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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 225 — le texte, la traduction et l’appareil (יורה דעה רכ״ה)

Le texte, sa traduction, et les trois entrées de l’appareil
יורה דעה · סימן רכ״ה
האוסר על חבירו דבר שאינו שלו
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Un siman d’un seul seif, d’une ligne et demie, et pourtant l’un des plus nets du traité : on ne peut pas interdire à quelqu’un une chose qui ne nous appartient pas. Ce n’est pas une indulgence, c’est une impossibilité — אינו כלום, il ne s’est rien produit. Et tout se renverse sur un mot : אמן.

Sujet : Interdire à autrui ce qui ne vous appartient pas
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן רכ״ה (א seif)

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Plan de l’étude

1. Le principe, et pourquoi ce siman n’a pas d’intitulé
2. Le seif, clause par clause
3. Cinq mots à poser : הנאסר · אינו כלום · עניית אמן · קבלת דברים · חרם
4. D’où cela vient : נדרים מ״ז ע״א, שבועות כ״ט ע״ב, le Rambam, le Tour
5. Les trois entrées de l’appareil
6. Le tableau de révision
7. Trois situations réelles
8. Se vérifier

1. Le principe — et une remarque d’édition

Une remarque d’édition, avant tout le reste. Ce siman est le seul de ce bloc à ne porter aucun intitulé : là où les autres simanim s’ouvrent sur une formule du type « דין … ובו … סעיפים », celui-ci commence directement par « ובו סעיף אחד: » (שו״ע יו״ד רכ״ה:א). Le chapeau recopié dans le bloc de texte source ci-dessous est exactement ce que l’édition donne, à la lettre. Le titre français de cette page, et le descripteur hébreu qui l’accompagne, sont de notre rédaction : ils décrivent le contenu du seif, et ne doivent jamais être lus comme l’intitulé du Choul’han Aroukh. Le Tour, lui, a bien un texte pour ce siman, et il est cité plus bas.

Le siman pose une seule règle, et elle est d’une simplicité désarmante : ma parole n’a de prise que sur ce qui est à moi. Je peux m’interdire les fruits de mon voisin — le vœu porte alors sur moi, et j’en ai le pouvoir. Je peux interdire mes fruits à mon voisin — le vœu porte alors sur ma chose, et j’en ai le pouvoir aussi. Mais interdire à Chimon les fruits de Lévi, c’est parler de ce qui ne m’appartient à aucun des deux titres : ni la chose, ni l’homme. Le Choul’han Aroukh ne dit donc pas que c’est permis ; il dit que rien n’a eu lieu.

Et puis vient le mot. Si celui qu’on visait — הנאסר — répond amen, tout change, parce que l’amen n’est pas un acquiescement poli : il vaut, selon la guemara, comme si l’homme avait prononcé lui-même la formule. Or un homme peut parfaitement s’interdire à lui-même les fruits d’un tiers. Ce qui était impossible depuis la bouche du voisin devient ordinaire depuis la sienne.

Les deux blocs du seif. (1) La parole d’un tiers qui prétend interdire le bien d’un autre : אינו כלום, elle est nulle. (2) L’exception, et elle ne vient pas du locuteur mais de la cible : אלא אם כן ענה הנאסר אמן.

2. Le texte du Choul’han Aroukh

Le siman n’a qu’un seif. Le voici en entier, avec son chapeau tel que l’édition le donne — sans intitulé —, puis clause par clause.

Seif unique — la parole d’un tiers, et l’amen de celui qu’elle vise

Le seif tient en deux propositions. La première décrit un acte de parole : un homme dit à son prochain que les fruits d’un tiers lui sont interdits. La seconde le réduit à néant — puis rouvre la porte d’un seul mot.

