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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קס״ח · Sur quels types de pain on récite la bénédiction

על איזה מיני פת מברכין — sur quel pain récite-t-on le המוציא quand on a un pain entier et des morceaux, du pain fin et du pain grossier, du pain d un non-Juif ; et où passe la frontière entre le vrai pain (המוציא) et le « gâteau-pain » (בורא מיני מזונות) selon la « forme de pain », le כזית et la קביעות סעודה
סימן קס״ח · י״ז סעיפים
על איזה מיני פת מברכין
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Ce siman enseigne sur quel pain récite-t-on la bénédiction quand plusieurs pains sont devant soi : le pain entier avant les morceaux, le pain d orge (des sept espèces) et le pain fin avant le grossier, et la conduite pour le pain d un non-Juif (פת עכו״ם) ; puis il trace la frontière entre le vrai pain (המוציא) et le « gâteau-pain » (פת הבאה בכיסנין, בורא מיני מזונות) selon la קביעות סעודה, le כזית et la « forme de pain » (תואר לחם). Texte hébreu, traduction française et explication des י״ז seifim, avec une section de cas pratiques.

Sujet : Les types de pain et leur bénédiction — פת שלם, נקיה, עכו״ם, פת הבאה בכיסנין, תואר לחם
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן קס״ח · י״ז סעיפים

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Après avoir enseigné comment couper le pain et réciter le המוציא (siman 167), le Choulhan Aroukh demande à présent sur quel pain on récite la bénédiction quand plusieurs sont devant soi, puis quels aliments comptent comme « pain ». Deux fils traversent le siman : d abord un ordre de préséance (סדר קדימה) — l entier, l espèce noble, le fin ; ensuite la grande frontière entre le vrai pain (המוציא) et le gâteau-pain (פת הבאה בכיסנין) et les pâtes cuites ou frites, jugée selon la קביעות סעודה, le כזית et le תואר לחם. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.

📑 Plan de l'étude

A. פת שלם וחתיכות (séifim 1-3) — le pain entier a la priorité ; deux pains, deux moitiés, gluska'ot
B. מין ז׳, פת נקיה ופת עכו״ם (séifim 4-5) — l espèce des sept, le pain fin, le pain d un non-Juif
C. פת הבאה בכיסנין וקביעות סעודה (séifim 6-8) — le gâteau-pain : mezonot ou hamotzi
D. כזית ותואר לחם (séifim 9-12) — le כזית et la « forme de pain »
E. עיסה שבשלה או טגנה (séifim 13-14) — pâte cuite, frite ou cuite au four
F. טרוקנין, נהמא דהנדקא ופשטידה (séifim 15-17) — les autres formes de cuisson
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension

A. פת שלם וחתיכות — le pain entier a la priorité

פַּת שָׁלֵם — un pain entier, non entamé. חֲתִיכוֹת / פְּרוּסוֹת — des morceaux ou tranches déjà détachés. La règle de base du siman : à qualité comparable, on récite le המוציא sur le pain entier, car l entier est plus digne pour la bénédiction (חשיבות השלם). פַּת קִיבָּר désigne un pain grossier, non blanc ; פַּת נְקִיָּה un pain fin et blanc.

