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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION
Siman ר׳ · Interrompre son repas pour le zimoun
דין המפסיק כדי לברך — l'un qui s'interrompt pour les deux (אחד מפסיק לשנים), et même contre son gré (על כרחו), le zimoun fait sur lui qu'il réponde ou non (בין עונה בין אינו עונה), les deux qui ne sont pas tenus de s'interrompre pour un (אין שנים מפסיקין לאחד), la longueur de l'interruption (עד היכן), et la reprise du repas sans nouvelle bénédiction (בלא ברכה בתחילה)
סימן ר׳ · ב׳ סעיפים
דין המפסיק כדי לברך
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Trois hommes mangent ensemble ; deux ont fini, le troisième non. Qui attend qui ? Ce siman très bref répond par une dissymétrie qui étonne d'abord et éclaire ensuite : un s'interrompt pour deux — même contre son gré ; deux ne s'interrompent pas pour un. Puis il mesure la chose : jusqu'où l'interruption doit aller, et comment l'on reprend le repas ensuite. Texte hébreu, traduction française et explication des ב׳ seifim, avec une section de cas pratiques.
Sujet : Interrompre son repas pour le zimoun — אחד מפסיק לשנים, על כרחו, אין שנים מפסיקין לאחד, עד היכן, ובלא ברכה בתחילה
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן ר׳ · ב׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
Le siman précédent demandait sur qui l'on fait le zimoun. Celui-ci demande quand on le fait, lorsque les convives ne finissent pas ensemble. La Guemara y a posé une règle en deux temps : שלשה שאכלו כאחת אחד מפסיק לשנים ואין שנים מפסיקין לאחד (ברכות מ״ה ע״ב). Elle a même relevé qu'un maître avait fait autrement — והא רב פפא אפסיק ליה לאבא מר בריה איהו וחד (ברכות מ״ה ע״ב) — et elle a répondu que ce n'était pas la règle mais la générosité : שאני רב פפא דלפנים משורת הדין הוא דעבד (ברכות מ״ה ע״ב). Notre siman n'est que la mise en halakha de cette règle, avec sa mesure. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A. אחד מפסיק על כרחו לב׳ (séif 1) — l'un s'interrompt pour les deux
B. אין שנים חייבים להפסיק לאחד (séif 1) — le revers de la règle
C. עד היכן מפסיק (séif 2) — la mesure de l'interruption
D. וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה (séif 2) — la reprise du repas
1-3. Cas pratiques et questions de compréhension
A. אחד מפסיק על כרחו לב׳ — l'un s'interrompt pour les deux
הַמַּפְסִיק — celui qui interrompt. Il ne s'agit pas d'abandonner le repas ni de quitter la table : il s'agit de suspendre le fait de manger le temps que le zimoun se dise, et d'y répondre. Le mot est important, car c'est de lui que les Richonim tireront que le repas n'est pas rompu et qu'il n'y a donc pas de nouvelle bénédiction à faire ensuite — comme l'écrit le Tour au nom du Roch : אלא חוזרים וגומרים סעודתן בלא ברכה (טור או״ח ר׳).
Séif 1 — שלשה שאכלו כאחד אחד מפסיק על כרחו לב׳
שלשה שאכלו כאחד אחד מפסיק על כרחו לב׳ ועונה עמהם ברכת זימון ואפילו לא רצה להפסיק מזמנין עליו בין עונה בין אינו עונה כל שהוא עומד שם אבל שנים אין חייבים להפסיק לאחד הלכך אין חיוב זימון חל עד שיתרצו להפסיק לאחד ולברך ואם לא רצו להפסיק וזימן הוא עליהם לא עשה כלום ואם לא רצו להפסיק אף הוא אינו רשאי לברך ולצאת לשוק עד שיגמרו השנים ויזמן עליהם שהרי כבר נתחייב הוא בזימון והיאך יברך בלא זימון:
Séif 1 : trois qui ont mangé ensemble — l'un s'interrompt, même contre son gré, pour les deux autres, et récite avec eux la bénédiction du zimoun. Et même s'il n'a pas voulu s'interrompre, on fait le zimoun sur lui, qu'il réponde ou qu'il ne réponde pas, du moment qu'il se tient là. Mais deux ne sont pas tenus de s'interrompre pour un ; c'est pourquoi l'obligation de zimoun ne prend pas effet tant qu'ils n'ont pas consenti à s'interrompre pour le premier et à bénir. Et s'ils n'ont pas voulu s'interrompre et qu'il a fait le zimoun sur eux, il n'a rien fait. Et s'ils n'ont pas voulu s'interrompre, lui non plus n'a pas le droit de bénir et de sortir au marché avant que les deux aient fini et qu'il fasse le zimoun sur eux — car il s'est déjà rendu débiteur du zimoun, et comment bénirait-il sans zimoun ?
