דיני ברכת פירות האילן — la règle générale et l'exception du vin, le raisin vert qui n'est pas encore un fruit (בוסר), le noyau, l'huile d'olive et l'amande amère, les quatre parties du câprier (צלף), le miel de datte et les jus de fruits, l'eau de raisins secs qui redevient du vin, la noix au miel, le sucre, les épices sèches et fraîches, et la règle du doute
סימן ר״ב · י״ח סעיפים
דיני ברכת פירות האילן
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le siman précédent disait qui conduit la bénédiction ; celui-ci ouvre les lois des bénédictions sur les aliments et pose la question la plus quotidienne de toutes : que dis-je sur ce que je tiens dans la main ? Un raisin encore vert, un noyau d'abricot, un peu d'huile d'olive, une câpre, une cuillère de confiture de prunes, un verre d'eau où ont trempé des raisins secs, un morceau de sucre, un grain de poivre : sur chacun, le Choulhan Aroukh demande une seule chose — est-ce le fruit de l'arbre ? Texte hébreu, traduction française et explication des י״ח seifim, avec une section de cas pratiques.
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
Tout ce siman est bâti sur une seule phrase de la Michna — על פירות האילן הוא אומר בורא פרי העץ (ברכות ל״ה ע״א) — et sur la difficulté qu'elle contient. Car l'arbre ne produit pas seulement des fruits : il produit des feuilles, des écorces, des noyaux, des sucs, des épices ; et le fruit lui-même passe par des états où il n'est pas encore mûr, ou déjà gâté, ou écrasé, pressé, cuit, confit. À chaque fois la même question revient : est-ce encore le fruit de l'arbre ? Trois réponses seulement sont possibles — בורא פרי העץ, בורא פרי האדמה, שהכל — et une quatrième, plus rare, qui est de ne rien dire du tout. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite personnelle, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A.על כל פירות האילן (séif א׳) — la règle générale et l'exception du vin
B.מאימתי נעשה הפרי פרי (séif ב׳) — le seuil à partir duquel un fruit est un fruit
D.פרי שנשתנה (séif ז׳-י״א) — pâte de dattes, miel, jus, eau de cuisson et de trempage
E.חי ומבושל, מטוגן ומרוקח (séif י״ב-ט״ו) — cru et cuit, noix au miel, sucre
F.תבלין וכלל הספק (séif ט״ז-י״ח) — épices sèches et fraîches, et la règle du doute
1-3.Cas pratiques et questions de compréhension
A. על כל פירות האילן — la règle et son exception
פְּרִי הָעֵץ — le fruit de l'arbre. Le siman précédent demandait qui bénit ; celui-ci demande quoi l'on bénit, et par quelle formule. Toute la matière tient dans une distinction que la Michna pose d'un trait — על פירות האילן הוא אומר בורא פרי העץ (ברכות ל״ה ע״א) — et que les dix-huit séifim vont éprouver cas par cas : ce qui pousse sur l'arbre est-il toujours le fruit de l'arbre ? Un raisin vert, un noyau, une écorce de câpre, une goutte de miel de datte, une pincée de poivre sec : chacun oblige à redéfinir le mot fruit.
Séif 1 — על כל פירות האילן ... חוץ מהיין
על כל פירות האילן מברך בתחילה בורא פרי העץ חוץ מהיין שמברך עליו בפה״ג בין חי בין מבושל בין שהוא עשוי קונדיטון דהיינו שנותנין בו דבש ופלפלין: הגה ואם נתערב יין בשכר אזלינן אחר הרוב אם הרוב יין מברך בפה״ג ואם הרוב שכר מברך שהכל: (ב״י בשם התשב״ץ):
Séif 1 : sur tous les fruits de l'arbre, on récite en premier lieu בורא פרי העץ — excepté le vin, sur lequel on récite בורא פרי הגפן, qu'il soit cru, cuit, ou fait en קונדיטון, c'est-à-dire qu'on y a mis du miel et du poivre. Glose : et si du vin s'est mélangé à de la bière, on va d'après la majorité — si la majorité est du vin, on récite בפה״ג ; et si la majorité est de la bière, on récite שהכל (Beit Yossef au nom du Tashbetz).
La règle générale, et son unique exception : על כל פירות האילן מברך בתחילה בורא פרי העץ (שו״ע או״ח ר״ב:א) — c'est mot pour mot la Michna : על פירות האילן הוא אומר בורא פרי העץ חוץ מן היין שעל היין הוא אומר בורא פרי הגפן (ברכות ל״ה ע״א). résumé : tout le siman se déploie à partir de cette phrase — d'un côté ce qui est vraiment « fruit de l'arbre », de l'autre ce qui n'en est qu'un dérivé.
Pourquoi le vin fait-il exception ? Non parce qu'il s'est amélioré : la Guemara écarte cette raison — והרי שמן דאשתני לעלויא ולא אשתני לברכה (ברכות ל״ה ע״ב) — et donne la vraie : אלא אמר מר זוטרא חמרא זיין משחא לא זיין (ברכות ל״ה ע״ב). résumé : le vin nourrit, l'huile non ; c'est parce qu'il tient une place de nourriture et non de simple jus qu'il a reçu une bénédiction propre.
