Sujet : Le temps du tsitsit — la nuit exempte (machloket רמב״ם / רא״ש et psak du רמ״א), les סדינים, et le moment du matin pour bénir Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן י״ח · ג׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
Au siman 17, nous avons appris qui est tenu au tsitsit ; le Choulhan Aroukh se tourne ici vers la question du quand : le temps de la mitsva. La Torah dit « וּרְאִיתֶם אֹתוֹ » — « vous le verrez » : la mitsva est liée à la vue, donc au jour ; la nuit en est exclue — לילה לאו זמן ציצית. Mais que signifie cette exclusion ? Le רמב״ם lit : la nuit exclut le temps — tout ce qu'on porte la nuit est exempt (même un habit de jour), et tout ce qu'on porte le jour est soumis (même un habit de nuit). Le רא״ש lit : la Torah exclut l'habit de nuit — un habit destiné à la nuit est exempt même porté de jour, et un habit de jour est soumis même porté la nuit. Le רמ״א tranche pour la berakha : ספק ברכות להקל — on ne bénit que là où tous s'accordent : de jour, sur un habit de jour. De là aussi : après la prière d'Arvit on ne bénit plus, et la veille de Yom Kippour on s'enveloppe tant qu'il fait jour. Le siman ajoute les סדינים (draps), exempts de tsitsit, et fixe le seuil du matin : dès qu'on distingue le תכלת du לבן — et selon l'usage, dès עלות השחר. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite concrète, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A.לילה לאו זמן ציצית — la machloket רמב״ם / רא״ש (le temps ou l'habit ?) et le psak du רמ״א : ספק ברכות להקל ; après Arvit ; la veille de Yom Kippour (séif 1)
B.Les סדינים (draps) — on n'y met pas de tsitsit, même si l'on y dort au matin (séif 2)
C.À partir de quand bénir le matin — משיכיר בין תכלת ללבן ; dès עלות השחר selon l'usage ; les Seliḥot et le משמוש (séif 3)
+Cas pratiques et questions de compréhension
A. לילה לאו זמן ציצית : la machloket רמב״ם / רא״ש et le psak du רמ״א (séif 1)
[1] Le temps du tsitsit — et il comporte ג׳ סעיפים. La nuit n'est pas le temps du tsitsit, car elle est exclue [du verset] « וּרְאִיתֶם אֹתוֹ » (« vous le verrez »). Selon le רמב״ם : tout ce que l'on porte la nuit est exempt, même si [l'habit] est destiné au jour ; et ce que l'on porte le jour est soumis [au tsitsit], même s'il est destiné à la nuit. Et selon le רא״ש : un habit destiné à la nuit est exempt, même si on le porte de jour ; et un habit destiné au jour, ou au jour et à la nuit, est soumis, même si on le porte la nuit. Glose (רמ״א) : et [en cas de] doute sur les bénédictions, on est indulgent (ספק ברכות להקל) ; c'est pourquoi on ne bénit sur [le talit] que lorsqu'on le porte de jour et qu'il est de plus destiné au jour [הגהות מיימוני]. Et après la prière d'Arvit, même s'il fait encore jour, on ne bénit plus sur lui [פסקי מהרא״י סי׳ קכ״א]. Et la veille de Yom Kippour au soir, on s'enveloppera tant qu'il fait encore jour et l'on bénira sur lui [תשב״ץ].
לַיְלָה לָאו זְמַן צִיצִית (laïla lav zman tsitsit) — « la nuit n'est pas le temps du tsitsit » — la Torah lie la mitsva du tsitsit à la vue : « וּרְאִיתֶם אֹתוֹ » — « vous le verrez » (במדבר ט״ו, ל״ט). Or la nuit n'est pas un temps où l'on voit : les Sages en déduisent que la nuit est exclue de la mitsva. Toute la question du séif est de savoir ce que la Torah a exclu : le temps de la nuit, ou l'habit de nuit.
La machloket — le temps ou l'habit ?
Le רמב״ם — c'est le temps qui décide : la nuit, tout ce qu'on porte est exempt — même un habit de jour ; le jour, tout ce qu'on porte est soumis — même un habit de nuit.
Le רא״ש — c'est l'habit qui décide : l'habit de nuit est exempt — même porté en plein jour ; l'habit de jour (ou de jour et de nuit) est soumis — même porté la nuit.
Nafka mina : un habit de jour porté la nuit — exempt selon le רמב״ם, soumis selon le רא״ש ; un habit de nuit porté le jour — soumis selon le רמב״ם, exempt selon le רא״ש.
