Pourquoi un niveau 4 dédié à l’Admour HaZaken ? Le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken n’est pas un commentaire sur le Mehaber (מחבר) — c’est un Choulhan Aroukh autonome et complet, écrit par l’Admour HaZaken (Rabbi Schneur Zalman de Liadi, fondateur de Habad, élève du Maguid (מגיד) de Mezeritch). Sa singularité : il combine halakha (הלכה) + טעמי המצוות + dimension intérieure dans un seul ouvrage, et il tranche avec une rigueur talmudique unique.
Pour le Habad, l’Admour HaZaken est הפוסק האחרון — son psak est l’autorité décisionnaire. Cette page rassemble la voie du Rav sur le siman קס״ג — דִּין מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם וְהַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים, qui se déploie chez le Rav en ב׳ סְעִיפִים (deux seifim) : de l’interdiction de manger sans netila — même en s’aidant d’un linge (מַפָּה) ou d’une cuillère pour ne pas toucher le pain — aux mesures du voyageur privé d’eau (מִיל לְאַחֲרָיו, ד׳ מִילִין לְפָנָיו), au statut du שׁוֹמֵר גִּנָּה, puis aux דִּינֵי הַמַּאֲכִיל וְהָאוֹכֵל et à l’interdit de לִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל.
→ Lire la préface générale sur la chitah de l’Admour HaZaken
שולחן ערוך הרב — סימן קס״ג — דִּין מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם וְהַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים
Le texte intégral du Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken
שולחן ערוך הרב, סימן קס״ג — דִּין מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם וְהַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים — וּבוֹ ב׳ סְעִיפִים
Texte de l’Admour HaZaken lui-même (source Sefaria Shulchan_Arukh_HaRav,_Orach_Chayim.163), suivi de notre traduction française. Le siman comporte deux seifim (ב׳ סְעִיפִים ; seif k → .163.k).
סעיף א מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם — כְּרִיכַת יָדָיו בְּמַפָּה, שִׁעוּר מִיל וְד׳ מִילִין.
דִּין מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם וְהַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים, וּבוֹ ב׳ סְעִיפִים:אָסוּר לֶאֱכֹל בְּלֹא נְטִילָה, אֲפִלּוּ אִם רוֹצֶה לִכְרֹךְ יָדָיו בְּמַפָּה אוֹ אוֹכֵל בְּכַף שֶׁאֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּפַּת, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִגַּע. וַאֲפִלּוּ הַמְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וְהִגִּיעַ עֵת הָאֹכֶל וְלֹא מָצָא מַיִם, אִם יוֹדֵעַ שֶׁיֵּשׁ לְפָנָיו מַיִם בְּרִחוּק ד׳ מִילִין — צָרִיךְ לְהַמְתִּין עַד שֶׁיַּגִּיעַ לְשָׁם. וְאִם יֵשׁ מַיִם לְאַחֲרָיו בְּפָחוֹת מִמִּיל — צָרִיךְ לַחֲזֹר לְשָׁם אַף עַל פִּי שֶׁנָּחוּץ לְדַרְכּוֹ. אֲבָל אִם יֵשׁ בְּרִחוּק מִיל לְאַחֲרָיו וְיוֹתֵר מִד׳ מִילִין לְפָנָיו — יִכְרֹךְ יָדָיו בְּמַפָּה וְיֹאכַל פִּתּוֹ אוֹ דָּבָר שֶׁטִּבּוּלוֹ בְּמַשְׁקֶה, אוֹ אוֹכֵל עַל יְדֵי כַּף. וְכֵן אִם הוּא סָפֵק אִם יִמְצָא מַיִם בְּתוֹךְ ד׳ מִילִין. וְשׁוֹמֵר גִּנָּה אוֹ פַּרְדֵּס — דִּינוֹ כִּלְאַחֲרָיו, לְפִי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לוֹ לַעֲזֹב שְׁמִירָתוֹ כָּל כָּךְ עַד שֶׁיֵּלֵךְ מִיל וְיַחֲזֹר. אֲבָל הַיּוֹשֵׁב בְּבֵיתוֹ צָרִיךְ לֵילֵךְ ד׳ מִילִין אִם יוֹדֵעַ שֶׁיִּמְצָא מַיִם:
מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם. Il est interdit de manger sans netila, même si l’on veut envelopper ses mains dans un linge (מַפָּה) ou manger à la cuillère sans toucher le pain — par décret (גְּזֵרָה) de crainte qu’on ne vienne à toucher. Même le voyageur en chemin, dont l’heure du repas est arrivée et qui n’a pas trouvé d’eau : s’il sait qu’il y a de l’eau devant lui à une distance de quatre mil (ד׳ מִילִין) — il doit attendre d’y parvenir ; et s’il y a de l’eau derrière lui à moins d’un mil — il doit revenir sur ses pas, même s’il est pressé de poursuivre sa route. Mais s’il y a de l’eau à un mil derrière lui et à plus de quatre mil devant lui — il enveloppe ses mains dans un linge et mange son pain, ou un aliment trempé dans un liquide (דָּבָר שֶׁטִּבּוּלוֹ בְּמַשְׁקֶה), ou mange au moyen d’une cuillère. De même s’il est dans le doute de trouver de l’eau dans les quatre mil. Le gardien d’un jardin ou d’un verger — son statut est comme « derrière lui », car il ne peut abandonner sa garde le temps d’aller un mil et de revenir. Mais celui qui est assis chez lui doit aller jusqu’à quatre mil s’il sait qu’il y trouvera de l’eau.