Et cette bénédiction ne le quitte plus : בין חי בין מבושל בין שהוא עשוי קונדיטון (שו״ע או״ח ר״ב:א). La glose ajoute le cas du mélange : ואם נתערב יין בשכר אזלינן אחר הרוב (רמ״א או״ח ר״ב:א). résumé : cuit ou épicé, le vin reste vin ; mais noyé dans une majorité de bière, il n'est plus ce qu'on boit — et la bénédiction suit ce que l'on boit réellement.
B. מאימתי נעשה הפרי פרי — le seuil de maturité
בּוֹסֶר — le raisin vert. Une seule question, et elle est décisive : à partir de quel instant ce qui pend à la branche a-t-il droit au nom de fruit ? La réponse du siman est mesurée en taille pour la vigne, en signe visible pour la caroube et l'olive, et en comestibilité pour tous les autres arbres.
Séif 2 — הבוסר, ומאימתי נעשה הפרי פרי
הבוסר כל זמן שלא הגיע לכפול הלבן מברך עליו בפה״א ומשהוא כפול הלבן ואילך מברך עליו בורא פרי העץ ומתוך שלא נודע לנו שיעור פול הלבן לעולם מברך בפה״א עד שיהיה גדול ביותר ושאר כל האילן משיוציא פרי מברכין עליו בורא פרי העץ ובלבד שלא יהא מר או עפיץ ביותר עד שאינו ראוי לאכילה אפי׳ ע״י הדחק דאז אין מברכין עליו כלל: הגה וי״א דעל חרובין אינו מברך בורא פרי העץ עד שיראה בהם כמין שרשראות של חרובין וכן בזיתים עד שיגדל הנץ סביביו וקודם לכן מברך בפה״א וכן עיקר: (טור)
Séif 2 : le raisin vert (בוסר), tant qu'il n'a pas atteint la taille d'une fève blanche, on récite sur lui בורא פרי האדמה ; et à partir de la taille d'une fève blanche, on récite sur lui בורא פרי העץ. Et comme la mesure de la fève blanche ne nous est plus connue, on récite toujours בפה״א jusqu'à ce qu'il soit très grand. Et pour tous les autres arbres, dès qu'ils produisent du fruit on récite sur lui בורא פרי העץ — pourvu qu'il ne soit pas amer ou âpre au point de n'être pas propre à être mangé, même à la rigueur ; car alors on ne récite sur lui aucune bénédiction. Glose : et certains disent que sur les caroubes on ne récite בורא פרי העץ que lorsqu'on y voit comme des chaînettes de caroubes, et de même pour les olives jusqu'à ce que grandisse la fleur autour d'elles ; auparavant on récite בפה״א — et ainsi est le principal (Tour).
Un fruit n'est pas fruit dès le premier jour : הבוסר כל זמן שלא הגיע לכפול הלבן מברך עליו בפה״א (שו״ע או״ח ר״ב:ב). La mesure vient de la Guemara : ואמר רב אסי הוא בוסר הוא גרוע הוא פול הלבן (ברכות ל״ו ע״ב), corrigée aussitôt en אלא אימא שיעורו כפול הלבן (ברכות ל״ו ע״ב). résumé : avant ce seuil, le raisin pousse encore sur l'arbre sans être le fruit de l'arbre — il n'est qu'un produit du sol.
Une mesure perdue déplace la pratique : ומתוך שלא נודע לנו שיעור פול הלבן לעולם מברך בפה״א עד שיהיה גדול ביותר (שו״ע או״ח ר״ב:ב). résumé : le doute ne suspend pas la bénédiction, il la fait basculer vers celle qui vaut dans les deux cas — car qui récite בפה״א sur un fruit d'arbre est quitte, et non l'inverse.
Et l'inconsommable sort du champ de la bénédiction : ובלבד שלא יהא מר או עפיץ ביותר עד שאינו ראוי לאכילה אפי׳ ע״י הדחק דאז אין מברכין עליו כלל (שו״ע או״ח ר״ב:ב). résumé : la bénédiction est le prix d'un plaisir ; là où il n'y a pas de plaisir possible, il n'y a rien à payer. Ce principe reviendra aux séifim 3, 4, 5 et 16.
La glose donne deux seuils visibles : וי״א דעל חרובין אינו מברך בורא פרי העץ עד שיראה בהם כמין שרשראות של חרובין (רמ״א או״ח ר״ב:ב), et de même pour l'olive. Le repère vient de la Michna citée dans la Guemara : החרובין משישרשרו והגפנים משיגרעו והזיתים משיניצו ושאר כל האילנות משיוציאו (ברכות ל״ו ע״ב). résumé : à chaque espèce son signe extérieur de maturité ; ce qu'on ne peut plus mesurer, on le regarde.
C. עיקר הפרי — ce qui, dans l'arbre, est vraiment le fruit
עִקַּר הַפְּרִי — l'essentiel du fruit. Quatre séifim, quatre objets très différents — un noyau, une huile, une amande, un câprier — et une seule question qui les traverse : ce que j'ai dans la bouche est-il le fruit, ou seulement quelque chose qui vient du fruit ? À cette question s'en ajoute une seconde, qui décidera souvent : est-ce mangeable ?
Séif 3 — גרעיני הפירות : les noyaux et pépins
גרעיני הפירות אם הם מתוקים מברך עליהם בורא פרי העץ ואם הם מרים אינו מברך עליהם כלל ואם מתקן על ידי האור מברך עליהם שהכל:
Séif 3 : les noyaux des fruits — s'ils sont doux, on récite sur eux בורא פרי העץ ; s'ils sont amers, on ne récite sur eux aucune bénédiction ; et si on les a rendus bons par le feu, on récite sur eux שהכל.