Habit de jour porté le jour
Habit de jour porté la nuit
Habit de nuit porté le jour
Habit de nuit porté la nuit
רמב״ם (le temps)
soumis (חייב)
exempt (פטור)
soumis (חייב)
exempt (פטור)
רא״ש (l'habit)
soumis (חייב)
soumis (חייב)
exempt (פטור)
exempt (פטור)
Berakha (רמ״א)
on bénit
pas de berakha
pas de berakha
pas de berakha
סְפֵק בְּרָכוֹת לְהָקֵל (safek berakhot lehakel) — « en cas de doute sur une bénédiction, on est indulgent » — une berakha prononcée en vain est grave (ברכה לבטלה) ; c'est pourquoi, quand les décisionnaires sont partagés sur l'obligation, on s'abstient de bénir. Ici : on ne bénit que dans le cas où רמב״ם et רא״ש s'accordent qu'il y a obligation — de jour (comme le רמב״ם) sur un habit destiné au jour (comme le רא״ש).
Les trois dinim du רמ״א :
Quand bénit-on ? Uniquement lorsqu'on porte le talit de jour et qu'il est destiné au jour — le seul cas où l'obligation est certaine selon tous.
Après Arvit : une fois qu'on a prié la prière du soir, on ne bénit plus sur le talit — même s'il fait encore jour : par sa prière, on a fait de ce moment une « nuit ».
La veille de Yom Kippour : on revêt le talit pour tout l'office du soir (יו״כ) — on s'enveloppe donc et l'on bénit tant qu'il fait encore jour [תשב״ץ].
Le séif 1 en une phrase : la nuit est exclue du tsitsit (« וראיתם אותו ») — pour le רמב״ם tout dépend du moment, pour le רא״ש tout dépend de l'habit ; et par ספק ברכות להקל, le רמ״א ne fait bénir que de jour sur un habit de jour — plus de berakha après Arvit, et la veille de Yom Kippour on s'enveloppe et bénit tant qu'il fait jour.
[2] Les draps (סדינים) — même si l'on y dort [encore] au matin, on n'y met pas de tsitsit.
סְדִינִים (sedinim) — « draps » — étoffes de lin à quatre coins dans lesquelles on s'enveloppe pour dormir. Par leur destination, ce sont des habits de nuit (כסות לילה) — et la nuit n'est pas le temps du tsitsit. On n'y attache donc pas de tsitsit, bien qu'ils aient quatre coins.
Ce que dit ce séif :
Pas de tsitsit aux draps : les סדינים sont par destination un habit de nuit — on n'y met pas de tsitsit.
Même si l'on y dort au matin : le fait de s'y trouver encore enveloppé de jour ne les transforme pas en habit de jour — leur destination reste la nuit.
Le lien avec le séif 1 : c'est l'application du principe — l'habit de nuit reste exempt ; et bénir sur lui serait précisément le cas de doute que le רמ״א écarte. (Pour la fabrication des tsitsit en lin, voir déjà le siman 9.)
À retenir : les סדינים (draps), habits de nuit par destination, sont exempts de tsitsit — même si l'on y dort encore au matin.
C. Le matin : à partir de quand bénir sur le tsitsit (séif 3)
[3] À partir de quand bénit-on sur le tsitsit au matin ? Dès que l'on distingue entre le תכלת (bleu) qui s'y trouve et le לבן (blanc) qui s'y trouve. Glose (רמ״א) : et si on le revêt à partir de עלות השחר (la pointe de l'aube) et au-delà, certains disent (י״א) que l'on bénit sur lui — et tel est l'usage (וכן נוהגין) [מרדכי פ״ב דמגילה]. Et si on l'a revêtu avant cela, par exemple aux Seliḥot, on ne bénira pas sur lui ; et quand le jour paraîtra, on le palpera (ימשמש בו) et l'on bénira [תשב״ץ].
מִשֶּׁיַּכִּיר בֵּין תְּכֵלֶת לְלָבָן (misheyakir bein tekhelet le-lavan) — « dès qu'on distingue le bleu du blanc » — le seuil du matin fixé par le Mehaber : il y a assez de lumière pour distinguer, dans les fils du tsitsit, le fil de תכלת du fil blanc. C'est le retour du principe « וּרְאִיתֶם אֹתוֹ » : le temps du tsitsit commence quand on peut le voir.
עֲלוֹת הַשַּׁחַר (alot ha-chaḥar) — « la pointe de l'aube » — la première lueur du jour, avant le lever du soleil et avant משיכיר. Le jour halakhique a plusieurs seuils : עלות השחר (l'aube pointe), משיכיר (on distingue), puis le lever du soleil. Le רמ״א rapporte l'avis (י״א) que dès עלות השחר le jour a commencé pour le tsitsit — וכן נוהגין, tel est l'usage.
Les trois temps du matin :
Le din du Mehaber : on bénit sur le tsitsit dès משיכיר בין תכלת ללבן — quand la lumière permet de distinguer les fils.