סעיף ב הַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים — וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל.
הַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים — אֵין צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם. וְהָאוֹכֵל — צָרִיךְ נְטִילַת יָדַיִם, אַף עַל פִּי שֶׁהַמַּאֲכִיל נוֹתֵן הַפַּת לְתוֹךְ פִּיו וְהוּא אֵינוֹ נוֹגֵעַ בַּפַּת, גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִגַּע. וְהַמַּאֲכִיל, אַף שֶׁנּוֹגֵעַ — לֹא גָּזְרוּ עָלָיו, לְפִי שֶׁלֹּא גָּזְרוּ עַל נְגִיעַת חֻלִּין, אֶלָּא עַל אֲכִילָה מִשּׁוּם סֶרֶךְ תְּרוּמָה, וּבְמַאֲכָל שֶׁהוּא דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מָצוּי — לֹא גָּזְרוּ. וְאָסוּר לְהַאֲכִיל לְמִי שֶׁיּוֹדֵעַ בּוֹ שֶׁלֹּא נָטַל יָדָיו, מִשּׁוּם “וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל”. וַאֲפִלּוּ הַפַּת שֶׁל הָאוֹכֵל, רַק שֶׁמּוֹשִׁיטוֹ לוֹ — אָסוּר לְסַיֵּעַ יְדֵי עוֹבְרֵי עֲבֵרָה, כְּמוֹ שֶׁיִּתְבָּאֵר בְּסִימָן שמ״ז:
הַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים. Celui qui nourrit autrui n’a pas besoin de netilat yadayim ; mais celui qui mange en a besoin, bien que celui qui le nourrit place le pain dans sa bouche et que lui-même ne touche pas le pain — par décret (גְּזֵרָה) de crainte qu’il ne touche. Quant à celui qui nourrit, même s’il touche — on n’a pas décrété sur lui, car on n’a pas décrété sur le simple contact d’aliments profanes (חֻלִּין), mais seulement sur l’acte de manger, à cause de l’accoutumance à la terouma (סֶרֶךְ תְּרוּמָה) ; et pour un aliment qui est chose peu courante, on n’a pas décrété. Il est interdit de nourrir celui dont on sait qu’il ne s’est pas lavé les mains, à cause de « Devant l’aveugle tu ne placeras pas d’obstacle » (« וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל »). Et même s’il s’agit du pain de celui qui mange et qu’on ne fait que le lui tendre — il est interdit de prêter la main aux transgresseurs (לְסַיֵּעַ יְדֵי עוֹבְרֵי עֲבֵרָה), comme il sera expliqué au siman שמ״ז.
Source : Sefaria — Shulchan Arukh HaRav, Orach Chayim קס״ג (édition Kehot, ב׳ סְעִיפִים). Traduction française : DAAT. Aucun passage n’est cité hors de ce texte vérifiable.
הלכה למעשה — מנהג חב״ד
La conduite Habad pratique
Des points de conduite qui découlent directement du siman קס״ג dans la sensibilité de l’Admour HaZaken et de Habad — présentés au niveau du principe, en renvoyant au Rav pour le détail des cas.
Pour le Hassid Habad — Siman קס״ג (דִּין מִי שֶׁאֵין לוֹ מַיִם וְהַמַּאֲכִיל לַאֲחֵרִים)
- ① Interdit sans netila. On ne mange pas de pain sans netila, même en s’aidant d’un linge (מַפָּה) ou d’une cuillère pour ne pas toucher — גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִגַּע. Fondement : séif א.
- ② En voyage — devant / derrière. Eau devant à ≤ ד׳ מִילִין → attendre ; eau derrière à moins d’un מִיל → revenir ; sinon (מִיל derrière et plus de ד׳ מִילִין devant) → envelopper les mains dans un linge, ou cuillère, ou aliment trempé dans un liquide. Fondement : séif א.
- ③ Doute et gardien. Doute de trouver de l’eau dans les ד׳ מִילִין → comme s’il n’y en avait pas ; le שׁוֹמֵר גִּנָּה ou פַּרְדֵּס a le statut de « derrière lui ». Fondement : séif א.
- ④ À la maison. Celui qui est assis chez lui doit aller jusqu’à ד׳ מִילִין s’il sait qu’il y trouvera de l’eau. Fondement : séif א.
- ⑤ Nourrir / être nourri. Le מַאֲכִיל n’a pas besoin de netila ; le אוֹכֵל, oui — גְּזֵרָה שֶׁמָּא יִגַּע. Fondement : séif ב.
- ⑥ Lifnei iver. Interdit de nourrir — ou même de tendre le pain à — celui qu’on sait ne pas s’être lavé les mains : « וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל » et סִיּוּעַ יְדֵי עוֹבְרֵי עֲבֵרָה (cf. שמ״ז). Fondement : séif ב.
⚠ Cette section présente la conduite Habad fondée sur le Choulhan Aroukh de l’Admour HaZaken, siman קס״ג (texte réel reproduit au §1). Elle ne remplace pas une décision rabbinique pour un cas particulier. Pour toute question concrète — le voyageur sans eau, la כְּרִיכַת יָדָיו בְּמַפָּה, le שִׁעוּר מִיל, le הַמַּאֲכִיל וְהָאוֹכֵל — consulter ton Rav, et pour Habad, un Rav de Habad.