Le noyau doux est traité comme le fruit : גרעיני הפירות אם הם מתוקים מברך עליהם בורא פרי העץ (שו״ע או״ח ר״ב:ג). Le Tour rapporte l'origine de la discussion : ועל גרעיני הפרי כתב ר״י שמברכין עליהן בורא פה״ע דלענין ערלה חשיבי כפרי (טור אורח חיים סימן ר״ב). résumé : ce qui compte comme fruit pour la orla compte comme fruit pour la bénédiction.
Mais le feu ne rend pas le rang perdu : ואם מתקן על ידי האור מברך עליהם שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:ג). résumé : remarque bien la finale — ni « rien », ni בפה״ע, mais שהכל. Le feu a rendu le noyau mangeable, il ne lui a pas rendu son statut de fruit ; on bénit donc la seule chose qui reste vraie : que tout fut fait par Sa parole.
Séif 4 — שמן זית : l'huile d'olive et l'anigron
שמן זית אם שתאו כמות שהוא אינו מברך עליו כלל משום דאזוקי מזיק ליה ואם אכלו עם פת אינו מברך עליו דפת עיקר ומברך על העיקר ופוטר את הטפילה ואם שתאו מעורב עם מי סלקיא (הנקרא אניגרון) שאז אינו מזיק אדרבא הוא מועיל לגרון אם הוא חושש בגרונו הוה ליה שמן עיקר ומברך עליו בפה״ע ואם אינו מתכוין לרפואה אלא לאכילה הוה ליה אניגרון עיקר ואינו מברך אלא על האניגרון (שהכל):
Séif 4 : l'huile d'olive — s'il l'a bue telle quelle, il ne récite sur elle aucune bénédiction, parce qu'elle lui fait du mal. Et s'il l'a mangée avec du pain, il ne récite pas de bénédiction sur elle, car le pain est l'essentiel : on bénit l'essentiel et l'on acquitte l'accessoire. Et s'il l'a bue mêlée à de l'eau de bettes (appelée אניגרון) — auquel cas elle ne fait pas de mal, au contraire elle est bonne pour la gorge — s'il souffre de la gorge, l'huile est l'essentiel et il récite sur elle בורא פרי העץ ; et s'il ne vise pas un remède mais un aliment, l'anigron est l'essentiel et il ne bénit que sur l'anigron (שהכל).
Trois manières de boire la même huile, trois issues différentes. Seule : rien — אינו מברך עליו כלל משום דאזוקי מזיק ליה (שו״ע או״ח ר״ב:ד), et c'est déjà la Guemara : אילימא דקא שתי ליה משתא אוזוקי מזיק ליה (ברכות ל״ה ע״ב). Avec du pain : rien non plus, mais pour une tout autre raison — זה הכלל כל שהוא עיקר ועמו טפלה מברך על העיקר ופוטר את הטפלה (ברכות ל״ו ע״א).
Et dans l'anigron, c'est l'intention qui décide qui est l'essentiel : s'il souffre de la gorge, הוה ליה שמן עיקר ומברך עליו בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:ד) ; sinon, הוה ליה אניגרון עיקר ואינו מברך אלא על האניגרון (שו״ע או״ח ר״ב:ד). Le Rambam tranche autrement le premier cas : אבל אם שתה השמן לבדו או שלא היה חושש בגרונו מברך עליו שהכל שהרי לא נהנה בטעם השמן (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ב׳). résumé : ici, ce n'est pas la matière qui fixe la bénédiction, mais le rôle que le buveur lui fait jouer.
Séif 5 — שקדים המרים : les amandes amères
שקדים המרים כשהם קטנים מברך בפה״ע גדולים ולא כלום דאזוקי מזקי וטעמא דמלתא דכשהם קטנים עיקר אכילתם היא הקליפה ואינה מרה וכשהם גדולים עיקר אכילתם מה שבפנים והוא מר ואם מתקן ע״י האור או דבר אחר מברך בפה״ע:
Séif 5 : les amandes amères — quand elles sont petites, on récite בורא פרי העץ ; grandes, rien du tout, car elles font du mal. Et la raison de la chose : quand elles sont petites, l'essentiel de ce qu'on en mange est l'enveloppe, et elle n'est pas amère ; et quand elles sont grandes, l'essentiel de ce qu'on en mange est l'intérieur, et il est amer. Et si on les a rendues bonnes par le feu ou par autre chose, on récite בורא פרי העץ.
Le même fruit change de bénédiction en grandissant — et dans le sens inverse de ce qu'on attend : שקדים המרים כשהם קטנים מברך בפה״ע גדולים ולא כלום דאזוקי מזקי (שו״ע או״ח ר״ב:ה). résumé : le Choulhan Aroukh donne lui-même la raison — ce que l'on mange n'est pas la même partie de l'amande selon son âge ; la bénédiction suit ce qui est réellement mangé.
Compare avec le séif 3, et une différence apparaît : là, un noyau rendu bon par le feu ne reçoit que שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:ג) ; ici, l'amande rendue bonne reçoit בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:ה). résumé : l'amande est le fruit de son arbre, seule son amertume l'excluait ; ôte l'amertume et le fruit revient. Le noyau, lui, n'a jamais été le fruit — le feu le rend mangeable, non pas fruit.
