Sujet : Les lois du tsitsit au cimetière — לועג לרש, tsitsit découverts ou couverts, les ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe, et le talit du défunt Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן כ״ג · ד׳ סעיפים
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
Après les lois de la confection et du port du tsitsit, le Choulhan Aroukh aborde ici un lieu qui appelle une délicatesse particulière : le cimetière. La Torah demande d'honorer les défunts ; or le défunt est désormais exempt des mitsvot. Accomplir ostensiblement une mitsva tout près de lui — porter des tsitsit visibles au-dessus des tombes — reviendrait à le narguer de ce qu'il ne peut plus faire : c'est le principe de לועג לרש, « celui qui raille le démuni outrage son Créateur » (משלי י״ז, ה׳). Le siman avance en quatre pas, tout en retenue. D'abord, le din de base : entrer au cimetière vêtu de tsitsit est permis, pourvu qu'ils ne traînent pas sur les tombes — et le retournement historique : de leur temps, le tsitsit était posé sur le vêtement ordinaire ; de nos jours, où le vêtement est dédié à la mitsva, les tsitsit découverts sont interdits même s'ils ne traînent pas — couverts, c'est permis. Ensuite, l'usage de nouer deux tsitsit entre eux en entrant : cela ne sert à rien. Puis les ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe : même din que le cimetière. Enfin, le talit du défunt : là où l'on en retire les tsitsit, si les porteurs (כתפים) portent des tsitsit, il y a lieu de craindre לועג לרש. Nous étudions ici au niveau du principe ; pour la conduite concrète, on se réfère à la décision du Rav.
📑 Plan de l'étude
A.Entrer au cimetière vêtu de tsitsit — qu'ils ne traînent pas sur les tombes (לועג לרש) ; jadis / de nos jours ; découverts interdit, couverts permis (séif 1)
B.Nouer deux tsitsit entre eux en entrant au cimetière — cela ne sert à rien (séif 2)
C.Les ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe — même din que le cimetière (séif 3)
D.Le talit du défunt et les porteurs (כתפים) — là où l'on retire les tsitsit du talit du défunt (séif 4)
+Cas pratiques et questions de compréhension
A. Entrer au cimetière vêtu de tsitsit — לועג לרש (séif 1)
[1] Lois du tsitsit au cimetière. Il est permis d'entrer dans un cimetière en étant vêtu de tsitsit — à condition que [les tsitsit] ne traînent pas sur les tombes ; mais s'ils traînent sur les tombes, c'est interdit, en raison de לועג לרש (« railler le démuni »). De quoi cela a-t-il été dit ? De leur temps, où l'on posait les tsitsit sur le vêtement que l'on portait pour son propre usage ; mais nous, qui ne destinons [ces vêtements] qu'à la mitsva, c'est interdit même s'ils ne traînent pas. Et cela, lorsque les tsitsit sont découverts ; mais s'ils sont couverts — c'est permis.
לוֹעֵג לָרָשׁ (loeg la-rach) — « railler le démuni » — d'après le verset לֹעֵג לָרָשׁ חֵרֵף עֹשֵׂהוּ (משלי י״ז, ה׳) : « qui raille le démuni outrage son Créateur ». La Guemara (ברכות י״ח ע״א) l'applique aux défunts : le défunt est désormais exempt des mitsvot — il est, en ce sens, « démuni ». Accomplir ostensiblement une mitsva tout près de lui, c'est comme lui rappeler ce qu'il ne peut plus accomplir. Loin d'être une simple règle de bienséance, c'est une expression du respect dû aux défunts.
Trois étapes dans ce séif :
Le din de base : entrer au cimetière vêtu de tsitsit est permis — pourvu que les tsitsit ne traînent pas sur les tombes ; s'ils traînent, c'est לועג לרש.
Le retournement — jadis / de nos jours :de leur temps, le tsitsit était posé sur le vêtement ordinaire — le porter au cimetière n'avait rien d'ostensible. De nos jours, notre vêtement à tsitsit est dédié à la mitsva : le porter visiblement parmi les tombes est interdit même si les tsitsit ne traînent pas.
