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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Siman 220 — Lamdan : la portée temporelle des mots

Douze ma’hlokot du siman, du décret de la guemara aux coups du dernier seif
יורה דעה · סימן ר״כ
חילוק שבין קונם יין להיום או לזמן ודין הנודר על דבר שאינו קבוע
📖 Niveau Lamdan · מתקדמים
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Étude approfondie du Siman 220. Le niveau 1 a suivi les vingt-trois seifim dans l’ordre du livre. Celui-ci prend les douze endroits où l’appareil se divise, et les reprend chacun depuis sa source : la guemara de נדרים ס׳ et de נדרים ס״ג, le Rambam, le Tour, puis le Chakh, le Taz, les Nekoudot HaKessef. Les citations hébraïques sont les mêmes dans les trois langues ; ce qui change, c’est la langue de l’exposé.

Sujet : Les douze ma’hlokot du siman 220
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ר״כ (כ״ג סעיפים)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Table des matières

  1. היום ביום אחד מיחלף — pourquoi le décret ne joue que dans un sens
  2. שבת זה ou שבוע זה — une leçon, et un mot vernaculaire
  3. שבוע זה — faut-il ici aussi une שאלה ?
  4. קרו אינשי ריש ירחא — quand la langue des hommes défait le calcul
  5. חדש אחד — de quantième à quantième, ou trente jours pleins ?
  6. שנה אחת prononcé à Roch Hachana — le plus long ס״ק du siman
  7. סתם אדר — des vœux aux actes, aux guittin et à la proclamation du mois
  8. עד שיהא הפסח ביין — une michna que le Mehaber a laissée de côté
  9. עד שיגיע — le Ba’h veut une שאלה partout, le Taz la refuse
  10. משתה בנו שמת — le vœu vise-t-il l’événement ou la date ?
  11. זמני הרביעיות — le Rambam contre le Roch, et le צ״ע du Chakh
  12. מי הוא הלוקה — le Ran contre le Rambam, et la lecture de « עבר הפסח »

1. היום ביום אחד מיחלף — pourquoi le décret ne joue que dans un sens

La michna donne les deux formules et les deux durées sans un mot d’explication. C’est la guemara qui ajoute l’exigence d’une שאלה, et c’est elle aussi qui pose la question que tout le siman suppose résolue : puisque les deux se ressemblent, pourquoi ne décréter que sur l’une ?

« אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: לִכְשֶׁתֶּחֱשַׁךְ צָרִיךְ שְׁאֵלָה לְחָכָם » (נדרים ס׳ ע״א)
« מַאי טַעְמָא? אָמַר רַב יוֹסֵף: גְּזֵירָה ״הַיּוֹם״ מִשּׁוּם ״יוֹם אֶחָד » (נדרים ס׳ ע״א)
« אֲמַר לֵיהּ: אִי הָכִי, לִיגְזוֹר בְּ״יוֹם אֶחָד״ מִשּׁוּם ״הַיּוֹם » (נדרים ס׳ ע״ב)
« הַיּוֹם״ בְּ״יוֹם אֶחָד״ מִיחַלַּף, ״יוֹם אֶחָד״ בְּ״הַיּוֹם״ לָא מִיחַלַּף » (נדרים ס׳ ע״ב)
L’asymétrie est fine et il faut la dire exactement. Celui qui a dit היום et qu’on libérerait à la nuit pourrait croire, la fois suivante, que יום אחד finit lui aussi à la nuit : il y a perte. Celui qui a dit יום אחד et qu’on lie vingt-quatre heures ne risque rien s’il croit ensuite que היום dure autant : il sera seulement plus rigoureux. Le décret ne protège que dans le sens où l’erreur coûte.

Le Chakh, au ס״ק ג, en tire deux conséquences de régime qui ne sont nulle part dans le texte du Mehaber, et la seconde est la plus lourde.

« וצריך שאלה לחכם. אבל א״צ פתח משא״כ בנודר יום אחד עכ״ל פרישה » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ג)
« עוד נ״מ דכאן א״צ שאלה רק מדרבנן ובנודר יום אחד צריך שאלה מדאורייתא » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ג)
Le vœu de היום est éteint quand la nuit tombe : il n’y a plus rien à délier. La שאלה n’y est donc qu’une formalité rabbinique, et elle se passe de פתח. Le vœu de יום אחד, lui, est encore vivant : sa שאלה est de la Torah et exige une ouverture.

Le seif 1 ouvre ensuite deux brèches dans le décret, et le Chakh en donne la raison au ס״ק ד. Elle est plus profonde qu’elle n’en a l’air : ce n’est pas que le jeûne soit moins grave, c’est que sa mesure ne vient pas du nodèr.

« ולא גזרינן משום יום אחד משום שהדבר ידוע שדינו של תענית כך הוא שאין איסורו כשאר נדרים שכבר קבעו לו חכמים זמן » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ד)
« המקבל עליו להתענות א׳ בשבת אין מחייבין אותו שיתענה כ״ד שעות דודאי להתענות כמו שאמרו חכמים נתכוין » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ד)
Le fond de l’affaire : le décret protège contre la confusion de deux lectures d’une même parole. Là où la durée n’est pas lue dans la parole mais reçue des sages — le jeûne — il n’y a rien à confondre. Le Chakh le dit en clair : שדיני תענית ונדרים חלוקים הם ולא אתי לאחלופי.

