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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קע״ח · Ce qui constitue une interruption dans le repas

איזה דברים קרוים הפסק בסעודה — qu'est-ce qui « interrompt » le repas et oblige à une nouvelle bénédiction : le שינוי מקום (changement de lieu), la distinction בית לבית / מפנה לפנה, les convives sortis, l'intention de manger ailleurs, le lieu du ברכת המזון (הולכי דרכים), les שבעת המינים qui demandent leur bénédiction sur place, et ce qui n'est PAS un הפסק (תפילה, שינת עראי)
סימן קע״ח · ז סעיפים
איזה דברים קרוים הפסק בסעודה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Après les lois de la bénédiction sur le vin, le Choulhan Aroukh traite ici de ce qui rompt le repas. Le pivot est le שינוי מקום : changer de maison vaut fin du repas (bénir rétroactivement puis refaire le המוציא), mais un déplacement de coin à coin (מפנה לפנה) dans une même maison ne rompt rien. Le siman règle aussi les convives sortis, l'intention (les arbres du jardin), le lieu du ברכת המזון, les שבעת המינים, et ce qui n'est pas un הפסק. Texte hébreu, traduction française et explication des ז seifim, avec une section de cas pratiques.

Sujet : Ce qui constitue une interruption dans le repas — שינוי מקום, מפנה לפנה, הולכי דרכים, שבעת המינים
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן קע״ח · ז סעיפים

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

Le principe du siman : une bénédiction « fixe » le repas à un lieu et à une intention. Ce qui brise cette fixation est un הפסק et oblige à re-bénir. Le cas central est le שינוי מקום — et le Mehaber et le Rama en divergent : pour le Mehaber, changer de lieu vaut fin du repas (הרי פסק אכילתו) ; pour le Rama, ce n'est qu'un היסח הדעת — on ne bénit alors que d'avance, jamais sur le passé, et pas du tout pour le pain. Autour de ce noyau : les convives sortis, l'intention (le jardin), le lieu du ברכת המזון, les שבעת המינים, et ce qui n'est pas un הפסק. Nous étudions ici le principe ; pour la conduite, on se réfère à la décision du Rav.

📑 Plan de l'étude

A. שינוי מקום — הפסק בסעודה (séif 1) — בית לבית ומפנה לפנה
B. חברים שיצאו ומחלוקת המחבר והרמ״א (séif 2) — הניחו מקצתן, היסח הדעת
C. דעתו לאכול במקום אחר (séif 3) — אילנות הגן
D. מקום ברכת המזון — הולכי דרכים (séif 4)
E. שבעת המינים הטעונים ברכה במקומם (séif 5)
F. מה שאינו הפסק — תפילה, שינת עראי, נקביו (séifim 6-7)
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension

A. שינוי מקום — le changement de lieu

שִׁינּוּי מָקוֹם — le fait de changer de lieu pendant le repas. Une bénédiction « fixe » le repas à l'endroit où on l'a récitée ; quitter cet endroit pour un autre peut valoir fin du repas (פסק אכילתו) et obliger à re-bénir. Mais tout dépend de l'ampleur du déplacement : d'une maison à une autre (בית לבית) — oui ; de coin à coin dans une même maison (מפנה לפנה) — non.

Séif 1 — היה אוכל בבית זה ופסק סעודתו : passer dans une autre maison

היה אוכל בבית זה ופסק סעודתו והלך לבית אחר או שהיה אוכל וקראו חבירו לדבר עמו ויצא לו לפתח ביתו וחזר הואיל ושינה מקומו צריך לברך למפרע על מה שאכל וחוזר ומברך בתחלה המוציא ואח״כ יגמור סעודתו אבל אם דבר עמו בתוך הבית אע״פ ששינה מקומו מפנה לפנה אינו צריך לברך (ועיין לקמן סי׳ רע״ג אם היה דעתו לאכול במקום אחר לא מיקרי שינוי מקום והוא שיהיו שני המקומות בבית א׳ וע״ל סי׳ קפ״ד):
Séif 1 : celui qui mangeait dans cette maison et a interrompu son repas puis est allé dans une autre maison — ou qui mangeait et dont un ami l'a appelé pour lui parler, et qui est sorti au seuil de sa maison puis est revenu — puisqu'il a changé de lieu, il doit bénir rétroactivement sur ce qu'il a mangé, puis il revient et récite d'abord le המוציא, et ensuite il achève son repas. Mais s'il a parlé avec lui à l'intérieur de la maison, bien qu'il ait changé de place de coin à coin, il n'a pas à bénir. (Et voir plus loin siman רע״ג : s'il avait l'intention de manger dans un autre endroit, ce n'est pas appelé changement de lieu, à condition que les deux endroits soient dans une même maison ; et voir siman קפ״ד.)
Changer de maison rompt le repas. Le שינוי מקום brise la fixation (קביעות) : passer dans une autre maison — ou même sortir au seuil et revenir — oblige à bénir rétroactivement sur ce qu'on a mangé, puis à refaire le המוציא. Mais un déplacement de coin à coin dans la même maison (מפנה לפנה) ne rompt rien : la maison reste un seul « lieu ».