Séif 1 — חתיכות ופת שלם : l'entier avant les morceaux

היו לפניו חתיכות של פת ופת שלם הכל ממין אחד מברך על השלם אפי׳ הוא פת קיבר (פי׳ לחם שאינו נקי) וקטן והחתיכות פת נקיה וגדולה אבל אם השלם שעורים והחתיכות מחטים אפי׳ היא קטנה מניח הפרוסה תחת השלימה ובוצע משתיהן יחד: הגה וכל זה כשרוצה לאכול משניהם אבל אם אינו רוצה לאכול אלא מאחד יבצע עליו ואין לחוש לשני אע״פ שחשוב או חביב עליו (תרומת הדשן סי׳ ל״ב):
Séif 1 : s il avait devant lui des morceaux de pain et un pain entier, tous de la même espèce — il bénit sur l entier, même s il est du pain grossier (פת קיבר, c est-à-dire un pain qui n est pas fin) et petit, et que les morceaux sont du pain fin et grands. Mais si l entier est d orge et les morceaux de blé, même s il est petit, il place la tranche sous l entier et coupe les deux ensemble. Glose du Rama : tout cela lorsqu il veut manger des deux ; mais s il ne veut manger que de l un, il coupe sur celui-là et n a pas à se soucier du second, même s il est plus important ou plus cher à ses yeux.
L entier l emporte. À espèce égale, on récite sur le pain entier — même grossier et petit — car l entier a plus de dignité (חשיבות). Mais si le morceau est d une espèce plus noble (blé vs orge), on ne renonce à aucun des deux : on place la tranche sous l entier et on coupe les deux ensemble, honorant à la fois l entier et l espèce. Le Rama précise : tout cela quand on veut manger des deux ; sinon, on bénit sur celui qu on mange.

Séif 2 — שתי שלמות וחצאי לחם : deux pains, deux moitiés

אם ב׳ שלמות ממין אחד אחת גדולה ואחת קטנה מברך על הגדולה אם יש לאדם שני חצאי לחם ואין לו לחם שלם יחברם יחד בעץ או בשום דבר שלא יהא נראה ודינו כדין שלם ואפי׳ בשבת יכול לחברם:
Séif 2 : si deux pains entiers de la même espèce, l un grand et l autre petit — il bénit sur le grand. Si une personne a deux demi-pains et n a pas de pain entier, il les joint ensemble avec du bois ou avec quelque chose, de sorte que [la coupure] ne se voie pas, et sa loi est comme celle d un pain entier ; et même le Shabbat il peut les joindre.
Grand avant petit, et réparer l entier. Entre deux entiers, on choisit le plus grand. Et deux moitiés, à défaut d entier, se recollent (par une pique de bois…) pour que la brisure ne paraisse plus : l ensemble redevient « comme entier », même le Shabbat (où le לחם משנה exige des pains entiers).

Séif 3 — גלוסקאות דבוקות : les pains collés à la cuisson

שני גלוסקאות הדבקים יחד שנאפו ונחתך מן האחת והשניה נשארה שלימה טוב להפריד החתיכה מהשלימה כדי שתהא נראית שלימה ממה שיניחנה דבוק בה אע״פ שנראית יותר גדולה: הגה ולא יבצע ממנה במקום שהיתה דבוקה בחבירתה ששם נראית כפרוסה רק יבצע ממקום השלם שבה: [מהרי״ל]:
Séif 3 : deux petits pains (gluska'ot) collés ensemble à la cuisson, dont l un a été coupé et l autre est resté entier — il vaut mieux séparer le morceau de l entier pour que celui-ci paraisse entier, plutôt que de le laisser attaché, même s il paraît alors plus grand. Glose du Rama : et il ne coupera pas à l endroit où il était collé à son voisin, car là il ressemble à une tranche, mais il coupera de la partie entière du pain. [Maharil]
Faire paraître entier. Deux pains soudés à la cuisson : mieux vaut détacher le morceau coupé, pour que le pain restant se voie entier, plutôt que garder l ensemble plus gros mais entamé — l apparence d entier prime la taille. Et l on coupe de la partie pleine, non de la soudure qui a l air d une tranche.