2. שבת זה ou שבוע זה — une leçon, et un mot vernaculaire

La michna de נדרים ס׳ ע״א écrit שבת זו, et tous les Richonim la suivent. Le Choulhan Aroukh écrit שבוע זה. Le Taz relève l’écart et l’explique — et de son explication naît une question que le siman n’avait pas posée.

« שַׁבָּת זוֹ״ — אָסוּר בְּכׇל הַשַּׁבָּת, וְשַׁבָּת שֶׁעָבְרָה » (נדרים ס׳ ע״א)
« שבוע זה בטור וברמב״ם ובר״ן וברא״ש כתוב שבת זה אלא שבעל הש״ע ס״ל דגם בלשון שבוע נכלל יום השבת » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ב)
« שבוע זה. או שבת זה כדאיתא בש״ס שהוא נמי שבוע » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ח)
Si שבוע vient de שבעה et désigne les sept jours, le Chabbat y est nécessairement. Mais alors : que dire d’un mot vernaculaire qui, lui, s’oppose à « Chabbat » dans l’usage courant ?
« ונלע״ד דאם אמר בלשון אשכנז דיא וואך שאין יום השבת בכלל האיסור שלשון זה הוה כלשון ימות החול בלשון הקודש » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ב)
« שהרי כשרוצים לומר שבת וחול אומרים בל״א שבת אונ׳ ווא״ך ממילא נתמעט יום השבת לגמרי » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ב)

Le Taz raffine aussitôt : si le mot est employé en nombre — « cinq ou six semaines » —, les Chabbats sont dedans, car le compte est un compte de sept jours. C’est seulement l’emploi absolu qui exclut.

« אז ודאי גם השבתות בכלל דכיון דאמרו דרך מספר הוה כאילו אמר ה׳ או ו״פ ז׳ ממילא שבת בכלל » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ב)
Les Nekoudot HaKessef — c’est-à-dire le Chakh répondant au Taz — refusent la distinction et retournent l’argument : le mot vernaculaire désigne, dans la bouche de tous, les sept jours. Si l’usage courant permet le Chabbat, ce n’est pas que le mot l’exclue, c’est que celui qui s’interdit la viande ne visait pas le jour où l’on doit se réjouir.
« ואין דבריו מוכרחים דווא״ך הוא שבוע א״כ גם שבת בכלל ולשון דיא ווא״ך מורה על כל השבוע » (נקודות הכסף יו״ד ר״כ)
« היינו משום דלא היתה כוונתו רק על ימות החול ולא על השבת שחייב להתענג ולאכול בשר אבל שאר נדרים דשייכי גם כן בשבת גם שבת בכלל » (נקודות הכסף יו״ד ר״כ)
La différence est entièrement pratique. Pour le Taz, celui qui dit dans sa langue « cette semaine » sans rien de plus n’a pas inclus le Chabbat, quel que soit l’objet du vœu. Pour les Nekoudot HaKessef, le Chabbat est toujours inclus, sauf quand l’objet même du vœu — la viande, le vin — montre qu’il ne pouvait pas viser un jour de עונג.

3. שבוע זה — faut-il ici aussi une שאלה ?

Le Rama tranche que non, et le Taz en donne la raison. Mais le Ba’h dit oui, et les Nekoudot HaKessef défendent le Ba’h contre la façon dont le Taz l’a écarté. C’est la ma’hloket la plus courte du siman, et la plus instructive sur la portée d’un décret.

« ומותר אחר כך בלא שאלת חכם » (רמ״א יו״ד ר״כ:ג)
« דחילוק שבין שבוע זה לשבוע סתם הוא הפרש גדול והכל יודעים ההפרש משא״כ בסעיף א׳ בין יום אחד להיום » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ג)
Que mesure-t-on quand on dit que « tout le monde connaît la différence » ? Non la ressemblance des mots — שבוע זה et שבוע אחד se ressemblent autant que היום et יום אחד — mais l’écart des résultats : une semaine ou sept jours, on ne s’y trompe pas ; un soir ou un jour plein, on s’y trompe.
« ומותר אח״כ. והב״ח פסק כהר״ף בסמ״ק וכהברטנורה דשבוע זה ובחדש זה נמי צריך שאלה בסוף השבוע והחדש ע״ש » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י)
« ומו״ח ז״ל כתב מסברא דנפשיה לקמן דצריך שאלה דלא ליטעי אינשי ולא משמע כן מהפוסקים שלא הזכירוהו כלל שם » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ג)
Les Nekoudot HaKessef ne discutent pas la conclusion, ils récusent le procédé : dire du Ba’h qu’il parle « de son propre raisonnement » est inexact, puisqu’il tranche comme le Bartenoura et le Ra’f, que le Chakh a nommés au ס״ק י. L’argument du Taz — « les décisionnaires n’en disent rien là-bas » — tombe : ils en disent quelque chose ailleurs.
« שלא כדת השיג עליו דלאו מסברא דנפשיה כ״כ אלא שפסק כהברטנור׳ והר״ף כמ״ש בש״ך ס״ק י » (נקודות הכסף יו״ד ר״כ)

4. קרו אינשי ריש ירחא — quand la langue des hommes défait le calcul

Le seif 4 énonce une chose surprenante : un jour qui appartient au mois écoulé n’est pas dans le vœu « ce mois-ci ». La guemara donne la raison en trois mots, et c’est de ces trois mots que le Chakh tirera la conséquence la plus dure du siman.

