלים ושמא ההיתר דברים בטלים » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ג)
Il rapporte le Chakh sur la déliaison faite en rêve.
« וכתב הב״ח דה״ה אשה שנדרה בחלום צריכה י׳ כמו האיש ואין הבעל יכול להפר לה ביום שמעו דדין נדר זה כמו נדוי עכ״ל וכן נוהגין » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ג)
Puis le Ba’h sur la femme, et conclut וכן נוהגין.
« והט״ז כתב שמצא בתשובה למהר״ל מפראג שהשיב הלכה למעשה כדעת הראשונה בש״ע דא״צ התרה כלל » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ג)
Et il n’oublie pas le Maharal de Prague rapporté par le Taz, qui suit la première position du Choulhan Aroukh.
« דיבור. היינו שלום עליך רבי. פרישה » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ד)
La mesure du délai, au nom de la Prisha, comme au ס״ק ו du Chakh.
« לנדרו. אבל לא תוך כ״ד למחאתן שאין האחרים שייכים לנדרו שתהא מחאה שלהם סומכת נדרו לחזרה ומחשב הפסקה בין הקבלה ובין הנדר » (באר היטב יו״ד ר״י ס״ק ה)
Et la conclusion commune du Taz et du Chakh, qu’il attribue nommément aux deux.

Le Pit’hei Techouva (פתחי תשובה) — trois ס״ק

« ודעתו דאפי׳ אם כוון להוציא פת סתם מותר בשל שעורים אלא דמסתפי לחלוק על כמה גדולים קמאי ובתראי שדעתם כדברי הב״ח » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק א)
Le Ḥavot Yaïr met en doute la position du Ba’h : même à dessein, l’orge resterait permise. Mais il n’ose pas contredire tant de grands, anciens et récents.
« וכתב עוד דאם היה מחשבתו לסתם פת והוציא בפיו פת חטים בין בטעות בין בכוונה פשיטא דמותר בשל שעורים » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק א)
Et il ajoute le cas inverse, qu’il tient pour évident : pensée large, parole étroite — l’orge est permise, par erreur comme à dessein.
« באחד שחלם לו שנשבע לפרוע חובו ביום פלוני והשיב דהכא אפילו הרא״ש מודה כיון דפריעת ב״ח מצוה » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ב)
Le Radbaz sur un rêve d’un genre particulier : avoir juré en rêve de payer sa dette à une date. Là, dit-il, même le Roch en convient.
« א״כ משמים הראו לו לזרוזי נפשיה למצוה וע״כ יפרע חובו באותו היום או ישתדל שהמלוה יאמר לו הריני כאלו התקבלתי » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ב)
La raison n’est pas le vœu mais la mitsva : le Ciel lui a montré cela pour le stimuler. Qu’il paie ce jour-là, ou qu’il obtienne du prêteur la formule qui tient lieu de paiement.
« וכתב דלפי דברי ש״ך שרוצה ללמוד מנידוי לנדר דאף שהתירו לו בחלום צריך התרה ה״ה בנ״ד דחזרה תכ״ד לא מהני כיון דחיישינן שהחזרה הוא דברים בטלים » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ג)
Le Peraḥ Choushan tire du Chakh une conséquence : si l’on apprend du ban au vœu, la rétractation immédiate faite en rêve ne sert pas non plus.
« אך באמת נראה דאין ללמוד מנידוי לנדר דדוקא גבי נידוי שמן השמים הרחיקוהו הוא דהחמירו בו כ״כ » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ג)
Mais il écarte lui-même l’analogie : le ban seul a été traité avec cette rigueur, parce que le Ciel l’a éloigné.
« במי שחלם לו שנדר שלא לאכול מצה מבושלת בפסח הזה עד״ר » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ג)
Le Ḥatam Sofer, enfin, sur un rêve précis : avoir voué de ne pas manger de matsa cuite ce Pessa’h, et sur l’avis de plusieurs.
« והשיב לענין ספק הא׳ ודאי דאין אסור אלא בפסח הראשון שלפנינו » (פתחי תשובה יו״ד ר״י ס״ק ג)
Sa première réponse : l’interdit ne porte que sur le Pessa’h qui vient, et non sur tous. Trois questions, trois réponses, et l’on voit que le rêve se traite en droit comme n’importe quelle formule.

Les Nekoudot HaKessef (נקודות הכסף) — une entrée

« כבר קדמו הב״ח בכל זה והבאתיו בש״ך ס״ק ב׳ » (נקודות הכסף יו״ד ר״י)
Une seule entrée, et elle est un renvoi : le Ba’h a déjà tout dit, et le Chakh l’a rapporté au ס״ק ב. La note ne conteste pas le Taz — elle indique que la discussion existait déjà.