B. מין ז׳, פת נקיה ופת עכו״ם — l'espèce, le pain fin, le pain d'un non-Juif

Séif 4 — שעורין וכוסמין, נקיה וקיבר : l'espèce des sept et le pain fin

פת שעורין ופת כוסמים יברך על של שעורים כיון שהוא ממין ז׳ אף על פי שהכוסמין יפים פת נקיה ופת קיבר מברך על הנקיה ואם שתיהן נקיות וזו לבנה יותר מזו מברך על הלבנה יותר:
Séif 4 : pain d orge et pain d épeautre — il bénit sur celui d orge, car il est de l espèce des sept (מין ז׳), même si l épeautre est plus beau. Pain fin et pain grossier — il bénit sur le fin. Et si les deux sont fins et que l un est plus blanc que l autre, il bénit sur le plus blanc.
La noblesse de l espèce, puis la finesse. L orge est nommée explicitement dans le verset des sept espèces (ארץ חטה ושעורה) : elle passe avant l épeautre, même moins beau. Sinon, à espèce égale, on préfère le pain le plus fin (נקיה), et entre deux fins, le plus blanc — la qualité guide la préséance.

Séif 5 — פת עכו״ם : le pain d'un non-Juif

פת עכו״ם נקיה ופת קיבר של ישראל אם אינו נזהר מפת עכו״ם מברך על איזה מהם שירצה ואם הוא נזהר מפת עכו״ם מסלק פת נקי של עכו״ם מעל השלחן עד לאחר ברכת המוציא ואם ב״ה אינו נזהר מפת עכו״ם ואין דעתו לאכול כל הסעודה רק פת עכו״ם כי היא נקיה אבל בני ביתו יאכלו מפת שאינו נקי של ישראל ושתי הלחם מונחים על השלחן צריך לבצוע על פת נקיה של עכו״ם הואיל והוא הבוצע ואין דעתו לאכול אלא מאותו פת … הגה ודוקא שחביב עליו אותו פת אבל אם אינו חביב עליו בלא איסור פת של עכו״ם אינו צריך להקדימו: (תרומת הדשן סימן ל״ב):
Séif 5 : pain fin d un non-Juif (פת עכו״ם) et pain grossier d un Juif — si l on n est pas scrupuleux vis-à-vis du pat akum, on bénit sur celui que l on veut. Et si l on est scrupuleux à ce sujet, on écarte le pain fin du non-Juif de la table jusqu après la bénédiction du המוציא. Et si le maître de maison n est pas scrupuleux vis-à-vis du pat akum, et qu il compte manger tout le repas seulement du pain du non-Juif parce qu il est fin, tandis que les gens de sa maison mangeront du pain non fin d un Juif, et que les deux pains sont posés sur la table — il doit couper sur le pain fin du non-Juif, puisque c est lui qui coupe et qu il ne compte manger que de ce pain-là. Glose du Rama : et cela seulement lorsque ce pain lui est cher ; mais s il ne lui est pas plus cher — abstraction faite de l interdit du pain du non-Juif — il n a pas à lui donner la priorité.
La finesse cède devant le scrupule. Le pain fin du non-Juif serait « meilleur », donc prioritaire ; mais celui qui s abstient du pat akum l écarte de la table jusqu après la bénédiction, pour ne pas bénir dessus. Celui qui ne s en abstient pas coupe sur le pain qu il mange effectivement (donc le fin, s il est le sien). Le Rama : toute la priorité du pain fin ne joue que s il lui est vraiment cher.

C. פת הבאה בכיסנין וקביעות סעודה — le gâteau-pain

פַּת הַבָּאָה בְכִיסָנִין — un « pain » particulier (pâtisserie fourrée, pâte pétrie au miel/à l huile, ou galette sèche qu on grignote) : on n en fait pas d ordinaire un repas, aussi sa bénédiction de base est בורא מיני מזונות, et après lui la ברכה מעין שלש (résumé des trois bénédictions). Mais s il en devient un vrai repas par la quantité (קביעות סעודה), il redevient du המוציא.