« חֹדֶשׁ זֶה״ — אָסוּר בְּכׇל הַחֹדֶשׁ, וְרֹאשׁ חֹדֶשׁ לְהַבָּא. פְּשִׁיטָא! כִּי אִיצְטְרִיכָא לְחֹדֶשׁ חָסֵר » (נדרים ס׳ ע״ב)
« מַהוּ דְּתֵימָא: רֹאשׁ חֹדֶשׁ לְשֶׁעָבַר הָוֵי, וְלָא לִיתְּסַר, קָא מַשְׁמַע לַן קָרוּ אִינָשֵׁי רֵישׁ יַרְחָא » (נדרים ס׳ ע״ב)
La guemara ne dit pas que le trentième jour est le début du mois neuf. Elle dit que les gens l’appellent Roch Hodech. Dans les vœux, le nom que porte une chose dans la bouche des hommes l’emporte sur ce qu’elle est dans le calcul — et c’est la même règle qui fera, au seif 20, que Chemini Atseret soit « la fête ».
« אפי׳ ר״ח שני ימים שהראשון לתשלום חדש שעבר אפילו הכי מותר בו כיון שבלשון בני אדם קורין אותו ר״ח » (שו״ע יו״ד ר״כ:ד)

Le Chakh retourne alors l’énoncé, et le résultat est le contraire d’une indulgence.

« ולפ״ז אם היה עומד בר״ח הראשון ואמר חדש זה אסור גם מר״ח הראשון ואילך דכיון שבלשון בני אדם קורין אותו ר״ח א״כ הוא בכלל החדש של הבא » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ב)
Deux hommes vouent le même jour — le premier des deux jours de Roch Hodech — et disent les mêmes mots. Celui qui a voué la veille est délié ce jour-là ; celui qui voue ce jour même est lié pour tout le mois qui vient. Le même jour n’a pas le même nom selon l’endroit d’où on le regarde.
« שבלשון. כתב הש״ך ולפ״ז אם היה עומד בר״ח הראשון ואמר חדש זה אסור גם מר״ח הראשון ואילך » (באר היטב יו״ד ר״כ ס״ק ו)

5. חדש אחד — de quantième à quantième, ou trente jours pleins ?

Le seif 5 tient en six mots et ne laisse voir aucune difficulté. Le Chakh y trouve pourtant une divergence entre le Roch d’un côté, le Rambam, le Semag et Rabbenou Yerou’ham de l’autre — puis il la réduit, et il le fait avec une preuve tirée de la michna même.

« וְאִם אָמַר ״יוֹם אֶחָד״, ״שַׁבָּת אַחַת״, ״חֹדֶשׁ אֶחָד״, ״שָׁנָה אַחַת״, ״שָׁבוּעַ אֶחָד״ — אָסוּר מִיּוֹם לְיוֹם » (נדרים ס׳ ע״א)
« משמע משעה שנדר אסור מיום ליום כגון אם נדר בחצי יום ט״ו לחדש תמוז אסור עד חצי יום ט״ו לחדש אב אע״פ שאינו אלא כ״ט ימים שתמוז הוא חסר מ״מ הוא חדש שלם מיום ליום » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ג)
« שֶׁאֲנִי טוֹעֵם חֹדֶשׁ אֶחָד אָסוּר שְׁלֹשִׁים יוֹם גְּמוּרִים מֵעֵת לְעֵת » (רמב״ם הלכות נדרים פרק י׳ הלכה ג׳)
Deux mesures possibles pour le même mot. Le Roch compte un mois de calendrier, du quantième au quantième, quel qu’en soit le nombre de jours. Le Rambam compte une durée de trente jours pleins. Sur un mois défectif, l’écart est d’un jour, et il est réel.
« אבל הרמב״ם פ״ט מה״נ והסמ״ג לאוין רמ״ב ור׳ ירוחם ני״ד ח״ו כתבו אם אמר חדש א׳ אסור משעה שנדר עד תשלום ל׳ יום גמורים מעל״ע » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ג)
Le Chakh ne laisse pas la ma’hloket ouverte : il tient que le Rambam parle d’un mois plein, où trente jours et le quantième coïncident. Sur un mois défectif, tous conviennent que vingt-neuf jours suffisent. Et il en donne la preuve : la michna dit מיום ליום sans distinguer.
« אבל בחדש חסר מודים דסגי בכ״ט יום תדע שהרי במשנה מבואר אם אמר חדש א׳ אסור מיום ליום א״כ משמע דלעולם סגי במיום ליום אלא ודאי כדפי » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ג)

⚠️ Une note de lecture. Le Chakh renvoie ici au Rambam « פ״ט מה״נ », chapitre 9 des Hilkhot Nedarim. Or le passage qu’il rapporte est au chapitre 10 dans le découpage que Sefaria donne aujourd’hui. Nous citons le texte tel que Sefaria le situe, et signalons l’écart sans le trancher : les découpages de chapitres du Michné Torah varient selon les éditions.

6. שנה אחת prononcé à Roch Hachana — le plus long ס״ק du siman

Le seif 7 dit qu’une année embolismique est prise « elle et son intercalation ». Le Chakh consacre au ס״ק ט״ו une longue discussion pour borner cette phrase à un cas, et pour réfuter le Ba’h qui l’étendait à tous.