B. חברים שיצאו — les convives sortis, et la mahloket Mehaber/Rama

Séif 2 — הניחו שם מקצתן : ce qui rompt (et ce qui ne rompt pas) la fixation

חברים שהיו יושבים לאכול ויצאו לקראת חתן או לקראת כלה אם הניחו שם מקצתן חוזרים למקומן וגומרים סעודתן ואינם צריכים לברך שנייה ואם לא הניחו שם אדם כשהם יוצאים צריכין ברכה למפרע וכשהם חוזרים צריכים ברכה לכתחלה וכן אם היו מסובין לשתות או לאכול פירות שכל המשנה מקומו הרי פסק אכילתו ולפיכך מברך למפרע על מה שאכל וחוזר ומברך שנית על מה שהוא צריך לאכול והמשנה מקומו מפנה לפנה בבית אחד אינו צריך לחזור ולברך אכל במזרחה של תאנה זו ובא לאכול במערבה צריך לברך: הגה ויש חולקים בכל מה שכתוב בסי׳ זה רק סוברין ששינוי מקום אינו אלא כהיסח הדעת ולכן אם שינה מקומו למקום אחר אין צריך לברך אלא לפני מה שרוצה לאכול אבל לא על מה שכבר אכל (תוס׳ ורשב״ם והרא״ש ומרדכי פרק ע״פ וטור) ודוקא שלא הניח מקצת חברים בסעודה ואכל מדברים שאין צריכים ברכה במקומן אבל אם הניח מקצת חברים או אפילו לא הניח ואכל דברים שצריכין ברכה במקומם אפי׳ מה שרוצה לאכול אחר כך אין צריך לברך (סמ״ק וא״ז) ולכן מי שפסק סעודתו והלך לבית אחר או שהיה אוכל וקראו חבירו לדבר עמו אפי׳ לפתח ביתו או למקום אחר כשחוזר לסעודה א״צ לברך כלל דהא פת צריך ברכה במקומו לכולי עלמא מיהו אם הסיח דעתו כשחוזר ודאי צריך לברך על מה שרוצה לאכול אח״כ (ב״י ורשב״א) ואין חילוק בין חזר למקום שאכל כבר ובין סיים סעודתו במקום אחר (רמב״ם פ״ד ור״ן) וכן נוהגין במדינות אלו מ״מ לכתחלה לא יעקור ממקומו בלא ברכה דחיישינן שמא ישכח מלחזור ולאכול (הר״ר מנוח ור״ן) מיהו לצורך מצוה עוברת כגון שיגיע זמן תפלה מותר (כל בו הל׳ פסח ועסי׳ קפ״ד):
Séif 2 : des convives assis pour manger qui sont sortis à la rencontre d'un marié ou d'une mariée — s'ils ont laissé sur place une partie d'entre eux, ils reviennent à leur place et achèvent leur repas sans bénir une seconde fois ; mais s'ils n'ont laissé personne, en sortant ils bénissent rétroactivement et en revenant bénissent à nouveau. De même s'ils étaient attablés pour boire ou manger des fruits — car tout changement de lieu vaut fin du repas (שכל המשנה מקומו הרי פסק אכילתו). Qui change de place de coin à coin dans une même maison n'a pas à re-bénir. Qui a mangé au côté est de ce figuier et vient manger au côté ouest doit bénir. Glose du Rama : et il y a qui contestent tout ce siman et tiennent que le changement de lieu n'est qu'un détournement d'attention (היסח הדעת) ; aussi ne bénit-il que sur ce qu'il veut manger, mais non sur ce qu'il a déjà mangé (Tossafot, Rachbam, Roch, Mordekhaï, Tour) — et cela seulement s'il n'a pas laissé de convives et a mangé des mets ne demandant pas de bénédiction sur place ; mais s'il a laissé une partie des convives, ou même sinon mais a mangé des mets qui demandent une bénédiction sur place, il n'a pas à bénir même sur ce qu'il veut manger ensuite (Semak, Or Zaroua). Aussi celui qui a interrompu son repas et est allé dans une autre maison, ou qu'un ami a appelé au seuil ou ailleurs — en revenant il n'a pas du tout à bénir, car le pain demande sa bénédiction sur place de l'avis de tous ; toutefois s'il a détourné son attention en revenant, il doit bénir sur ce qu'il veut manger (Beit Yossef, Rachba). Et il n'y a pas de différence entre revenir au lieu où il a déjà mangé et terminer son repas ailleurs (Rambam, Ran) ; ainsi fait-on dans ces pays. En tout cas, a priori on ne quittera pas sa place sans bénir, de crainte d'oublier de revenir manger (Rabbenou Manoah, Ran) ; mais pour un besoin de mitsva qui passe, comme l'arrivée de l'heure de la prière, c'est permis (Kol Bo ; et voir siman קפ״ד).
Le cœur du siman — une mahloket. Pour le Mehaber, tout changement de lieu vaut fin du repas : on bénit rétroactivement puis on refait le המוציא. Pour le Rama, ce n'est qu'un היסח הדעת : on bénit seulement d'avance (jamais sur le passé), et pas du tout quand on a laissé une partie des convives ou mangé du pain (qui demande sa bénédiction sur place). L'usage (כן נוהגין) suit le Rama, mais a priori on ne quitte pas sa place sans bénir.