Séif 6 — צלף : le câprier et ses quatre parties
צלף (פי׳ צלף מין אילן שעלין שלו ראוין לאכילה ויש בעליו כמין תמרים. אביונות הוא הפרי מהצלף. וקפריסין הן קליפה שסביב הפרי כקליפות האגוזים על העלין ועל התמרות ועל הקפריסין בפה״א ועל האביונות שהם עיקר הפרי בפה״ע:
Séif 6 : le câprier (explication : le צלף est une espèce d'arbre dont les feuilles sont propres à être mangées, et il y a dans ses feuilles comme des dattes ; les אביונות sont le fruit du câprier ; et les קפריסין sont l'écorce qui entoure le fruit, comme les coques des noix) — sur les feuilles, sur les תמרות et sur les קפריסין on récite בורא פרי האדמה ; et sur les אביונות, qui sont l'essentiel du fruit, בורא פרי העץ.
Un seul arbuste, quatre parties, deux bénédictions : על העלין ועל התמרות ועל הקפריסין בפה״א ועל האביונות שהם עיקר הפרי בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:ו). résumé : la formule עיקר הפרי est le mot-clé de tout le siman — ce n'est pas « ce qui pousse sur l'arbre » qui reçoit בפה״ע, c'est ce qui est le fruit.
Attention : le Choulhan Aroukh ne suit pas ici la lettre de la Michna. La Michna disait : על מיני נצפה על העלין ועל התמרות אומר בורא פרי האדמה ועל האביונות ועל הקפריסין אומר בורא פרי העץ (ברכות ל״ו ע״א) — les קפריסין avec les אביונות. Mais la Guemara conclut : לגבי ברכות נמי לאו פירא נינהו ולא מברכינן עליה בורא פרי העץ אלא בורא פרי האדמה (ברכות ל״ו ע״ב), et le Rambam écrit de même : קפרס של צלף מברך עליו בורא פרי האדמה מפני שאינו פרי (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ו׳).
D. פרי שנשתנה — le fruit écrasé, pressé, trempé
מַשְׁקִין הַיּוֹצְאִים — les liquides qui sortent du fruit. Ici le siman trace sa frontière la plus nette : écraser un fruit ne le change pas, mais l'exprimer le change. La datte broyée reste בפה״ע ; le miel qui coule d'elle tombe à שהכל. Et de là dérive tout ce qui suit — jus, eau de cuisson, eau de trempage — jusqu'au cas limite où l'eau des raisins secs redevient du vin.
Séif 7 — תמרים שמעכן ביד : la pâte de dattes
תמרים שמעכן ביד ועשה מהם עיסה והוציא מהם גרעיניהם אפ״ה לא נשתנית ברכתן ומברך עליהם בפה״ע ולסוף ברכה אחת מעין שלש: הגה ולפי זה ה״ה בלטוערין הנקרא פווידל״א מברכין עליהם בורא פרי העץ וי״א לברך עליהם שהכל (ת״ה סי׳ פ״ט וב״י בשם הטור) טוב לחוש לכתחלה לברך שהכל אבל אם בירך בפה״ע יצא כי כן נראה עיקר:
Séif 7 : des dattes qu'il a écrasées à la main et dont il a fait une pâte, et dont il a ôté les noyaux — même ainsi leur bénédiction n'a pas changé : il récite sur elles בורא פרי העץ, et à la fin une bénédiction unique « à la manière des trois ». Glose : et d'après cela il en va de même pour les לטוערין appelées פווידל״א, sur lesquelles on récite בורא פרי העץ ; et certains disent de réciter sur elles שהכל (Teroumat haDéshen § 89, et le Beit Yossef au nom du Tour). Il est bon d'y prendre garde a priori et de réciter שהכל ; mais s'il a récité בפה״ע, il est quitte, car ainsi paraît le principal.
Écraser n'est pas transformer : אפ״ה לא נשתנית ברכתן ומברך עליהם בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:ז). La Guemara le dit en toutes lettres : והלכתא תמרי ועבדינהו טרימא מברכין עלוייהו בורא פרי העץ (ברכות ל״ח ע״א), et donne la raison — מאי טעמא במלתייהו קיימי כדמעיקרא (ברכות ל״ח ע״א). résumé : la datte broyée est toujours de la datte ; ce n'est pas la forme qui fait le fruit.
Le Rambam est la source directe du séif : אבל תמרים שמעכן ביד והוציא גרעינין שלהן ועשאן כמו עסה מברך עליהן תחלה בורא פרי העץ ולבסוף ברכה אחת מעין שלש (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ד׳). Et la glose applique la règle aux confitures de fruits de son pays, avec une conduite en deux temps : טוב לחוש לכתחלה לברך שהכל אבל אם בירך בפה״ע יצא כי כן נראה עיקר (רמ״א או״ח ר״ב:ז).
Séif 8 — דבש הזב מהתמרים : les jus de fruits
דבש הזב מהתמרים מברך עליו שהכל וכן על משקין היוצאים מכל מיני פירות חוץ מזתים וענבים מברך שהכל:
Séif 8 : le miel qui coule des dattes — on récite sur lui שהכל ; et de même, sur les liquides qui sortent de toutes les espèces de fruits, hormis les olives et les raisins, on récite שהכל.