Séif 6 — מזונות או המוציא : la קביעות סעודה

פת הבאה בכיסנין מברך עליו בורא מיני מזונות ולאחריו ברכה מעין שלש ואם אכל ממנו שיעור שאחרים רגילים לקבוע עליו אע״פ שהוא לא שבע ממנו מברך עליו המוציא וברכת המזון ואם מתחלה היה בדעתו לאכול ממנו מעט וברך בורא מיני מזונות ואחר כך אכל שיעור שאחרים קובעים עליו יברך עליו ברכת המזון אע״פ שלא ברך המוציא תחלה ואם אכל שיעור שאחרים אין קובעים עליו אע״פ שהוא קובע עליו אינו מברך אלא בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלשה דבטלה דעתו אצל כל אדם:
Séif 6 : sur le pat haba'a bekisnin on récite « בורא מיני מזונות » et après lui la berakha me'ein shalosh. Et s il en a mangé une quantité que d autres ont coutume d établir comme repas (קובעים), même si lui-même n en a pas été rassasié — il récite le המוציא et le Birkat haMazon. Et si, dès le début, il avait l intention d en manger un peu et a récité « בורא מיני מזונות », puis a mangé une quantité que d autres établissent comme repas — il récite le Birkat haMazon, bien qu il n ait pas d abord dit le המוציא. Et s il a mangé une quantité sur laquelle d autres n établissent pas de repas, même si lui l établit comme repas — il ne récite que « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh, car son intention est nulle face à celle de tous (בטלה דעתו אצל כל אדם).
C est la quantité, pas la satiété, qui décide. Par défaut, le gâteau-pain est מזונות. Mais si l on en mange la quantité d un vrai repas — mesurée à ce que « les gens » établissent comme repas, non à sa propre faim — il devient המוציא / Birkat haMazon, même sans netilat yadayim préalable. La mesure est objective : la décision privée de l individu (בטלה דעתו) ne change pas la bénédiction.

Séif 7 — גדר פת הבאה בכיסנין : les trois définitions

פת הבא בכיסנין יש מפרשים פת שעשוי כמין כיסים שממלאים אותם דבש או סוקר ואגוזים ושקדים ותבלין … וי״א שהיא עיסה שעירב בה דבש או שמן או חלב או מיני תבלין ואפאה והוא שיהיה טעם תערובת המי פירות או התבלין ניכר בעיסה … וי״מ שהוא פת בין מתובלת בין שאינה מתובלת שעושים אותם כעבים יבשים וכוססין אותם … והלכה כדברי כלם שלכל אלו הדברים נותנים להם דינים שאמרנו בפת הבאה בכסנין:
Séif 7 : pat haba bekisnin — certains l expliquent : un pain fait comme des poches (kisim) que l on remplit de miel ou de sucre, de noix, d amandes et d épices. Et d autres disent : c est une pâte dans laquelle on a mêlé du miel, de l huile, du lait ou des épices, puis cuite, à condition que le goût du mélange de jus de fruits ou d épices soit perceptible dans la pâte. Et d autres l expliquent : un pain — épicé ou non — que l on fait comme de fines galettes sèches et que l on grignote. Et la halakha est comme les paroles de tous : à toutes ces choses on donne les lois que nous avons énoncées à propos du pat haba'a bekisnin.
Trois formes, une même loi. Le pat haba'a bekisnin recouvre trois réalités : la pâtisserie fourrée, la pâte pétrie de miel/huile/épices (dont le goût est perceptible), et la galette sèche que l on grignote. Le Choulhan Aroukh tranche « comme tous » (הלכה כדברי כלם) : chacune reçoit la règle mezonot / kevi'ut du séif 6.

Séif 8 — לחמניות : pâte épaisse et pâte liquide

לחמניות אותן שבלילתן עבה שקורין אובליא״ש לחם גמור הוא ומברך עליו המוציא וברכת המזון ואותן שבלילתן רכה ודקין מאוד שקורין ניבלא״ש מברך עליהם בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש ואם קבע סעודתו עליהם מברך המוציא וברכת המזון ואי אכיל להו בתוך הסעודה שלא מחמת הסעודה טעונים ברכה לפניהם ולא לאחריהם:
Séif 8 : les petits pains (lachmaniyot) dont la pâte est épaisse, appelés « oblias » — c est du pain complet, et on récite le המוציא et le Birkat haMazon. Et ceux dont la pâte est molle et très fins, appelés « niblas » — on récite « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh ; et s il en a fait son repas (קבע סעודתו), il récite le המוציא et le Birkat haMazon. Et s il les mange au cours du repas, non pour le repas lui-même, ils requièrent une bénédiction avant eux mais pas après.
L épaisseur de la pâte tranche. Pâte épaisse (« oblias ») = pain complet (המוציא). Pâte liquide et très fine (« niblas ») = מזונות, sauf קביעות סעודה. Et pris pendant le repas, comme extra (non pour le repas), ils demandent une bénédiction avant mais sont couverts par le Birkat haMazon après.