« ואם נתעברה השנה אסור בה ובעיבורה » (שו״ע יו״ד ר״כ:ז)
« מדברי הסמ״ע בח״מ סי׳ שי״ב ס״ק כ״ב נראה מבואר דהיינו דוקא בעומד באמצע השנה או קודם אבל בעומד בר״ה ואמר שנה א׳ אינו אסור אלא יב״ח » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ו)
Le raisonnement du Sma est une lecture de l’intention, non du mot. Celui qui se tient à Roch Hachana et veut viser l’année civile dit « cette année-ci » : il en a le moyen. S’il a dit « une année », c’est qu’il voulait douze mois. Celui qui se tient en hiver, au contraire, ne peut pas dire « une année » pour signifier douze mois sans risquer d’être compris comme « jusqu’à Tichri » : son choix du mot est contraint, et n’apprend rien.
« אבל כשאינו עומד בר״ה לא הוה מצי למימר שנה זו דא״כ הוה משמע רק עד ר״ה ובאמת ר״ל שנה תמימה » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ו)
« ונ״ל גם דעת הר״ן כן דבנדרים ריש דף ס״א כתב בפשיטות דאי אמר שנה א׳ ועומד בר״ה לא מיתסר בעבורה » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ו)
Le Ba’h tient le contraire sur les deux points : à Roch Hachana, toutes les formules — « cette année », « une année », « une année » sans plus, « l’année » — lient treize mois ; et השנה se comporte comme שנה, non comme שנה זו. Le Chakh le refuse sur les deux, et fait de השנה l’équivalent de שנה זו.
« דבריו צ״ע דודאי השנה כשנה זו דמי וכמ״ש בס״ק ט׳ וכ״כ הרא״ש והר״ן בנדרים ריש דף ס״א דבהשנה אינו אסור אלא עד תשלום השנה דהיינו עד ר״ה » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ו)
« וה״ה אמר קונם יין שאני טועם השבוע או החדש או השנה דינו כאומר שבוע זה או חדש זה או שנה זו כמו גבי יום באומר היום » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט)
Un homme dit à Roch Hachana, l’année étant embolismique : « קונם, pas de vin une année. » Pour le Chakh — avec le Sma et le Ran — il est lié douze mois. Pour le Ba’h, treize. Et s’il ajoute « depuis ce jour », le Chakh concède que même à Roch Hachana on compte treize mois : היכא דאמר שנה אחת מיום זה מונין י״ג חדש.
« מיהו היכא דאמר שנה א׳ מיום זה מונין י״ב חדש אפי׳ עומד בר״ה וכן אם אמר השנה דינו כאומר שנה זו ודלא כב״ח » (באר היטב יו״ד ר״כ ס״ק ח)

⚠️ Un écart à signaler entre les deux appareils, et nous ne le tranchons pas : le Chakh écrit au ס״ק ט״ו מונין י״ג חדש, treize mois, et le Baer Hetev, qui le rapporte au ס״ק ח, écrit מונין י״ב חדש, douze. La logique du passage — c’est le cas où le vœu dépasse Tichri — demande treize.

7. סתם אדר — des vœux aux actes, aux guittin et à la proclamation du mois

La michna tranche ; la beraita des actes dit autre chose ; Abbayé les concilie par la connaissance ou l’ignorance de l’intercalation. Le Mehaber rapporte les deux positions, et le Chakh découvre alors que le Rama a tranché différemment en trois autres parties du Choulhan Aroukh.

« עַד רֹאשׁ אֲדָר״ — עַד רֹאשׁ אֲדָר הָרִאשׁוֹן. ״עַד סוֹף אֲדָר״ — עַד סוֹף אֲדָר הָרִאשׁוֹן » (נדרים ס״ג ע״א)
« אֲדָר הָרִאשׁוֹן — כּוֹתֵב ״אֲדָר הָרִאשׁוֹן״, אֲדָר שֵׁנִי — כּוֹתֵב ״אֲדָר״ סְתָם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר » (נדרים ס״ג ע״א)
« אָמַר אַבָּיֵי: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי מֵאִיר, הָא דְּיָדַע דִּמְעַבְּרָא שַׁתָּא, הָא דְּלָא יָדַע » (נדרים ס״ג ע״א)
« דהלכה כרבי יהודה דסבירא ליה סתם אדר הוא אדר ראשון ומכל מקום בעד סוף אדר הוא אסור עד סוף אדר השני דשני אדרים כחד חשבינן להו כ״כ הרא״ש » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ד)
« דהרמב״ם פסק כרבי מאיר דסבירא ליה סתם אדר הוא אדר שני אלא דסבירא ליה כל שלא ידע שהשנה מעוברת מסתמא נתכוין לאדר הסמוך לשבט » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ה)
Le Chakh pose la difficulté avec précision : si la guemara compare expressément les vœux aux actes, comment le Rama peut-il, en Hochen Michpat, en Orah Haïm et en Even HaÉzer, poser sans réserve que סתם אדר הוא אדר ראשון, sans même mentionner le Rambam ?
« וכן בא״ח ריש סימן תכ״ח ובא״ע סימן קכ״ו סעי׳ ז׳ כתב הרב בסתם דסתם אדר הוא אדר ראשון ובש״ס ס״פ קונם מדמי להדיא נדרים לשטרות » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ז)
Le Chakh tranche en trois temps. Pour les vœux : rigueur comme le Rambam, parce qu’il s’agit d’un interdit de la Torah, et parce que les Tossefot inclinent dans le même sens. Pour deux actes portant l’un « Adar » et l’autre « Adar II » : ni l’un ni l’autre ne l’emporte, יחלוקו, comme deux actes datés du même jour. Et pour la pratique : qu’on écrive toujours אדר ראשון en toutes lettres, dans les guittin, les ketoubot et les actes — et qu’on le dise ainsi en proclamant le mois.
« ולענין דינא כיון דהב״ח פסק בא״ע סימן קכ״ו לענין גטין דהגט פסול מספק א״כ גם בנדרים יש להחמיר באיסורא דאורייתא כסברת הרמב״ם » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ז)
« והלכך בשני שטרות שנעשה בשנה מעוברת נמי נראה להלכה דאין נותנין למי שכתוב אדר סתם אלא יחלוקו וכדין שני שטרות שזמנם ביום אחד » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ז)
« ולפ״ז כשמברכין החדש אדר הראשון יש לומר בפירוש אדר ראשון ולא סתם אדר כמו שנוהגים מקצת חזנים » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ז)
La portée du ס״ק י״ז déborde largement les vœux : il règle une question de droit des obligations (deux créances concurrentes), une question de validité de guet, et un usage liturgique. C’est l’endroit du siman où le traité des nedarim commande à trois autres traités.
« בין ידע שהיא מעוברת או לא לכ״ע אסור עד סוף אדר שני דב׳ אדר חד ירחא חשיבי » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ז)
« וכתב הב״ח דאם אמר עד חצי אדר דינו כאומר עד אדר דדוקא באומר עד סוף אדר משמעו עד סוף כל מה שנקרא אדר דהיינו עד סוף אדר שני » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ט״ז)
« ופשוט שאם אמר עד חצי אדר דהיינו עד חצי אדר ראשון ולא אמרינן עד ר״ח אדר ב׳ קאמר דאין שם חצי נופל על ר״ח השני » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ד)
Sur « jusqu’à la moitié d’Adar », le Chakh et le Taz se contredisent frontalement. Le Taz : la moitié d’Adar premier, car « moitié » ne tombe pas sur un Roch Hodech. Le Chakh, au nom du Ba’h : comme « jusqu’à Adar », donc Adar premier également — mais par un tout autre chemin, puisqu’il étend la règle jusqu’à « le vingt » et « le vingt-et-un ». Les deux arrivent au même terme pour le cas nommé et divergent dès qu’on s’en écarte.