ובו סעיף אחד:
האומר לחבירו פירותיו של פלוני אסורין עליך אינו כלום אלא אם כן ענה הנאסר אמן:
« האומר לחבירו פירותיו של פלוני אסורין עליך » (שו״ע יו״ד רכ״ה:א)
Celui qui dit à son prochain : les fruits d’un tel te sont interdits —
Trois personnes en présence : celui qui parle, celui à qui il parle, et un tiers dont les fruits sont en cause. Le point décisif est que le locuteur ne possède rien de ce dont il parle.
« אינו כלום אלא אם כן ענה הנאסר אמן: » (שו״ע יו״ד רכ״ה:א)
— cela n’est rien du tout, sauf si celui qu’on vise a répondu amen.
אינו כלום : non pas « c’est permis », mais « rien ne s’est produit ». Aucun interdit n’a pris. Et l’exception ne porte pas sur la parole du locuteur : elle porte sur la réponse de הנאסר, celui qu’on voulait lier.
À retenir. Un homme ne peut pas interdire à son prochain une chose qui ne lui appartient pas. Sa parole est nulle — non pas faible, nulle. Mais si celui qu’elle vise répond amen, il devient lui-même l’auteur du vœu, et il est lié.

3. Le vocabulaire du siman

הנאסר — « celui qui est rendu interdit », c’est-à-dire l’homme que le vœu vise. Le Choul’han Aroukh l’emploie ici avec une précision remarquable : ce n’est pas le נודר (celui qui voue) qui doit répondre amen, c’est le נאסר.
אינו כלום — littéralement « ce n’est rien ». En droit des vœux, la formule est plus forte que « c’est permis » : elle dit que l’acte de parole n’a produit aucun effet, et qu’il n’y a donc rien à dénouer.
עניית אמן — répondre amen. La guemara de שבועות כ״ט ע״ב en fait un équivalent de la parole elle-même : כמוציא בפיו דמי. C’est sur cette équivalence que repose tout le renversement du siman.
קבלת דברים — l’acceptation. Le siman 209 précise que l’amen n’est pas seul de son espèce : tout mot « dont la teneur est comme une réponse amen », c’est-à-dire une acceptation, fait le même effet.
חרם ונידוי — l’excommunication et la mise à l’écart. Le Pit’hei Techouva y recourt pour expliquer une adjuration publique qui semble n’avoir reçu d’amen de personne : prononcée en forme de serment, elle n’en serait pas un.

4. Les sources — guemara, Rambam, Tour, Beit Yossef

La guemara — נדרים מ״ז ע״א : la raison donnée en passant

Fait remarquable : la guemara n’énonce jamais notre règle comme une décision. Elle s’en sert comme d’une prémisse déjà acquise, à l’intérieur d’une question de Rami bar Hama sur un tout autre sujet — les produits d’échange d’un fruit interdit. Pour distinguer le cas où l’on s’interdit à soi-même de celui où l’on interdit à autrui, elle rappelle en une incise que nul n’interdit les fruits d’autrui à autrui.

« מִי אָמְרִינַן גַּבֵּי דִילֵיהּ, הוֹאִיל וְאָדָם אוֹסֵר פֵּירוֹת חֲבֵירוֹ עַל עַצְמו » (נדרים מ״ז ע״א)
« גַּבֵּי חֲבֵירוֹ, הוֹאִיל וְאֵין אָדָם אוֹסֵר פֵּירוֹת חֲבֵירוֹ עַל חֲבֵירו » (נדרים מ״ז ע״א)
« דאי אמר לחבירו קונם פירות של פלוני עליך לא הוי כלום » (רש״י על נדרים מ״ז ע״א)

La règle de l’amen — שבועות כ״ט ע״ב

C’est d’un tout autre traité que vient la seconde moitié du seif. La michna y enseigne que celui qu’on adjure et qui répond amen est tenu ; et Chemouel en donne la raison générale, avec le verset de la sota, où la femme répond אמן אמן.

« מַשְׁבִּיעֲךָ אֲנִי״, וְאָמַר ״אָמֵן״ – חַיָּיב » (שבועות כ״ט ע״ב)
« אָמַר שְׁמוּאֵל: כׇּל הָעוֹנֶה ״אָמֵן״ אַחַר שְׁבוּעָה – כְּמוֹצִיא שְׁבוּעָה בְּפִיו דָּמֵי » (שבועות כ״ט ע״ב)

Le Rambam — הלכות נדרים פרק ה׳

Le Rambam range ce cas immédiatement après les formules du siman 224, et il le formule d’une manière qui n’est pas exactement celle du Tour : chez lui, ce qu’on ne peut pas faire, c’est rendre son prochain interdit par une chose qui n’est pas à soi. Le niveau 2 revient sur cet écart.