D. כזית ותואר לחם — le kezayit et la « forme de pain »

תּוֹאַר לֶחֶם — la « forme de pain » : l aspect par lequel un morceau reste reconnaissable comme du pain. כְּזַיִת — la mesure d un « olive ». Ces deux critères commandent la bénédiction du pain émietté, cuit dans un liquide ou trempé : tant qu il y a un כזית de morceau ou que la forme de pain demeure, la nature de « pain » (et donc le המוציא) peut subsister.

Séif 9 — פחות מכזית : moins d'un kezayit

פת גמור אפי׳ פחות מכזית מברך עליו המוציא אבל לאחריו אינו מברך כלום כל שלא אכל כזית:
Séif 9 : un pain complet — même moins d un kezayit — on récite dessus le המוציא ; mais après lui, on ne récite rien tant qu on n a pas mangé un kezayit.
Avant et après ne suivent pas la même règle. Le pain complet reste pain même en quantité minime : la bénédiction avant (המוציא) est due dès qu on en mange. Mais la bénédiction après (Birkat haMazon) n est due qu à partir d un כזית effectivement mangé.

Séif 10 — חביצה : les miettes agglomérées

חביצה דהיינו פרורי לחם שנדבקים יחד ע״י מרק אם נתבשל אם יש בהם כזית אף על פי שאין בו תואר לחם מברך המוציא וברכת המזון ואם אין בהם כזית אף על פי שנראה שיש בו תואר לחם אינו מברך אלא בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש ואם אינו מבושל אלא שהוא מחובר על ידי דבש או מרק אם יש בפרוסות כזית מברך עליו המוציא אפילו אין לו תואר לחם ואם אין בהם כזית אם יש בהם תואר לחם מברך עליו המוציא וברכת המזון ואם אין בהם תואר לחם מברך בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש:
Séif 10 : la ḥavitsa, c est-à-dire des miettes de pain agglomérées par un bouillon : si elle a été cuite — s il y a en elles un kezayit, même si elle n a pas la forme de pain, on récite le המוציא et le Birkat haMazon ; et s il n y a pas un kezayit, même s il semble y avoir une forme de pain, on ne récite que « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh. Et si elle n a pas été cuite mais seulement liée par du miel ou du bouillon : s il y a dans les morceaux un kezayit, on récite le המוציא même sans forme de pain ; et s il n y a pas un kezayit, s il y a une forme de pain on récite le המוציא et le Birkat haMazon, et s il n y a pas de forme de pain on récite « בורא מיני מזונות » et une me'ein shalosh.
Deux critères : le כזית ou le תואר לחם. Pour des miettes agglomérées, la cuisson affaiblit le statut de pain — alors seul un כזית de morceau le maintient (המוציא). Sans cuisson (simple liage), il suffit d un כזית ou d une « forme de pain » conservée pour rester du המוציא. À défaut des deux : מזונות.

Séif 11 — פירורין במים : les miettes dans l'eau

יש מי שאומר דפירורין שנותנין במים והמים מתלבנים מחמת הפירורין אזל ליה תוריתא [פי׳ כאלו אמר תואריתא כלומר תואר הלחם] דנהמא ואין מברך עליה אלא בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש:
Séif 11 : il y a qui dit que des miettes que l on met dans l eau, et que l eau blanchit à cause des miettes — la « forme du pain » (torita de-nahama, c est-à-dire l aspect de pain) s en est allée, et l on ne récite dessus que « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh.
Quand la « forme » se dissout. Des miettes qui délitent leur substance dans l eau (au point de la blanchir) ont perdu leur « forme de pain » (אזל תוריתא דנהמא) : ce n est plus du pain, mais du מזונות.