La solution — couvrir : tout ceci vaut lorsque les tsitsit sont découverts (מגולים) ; s'ils sont couverts (מכוסים) — rentrés, dissimulés sous le vêtement — c'est permis.
בִּימֵיהֶם / de nos jours — une distinction que le Choulhan Aroukh emploie ici avec finesse : la même conduite change de sens selon l'époque. Jadis, les tsitsit accompagnaient l'habit de tous les jours — leur présence au cimetière était neutre. Aujourd'hui, le talit (katan ou gadol) n'est porté que pour la mitsva : l'exhiber parmi les tombes prend le sens d'une mitsva affichée devant ceux qui en sont exempts. C'est pourquoi le din devient plus strict de nos jours.
Le séif 1 en une phrase : au cimetière, les tsitsit ne doivent jamais traîner sur les tombes (לועג לרש) ; et de nos jours, où le vêtement est dédié à la mitsva, les tsitsit découverts sont interdits même sans traîner — couverts, c'est permis.
B. Nouer deux tsitsit entre eux — un geste qui ne sert à rien (séif 2)
[2] Certains ont l'usage de nouer deux tsitsit de deux coins l'un avec l'autre lorsqu'ils entrent au cimetière — et ils n'ont rien accompli par leur procédé.
Ce que vise ce séif :
L'usage : certains, en entrant au cimetière, nouaient deux tsitsit de deux coins l'un à l'autre — pensant sans doute rendre ainsi le talit momentanément « inapte », pour qu'il ne soit plus un habit de mitsva face aux défunts (על דרך הסברה).
La réponse du Choulhan Aroukh : ce nœud n'invalide pas le talit — la mitsva demeure telle quelle — et le geste ne change donc rien (ולא הועילו כלום בתקנתן).
La conséquence : la seule voie donnée par le siman reste celle du séif 1 — couvrir les tsitsit, ou veiller à la distance (séif 3).
À retenir : nouer deux tsitsit entre eux en entrant au cimetière ne sert à rien : le talit reste un habit de mitsva. Ce qui protège du לועג לרש, c'est de couvrir les tsitsit — non de les nouer.
[3] Celui qui entre dans les quatre amot (ד׳ אמות) d'un mort ou d'une tombe — son din est celui de qui entre dans un cimetière.
ד׳ אַמּוֹת (arba amot) — « quatre coudées » — la mesure halakhique de l'« espace proche » d'une personne, environ deux mètres. Ici : tout ce qui a été dit du cimetière (séif 1) vaut dès que l'on se trouve à moins de quatre amot d'un mort — par exemple avant l'enterrement — ou d'une tombe, même isolée, hors de tout cimetière.
Ce que ce séif étend :
Pas seulement le cimetière : le din de לועג לרש ne dépend pas du lieu « cimetière », mais de la proximité du défunt.
Un mort : à moins de ד׳ אמות d'un défunt — lors d'une veillée, d'une levée, d'un enterrement — même conduite qu'au cimetière : tsitsit couverts.
Une tombe : de même pour une tombe isolée — au bord d'un chemin, dans un champ.
À retenir : à moins de ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe, on se conduit exactement comme au cimetière : les tsitsit ne traînent pas, et de nos jours on les garde couverts.
D. Le talit du défunt et les porteurs — הכתפים (séif 4)
[4] Là où l'usage est de retirer les tsitsit du talit du défunt, à la maison — si les porteurs (הכתפים) portent des tsitsit, il y a lieu de craindre, à leur égard, le לועג לרש.
כַּתָּפִים (katafim) — « les porteurs » — littéralement « les hommes d'épaule » : ceux qui portent le défunt lors de la levée et de l'accompagnement. Dans les communautés dont l'usage est de retirer les tsitsit du talit du défunt dès la maison, le défunt est porté sans tsitsit ; si ceux qui le portent — penchés tout près de lui, bien en deçà de ד׳ אמות — arborent des tsitsit visibles, la crainte de לועג לרש se pose à leur égard.