« רְאוּבֵן שֶׁאָמַר לְשִׁמְעוֹן הֲרֵי פֵּרוֹת פְּלוֹנִי אֲסוּרִין עָלֶיך » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ הלכה ג)
« שֶׁאֵין אָדָם אוֹסֵר חֲבֵרוֹ בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ אֶלָּא אִם כֵּן עָנָה שִׁמְעוֹן אָמֵן » (רמב״ם הלכות נדרים פרק ה׳ הלכה ג)

Le Tour et le Beit Yossef

Le Tour, lui, a bien un texte pour ce siman — et c’est mot pour mot celui que le Choul’han Aroukh reprendra. Le Beit Yossef fait ensuite ce qu’il fait toujours : il nomme la source de chaque moitié. La première vient de נדרים ; la seconde, il va la chercher dans שבועות.

« ראובן שאומר לשמעון הרי פירותיו של פלוני אסורין עליך אינו כלום שאין אדם אוסר דבר שאינו שלו על חבירו » (טור יורה דעה רכ״ה)
« אא״כ יענה הנאסר אמן » (טור יורה דעה רכ״ה)
« פשוט בפ׳ השותפין שנדרו » (בית יוסף יורה דעה רכ״ה)
« הוא נלמד ממימרא דשמואל פ׳ שבועות שתים » (בית יוסף יורה דעה רכ״ה)

Le siman 209, son exact pendant

Le siman 209 traite du cas inverse, et les deux se lisent ensemble. Là-bas, celui qui entend son prochain le faire vouer et répond amen est lié — l’amen est une acceptation. Mais le siman 209 ajoute une clause décisive : quand le prochain l’interdit de son bien à lui, aucune acceptation n’est requise. Le siman 225 est l’autre moitié de cette phrase : quand le bien n’est pas au locuteur, l’acceptation est tout.

« אחד הנודר מעצמו או שהדירו חבירו ואמר אמן או דבר שעניינו כענית אמן שהוא קבלת דברים אסור » (שו״ע יו״ד ר״ט:א)
« אבל כשחבירו מדירו משלו אין צריך לקבל דבריו » (שו״ע יו״ד ר״ט:א)

5. L’appareil, entrée par entrée

Ce siman porte trois entrées d’appareil, et deux ouvrages n’y ont rien écrit. Les trois sont citées ci-dessous en entier, chacune avec sa référence. On remarquera que le Baer Hetev, ici, ne fait que rapporter le Chakh — il le dit lui-même en terminant par « עכ״ל הש״ך » (באר היטב יו״ד רכ״ה ס״ק א).

Le Chakh — une entrée

Le Chakh donne la raison en six mots, et renvoie au siman 209.

ס״ק א — « אינו כלום » — nul n’interdit ce qui n’est pas à lui

« אינו כלום. שאין אדם אוסר דבר שאינו שלו על חבירו וע״ל סימן ר״ט: » (ש״ך יו״ד רכ״ה ס״ק א)

Le Baer Hetev — une entrée

Il reprend le Chakh mot pour mot et le nomme.

ס״ק א — « כלום » — le Chakh, rapporté et nommé

« כלום. שאין אדם אוסר דבר שאינו שלו על חבירו וע״ל סימן ר״ט עכ״ל הש״ך: » (באר היטב יו״ד רכ״ה ס״ק א)

Le Pit’hei Techouva — une entrée

La seule entrée qui ouvre une question, et elle est de grande portée : elle porte sur l’adjuration que le Rambam a placée en tête du Moré Nevoukhim, et sur une adjuration semblable de Rabbi Haïm Vital. Elle est citée ici en deux blocs — la question, puis la réponse — sous la même référence de ס״ק.