C. דעתו לאכול במקום אחר — l'intention préalable

Séif 3 — אילנות הגן : quand l'intention couvre les autres arbres

יש מי שאומר שאם היה בגן ורוצה לאכול מפירות כל אילן ואילן כיון שברך על אילן אחד אינו צריך לברך על האחרים והוא שבשעה שבירך היה דעתו לאכול מאותם האחרים אבל מגן לגן צריך לברך אפילו אם הם סמוכים ואפי׳ אם כשבירך תחלה היה דעתו על הכל:
Séif 3 : il y a qui dit que s'il était dans un jardin et voulait manger des fruits de chaque arbre — dès lors qu'il a béni sur un arbre, il n'a pas à bénir sur les autres, à condition qu'au moment de la bénédiction il ait eu l'intention de manger de ces autres. Mais d'un jardin à l'autre, il doit bénir, même s'ils sont contigus, et même si, en bénissant d'abord, il avait tout en vue.
L'intention (דעת) et le lieu. Dans un même jardin, une intention initiale couvre tous les arbres — pas de nouvelle bénédiction. Mais passer d'un jardin à un autre est un changement de lieu : on re-bénit, même contigus, car l'intention ne surmonte pas le changement de lieu.

D. מקום ברכת המזון — le lieu du Birkat haMazon

Séif 4 — הולכי דרכים : bénir là où l'on termine

אם אכל פת במקום א׳ וחזר ואכל במקום אחר אינו מברך בהמ״ז אלא במקום השני כמו שנהגו הולכי דרכים שאוכלי׳ דרך הילוכם ויושבים ומברכין במקום סיום אכילתם:
Séif 4 : s'il a mangé du pain en un endroit puis a mangé en un autre, il ne récite le Birkat haMazon qu'au second endroit — comme font les voyageurs qui mangent en chemin et s'assoient pour bénir au lieu où ils achèvent leur repas.
Le lieu du Birkat haMazon. Quand on mange en plusieurs endroits (voyageur en chemin), on récite le Birkat haMazon là où l'on termine : le dernier lieu « recueille » l'ensemble du repas.

E. שבעת המינים — ce qui demande sa bénédiction sur place

Séif 5 — טעונים ברכה במקומם : les sept espèces

י״א ששבעת המינים טעונים ברכה לאחריהם במקומם ויש אומרים דדוקא מיני דגן: הגה ויש אומרים דוקא פת לבד: (ב״י סי׳ קפ״ד בשם רשב״א והגהות מיימוני פרק ד׳):
Séif 5 : il y a qui disent que les שבעת המינים (les sept espèces) demandent leur bénédiction finale sur place ; et il y a qui disent, seulement les produits de céréales. Glose du Rama : et il y a qui disent, le pain seul (Beit Yossef siman קפ״ד au nom du Rachba, et Haggahot Maïmoni ch. 4).
« Demander une bénédiction sur place » (טעונים ברכה במקומם). Certains aliments — les sept espèces, ou seulement les céréales, ou seulement le pain — exigent leur bénédiction finale à l'endroit où on les a mangés ; on ne peut s'en acquitter ailleurs. C'est pourquoi, pour le pain, le déplacement n'oblige pas à re-bénir en revenant : de toute façon il faut revenir bénir sur place.