6. Le tableau des trois seifim

SeifLa clause du Choulhan AroukhCe qu’elle décide
א« אין הנדר חל עד שיוציא בשפתיו ויהיו פיו ולבו שוים » (שו״ע יו״ד ר״י:א)Les deux conditions du vœu : la parole et l’accord de la bouche et du cœur
א« לפיכך היה בלבו לידור מפת חטים והוציא בשפתיו פת שעורים מותר בשניהם » (שו״ע יו״ד ר״י:א)Mot autre que la pensée : rien ne prend, ni sur l’un ni sur l’autre
א« אבל אם היה בלבו פת חטים (או פת שעורים) והוציא בשפתיו פת סתם » (שו״ע יו״ד ר״י:א)Mot plus large que la pensée : le cas retourné
א« אסור בשל חטים לבד (או בשל שעורים לבד) (דכן משמע בסימן רי״ז ס״ט » (שו״ע יו״ד ר״י:א)Le vœu prend sur ce que les deux ont en commun
א« ואם נדר על דעת אחרים אינו תלוי בלבו אלא כפי מה שיאמרו אחרים שהוא דעתם כך יחול הנדר » (שו״ע יו״ד ר״י:א)Vœu fait sur l’avis d’autrui : leur cœur remplace le sien
ב« הנודר בחלום אינו כלום ואינו צריך שאלה » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)Le vœu prononcé en rêve n’est rien, et ne demande pas de שאלה
ב« ויש אומרים שיתירו לו עשרה דידעי למקרי (ויתירו לו בחרטה כאלו נדר בהקיץ) (תשובת הגאונים » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)Position contraire : dix qui savent lire le délient, par un regret
ב« ויש לחוש לדבריהם » (שו״ע יו״ד ר״י:ב)Le Mehaber ne tranche pas comme eux, mais demande d’en tenir compte
ב« מיהו אי לית ליה בקלות עשרה דידעי למקרי יתירנו בשלשה כשאר נדר » (רמ״א יו״ד ר״י:ב)Glose : à défaut de dix, trois suffisent, comme pour tout vœu
ג« הנודר וחוזר בו תוך כדי דיבור או שמיחו בו אחרים תוך כדי דבור וקבל דבריהם » (שו״ע יו״ד ר״י:ג)Rétractation immédiate, ou acceptation de la protestation d’autrui
ג« תוך כדי דיבור לנדרו) (סברת הרב ובזה יישב השגת הראב״ד על הרמב״ם ודלא כב״י » (רמ״א יו״ד ר״י:ג)Glose : le délai se compte depuis le vœu, non depuis la protestation
ג« לא הוי נדר והוא שאומר כך בפיו אבל אם אמר חזרתי בלבי אינו כלום » (שו״ע יו״ד ר״י:ג)La rétractation doit sortir de la bouche ; le cœur seul ne vaut rien

7. Cas pratiques

Cas 1 — le mot qui a fourché

Il voulait interdire une chose et en a nommé une autre. Le seif 1 dit : ni l’une ni l’autre. Mais le Ba’h et le Maharchal avertissent que tout dépend de savoir si le mot est sorti par erreur : c’est un fait, et il ne s’établit pas après coup par commodité.

Cas 2 — le mot trop large

Il pensait à une chose précise et a employé un terme général. Le vœu prend sur ce que le terme général et la pensée ont en commun. Et si le terme général a été choisi à dessein ? C’est la ma’hloket du siman.

Cas 3 — un engagement pris « selon l’avis » d’un tribunal ou d’une assemblée

La clause finale du seif 1, reprise du Rambam par le Chakh : c’est leur intention qui fixe la portée, non la sienne.

Cas 4 — avoir rêvé qu’on a voué

Selon la lettre du seif, ce n’est rien. Mais le Mehaber demande de tenir compte de l’autre position, et le Chakh écrit והכי נהוג. La glose du Rama prévoit le cas où dix hommes ne se trouvent pas.

Cas 5 — se reprendre aussitôt

Le délai est très court — le temps d’une salutation — et il se compte depuis le vœu. Et la rétractation doit être dite : y avoir pensé ne suffit pas.

8. Questions de compréhension

  1. Le seif 1 pose deux conditions et non une. Quelles sont-elles, et laquelle le chapeau nomme-t-il ?
  2. Pourquoi, dans le premier cas du seif 1, ni le blé ni l’orge ne sont interdits ? Donne les deux raisons du Chakh.
  3. Sur quel verset repose l’exigence de la parole, et sur lequel l’entrée de la pensée ?
  4. Qu’est-ce que פת סתם, et pourquoi ce cas se décide-t-il autrement que le premier ?
  5. Le Ba’h restreint la règle du seif à un cas. Lequel, et que devient le vœu hors de ce cas ?
  6. Le Ḥavot Yaïr conteste le Ba’h mais ne tranche pas contre lui. Pourquoi ?
  7. Le Taz cite la réponse du Ramban au Roch. Quelle est la différence entre notre cas et celui de l’extorqueur ?
  8. Le Roch tient le vœu en rêve pour rien. Quelle est sa raison, et pourquoi le ban en rêve est-il différent ?
  9. Le Chakh déduit du יש אומרים une conséquence sur la déliaison faite en rêve. Laquelle ?
  10. Le Taz et le Ba’h divergent sur un point touchant la femme. Lequel, et pourquoi ?
  11. Depuis quel moment se compte le תוך כדי דיבור du seif 3, et qui l’a établi contre qui ?
  12. Pourquoi la rétractation intérieure ne vaut-elle rien, alors que la pensée comptait au seif 1 ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן ר״י · Niveau 1 — Base · שצריך לפרוט הנדר כשפתיו
daattorah.com

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