Séif 12 — פת השרוי ביין : le pain trempé dans le vin

יש מי שאומר שפת השרוי ביין אינו מברך אלא בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש ונראה שאין דבריו אמורים אלא בפירורין או בפרוסות שאין בכל אחת כזית:
Séif 12 : il y a qui dit que du pain trempé dans le vin — on ne récite que « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh ; et il semble que ses paroles ne s appliquent qu à des miettes ou à des tranches dans chacune desquelles il n y a pas un kezayit.
La réserve du כזית. Le pain trempé dans le vin passerait au מזונות ; mais le Choulhan Aroukh limite cet avis aux miettes ou petits morceaux sans כזית. Un morceau d au moins un כזית qui garde sa forme reste du המוציא.

E. עיסה שבשלה או טגנה — pâte cuite, frite ou cuite au four

Séif 13 — בשלו או טגנו : l'importance du moment de la cuisson

אפילו דבר שבלילתו (פירוש לישת הקמח במים) עבה אם בשלו או טגנו אין מברך עליה המוציא אפי׳ שיש עליה תוריתא דנהמא ואפי׳ נתחייבה בחלה דברכת המוציא אינו הולך אלא אחר שעת אפייה ויש חולקין ונהגו להקל וירא שמים יצא ידי שניהם ולא יאכל אלא ע״י שיברך על לחם אחר תחלה: הגה כל זה לא מיירי אלא בדאית ביה לאחר אפייה תואר לחם אבל אי לית ביה תואר לחם כגון לאקשי״ן ורימזלי״ך לכ״ע אין מברכין עליהם המוציא ולא ג׳ ברכות דלא מיקרי לחם אבל פשטיד״א וקרעפליך מקרי תואר לחם ואין לאכלם אא״כ בירך על שאר הפת תחלה:
Séif 13 : même une chose dont la pâte est épaisse (c est-à-dire le pétrissage de la farine dans l eau) — si on l a cuite [à l eau] ou frite, on ne récite pas le המוציא, même si elle a l aspect de pain (תוריתא דנהמא), et même si elle a été soumise à la ḥalla ; car la bénédiction du המוציא ne suit que le moment de la cuisson au four (שעת אפייה). Et il y a qui contestent ; on a coutume d être indulgent, et celui qui craint le Ciel s acquitte des deux avis et n en mange qu en récitant d abord sur un autre pain. Glose du Rama : tout cela ne parle que de ce qui a, après cuisson, l aspect de pain ; mais ce qui n a pas d aspect de pain, comme les « lokshin » (nouilles) et les « rimzlich », tous s accordent qu on n y récite ni המוציא ni les trois bénédictions, car cela n est pas appelé pain. En revanche, la « pashtida » et les « kreplach » ont l aspect de pain, et on ne les mange qu après avoir d abord béni sur un autre pain.
Le המוציא suit le four, pas la pâte. Une pâte à pain cuite à l eau ou frite perd le statut de pain — même si elle en a l aspect — car seul le moment de la cuisson au four (שעת אפייה) fixe le המוציא. Devant la contestation, l usage indulgent est de la manger dans un repas de pain. Sans aucun aspect de pain (nouilles), tous conviennent : ce n est pas du pain.