L'usage (רמ״א) : si on le revêt dès עלות השחר, י״א que l'on bénit — וכן נוהגין.
Avant l'aube (Seliḥot) : si on l'a revêtu avant עלות השחר — comme aux Seliḥot prononcées avant l'aube — on ne bénit pas ; puis, quand le jour paraît, on palpe les tsitsit (משמוש) et l'on bénit alors.
יְמַשְׁמֵשׁ בּוֹ (yemashmesh bo) — « il le palpera » — le משמוש : prendre les tsitsit en main et les palper quand le jour paraît. Ce geste fait le lien entre la berakha et la mitsva : la manipulation des fils au moment où leur temps commence permet que la bénédiction porte sur le talit que l'on a déjà revêtu [תשב״ץ].
À retenir : le matin, on bénit sur le tsitsit dès משיכיר בין תכלת ללבן ; l'usage suit l'avis qui permet dès עלות השחר ; et si on l'a revêtu avant l'aube (Seliḥot), on ne bénit pas — quand le jour paraît, on fait le משמוש et l'on bénit.
Cas pratiques
Cas 1 — Bénir sur le talit katan le matin : à partir de quand ?
Situation : on se lève tôt et l'on revêt son talit katan ; à partir de quel moment peut-on prononcer la berakha ?
Conduite : le din du Mehaber (séif 3) fixe משיכיר בין תכלת ללבן — quand il y a assez de lumière pour distinguer le bleu du blanc dans les fils. Le רמ״א rapporte l'usage de bénir dès עלות השחר (וכן נוהגין). Avant עלות השחר, on ne bénit pas. Le calcul précis de ces horaires selon le lieu et la saison relève du calendrier local : on se réfère à la décision du Rav.
Cas 2 — Les Seliḥot avant l'aube : le talit sans berakha, puis le משמוש
Situation : l'officiant (ou celui qui a l'usage du talit) se revêt du talit pour les Seliḥot prononcées avant עלות השחר.
Conduite : c'est le cas explicite du רמ״א (séif 3) : revêtu avant l'aube, le talit se met sans berakha — ce n'est pas encore le temps du tsitsit. Puis, quand le jour paraît, on palpe les tsitsit (משמוש) et l'on prononce alors la bénédiction. Pour les usages propres à chaque communauté (qui bénit, sur quel talit), on se réfère à la décision du Rav.
Cas 3 — Le talit qu'on garde le soir : Maariv, veille de Yom Kippour
Situation : on garde son talit sur soi jusqu'à la prière du soir — ou l'on veut s'envelopper du talit pour l'office du soir de Yom Kippour. Bénit-on encore ?
Conduite : selon le רמ״א (séif 1), après la prière d'Arvit on ne bénit plus sur le talit — même s'il fait encore jour. La veille de Yom Kippour, où l'on s'enveloppe du talit pour tout l'office du soir, on prend soin de s'envelopper et de bénir tant qu'il fait encore jour [תשב״ץ]. Les cas limites (jour déclinant, talit remis après la tombée de la nuit) sont délicats : on se réfère à la décision du Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
De quel verset apprend-on que la nuit n'est pas le temps du tsitsit (séif 1) ? Quel est le lien entre la mitsva et la vue ?
Expose la machloket : selon le רמב״ם, qu'en est-il d'un habit de jour porté la nuit ? Et selon le רא״ש ? Et d'un habit de nuit porté le jour ?
Pourquoi le רמ״א ne fait-il bénir que de jour sur un habit de jour ? Que signifie ספק ברכות להקל ?
Pourquoi ne bénit-on plus après Arvit, même s'il fait encore jour ? Que fait-on la veille de Yom Kippour (séif 1) ? Et pourquoi les סדינים sont-ils exempts, même si l'on y dort au matin (séif 2) ?
Quel est le seuil du matin selon le Mehaber (séif 3) ? Que rapporte le רמ״א sur עלות השחר ? Et que fait celui qui a revêtu son talit aux Seliḥot, avant l'aube ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — le גדר de la machloket רמב״ם / רא״ש (la nuit exclut-elle le temps ou l'habit ?) et ses nafka minot ; « וּרְאִיתֶם אֹתוֹ » et la ראייה comme קובע (ברכות ט׳ ע״ב, מנחות מ״ג ע״א — et le lien au siman 17) ; le talit après Arvit et la veille de יו״כ ; les סדינים ; et les deux seuils du matin — עלות השחר / משיכיר — avec le משמוש
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — la machloket כסות יום / כסות לילה et son psak, le talit à Maariv et la veille de Yom Kippour, les סדינים, et le moment du matin (משיכיר בין תכלת ללבן)