Le jus n'est pas le fruit : וכן על משקין היוצאים מכל מיני פירות חוץ מזתים וענבים מברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:ח). La Guemara donne le motif : האי דובשא דתמרי מברכין עלויה שהכל נהיה בדברו (ברכות ל״ח ע״א), car מאי טעמא זיעה בעלמא הוא (ברכות ל״ח ע״א). résumé : la sueur du fruit n'est pas le fruit — sauf pour les deux espèces auxquelles la Torah elle-même reconnaît un liquide propre, le vin et l'huile.
Le Rambam formule la même loi comme une règle générale : הסוחט פרות והוציא מהן משקין מברך עליהן בתחלה שהכל ולבסוף בורא נפשות. חוץ מן הענבים והזיתים (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ב׳). résumé : c'est la clef de tous les séifim qui suivent — dès que le fruit quitte sa forme et devient boisson, il perd son rang.
Séif 9 — סופי ענבים ונובלות : ce qui n'a pas mûri
סופי ענבים שאין מתבשלין לעולם וכן על הנובלות שהם תמרים שבישלם ושרפם החום ויבשו מברך שהכל:
Séif 9 : les grappes tardives qui ne mûrissent jamais, et de même les נובלות — c'est-à-dire des dattes que la chaleur a « cuites » et brûlées et qui ont séché — on récite sur elles שהכל.
Un fruit gâté descend au rang le plus bas, mais n'en sort pas : סופי ענבים שאין מתבשלין לעולם ... מברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:ט). La Michna le range parmi les אכילות de peu : על החומץ ועל הנובלות ועל הגובאי אומר שהכל נהיה בדברו (ברכות מ׳ ע״ב). résumé : il est encore mangeable — donc il y a bénédiction ; il n'est plus le fruit voulu par l'arbre — donc ce n'est pas בפה״ע.
Qu'est-ce qu'une נובלת ? La Guemara hésite entre deux définitions : חד אמר בושלי כמרא וחד אמר תמרי דזיקא (ברכות מ׳ ע״ב) — des dattes desséchées par la chaleur, ou bien des dattes tombées par le vent. Le Choulhan Aroukh a retenu la première, comme le Rambam : הפת שעפשה והיין שהקרים ותבשיל שעברה צורתו והנובלות שהן פגין (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ח׳).
Séif 10 — פירות ששראן או בשלן במים : l'eau de trempage
פירות ששראן או בשלן במים אע״פ שנכנס טעם הפרי במים אינו מברך על אותם המים אלא שהכל והרא״ש כתב דאפשר שאם נכנס טעם הפרי במים מברך בפה״ע:
Séif 10 : des fruits qu'on a fait tremper ou qu'on a cuits dans de l'eau — bien que le goût du fruit soit entré dans l'eau, on ne récite pas sur cette eau autre chose que שהכל. Et le Rosh a écrit qu'il est possible que si le goût du fruit est entré dans l'eau, on récite בורא פרי העץ.
Le goût transmis ne transmet pas le rang : אע״פ שנכנס טעם הפרי במים אינו מברך על אותם המים אלא שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:י). résumé : c'est le prolongement direct du séif 8 — l'eau qui a pris le goût du fruit est encore moins « le fruit » que le jus pressé du fruit lui-même.
Et le Mehaber laisse l'avis du Rosh debout à côté du sien : והרא״ש כתב דאפשר שאם נכנס טעם הפרי במים מברך בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:י). résumé : c'est rare, et ce n'est pas gratuit — le séif suivant en tirera une conduite pratique très concrète pour celui qui craint le Ciel.
Séif 11 — מי שריית צמוקים : l'eau de raisins secs, et le vin qu'elle devient
מי שריית צמוקים ותאנים או מי בישולם מברך עליהם שהכל ויוצא גם להרא״ש אבל בברכה של אחריהם יש להסתפק אם מברך בורא נפשות או אם מברך ברכה אחת מעין שלש כהרא״ש. ולכן ירא שמים לא ישתה אלא בתוך הסעודה או יאכל פרי מז׳ מינים וגם ישתה מים כדי שיצטרך לברך ברכה אחת מעין שלש ובורא נפשות ואם משך המים והבדילם מהצמוקים הוה ליה יין ומברך עליו בפה״ג וברכה אחת מעין שלש והוא שיהיו צמוקים שיהיה בהם לחלוחית שאם ידרוך אותם יצא מהם דבשן אבל אם כשיעצרו אותם לא יצא מהם שום לחלוחית דבש לא:
Séif 11 : l'eau de trempage de raisins secs et de figues, ou l'eau de leur cuisson — on récite sur elle שהכל, et l'on est quitte également selon le Rosh. Mais quant à la bénédiction d'après, il y a lieu de douter : récite-t-on בורא נפשות, ou bien une bénédiction unique « à la manière des trois » comme le Rosh ? C'est pourquoi celui qui craint le Ciel ne la boira qu'au cours du repas, ou bien mangera un fruit des sept espèces et boira aussi de l'eau, de sorte qu'il soit tenu de réciter et la bénédiction « à la manière des trois » et בורא נפשות. Et s'il a tiré l'eau et l'a séparée des raisins secs, c'est du vin : il récite sur elle בורא פרי הגפן et une bénédiction « à la manière des trois » — à condition que les raisins secs aient assez d'humidité pour que, si on les foulait, leur miel en sortirait ; mais si, quand on les presse, il n'en sort aucune humidité de miel, non.