8. עד שיהא הפסח ביין — une michna que le Mehaber a laissée de côté

Le seif 11 dit « celui qui s’interdit une chose » et non « celui qui voue du vin ». Le Ba’h y voit une précision voulue, et le Chakh rapporte son raisonnement avant de le renverser. Tout tient à une michna de Rabbi Yehouda que le Choulhan Aroukh n’a pas reprise.

« רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״קֻוֽנָּם יַיִן שֶׁאֵינִי טוֹעֵם עַד שֶׁיְּהֵא הַפֶּסַח״ — לֹא נִתְכַּוֵּון זֶה אֶלָּא עַד לֵיל הַפֶּסַח, עַד שָׁעָה שֶׁדֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם לִשְׁתּוֹת יַיִן » (נדרים ס״ג ע״ב)
« כתב הב״ח שדקדק הטור וכתב בדבר כו׳ והוי ליה למימר בקיצור נדר עד פסח אלא דלפי שמתחלת הסימן ועד עתה מיירי בקונם יין » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ח)
« אבל דין זה אינו בנודר מן היין אלא מדברים אחרים דוקא דבנודר מן היין אף באומר שיהא פסח או פני פסח אינו אסור אלא עד שיגיע הפסח » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ח)
La question de fond : la règle עד שיהיה est-elle une règle de langue — ce que le verbe fait entendre — ou une règle d’intention, qu’une intention manifeste peut donc défaire ? Rabbi Yehouda dit que celui qui voue du vin ne visait que le moment où l’on boit du vin. Si la règle est de langue, cette intention ne compte pas ; si elle est d’intention, elle l’emporte.
« מיהו מדהשמיט המחבר לקמן דברים אלו משמע דסבירא ליה כהרמב״ם וסייעתו דאפילו ביין אסור עד שיצא פסח וכ״כ הב״ח לקמן » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ח)
L’argument du Chakh est un argument de silence, et il est fort : le Mehaber avait toute la place, plus loin, pour rapporter la michna de Rabbi Yehouda ; il ne l’a pas fait. Une omission chez lui n’est pas un oubli — c’est une décision. Le vin n’a donc pas de régime propre : עד שיהא le tient jusqu’à la sortie de la fête comme tout le reste.
« וכתוב בתשובת מהרי״ל סימן קל״א באחד שנדר מהיין והתנה חוץ משבת וי״ט אסור ביין של הבדלה וע״ש » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ח)
La responsa du Maharil, que le Chakh accole au même ס״ק et que le Baer Hetev reprend au ס״ק י״א, est d’un usage courant : qui s’interdit le vin « sauf Chabbat et jours de fête » reste interdit dans le vin de la havdala. La havdala est à la sortie du Chabbat, non dedans.

9. עד שיגיע — le Ba’h veut une שאלה partout, le Taz la refuse

Le décret du seif 1 a une portée disputée. Le Ba’h le généralise à toutes les formules qui s’arrêtent à l’arrivée : עד הפסח, עד פני הפסח selon le Rambam, עד הגשם. Le Taz s’y oppose expressément, et sur un argument de méthode.