La règle : שלשה שאכלו כאחד אחד מפסיק על כרחו לב׳ ועונה עמהם ברכת זימון (שו״ע או״ח ר׳:א). Elle vient tout droit de la Guemara : שלשה שאכלו כאחת אחד מפסיק לשנים ואין שנים מפסיקין לאחד (ברכות מ״ה ע״ב), et le Tour l'ouvre exactement de même : שלשה שאכלו כאחד אחד מפסיק לשנים ואין שנים מפסיקין לאחד (טור או״ח ר׳).
Et même s'il refuse : ואפילו לא רצה להפסיק מזמנין עליו בין עונה בין אינו עונה כל שהוא עומד שם (שו״ע או״ח ר׳:א). Le Beit Yossef l'a rapporté ainsi au nom du Rachba : אחד מפסיק על כרחו לשנים ועונה עמהן ואפילו לא רצה להפסיק והן מזמנין עליו בין עונה בין אינו עונה כל שהוא עומד שם (בית יוסף או״ח ר׳).
résumé : deux choses distinctes sont dites ici. La première est un devoir qui pèse sur lui : s'interrompre et répondre. La seconde est un fait qui ne dépend plus de lui : sa seule présence à table le fait compter pour le zimoun des deux autres, qu'il joue le jeu ou non. Le zimoun se forme sur la table, pas sur la bonne volonté.
B. אין שנים חייבים להפסיק לאחד — le revers de la règle
Le revers : אבל שנים אין חייבים להפסיק לאחד (שו״ע או״ח ר׳:א), et la conséquence immédiate : הלכך אין חיוב זימון חל עד שיתרצו להפסיק לאחד ולברך (שו״ע או״ח ר׳:א). résumé : tant que les deux ne consentent pas, il n'y a même pas d'obligation de zimoun à laquelle désobéir — l'obligation ne naît qu'avec leur accord.
Et s'il force la main ? ואם לא רצו להפסיק וזימן הוא עליהם לא עשה כלום (שו״ע או״ח ר׳:א). Un zimoun prononcé sur des gens qui n'y consentent pas n'est pas un zimoun manqué : c'est un zimoun qui n'a pas eu lieu.
Le piège se referme sur lui : אף הוא אינו רשאי לברך ולצאת לשוק עד שיגמרו השנים ויזמן עליהם (שו״ע או״ח ר׳:א), et le Mehaber en donne la raison en toutes lettres : שהרי כבר נתחייב הוא בזימון והיאך יברך בלא זימון (שו״ע או״ח ר׳:א). résumé : en s'attablant à trois, il s'est rendu débiteur du zimoun ; il ne peut donc pas s'en acquitter par une bénédiction solitaire.
Le geste de Rav Papa. La Guemara objecte qu'un maître a bien interrompu son repas à deux pour un seul — והא רב פפא אפסיק ליה לאבא מר בריה איהו וחד (ברכות מ״ה ע״ב) — et elle répond : שאני רב פפא דלפנים משורת הדין הוא דעבד (ברכות מ״ה ע״ב). Le Tour le dit à sa façon : cela ne se fait אם לא שירצו לעשות לו לפנים משורת הדין (טור או״ח ר׳). résumé : la halakha ne l'exige pas, la générosité le permet.
résumé : la dissymétrie n'est pas un caprice. Celui qui n'a pas fini perd du temps ; les deux qui ont fini, si on les faisait attendre, perdraient le zimoun lui-même — ils devraient rester attablés indéfiniment. La halakha fait donc porter la gêne sur celui pour qui elle est la plus légère.