Une bénédiction avant qui vaut selon tous, une bénédiction après qui reste douteuse : מברך עליהם שהכל ויוצא גם להרא״ש (שו״ע או״ח ר״ב:י״א), mais אבל בברכה של אחריהם יש להסתפק (שו״ע או״ח ר״ב:י״א). résumé : la bénédiction שהכל couvre tout, tandis qu'après le repas il faut choisir — et l'on ne peut pas choisir sans trancher.
D'où une conduite d'évitement, non de décision : ולכן ירא שמים לא ישתה אלא בתוך הסעודה או יאכל פרי מז׳ מינים וגם ישתה מים (שו״ע או״ח ר״ב:י״א). résumé : on ne tranche pas le doute, on organise une situation où les deux bénédictions seront dues de toute façon — l'une par le fruit des sept espèces, l'autre par l'eau.
Et le même liquide, séparé des raisins, devient du vin : ואם משך המים והבדילם מהצמוקים הוה ליה יין ומברך עליו בפה״ג (שו״ע או״ח ר״ב:י״א), à une condition physique précise : והוא שיהיו צמוקים שיהיה בהם לחלוחית שאם ידרוך אותם יצא מהם דבשן (שו״ע או״ח ר״ב:י״א). résumé : le raisin sec qui a encore du jus en lui est encore une vigne ; celui qui n'en a plus n'est qu'un fruit sec dans de l'eau.
E. חי ומבושל, מטוגן ומרוקח — la cuisine et la bénédiction
דֶּרֶךְ אֲכִילָתוֹ — la manière dont on le mange. Quatre séifim où le fruit rencontre le feu, le miel et le sucre. La règle qui les commande n'est pas chimique mais humaine : on demande comment les hommes ont l'habitude de manger cet aliment — et c'est cet usage qui fixe si le fruit est encore au premier rang.
כל הפירות שטובים חיין ומבושלים כגון תפוחים ואגסים בין חיים בין מבושלים מברך בפה״ע ואם אין דרך לאוכלם חיים אלא מבושלים אכלם כשהם חיים מברך שהכל כשהם מבושלים בפה״ע:
Séif 12 : tous les fruits qui sont bons crus et cuits, comme les pommes et les poires — qu'ils soient crus ou cuits, on récite בורא פרי העץ. Et s'il n'est pas d'usage de les manger crus mais cuits : les a-t-il mangés crus, il récite שהכל ; cuits, בורא פרי העץ.
La cuisson ne déclasse pas ce qui est fait pour être cuit : כל הפירות שטובים חיין ומבושלים כגון תפוחים ואגסים בין חיים בין מבושלים מברך בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:י״ב). résumé : la question n'est jamais « le fruit a-t-il changé ? » mais « est-il encore dans son état de fruit ? » — et l'usage des hommes définit cet état.
Et l'inverse aussi : ואם אין דרך לאוכלם חיים אלא מבושלים אכלם כשהם חיים מברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:י״ב). Le Rambam le pose comme un principe à deux faces : דברים שדרכן להאכל חיין ומבשלין אכלן בין חיין בין מבשלין מברך עליהן בתחלה ברכה הראויה להן (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ג׳). résumé : le fruit mangé hors de la manière dont on le mange n'est pas au niveau de son espèce.
Séif 13 — אגוז גמור המטוגן בדבש : la noix mûre au miel
אגוז גמור המטוגן בדבש ונקרא נואיגד״ו [ר״ל נויאיט] מברך עליו בורא פרי העץ:
Séif 13 : une noix parvenue à maturité qui a été frite dans du miel et que l'on appelle נואיגד״ו [c'est-à-dire du nougat] — on récite sur elle בורא פרי העץ.
Le miel enrobe la noix, il ne la remplace pas : אגוז גמור המטוגן בדבש ... מברך עליו בורא פרי העץ (שו״ע או״ח ר״ב:י״ג). Le Tour écarte expressément l'avis contraire : וי״א כיון שאם בשלו בלא דבש משתני לגריעותא א״כ הוי דבש עיקר ומברך עליהם שהכל ולא נהירא (טור אורח חיים סימן ר״ב). résumé : la noix reste l'objet de l'appétit, donc l'essentiel — et l'essentiel dicte la bénédiction.
Séif 14 — אגוז רך : la noix tendre au miel
אגוז רך שמבשלים בדבש וקוראין לו נו״ס משקאד״ה מברך עליו שהכל: הגה וכן אותם אגוזים שמבשלים בדבש בעודם ירוקים מברכין שהכל [רבי ירוחם נתיב י״ז ח״ב וב״י]:
Séif 14 : une noix tendre que l'on fait cuire dans du miel et qu'on appelle נו״ס משקאד״ה — on récite sur elle שהכל. Glose : et de même, ces noix que l'on fait cuire dans du miel alors qu'elles sont encore vertes, on récite sur elles שהכל (Rabbi Yerouham, netiv 17, deuxième partie, et le Beit Yossef).
Deux séifim voisins, deux bénédictions opposées — et la différence tient à un seul mot : אגוז גמור (שו״ע או״ח ר״ב:י״ג) contre אגוז רך (שו״ע או״ח ר״ב:י״ד). résumé : la noix mûre est déjà le fruit de son arbre, et le miel ne fait que l'accompagner ; la noix tendre ne l'est pas encore, et c'est alors le miel qui porte le goût — donc la bénédiction.