Séif 14 — חלוט שאפאו בתנור : ébouillanté puis cuit au four

חלוט [פי׳ כמין פת חולטין אותו ברותחין] שאחר כך אפאו בתנור פת גמור הוא ומברך עליו המוציא: הגה וכן דבר שבלילתו רכה שאפאו בתנור בלא משקה דינו כפת ומברך עליו המוציא ושלש ברכות וכן אם אפאו באלפס בלא משקה ומעט משקה שמושחין בו האלפס שלא ישרוף העיסה לא מקרי משקה אבל דבר שבלילתו רכה וטגנו במשקה לכ״ע לאו לחם הוא:
Séif 14 : le ḥalut [une sorte de pain que l on ébouillante] que l on a ensuite cuit au four — c est du pain complet, et on récite dessus le המוציא. Glose du Rama : de même, une chose dont la pâte est molle et que l on a cuite au four sans liquide — sa loi est comme le pain, et on récite dessus le המוציא et les trois bénédictions ; de même si on l a cuite à la poêle (alpas) sans liquide ; et le peu de liquide dont on graisse la poêle pour que la pâte ne brûle pas n est pas considéré comme un liquide. Mais une chose dont la pâte est molle et que l on a frite dans un liquide — tous s accordent qu elle n est pas du pain.
C est la cuisson au four sec qui « fait » le pain. Même ébouillantée d abord, une pâte finalement cuite au four est du pain complet. Le critère décisif : cuisson sans liquide (four, ou poêle à peine graissée) = pain ; friture dans un liquide = pas du pain. Le fin filet d huile qui empêche de brûler ne compte pas comme liquide.

F. טרוקנין, נהמא דהנדקא ופשטידה — les autres formes de cuisson

Séif 15 — טרוקנין וטריתא : cuit dans la braise ou versé sur le feu

טרוקנין דהיינו שעושין גומא בכירה ונותנים בה קמח ומים מעורבין בה ונאפה שם מברך עליו בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש ואם קבע סעודתו עליו מברך המוציא וברכת המזון אבל טרית״א דהיינו שלוקחין קמח ומים ומערבין אותם ושופכין על הכירה והוא מתפשט ונאפה אין עליו תורת לחם כלל ואין מברכין עליו אלא בורא מיני מזונות וברכה אחת מעין שלש ואפי׳ קבע סעודתו עליו:
Séif 15 : le « trokanin », c est-à-dire que l on fait un creux dans le foyer, on y met de la farine et de l eau mélangées, et cela cuit là — on récite « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh ; et s il en a fait son repas (קבע סעודתו), il récite le המוציא et le Birkat haMazon. Mais le « trita », c est-à-dire que l on prend de la farine et de l eau, on les mélange et on les verse sur le foyer, et cela s étale et cuit — cela n a aucun statut de pain, et on ne récite dessus que « בורא מיני מזונות » et une berakha me'ein shalosh, même s il en a fait son repas.
Deux cuissons proches, deux statuts. Le trokanin (pâte cuite dans un creux du foyer) garde assez de « pain » : מזונות, mais המוציא par קביעות סעודה. Le trita (pâte liquide versée et étalée sur le feu) n a aucun statut de pain : toujours מזונות, même s il en fait un repas.

Séif 16 — נהמא דהנדקא : cuit à la broche ou au soleil

נהמא דהנדקא והוא לחם שאופין בשפוד ומושחין אותו בשמן או במי ביצים וכן לחם העשוי לכותח שאין אופין אותו בתנור אלא בחמה מברך עליו בורא מיני מזונות:
Séif 16 : le « nahama dehindeka », c est-à-dire un pain que l on cuit sur une broche (shpoud) et que l on enduit d huile ou d eau d œufs ; et de même le pain fait pour le kutach, que l on ne cuit pas au four mais au soleil — on récite dessus « בורא מיני מזונות ».
Pas de vrai four, pas de vrai pain. Un pain cuit à la broche (badigeonné d huile ou d œuf) ou au soleil n a pas la cuisson d un vrai pain de four : sa bénédiction est בורא מיני מזונות, non le המוציא.