« פסק הב״ח דכל היכא דאינו אסור אלא עד שיגיע כגון עד הפסח לד״ה ובעד פני להרמב״ם וכן עד הגשם (לקמן סעיף י״ח) בכלן צריך שאלה לחכם דלמא לא ידע להפריש ביניהם » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק י״ט)
« ועל כן ברור בכל החילוקים שנמצאו בסימן זה לענין עד הפסח או עד שיהיה הפסח דשם אין צריכין שאלה » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק ג)
Le Taz reproche au Ba’h d’étendre un décret par raisonnement. Or un décret rabbinique ne s’étend pas : il vaut là où les sages l’ont posé, et nulle part ailleurs. ולא משמע כן מהפוסקים שלא הזכירוהו כלל שם — si les décisionnaires n’en parlent pas à cet endroit, c’est qu’il n’y est pas.
Le Ba’h répondrait que le motif est identique, et il est vérifiable : עד הפסח et עד שיהיה הפסח se ressemblent exactement comme היום et יום אחד — une syllabe d’écart, deux régimes. Et l’erreur y coûte dans le même sens : celui qui tient que עד שיהיה finit à l’entrée mangera pendant la fête.
« כתב הב״ח דכל היכא דאינו אסור אלא עד שיגיע כגון עד הפסח לד״ה ובעד פני להרמב״ם וכן עד הגשם לקמן סי״ח בכולן צריך שאלה לחכם » (באר היטב יו״ד ר״כ ס״ק י״א)
Le Baer Hetev rapporte le Ba’h sans lui opposer le Taz. Pour la pratique, l’usage consiste à demander la שאלה : elle ne coûte rien et lève un doute d’interdit de la Torah. Mais qui ne l’a pas faite n’a rien transgressé selon le Taz.

10. משתה בנו שמת — le vœu vise-t-il l’événement ou la date ?

Le Rama, d’après le Teroumat HaDéchen, fait attendre la date prévue même quand le festin ne peut plus avoir lieu. Le Chakh y consacre son ס״ק כ״ז, l’un des plus ardents du siman, et le Taz y apporte une information décisive sur ce que le Teroumat HaDéchen a réellement écrit.

« ואפילו אם מת הבן קודם שיגיע משתה שלו צריך להמתין עד אותו זמן » (רמ״א יו״ד ר״כ:טו)
« שם בת״ה מסיק בדין מותר אלא מטעם גזירה שמא אף בלאו הכי אתי להתיר » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק י)
Voilà l’alternative nette. Ou bien « jusqu’au festin de mon fils » nomme une date, que le décès ne déplace pas : il attend. Ou bien il nomme un événement, et l’événement est devenu impossible : le vœu tombe. Le Chakh tient le second membre et le dit dans les termes les plus forts : ומיד כשמת בטל נדרו.
« ולפע״ד ל״ד כלל דהכא עיקר כוונתו היה שנדר עד שיזכה שיהא הבן בר מצוה ומיד כשמת בטל נדרו והוה כאלו אמר הריני נודר עד שיחיה בני ויהא בר מצוה » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק כ״ז)
« ואפשר לחלק דהתם זמנו קבוע עד שיהא בן י״ג שנים אבל הכא בידו לאחר או להקדים זמן הנשואין ואם כן לא היתה כוונתו אלא עד שיעשה המשתה ולא על הזמן » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק כ״ז)
Le Chakh distingue donc deux cas là où le Rama n’en voyait qu’un. La bar-mitsva est un temps réellement fixe : le père n’a aucune prise dessus, et « jusqu’à ce que mon fils soit bar mitsva » nomme bien une date. Le mariage, lui, dépend de sa volonté : il n’a donc pu viser que l’événement. Le Baer Hetev résume l’objection en une ligne au ס״ק ט״ו.
« הש״ך חולק על זה וכתב מאחר שבידו להקדים או לאחר זמן הנישואין אם כן לא היתה כונתו אלא עד שיעשה המשתה ולא על הזמן » (באר היטב יו״ד ר״כ ס״ק ט״ו)
« והגע עצמך בגט אם אמר ה״ז גיטך אם ימות פלוני תוך י״ב חדש ומת תוך יב״ח וכי גזרינן בהא מת אטו לא מת ודוקא באם לא באתי גזרינן הכי » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק כ״ז)
L’argument du Chakh est tiré du guet, et il est fin. La guemara y décrète bien « il est mort » à cause de « il n’est pas mort » — mais seulement dans la formule אם לא באתי, où la mort empêche une venue que le mari pouvait accomplir. Quand la condition porte sur la mort d’un tiers, on ne décrète pas. Or notre vœu est de ce second type : il visait la vie du fils, non une date qu’un homme pouvait tenir.
« אבל להחמיר גם במשתה בנו אין לנו וכמ״ש וצ״ע » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק כ״ז)
Le Chakh s’incline devant le Teroumat HaDéchen pour la bar-mitsva — כבר הורה זקן ואין משיבין את מהרא״י — mais refuse d’étendre la rigueur au festin, et finit sur וצ״ע. Un cas réel se pose donc à un Rav : deux appareils de premier rang, et l’un des deux clôt par un « à examiner ».

11. זמני הרביעיות — le Rambam contre le Roch, et le צ״ע du Chakh

Les dates des trois révי‘ot sont l’objet d’une beraita à trois avis. La halakha des vœux devrait suivre l’un d’eux ; le Choulhan Aroukh suit le Rambam, et le Chakh montre que cela s’accorde mal avec ce que le même Rambam décide ailleurs.