Séif 15 — הסוקא״ר : le sucre et la canne
על הסוקא״ר מברך שהכל וכן המוצץ קנים מתוקות שהכל:
Séif 15 : sur le sucre on récite שהכל ; et de même celui qui suce des cannes sucrées, שהכל.
Le Choulhan Aroukh suit ici le Rambam contre les Gueonim. Le Rambam rapporte leur avis puis écrit : ואני אומר שאין זה פרי ואין מברכין עליו אלא שהכל (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ה׳). résumé : la canne n'est pas plantée pour être mangée comme fruit, et le sucre qu'on en tire est un produit du feu — deux raisons qui l'écartent du rang de « fruit ».
F. תבלין וכלל הספק — les épices, et la règle du doute
סָפֵק — le doute. Le siman se ferme sur trois séifim d'épices, puis sur une glose qui vaut pour tout ce qui précède : que faire quand on ne sait pas ? La réponse tient en trois degrés — je sais, je doute, j'ignore — et chacun descend d'un cran vers une bénédiction plus large.
Séif 16 — פלפל וזנגביל יבשים : les épices sèches
על פלפל וזנגביל יבשים ועל הקלאו של גירופלו (ר״ל נעגליך) וכל כיוצא [בזה] שאין דרך לאוכלם אלא על ידי תערובות אין מברך עליהם כלום:
Séif 16 : sur le poivre et le gingembre secs, et sur les têtes de girofle [c'est-à-dire les clous de girofle], et sur tout ce qui leur ressemble — dont l'usage n'est pas de les manger autrement qu'en mélange — on ne récite sur eux aucune bénédiction.
Ce que l'on n'avale jamais seul n'est pas un aliment : שאין דרך לאוכלם אלא על ידי תערובות אין מברך עליהם כלום (שו״ע או״ח ר״ב:ט״ז). C'est la position de Rava contre celle de Rav Chéchet : פלפלי רב ששת אמר שהכל רבא אמר לא כלום (ברכות ל״ו ע״ב), et Rava est cohérent avec lui-même : כס פלפלי ביומא דכפורי פטור כס זנגבילא ביומא דכפורי פטור (ברכות ל״ו ע״ב).
Le Rambam donne la raison en un mot : אבל יבשין אין טעונין ברכה לא לפניהם ולא לאחריהם מפני שהן תבלין ואינו אכל (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ז׳). résumé : une épice n'est pas un plat mais le goût d'un plat ; sa bénédiction est déjà dite sur le plat qu'elle assaisonne.
Séif 17 — אגוז מושקא״ט וקניל״ה : muscade et cannelle
על אגוז מושקא״ט בפה״ע ועל קניל״ה [ר״ל צימרינד] בורא פרי האדמה:
Séif 17 : sur la noix de muscade, בורא פרי העץ ; et sur la cannelle [c'est-à-dire l'écorce de cannelier], בורא פרי האדמה.
Deux épices, deux bénédictions — parce que l'une est un fruit et l'autre une écorce : על אגוז מושקא״ט בפה״ע ועל קניל״ה ... בורא פרי האדמה (שו״ע או״ח ר״ב:י״ז). résumé : on retrouve exactement le partage du câprier au séif 6 — le fruit reçoit בפה״ע, ce qui pousse sur l'arbre sans être le fruit reçoit בפה״א.
Et pourquoi ces épices-là sont-elles bénies, alors que le séif précédent en dispensait ? Parce que la question n'est pas « est-ce une épice ? » mais « la mange-t-on ? ». Le Tour l'écrit en propres termes pour le gingembre frais : וזנגבילא רטיבתא בפה״א שהיא ראויה לאכילה (טור אורח חיים סימן ר״ב).
Séif 18 — פלפל וזנגביל רטובים, et la règle du doute
על פלפל וזנגביל כשהם רטובים בורא פרי האדמה: הגה כל הפירות שיודע בהם שהם עיקר הפרי מברך עליהם בורא פרי העץ ושאינן עיקר הפרי בפה״א ואם הוא מסופק אם הוא עיקר הפרי או לא בפה״א ואם אינו יודע מה הוא מברך שהכל [טור]:
Séif 18 : sur le poivre et le gingembre lorsqu'ils sont frais, בורא פרי האדמה. Glose : tous les fruits dont on sait qu'ils sont l'essentiel du fruit, on récite sur eux בורא פרי העץ ; et ceux qui ne sont pas l'essentiel du fruit, בפה״א. Et s'il est dans le doute, s'ils sont l'essentiel du fruit ou non — בפה״א. Et s'il ne sait pas ce que c'est, il récite שהכל (Tour).
Frais, la même épice redevient un aliment : על פלפל וזנגביל כשהם רטובים בורא פרי האדמה (שו״ע או״ח ר״ב:י״ח). La Guemara résout ainsi sa propre contradiction : הא ברטיבתא הא ביבשתא (ברכות ל״ו ע״ב), et pour le gingembre confit d'Inde : האי המלתא דאתיא מבי הנדואי שריא ומברכינן עלה בורא פרי האדמה (ברכות ל״ו ע״ב). Le Rambam : הפלפלין והזנגביל בזמן שהן רטבין מברך עליהן בורא פרי האדמה (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה ז׳).
