Réchauffer un plat le Shabbat (Choulhan Aroukh, Siman 318) dépend de trois paramètres : un aliment solide entièrement cuit puis refroidi peut être réchauffé (אין בישול אחר בישול), un liquide refroidi ne le peut pas, et le résultat varie selon la source de chaleur (plata, feu) et le récipient (kéli rishon ou shéni).
Sauces, plats mixtes solide-liquide, retour sur plata avec couvercle : consulter son Rav.
La cuisson (מבשל) est une mélakha de la Torah le Shabbat. Mais un aliment solide, entièrement cuit puis refroidi, ne se « recuit » pas — c'est le principe אין בישול אחר בישול. Tout dépend alors de trois paramètres : l'aliment (solide ou liquide), la source de chaleur (plata, feu, eau chaude), et le récipient (kéli rishon ou shéni). Pour votre cas concret — demandez à votre Rav.
Le plat mijoté du vendredi a refroidi. Peut-on le remettre sur la plata ? Verser de la soupe chaude sur du pain ? Réchauffer un reste à l'eau bouillante ? Ces gestes quotidiens touchent à l'une des mélakhot les plus complexes du Shabbat : מבשל (la cuisson), traitée au Siman 318 du Choulhan Aroukh.
Pourquoi la cuisson est-elle si sensible le Shabbat ?
Cuire fait partie des 39 mélakhot interdites par la Torah (av mélakha). Le siman 318 en codifie les règles sur de nombreux seifim. Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ouvre même par la sanction qui frappe un aliment cuit en transgression :
המבשל בשבת… במזיד אסור לו לעולם ולאחרים מותר למוצאי שבת מיד; ובשוגג אסור בו ביום גם לאחרים, ולערב מותר גם לו מיד.
Celui qui cuit le Shabbat volontairement : l'aliment lui est interdit pour toujours ; pour les autres, dès la sortie de Shabbat. Par inadvertance : interdit ce jour-là, permis le soir même pour lui. C'est le principe de מעשה שבת.
Autant dire que le sujet se traite avec prudence. Voyons les trois notions qui commandent tout.
Les 3 notions-clés du réchauffage
1. יד סולדת בו — le seuil de la cuisson
Il n'y a « cuisson » qu'à partir d'une certaine chaleur : celle où la main se retire instinctivement (souvent estimée autour de 45 °C). En dessous de ce seuil, beaucoup d'avis considèrent qu'il n'y a pas de cuisson.
2. אין בישול אחר בישול — pas de cuisson après cuisson
Un aliment déjà entièrement cuit ne se « recuit » pas. Le seif ד précise une distinction décisive : pour un aliment solide et sec, on peut le tremper dans du chaud ; mais pour un plat liquide (avec sauce/bouillon) qui a refroidi, plusieurs avis estiment qu'il y a bien une nouvelle cuisson (« מצטמק ויפה לו »).
3. Kéli rishon / kéli shéni — le rôle du récipient
Le kéli rishon est le récipient qui a chauffé sur le feu : il cuit encore tant qu'il est chaud. Le kéli shéni est le second récipient où l'on transvase : ses parois ne brûlent pas, il cuit beaucoup moins. Verser depuis l'un ou l'autre n'a donc pas le même statut.
Le seif ג ajoute que même cuire par une chaleur dérivée (תולדות האור) — par exemple poser un œuf contre une marmite brûlante — est interdit comme la cuisson au feu lui-même.
Application moderne : plata, casserole, eau chaude
- La plata (réchaud de Shabbat) : remettre un plat dessus soulève les questions de cuisson et de « hahzara » (le fait de reposer un plat) — avec des conditions précises selon l'aliment et son état.
- Un plat liquide refroidi : le point le plus sensible, car « pas de cuisson après cuisson » ne s'applique pas de la même façon aux liquides.
- Verser de l'eau chaude : tout dépend si l'on verse depuis un kéli rishon ou un kéli shéni, et sur quel type d'aliment.
- Le micro-ondes : il s'agit d'une cuisson active — hors du cadre permis du réchauffage de Shabbat.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Le réchauffage le Shabbat dépend de nombreux détails (aliment, état, récipient, minhag). Pour savoir ce qui est permis dans votre cuisine, consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Peut-on réchauffer un plat déjà cuit le Shabbat ?
Le principe אין בישול אחר בישול enseigne qu'un aliment solide entièrement cuit puis refroidi ne se recuit pas — mais cela dépend de l'aliment (solide/liquide), de la source de chaleur et de la manière. Pour la pratique, consulte ton Rav.
Qu'est-ce que יד סולדת בו ?
C'est le seuil de chaleur à partir duquel il y a cuisson au sens halakhique — la température où la main se retire (souvent estimée vers 45 °C).
Kéli rishon ou kéli shéni : quelle différence ?
Le kéli rishon a chauffé sur le feu et cuit encore tant qu'il est chaud ; le kéli shéni, où l'on a transvasé, cuit beaucoup moins. Distinction centrale pour le réchauffage.
Étudier le Siman 318 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.