« אֵיזוֹהִי זְמַנָּהּ שֶׁל רְבִיעָה? הַבְּכִירָה — בִּשְׁלֹשָׁה, בֵּינוֹנִית — בְּשִׁבְעָה, אֲפִילָה — בְּעֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר » (נדרים ס״ג ע״א)
« רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה עָשָׂר, וּבְעֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה, וּבְחוֹדֶשׁ כִּסְלֵיו » (נדרים ס״ג ע״א)
« בִּשְׁלָמָא רְבִיעָה רִאשׁוֹנָה — לִישָּׁאֵל. שְׁלִישִׁית — לְהִתְעַנּוֹת. אֶלָּא שְׁנִיָּה לְמַאי? וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: לְנוֹדֵר » (נדרים ס״ג ע״א)
La guemara distribue les trois révי‘ot entre trois usages, et il faut le retenir : la première commande la demande de pluie dans la tefila, la troisième le jeûne public, et la deuxième ne sert à rien d’autre qu’aux vœux. Notre siman est donc le seul lieu où la seconde révi‘a soit opératoire.
« עד זמן הגשמים שהוא בא״י ר״ח כסליו. רביעה שלישית להרמב״ם והמחבר » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ל)
« והרא״ש והטור והראב״ד פסקו דאינו אסור אלא עד רביעה ראשונה וכן פרש״י בנדרים סוף דף ס״ב » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק כ״ט)
« שהוא רביעה ראשונה וכל זה לדעת הרמב״ם אבל הרא״ש והטור פסקו כרבי יודא דרביעה ראשונה הוא שבעה במרחשון ושניה בי״ז בו » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ל״א)
Le Chakh ne se contente pas de rapporter la divergence : il attaque frontalement le Rambam sur une contradiction interne, et il l’étend au Mehaber. En Hilkhot Tefila, le Rambam fixe la demande de pluie au sept Mar’hechvan, ce qui est la position de Rabbi Yehouda ; ici il fixe la première révi‘a au dix-sept, ce qui est celle de Rabbi Yossé. Or la guemara a lié les deux.
« ואדרבה על הרמב״ם יש לתמוה שבפ״ב מהל׳ תפלה פסק דשואלין בז׳ במרחשון והיינו כר׳ יודא וכאן פסק דרביעה ראשונה היא בי״ז במרחשון וכן על המחבר אלא שיש ליישב בדוחק וצ״ע » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ל״א)
« ולפי זה הרמב״ם והמחבר דכתבו דהראשונה י״ז בו והשנייה כ״ג בו אם כן אין כאן אלא ו׳ יום בין א׳ לב » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ל״ב)
Le second argument du Chakh est arithmétique et il est élégant. Le Rama donne pour la diaspora soixante jours et soixante-dix : dix jours d’écart. Or dix jours est précisément l’écart du Roch et du Tour en Terre d’Israël (sept et dix-sept). Pour le Rambam et le Mehaber, l’écart n’est que de six jours (dix-sept et vingt-trois). La glose du Rama suppose donc la position qu’il vient de ne pas rapporter, et qu’il place après celle du Mehaber.
« אם כן קשה על הרב שכתב דברי הרא״ש וטור אחר דברי הרמב״ם והמחבר וצ״ע » (ש״ך יו״ד ר״כ ס״ק ל״ב)
« ומבואר במשנה דגם אם אומר עד שיהיו הגשמים אין אסור רק עד שיגיעו התחלת הגשמים והטעם לפי שאין זמן קבוע והוה כקציר דסעיף י״ב » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק י״ג)
Le Taz rattache ici le seif 18 au seif 12, et c’est la clé pratique de tout le bloc : la pluie n’a pas de durée fixe, et c’est pourquoi עד שיהיו הגשמים ne prolonge pas jusqu’à la fin de la saison. On s’arrête au commencement, quelle que soit la formule.

12. מי הוא הלוקה — le Ran contre le Rambam, et la lecture de « עבר הפסח »

Le siman se clôt sur la seule sanction qu’il mentionne. Le texte dit הרי זה לוקה — « celui-ci est flagellé » — sans dire qui. Le Taz consacre au ס״ק כ la ma’hloket qui en résulte, et elle touche à une question de principe : un homme peut-il faire tomber un autre sous un interdit de la Torah ?

« ואם הלכה לפני הפסח ונמצא מהנה אותה הרי זה לוקה בזמן הסנהדרין ואסורה בהנייתו עד החג » (שו״ע יו״ד ר״כ:כג)
« פי׳ הר״ן דקאי על האשה דאע״ג דלא נדרה כלום מ״מ עברה על לא יחל פי׳ לא יוחל הדבר של נדר » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק כ)
« וכיון שאדם יכול לאסור על אחר הרי האחר בלא יחל ולא כהרמב״ם שפירש לוקה הוא אם מהנה אותה ולא היא » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק כ)
L’enjeu n’est pas seulement de savoir qui reçoit les coups. Pour le Ran, un homme peut créer par sa parole un interdit dont un autre devient le sujet, et cet autre transgresse לא יחל bien qu’il n’ait rien juré. Pour le Rambam, l’interdit reste attaché à celui qui l’a prononcé : il est le seul à pouvoir le profaner, et c’est lui qu’on flagelle quand il procure le profit.
« וְאִם הָלְכָה לִפְנֵי הַפֶּסַח וְנִמְצָא מְהַנֶּה אוֹתָהּ הֲרֵי זֶה לוֹקֶה וַאֲסוּרָה בַּהֲנָיָתוֹ עַד הֶחָג וּמֻתֶּרֶת לֵילֵךְ לְבֵית אָבִיהָ מִשֶּׁהִגִּיעַ הַפֶּסַח » (רמב״ם הלכות נדרים פרק י׳ הלכה י״ג)
« עט״ז סק״כ ובאר הגולה ועיין בתשובת משכנות יעקב סימן מ״ו שמתרץ השגת הר״ן על הרמב״ם בזה » (פתחי תשובה יו״ד ר״כ ס״ק ו)

Le Taz avait déjà, au ס״ק י״ט, expliqué le Rambam sur un autre point du même bloc : pourquoi le nodèr a nommé « jusqu’à la fête » alors que l’interdit s’arrête à Pessa’h. Il en donne deux lectures, et retient la première.