Et la glose referme le siman par la règle qui l'ordonne tout entier : כל הפירות שיודע בהם שהם עיקר הפרי מברך עליהם בורא פרי העץ ושאינן עיקר הפרי בפה״א ואם הוא מסופק אם הוא עיקר הפרי או לא בפה״א ואם אינו יודע מה הוא מברך שהכל (רמ״א או״ח ר״ב:י״ח). résumé : trois degrés de savoir, trois bénédictions — je sais que c'est le fruit ; je doute ; je ne sais rien. Et chaque degré descend d'un cran vers la bénédiction la plus générale.
Pourquoi le doute descend-il vers בפה״א et non vers שהכל ? Parce que le Rambam a fixé la hiérarchie : ברך על פרות האילן בורא פרי האדמה יצא ועל פרות האדמה בורא פרי העץ לא יצא (רמב״ם הלכות ברכות פרק ח׳ הלכה י׳). résumé : בפה״א couvre l'arbre, l'inverse est faux ; c'est donc la bénédiction du doute — et שהכל, qui couvre tout, est celle de l'ignorance complète.
Le siman en une phrase : on récite בורא פרי העץ sur ce qui est עיקר הפרי et rien d'autre — donc pas sur ce qui n'est pas encore mûr (בוסר), pas sur ce qui n'est qu'attaché au fruit (קפריסין, קניל״ה), pas sur ce qui est sorti du fruit (משקין היוצאין), pas sur ce qui est gâté (נובלות) et rien du tout sur ce qui ne se mange pas (פלפל יבש, שקדים גדולים מרים) ; en revanche la datte écrasée, la pomme cuite et la noix mûre au miel restent le fruit. Et quand on ne sait pas trancher : בפה״א pour le doute, שהכל pour l'ignorance.
Cas pratiques
Cas 1 — Un verre de jus d'orange le matin
Situation : j'ai pressé des oranges. L'orange est un fruit d'arbre — dois-je réciter בורא פרי העץ sur son jus ?
Conduite : non. Le séif 8 est explicite : וכן על משקין היוצאים מכל מיני פירות חוץ מזתים וענבים מברך שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:ח), et la Guemara en donne la raison — מאי טעמא זיעה בעלמא הוא (ברכות ל״ח ע״א). Seuls le vin et l'huile échappent à cette règle. En revanche, si je mange l'orange elle-même, ou même écrasée à la main, on retrouve le séif 7 : אפ״ה לא נשתנית ברכתן ומברך עליהם בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:ז). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 2 — Une compote de pommes
Situation : les pommes sont cuites, elles ne ressemblent plus à des pommes. La bénédiction a-t-elle changé ?
Conduite : non — parce que la pomme est justement de ce qui se mange des deux façons : כל הפירות שטובים חיין ומבושלים כגון תפוחים ואגסים בין חיים בין מבושלים מברך בפה״ע (שו״ע או״ח ר״ב:י״ב). Ce n'est pas la cuisson qui déclasse mais l'usage : un fruit qu'on ne mange jamais cru, mangé cru, tombe à שהכל (שו״ע או״ח ר״ב:י״ב). Pour la pratique, on suit son Rav.
Cas 3 — Je ne sais pas ce que c'est
Situation : on me présente un aliment que je ne reconnais pas, ou dont j'ignore s'il pousse sur un arbre ou dans le sol. Que dire ?
Conduite : la glose finale du siman répond exactement à cela, en trois degrés : כל הפירות שיודע בהם שהם עיקר הפרי מברך עליהם בורא פרי העץ ושאינן עיקר הפרי בפה״א ואם הוא מסופק אם הוא עיקר הפרי או לא בפה״א ואם אינו יודע מה הוא מברך שהכל (רמ״א או״ח ר״ב:י״ח). Le Tour le formulait déjà comme une conduite du doute : וכיון דאיכא פלוגתא דרבוותא טוב לברך עליהן בפה״א לצאת ידי ספק (טור אורח חיים סימן ר״ב). Pour la pratique, on suit son Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
Pourquoi le vin a-t-il une bénédiction propre, alors que l'huile d'olive n'en a pas (séif 1) ?
Pourquoi récite-t-on aujourd'hui בפה״א sur le raisin vert même assez grand (séif 2) ?
Le noyau rendu bon par le feu reçoit שהכל, l'amande rendue bonne reçoit בפה״ע — d'où vient la différence (séifim 3 et 5) ?
Dans l'anigron, qu'est-ce qui décide si l'huile est l'essentiel (séif 4), et pourquoi les קפריסין ne reçoivent-ils pas בפה״ע comme le dit la Michna (séif 6) ?
Pourquoi la datte écrasée garde-t-elle בפה״ע alors que le miel qui coule d'elle tombe à שהכל (séifim 7 et 8) ?
Que doit faire, selon le séif 11, celui qui craint le Ciel avant de boire de l'eau de raisins secs — et pourquoi ne tranche-t-on pas le doute ?
Pourquoi la noix mûre au miel reçoit-elle בפה״ע et la noix tendre שהכל (séifim 13 et 14) ?
Pourquoi ne récite-t-on rien sur le poivre sec, et בפה״א sur le poivre frais (séifim 16 et 18) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — גדר עיקר הפרי ; אשתני לעלויא ; משקין היוצאין מן הפירות
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — דיני ברכת פירות האילן