Séif 17 — פשטידה : le pâté cuit au four

פשטיד״ה הנאפת בתנור בבשר או בדגים או בגבינה מברך עליה המוציא וברכת המזון: הגה ודוקא שאפאו בתנור בלא משקה אבל אפאו במחבת במשקה אין לברך עליו ואין לאכלו רק תוך הסעודה כמו שנתבאר:
Séif 17 : la « pashtida » cuite au four avec de la viande, du poisson ou du fromage — on récite dessus le המוציא et le Birkat haMazon. Glose du Rama : et cela seulement lorsqu on l a cuite au four sans liquide ; mais si on l a cuite à la poêle avec du liquide, on ne récite pas dessus, et on ne la mange qu au cours d un repas, comme il a été expliqué.
La garniture ne change pas le statut du four. Un pâté (pashtida) cuit au four sans liquide — même farci de viande, poisson ou fromage — reste du pain : המוציא et Birkat haMazon. Mais cuit à la poêle dans un liquide, il perd ce statut : on le mange dans un repas de pain, sans bénédiction propre.
Le siman en une phrase : quand plusieurs pains sont devant soi, on récite le המוציא sur le plus digne — l entier (על השלם), l espèce des sept, le fin, en écartant le פת עכו״ם pour qui s en abstient ; et pour savoir si un aliment est encore du « pain », on regarde la קביעות סעודה (פת הבאה בכיסנין), le כזית et la « forme de pain » (תואר לחם) — car seule la cuisson au four sans liquide « fait » le pain du המוציא.

Cas pratiques

Cas 1 — Une grande ḥalla et de petits pains

Situation : j ai sur la table un pain entier (même un peu grossier) et de belles tranches de pain fin. Sur lequel faire le המוציא ?
Conduite : à espèce égale, on récite sur le pain entier (על השלם), même plus grossier et plus petit que les morceaux (séif 1). S il y a deux entiers, on prend le plus grand (séif 2). Et si le morceau est d une espèce plus noble (blé face à un entier d orge), on place la tranche sous l entier et on coupe les deux. Pour un cas d honneur ou de coutume précise, on suit son Rav.

Cas 2 — Gâteau ou pain : quelle bénédiction ?

Situation : je mange une pâtisserie (pâte au miel, ou gâteau fourré). Est-ce מזונות ou המוציא ? Et si j en fais tout un repas ?
Conduite : le פת הבאה בכיסנין reçoit d abord בורא מיני מזונות (et me'ein shalosh après). Mais si l on en mange la quantité d un vrai repas — mesurée à ce que les gens établissent, non à sa faim — cela devient המוציא / Birkat haMazon (séif 6). Les mesures pratiques (combien fait un « repas ») se prennent auprès de son Rav.

Cas 3 — Le pain d'un non-Juif sur la table

Situation : il y a sur la table un beau pain acheté chez un non-Juif et un pain plus grossier d un Juif. Je m abstiens du pat akum. Sur lequel bénir ?
Conduite : celui qui s abstient du פת עכו״ם écarte le pain fin du non-Juif de la table jusqu après la bénédiction, puis bénit sur le pain du Juif (séif 5). Celui qui ne s en abstient pas bénit sur celui qu il compte manger. Pour les détails du pat akum (pat palter, etc.), on suit son Rav.

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Entre un pain entier et des morceaux de même espèce, sur lequel bénit-on, et que fait-on si le morceau est d une espèce plus noble (séif 1) ?
  2. Entre pain d orge et pain d épeautre, pourquoi l orge l emporte-t-il (séif 4) ?
  3. Quelle bénédiction sur le פת הבאה בכיסנין, et qu est-ce qui la fait passer au המוציא (séif 6) ?
  4. Qu est-ce que le תואר לחם et le כזית, et comment tranchent-ils le cas de la ḥavitsa (séif 10) ?
  5. Pourquoi une pâte cuite à l eau ou frite n est-elle pas du pain, alors qu une pâte cuite au four sans liquide l est (séifim 13-14) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
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DAAT · רב יוסף חיים סממה

סימן קס״ח · י״ז סעיפים · Niveau 1 — Initiation
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