C. עד היכן מפסיק — la mesure de l'interruption
Séif 2 — אינו צריך להפסיק אלא עד שיאמר ברוך שאכלנו משלו
אינו צריך להפסיק אלא עד שיאמר ברוך שאכלנו משלו וכו׳:
הגה וי״א שצריך להפסיק עד שיאמר הזן את הכל וכן נוהגין (הרא״ש ותו׳ והר״י בשם בה״ג והטור) ואם היה דעתו לחזור ולאכול פת אע״פ שלא אכל אח״כ כשרוצ׳ לברך מברך מתחיל׳ ברכת הזן וכ״ש אם חזר ואכל (הר״י פרק שלשה שאכלו) (טור)
וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה בתחילה:
Séif 2 : il n'a besoin de s'interrompre que jusqu'à ce qu'ils disent « Baroukh shéakhalnou mishélo », etc. Glose (Rama) : et certains disent qu'il doit s'interrompre jusqu'à ce qu'ils disent « haZan et haKol », et tel est l'usage (le Roch, les Tossafot, Rabbenou Yona au nom des Halakhot Guedolot, et le Tour). Et s'il avait l'intention de revenir manger du pain — même s'il n'en a finalement pas mangé ensuite — lorsqu'il voudra bénir, il bénira depuis le début de la bénédiction haZan ; et à plus forte raison s'il est effectivement revenu manger (Rabbenou Yona, chapitre « Sheloscha shéakhlou ») (Tour). Et il reprend et achève son repas sans bénédiction au commencement.
La mesure du Mehaber : אינו צריך להפסיק אלא עד שיאמר ברוך שאכלנו משלו וכו׳ (שו״ע או״ח ר׳:ב). C'est-à-dire jusqu'à la formule du zimoun proprement dite, et pas au-delà.
La mesure du Rama : וי״א שצריך להפסיק עד שיאמר הזן את הכל וכן נוהגין (רמ״א או״ח ר׳:ב) — donc jusqu'à la fin de la première bénédiction du Birkat haMazon.
D'où vient ce partage ? D'une question de la Guemara : עד היכן ברכת הזמון (ברכות מ״ו ע״א). résumé : Rav Nahman y répond « jusqu'à נברך », Rav Chéchet « jusqu'à הזן ». Le Tour a tranché comme le second — ומפסיק עד שיסיימו ברכת הזן (טור או״ח ר׳), והלכה כרב ששת (טור או״ח ר׳) — et le Beit Yossef explique la raison de ce choix : ופסק כרב ששת באיסורי (בית יוסף או״ח ר׳). Le Mehaber, lui, a suivi le Rif et le Rambam, et le Beit Yossef conclut : וכיון ששניהם מסכימים לדעת אחת הכי נקטינן (בית יוסף או״ח ר׳).
résumé : les deux avis ne mesurent pas la même chose. Pour le premier, le zimoun est la formule ; ce qui vient après appartient déjà au Birkat haMazon de chacun. Pour le second, il faut au moins une bénédiction entière pour que l'interruption soit visible et que l'on voie bien qu'on a fait le zimoun sur lui. L'usage suit le Rama.
D. וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה — la reprise du repas
Pas de nouvelle bénédiction : וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה בתחילה (שו״ע או״ח ר׳:ב). Il ne refait ni המוציא ni netilat yadayim : il reprend là où il en était.
Ce n'était pourtant pas évident. Le Tour rapporte l'avis contraire : כתב רב האי שאחד שמפסיק לשנים צריך לחזור ולברך המוציא (טור או״ח ר׳) — car s'interrompre ressemblerait à quitter le repas. Et il retient l'avis du Roch : אלא חוזרים וגומרים סעודתן בלא ברכה (טור או״ח ר׳). résumé : il n'a ni bougé de sa place ni détourné son attention du repas ; il n'y a donc pas eu de rupture.
