Le Choulhan Aroukh (Siman 252) permet de commencer le vendredi, près du crépuscule, une mélakha qui s'achèvera d'elle-même Shabbat, car l'homme n'est pas tenu au « repos de ses outils » (שביתת כלים) — la halakha suit Beit Hillel.
Deux réserves l'encadrent : pas de feu qu'on pourrait attiser (שמא יחתה), pas de marmite non scellée qu'on pourrait remuer (שמא יגיס). Pour un cas concret, consulter son Rav.
On peut lancer le vendredi un travail qui se termine seul Shabbat — tremper, faire macérer, presser, irriguer — parce que selon Beit Hillel les outils inanimés n'ont pas à « se reposer » Shabbat (שביתת כלים). Les garde-fous : aucune intervention humaine Shabbat, pas de cuisson active (שמא יחתה / שמא יגיס), et prudence sur le bruit (השמעת קול) et ce qui est publiquement visible (מראית עין). Pour un cas concret — demande à ton Rav.
Vous lancez le lave-linge vendredi soir : il tourne, essore et s'arrête… en plein Shabbat. Est-ce permis ? La question paraît résolument moderne, mais le Choulhan Aroukh la traite déjà, au Siman 252 des Hilkhot Shabbat (Orah Haïm). On y parle de tremper l'encre, de faire blanchir le lin au four, de charger le pressoir, d'ouvrir l'eau vers le jardin — et le raisonnement s'applique directement à nos machines automatiques.
Que dit le Choulhan Aroukh au Siman 252 ?
Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ouvre le siman par une permission de principe :
מוּתָּר לְהַתְחִיל בִּמְלָאכָה בְּעֶרֶב שַׁבָּת סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה אַף עַל פִּי שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְגָמְרָהּ מִבְּעוֹד יוֹם וְהִיא נִגְמֶרֶת מֵאֵלֶיהָ בְּשַׁבָּת.
« Il est permis de commencer une mélakha le vendredi soir, près du crépuscule, même si l'on ne peut pas l'achever avant la nuit, et qu'elle se termine d'elle-même Shabbat. »
Suivent des exemples : tremper l'encre et les colorants, mettre le lin au four pour qu'il blanchisse, charger le pressoir à huile et à vin, ouvrir l'eau vers le jardin. Le point commun : un processus autonome, qui n'exige plus la main de l'homme une fois lancé. Trois concepts expliquent pourquoi c'est permis — et où sont les limites.
Les 3 concepts clés
1. שביתת כלים — le repos des outils
La sougya fondatrice (Beitsa 16b) oppose Beit Shamai, qui exige que même les outils d'un Juif « se reposent » Shabbat, à Beit Hillel, pour qui seuls le Juif et ceux qui dépendent de lui (personnes, animaux) se reposent — pas les objets inanimés. La halakha suit Beit Hillel.
Conséquence : un processus mécanique lancé le vendredi peut continuer tout seul Shabbat, comme le résume le siman : אֵין אָדָם מְצֻוֶּה עַל שְׁבִיתַת כֵּלִים — « l'homme n'est pas tenu au repos de ses ustensiles ».
2. שמא יחתה / שמא יגיס — les deux garde-fous
שמא יחתה : « de peur qu'on n'attise » — si une marmite est sur le feu, on craint que le Juif ne ravive les braises Shabbat pour accélérer la cuisson. שמא יגיס : « de peur qu'on ne remue » — même hors du feu, si la marmite n'est pas scellée (טוחה בטיט), on craint qu'on ne la remue, car remuer une cuisson relève de mévachel (« cuire »).
C'est pourquoi la laine dans une marmite scellée et hors du feu est permise, tandis que tout ce qui touche à une cuisson active reste interdit.
3. קציצה — le prix convenu avec l'artisan non-juif
Le siman (seif ב) permet de confier ses vêtements à un teinturier non-juif ou ses peaux à un tanneur près du crépuscule, à condition d'avoir convenu d'un prix (קציצה), que le travail se fasse chez lui, et sans lui demander de travailler Shabbat. Grâce au prix, il agit אַדַּעְתָּא דְנַפְשֵׁיהּ — pour son propre compte, pas comme émissaire du Juif (même logique qu'au Siman 247).