« הראשון שהוא מתכוין שלא תהנה עד הפסח שמא תעבור אח״כ וכמו שהוא הדין לפי האמת » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק י״ט)
« ויש גם כן לומר שמה שאמר עד החג הוא דרך חזרה דהיינו שמתחלה עלה על דעתו לאסור עד הפסח לחוד » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק י״ט)
La seconde lecture du Taz est une חזרה : le nodèr a d’abord dit « jusqu’à Pessa’h », puis s’est ravisé et a étendu l’ensemble — l’interdit et la condition — jusqu’à la fête. D’où le résultat du Rambam : coups s’il l’a fait avant Pessa’h, où l’interdit est certain ; mais après Pessa’h, doute — donc rigueur sans coups, אבל אין לוקין מספק.
« אבל עבר הפסח הוה מ״מ ספק איסור דשמא יש חזרה כאן וסתם נדרים הולכין להחמיר אבל אין לוקין מספק » (ט״ז יו״ד ר״כ ס״ק י״ט)
Le Pit’hei Techouva ferme le siman en renvoyant au Michkenot Yaakov, qui résout l’objection du Ran contre le Rambam. Le débat reste donc ouvert à la fin du siman : les coups eux-mêmes ne se posent plus, faute de Sanhédrin, mais la question de savoir qui est le sujet de l’interdit reste entière — et elle décide, elle, de ce qu’il est permis de faire.

Tableau — les vingt-trois seifim en une page

SeifimAxeCe qui s’y joue
1–2היום · יום אחדLe terme contre la durée ; le décret de la שאלה et ses deux exceptions
3–10שבוע · חדש · שנה · שמיטהLa même opposition portée sur quatre échelles, plus le cas d’Adar
11–12עד · עד שיהיהLe franchissement, et son abolition pour ce dont le temps n’est pas fixe
13–17המקום והמלאכהOù l’on regarde, et quel geste marque le début et la fin
18–19הגשם · הגשמיםUne date contre un fait, et la fin fixée à Pessa’h
20בחגLa langue des hommes contre la catégorie halakhique
21–23שתי תיבות זמןLa place du mot dans la phrase, et la crainte rétroactive

Tableau — les ma’hlokot centrales

QuestionUne positionL’autreOù
שבוע זה — צריך שאלה?Le Rama et le Taz : nonLe Ba’h, le Ra’f, le Bartenoura : ouiס״ק י · ט״ז ס״ק ג
דיא ווא״ך — השבת בכלל?Le Taz : non, sauf emploi numéralLes Nekoudot HaKessef : oui, toujoursט״ז ס״ק ב · נקה״כ א
חדש אחד — כמה?Le Roch : de quantième à quantièmeLe Rambam, le Semag, R. Yerou’ham : trente joursס״ק י״ג
שנה אחת בר״הLe Chakh, le Sma, le Ran : douze moisLe Ba’h : treize moisס״ק ט״ו
סתם אדרLe Mehaber, R. Yehouda : Adar ILe Rambam, R. Meïr : Adar II s’il savaitסעיף ח · ס״ק י״ז
עד שיהא הפסח בייןLe Ba’h : s’arrête à l’entréeLe Chakh et le Rambam : jusqu’à la sortieס״ק י״ח
שאלה בעד שיגיעLe Ba’h : requise partoutLe Taz : nulle part hors du seif 1ס״ק י״ט · ט״ז ס״ק ג
משתה בנו שמתLe Rama et le Teroumat HaDéchen : il attendLe Chakh : le vœu est tombéסעיף טו · ס״ק כ״ז
זמן רביעה ראשונהLe Rambam et le Mehaber : le 17 Mar’hechvanLe Roch, le Tour, Rachi, le Raavad : le 7ס״ק כ״ט–ל״ב
מי הוא הלוקהLe Ran : la femme, par לא יחלLe Rambam : le mari, s’il lui procure profitט״ז ס״ק כ · פת״ש ס״ק ו

Tableau — les sources de la sougya

SourceCe qu’elle donne
נדרים ס׳ ע״אLa michna entière des seifim 1 à 11
נדרים ס׳ ע״בLe motif du décret, et le קרו אינשי ריש ירחא
נדרים ס״ג ע״אLes trois révי‘ot et leurs usages ; la beraita d’Adar et la réponse d’Abbayé
נדרים ס״ג ע״בLa michna de Rabbi Yehouda sur le vin, que le Mehaber n’a pas reprise
רמב״ם הלכות נדרים פרק יLe parallèle entier, et la formulation du כלל du זמן קבוע
טור יורה דעה ר״כL’ordre du siman, et la source de la glose du Rama sur la diaspora
בית יוסף יורה דעה ר״כLa raison du Ran sur היום, et la discussion des positions
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן ר״כ · Niveau 2 — Lamdan · חילוק שבין קונם יין להיום או לזמן ודין הנודר על דבר שאינו קבוע
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