ס״ק א — « אמן » — l’adjuration du Rambam en tête du Moré Nevoukhim

« אמן. עיין בתשובת שתי הלחם סימן ל״ה שנשאל על דבר שבועת הרמב״ם ז״ל הכתובה בתחלת ספר המורה וז״ל ואני משביע באלקי ישראל כל מי שיקרא במאמרי זה וכו׳ איך תחול השבועה כשאין המושבע עונה אמן וכן הוקשה לו בדברי ה״ה הרח״ו ז״ל שגם הוא השביע כעין שבועה זו ע״ש » (פתחי תשובה יו״ד רכ״ה ס״ק א)
« מ״ש בזה דאף שהוציאו בלשון שבועה מ״מ אינה אלא גזירת חרם ונידוי וכמ״ש הרא״ש ז״ל כלל ה׳ סימן ד׳ על שבועה דפלגש בגבעה ולכן אסור לזלזל בשבועות אלו ע״ש » (פתחי תשובה יו״ד רכ״ה ס״ק א)

Deux ouvrages sans entrée sur ce siman

Le Taz et les Nekoudot HaKessef n’ont pas d’entrée sur ce siman. Ce n’est pas un manque de l’édition : le siman tient en une ligne et demie, et le Chakh y a déjà dit tout ce qu’il y avait à dire. On les retrouve l’un et l’autre dans le voisinage immédiat — le Taz aux simanim 223 et 224, avec cinq et trois entrées, et les Nekoudot HaKessef au siman 223, où elles répondent justement au Taz. Aucune ligne n’a été fabriquée ici pour remplir une colonne.

6. Tableau — chaque clause et son sens

Les deux clauses du seif, chacune en regard de son sens. C’est le tableau le plus court du chantier — et il suffit.

SeifTexteSens
א « האומר לחבירו פירותיו של פלוני אסורין עליך » (שו״ע יו״ד רכ״ה:א) Celui qui dit à son prochain : les fruits d’un tel te sont interdits —
א « אינו כלום אלא אם כן ענה הנאסר אמן: » (שו״ע יו״ד רכ״ה:א) — cela n’est rien du tout, sauf si celui qu’on vise a répondu amen.

7. Cas pratiques

Trois situations où la règle du siman se reconnaît — et une où elle ne s’applique pas.

Un voisin déclare : « le vin d’untel t’est interdit »

S’il n’a pas répondu, rien ne s’est produit et il n’y a rien à dénouer : le vin n’est pas à celui qui a parlé, et l’homme visé n’a rien accepté. S’il a dit amen, ou seulement « d’accord », il faut poser la question au Rav : le siman 209 assimile à l’amen tout mot dont la teneur est une acceptation.

Le même voisin déclare : « mon vin t’est interdit »

Ce n’est plus notre siman, et la réponse est inverse. La chose est à lui : il a le pouvoir de l’interdire, et le siman 209 dit expressément qu’aucune acceptation n’est alors requise. Confondre les deux cas est l’erreur la plus fréquente sur cette matière.

Un livre s’ouvre sur une adjuration solennelle

C’est le cas du Pit’hei Techouva. Un auteur adjure « au nom du D. d’Israël » tous ceux qui liront son ouvrage — et personne, évidemment, ne répond amen. La réponse rapportée par le Pit’hei Techouva au nom du Chté HaLéhem est que ce n’est pas techniquement un serment mais un décret de חרם ונידוי, et il conclut qu’il est interdit de traiter ces adjurations à la légère.

8. Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Choul’han Aroukh écrit-il « אינו כלום » plutôt que « מותר » ? Qu’est-ce que cette nuance change en pratique ?
  2. Qui doit répondre amen : celui qui a parlé, ou celui qu’on vise ? Retrouvez le mot exact du seif qui le dit.
  3. La guemara de נדרים מ״ז ע״א énonce-t-elle notre règle comme une décision, ou comme autre chose ? Et à quelle occasion ?
  4. D’où vient la seconde moitié du seif — celle de l’amen ? Nommez le traité, et dites pourquoi le Beit Yossef a dû aller le chercher ailleurs.
  5. Le siman 209 dit qu’« il n’est pas besoin d’accepter ses paroles » dans un cas précis. Lequel, et pourquoi notre siman dit-il le contraire ?
  6. Le Taz n’a pas d’entrée ici. Est-ce une lacune de l’édition, ou autre chose ?

Pour aller plus loin

Poursuivre par le siman 224, qui pose les formules du חרם et l’asymétrie qu’elles créent, et par le siman 226, sur les associés qui se sont mutuellement interdits. Pour le pendant exact de notre règle, remonter au siman 209. Et lorsqu’un vœu a effectivement pris, c’est le siman 228 qui dit comment on le dénoue.
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
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