F. מה שאינו הפסק — ce qui n'interrompt pas

Séif 6 — נזכר שלא התפלל : s'interrompre pour prier

מי שנזכר בתוך הסעודה שלא התפלל ועמד והתפלל אפי׳ אם אין שהות לגמור סעודתו ולהתפלל שחייב להפסיק ואי אפשר לו לאכול עד שיתפלל עם כל זה לא הוי הפסק:
Séif 6 : celui qui se rappelle au cours du repas qu'il n'a pas prié et se lève pour prier — même s'il n'a pas le temps d'achever son repas et de prier, en sorte qu'il est obligé de s'interrompre et ne peut plus manger avant d'avoir prié — malgré tout, cela ne constitue pas une interruption.
Une interruption imposée n'est pas un הפסק. Devoir se lever pour prier au milieu du repas — un détournement forcé, pour une mitsva — n'est pas jugé une véritable interruption : au retour, on reprend le repas sans re-bénir.

Séif 7 — שינת עראי : un petit somme et les besoins naturels

אדם שישן בתוך סעודתו שינת עראי לא הוי הפסק: הגה וכן אם הפסיק בשאר דברי רשות כגון שהוצרך לנקביו וכיוצא בזה:
Séif 7 : un homme qui s'est assoupi au cours de son repas d'un petit somme (שינת עראי) — ce n'est pas une interruption. Glose du Rama : et de même s'il s'est interrompu pour d'autres actes facultatifs, comme le besoin de se soulager, et ce qui y ressemble.
Petit somme et besoins naturels. Un bref assoupissement, ou une sortie pour ses besoins, sont des interruptions mineures et « facultatives » (דברי רשות) qui ne rompent pas le repas — on reprend sans nouvelle bénédiction.
Le siman en une phrase : ce qui interrompt le repas, c'est surtout le שינוי מקום (changer de maison) — pour le Mehaber on bénit rétroactivement puis on refait le המוציא, pour le Rama ce n'est qu'un היסח הדעת (on ne bénit que d'avance, et pas du tout pour le pain). Ne rompent pas la fixation : le מפנה לפנה dans une même maison, le fait d'avoir laissé une partie des convives, une intention initiale (les arbres du jardin) ; le ברכת המזון se dit au lieu où l'on termine (הולכי דרכים), les שבעת המינים demandent leur bénédiction sur place, et תפילה, שינת עראי et les besoins naturels ne sont pas des הפסקים.

Cas pratiques

Cas 1 — Sortir de la maison au milieu du repas

Situation : en plein repas de pain, je sors dans une autre maison (ou au seuil) puis je reviens. Dois-je re-bénir ?
Conduite : selon le Mehaber, oui — le שינוי מקום rompt le repas (séif 1). Selon le Rama, l'usage retenu, comme on a mangé du pain (qui demande sa bénédiction sur place), on ne re-bénit pas en revenant, sauf היסח הדעת (séif 2). A priori, on ne quitte pas sa place sans bénir. Pour la pratique, on suit son Rav.

Cas 2 — Grignoter des fruits d'arbre en arbre

Situation : dans un jardin, j'ai béni בורא פרי העץ sur un arbre en pensant manger des autres. Dois-je re-bénir sur chaque arbre ?
Conduite : non — dans un même jardin, l'intention initiale couvre tous les arbres (séif 3). Mais en passant à un autre jardin, on re-bénit, même contigu. Pour les cas limites, on se réfère à son Rav.

Cas 3 — S'assoupir ou devoir prier pendant le repas

Situation : je m'assoupis un instant, ou je me lève prier Minha au milieu du repas. Est-ce une interruption ?
Conduite : non — un petit somme (שינת עראי), un besoin naturel ou le fait de se lever pour prier ne sont pas des הפסקים (séifim 6-7) : on reprend le repas sans re-bénir. Pour la pratique, on suit son Rav.

Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Pourquoi passer d'une maison à une autre oblige-t-il à bénir, alors que de coin à coin non (séif 1) ?
  2. En quoi le Mehaber et le Rama divergent-ils sur le שינוי מקום, et que change le fait d'avoir mangé du pain (séif 2) ?
  3. Comment l'intention couvre-t-elle les arbres d'un même jardin, et pourquoi pas d'un jardin à l'autre (séif 3) ?
  4. Où récite-t-on le Birkat haMazon quand on a mangé en plusieurs lieux (séif 4) ?
  5. Pourquoi la prière et un petit somme ne sont-ils pas des interruptions (séifim 6-7) ?

Pour aller plus loin

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