Les cas du siman (seifim א–ז)
| Seif | Situation | Ce que dit la source |
|---|---|---|
| א (1) | Tremper, faire blanchir, tendre des pièges, charger avant la nuit | Permis si le processus est autonome ; interdit si feu (יחתה) ou marmite non scellée (יגיס) |
| ב (2) | Vêtements au teinturier / peaux au tanneur non-juif | Permis avec קציצה, chez lui, sans demande explicite pour Shabbat |
| ג (3) | Travail notoirement « juif » fait dans un lieu public | « טוב להחמיר » — mieux vaut être strict (מראית עין) |
| ד (4) | Porter Shabbat le vêtement fini par le non-juif | Mehaber : permis (אדעתא דנפשיה) ; Rama : attendre à l'issue de Shabbat (כדי שיעשה) |
| ה (5) | Irrigation, pressoir, moulin, encens, orge à tremper | Permis — l'objet agit seul (pas de chvitat kelim) |
| ו (6) | Sortir près du crépuscule avec une aiguille ou une plume | Interdit — peur d'oublier et de porter Shabbat (tefillin permis) |
| ז (7) | Palper ses vêtements avant Shabbat | Mitzva — pour ne rien porter d'interdit Shabbat |
La nuance du Rama : bruit et horloge
Le Rama (Rabbi Moché Isserlès) ajoute une précaution sur le bruit (השמעת קול) : pour le moulin qui moud Shabbat, il rapporte un avis strict (« de peur qu'on ne dise : le moulin d'untel moud Shabbat ») retenu lekhatehilah, tout en autorisant l'indulgence en cas de perte. En revanche, pour l'horloge à poids qui sonne les heures :
וּמוּתָּר לְהַעֲמִיד כְּלִי מִשְׁקוֹלֶת שֶׁקּוֹרִין זייגר מֵעֶרֶב שַׁבָּת, אַף עַל פִּי שֶׁמַּשְׁמִיעַ קוֹל לְהוֹדִיעַ הַשָּׁעוֹת בְּשַׁבָּת, כִּי הַכֹּל יוֹדְעִים שֶׁדַּרְכָּן לְהַעֲמִידוֹ מֵאֶתְמוֹל.
« Il est permis de mettre en marche dès la veille de Shabbat l'horloge à poids appelée zaiger, bien qu'elle sonne pour indiquer les heures Shabbat, car tous savent qu'on la remonte la veille. »
Le principe se dégage : quand chacun sait que le mécanisme a été enclenché avant Shabbat, il n'y a pas de מראית עין.
Application moderne : lave-linge, minuteries, machines
On comprend maintenant pourquoi ce siman « ancien » parle directement de nos appareils :
- Le lave-linge ou le lave-vaisselle lancé le vendredi ? Le principe de שביתת כלים (Beit Hillel) l'autorise, à condition qu'aucune intervention ne soit requise Shabbat — et sous réserve du bruit perceptible (השמעת קול) et de la visibilité publique (מראית עין).
- Un robot-cuiseur programmé pour cuisiner Shabbat ? Bien plus problématique : la cuisson automatique touche à שמא יגיס et à mévachel. C'est un cas à poser à un Rav.
- Les minuteries de Shabbat (lumières, chauffage) prolongent exactement la logique du zaiger : le mécanisme est réglé avant Shabbat et agit seul.
Plusieurs autorités contemporaines s'appuient sur ce cadre pour discuter des machines automatiques, avec des nuances selon le bruit, la cuisson éventuelle et la présence d'une intervention manuelle.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour savoir si votre appareil ou processus est permis — selon le modèle, le bruit et votre communauté — consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Peut-on lancer le lave-linge le vendredi pour qu'il tourne Shabbat ?
Le siman permet de commencer un travail qui s'achève seul Shabbat, car selon Beit Hillel l'homme n'est pas tenu au repos de ses outils (שביתת כלים). Réserves : aucune intervention Shabbat, et prudence sur le bruit (השמעת קול) et la visibilité (מראית עין). Pour un cas concret, consulte ton Rav.
Qu'est-ce que le שביתת כלים (repos des outils) ?
C'est la question de savoir si les outils inanimés d'un Juif doivent se reposer Shabbat. Beit Shamai l'exige ; Beit Hillel — dont l'avis est la halakha — ne l'exige pas. C'est ce qui autorise un processus mécanique lancé avant Shabbat à continuer seul.
Pourquoi une cocotte sur le feu est interdite mais un lave-linge permis ?
Le siman pose deux réserves : שמא יחתה (peur d'attiser un feu) et שמא יגיס (peur de remuer une marmite non scellée), qui visent la cuisson. Un processus vraiment autonome, sans cuisson active ni risque d'intervention, n'y tombe pas. Pour la pratique, consulte ton Rav.
Étudier le Siman 252 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.