Et le Birkat haMazon, ensuite ? Le Rama tranche : ואם היה דעתו לחזור ולאכול פת אע״פ שלא אכל אח״כ כשרוצ׳ לברך מברך מתחיל׳ ברכת הזן (רמ״א או״ח ר׳:ב), et וכ״ש אם חזר ואכל (רמ״א או״ח ר׳:ב). Le Tour disait déjà le cas inverse : אבל אם לא אכל אח״כ א״צ לחזור לראש אלא לברכת הארץ (טור או״ח ר׳). La Guemara l'avait posé en question — להיכן הוא חוזר (ברכות מ״ו ע״ב) — et tranché : רב זביד משמיה דאביי אמר חוזר לראש ורבנן אמרי למקום שפסק והלכתא למקום שפסק (ברכות מ״ו ע״ב).
Le siman en une phrase : אחד מפסיק על כרחו לב׳ ועונה עמהם ברכת זימון, et מזמנין עליו בין עונה בין אינו עונה כל שהוא עומד שם ; mais שנים אין חייבים להפסיק לאחד, et s'ils refusent, אף הוא אינו רשאי לברך ולצאת לשוק ; il s'interrompt עד שיאמר ברוך שאכלנו משלו — et, selon l'usage du Rama, עד שיאמר הזן את הכל — puis וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה בתחילה.
Cas pratiques
Cas 1 — Mes deux compagnons ont fini, moi pas : dois-je m'arrêter ?
Situation : nous sommes trois à table. Les deux autres ont terminé et veulent bénir ; je suis encore en train de manger.
Conduite : je m'interromps et je réponds avec eux — אחד מפסיק על כרחו לב׳ ועונה עמהם ברכת זימון (שו״ע או״ח ר׳:א) — et même si je préférais continuer, ואפילו לא רצה להפסיק מזמנין עליו בין עונה בין אינו עונה כל שהוא עומד שם (שו״ע או״ח ר׳:א). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Un convive a fini et veut partir ; nous deux n'avons pas fini
Situation : l'un des trois veut se lever de table et s'en aller ; les deux autres sont encore au milieu de leur repas. Doivent-ils s'arrêter pour lui ?
Conduite : ils n'y sont pas tenus — אבל שנים אין חייבים להפסיק לאחד (שו״ע או״ח ר׳:א) — et tant qu'ils n'y consentent pas, אין חיוב זימון חל עד שיתרצו להפסיק לאחד ולברך (שו״ע או״ח ר׳:א). S'ils y consentent, c'est une belle chose : le Tour la nomme לפנים משורת הדין (טור או״ח ר׳). Mais celui qui part ne peut pas pour autant bénir seul et sortir : אף הוא אינו רשאי לברך ולצאת לשוק עד שיגמרו השנים ויזמן עליהם (שו״ע או״ח ר׳:א). Le Beit Yossef nuance au nom de Rav Haï Gaon pour le cas pressant : ולע״ד נראה שהגאון לא איירי אלא כשדבר נחוץ לו לצאת וא״א לו להתעכב (בית יוסף או״ח ר׳). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Jusqu'où dois-je m'arrêter, et dois-je re-bénir avant de reprendre ?
Situation : je me suis interrompu pour le zimoun ; à partir de quel moment puis-je me remettre à manger, et dois-je refaire une bénédiction sur le pain ?
Conduite : selon le Mehaber, אינו צריך להפסיק אלא עד שיאמר ברוך שאכלנו משלו וכו׳ (שו״ע או״ח ר׳:ב) ; et selon l'usage rapporté par le Rama, וי״א שצריך להפסיק עד שיאמר הזן את הכל וכן נוהגין (רמ״א או״ח ר׳:ב). Ensuite, aucune bénédiction nouvelle : וחוזר וגומר סעודתו בלא ברכה בתחילה (שו״ע או״ח ר׳:ב). Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
- Pourquoi un s'interrompt-il pour deux, et non l'inverse (séif 1) ?
- Que signifie que l'on fait le zimoun sur lui בין עונה בין אינו עונה, et quelle condition subsiste (séif 1) ?
- Pourquoi celui qui voulait partir ne peut-il pas bénir seul quand les deux ont refusé (séif 1) ?
- Quelles sont les deux mesures de l'interruption, et laquelle suit l'usage (séif 2) ?
- Pourquoi ne refait-on pas de bénédiction en reprenant le repas (séif 2) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
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