Ce que ce séif ajoute :
Un usage : en certains lieux, on retire les tsitsit du talit dans lequel le défunt est enseveli, dès la maison — marquant qu'il est désormais exempt de la mitsva.
La conséquence pour les porteurs : précisément là, si les כתפים portent des tsitsit [découverts], le contraste est appuyé — איכא למיחש, il y a lieu de craindre le לועג לרש.
La cohérence du siman : comme aux séifim 1 et 3, la réponse tient dans la discrétion : des tsitsit couverts n'exposent pas à cette crainte.
À retenir : là où l'on retire les tsitsit du talit du défunt, les porteurs veilleront à ne pas porter de tsitsit découverts — c'est la même délicatesse de לועג לרש, au plus près du défunt.
Cas pratiques
Cas 1 — Se rendre à un enterrement ou au cimetière avec le talit katan
Situation : on doit se rendre à un enterrement, ou visiter la tombe d'un proche, en portant son talit katan avec les tsitsit sortis.
Conduite : le principe du siman (séif 1) est clair et simple à appliquer : on rentre les tsitsit — on les glisse sous le vêtement — avant d'entrer. Des tsitsit couverts sont permis ; des tsitsit découverts, de nos jours, ne le sont pas, même s'ils ne traînent pas sur les tombes. C'est un geste de respect envers les défunts, non une gêne : la mitsva demeure, simplement sans être affichée.
Cas 2 — Prier dans un cimetière (azkara, hilloula)
Situation : une prière ou une azkara est organisée au cimetière ; certains participants portent talit katan, d'autres envisagent le talit gadol.
Conduite : la vigilance porte sur les tsitsit découverts (séif 1) : on veille à ce qu'ils restent couverts tant que l'on se trouve parmi les tombes ou à moins de ד׳ אמות d'une tombe (séif 3). Quant aux textes que l'on peut y lire et à la manière de s'y tenir — les usages varient et les distinctions sont délicates : on se réfère à la décision du Rav.
Cas 3 — S'approcher à moins de ד׳ אמות d'une tombe
Situation : hors d'un cimetière — une tombe isolée au bord d'un chemin, ou la proximité d'un défunt avant l'enterrement.
Conduite : le séif 3 étend le din du cimetière à toute proximité de moins de ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe : mêmes règles — les tsitsit ne traînent pas, et on les garde couverts. En cas de doute sur la distance ou sur l'emplacement exact d'une tombe, la mesure est délicate : on se réfère à la décision du Rav.
Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
Qu'est-ce que לועג לרש (séif 1) ? Pourquoi ce principe s'applique-t-il aux défunts, et de quel verset provient-il ?
Quel était le din de leur temps, et pourquoi est-il devenu plus strict de nos jours (séif 1) ?
Quelle différence entre des tsitsit מגולים et מכוסים au cimetière (séif 1) ?
Pourquoi nouer deux tsitsit entre eux en entrant au cimetière ne sert-il à rien (séif 2) ?
Que dit le siman de celui qui entre dans les ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe (séif 3), et quelle crainte concerne les porteurs (כתפים) là où l'on retire les tsitsit du talit du défunt (séif 4) ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul — le principe de לועג לרש (ברכות י״ח ע״א ; משלי י״ז, ה׳) et pourquoi le défunt est exempt des mitsvot ; le retournement בימיהם / האידנא (vêtement d'usage / vêtement de mitsva ; מגולים / מכוסים) ; la mesure des ד׳ אמות של מת ; et le talit du défunt (le לועג לרש du côté des porteurs)
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide
👑 Niveau 4 — Daat HaRav (Admour HaZaken) : la chitah du Choulhan Aroukh HaRav — le développement du לועג לרש (entrer au cimetière avec tsitsit, jadis et de nos jours, découverts et couverts), les ד׳ אמות d'un mort ou d'une tombe, nouer les tsitsit, et le talit du défunt