Les besamim (épices) pour l'avdala — pour découvrir et comprendre
סימן רצ"ז
דִּין בְּשָׂמִים לְהַבְדָּלָה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman רצ"ז : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française fluide, explications pédagogiques des concepts halakhiques, cas pratiques modernes et synthèse.
Sujet : Les besamim (épices) pour l'avdala Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן רצ"ז (5 seifim)
Compilation : רב יוסף חיים סממה DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'étude
1.Le texte du Choul'han Aroukh — les 5 seifim du Mehaber
2.Le contexte général : pourquoi ce siman, quelle est la question ?
3.Les concepts-clés halakhiques de ce siman
4.Le détail des seifim — un par un
5.Le Mishnah Berurah — premières entrées
6.La position du Rama — différences ashkénaze vs séfarade
7.Cas pratiques modernes
8.Synthèse pratique et règles à retenir
9.Questions de compréhension
1. Le texte du Choul'han Aroukh
Le siman רצ"ז contient 5 seifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) qui codifient les règles relatives à les besamim (épices) pour l'avdala.
Seif א — Les besamim s'il y en a, pas obligatoire de chercher
דיני בשמים להבדלה. ובו ה סעיפים: מברך על הבשמים אם יש לו ואם אין לו אינו צריך לחזור אחריהם:
Traduction : « On bénit sur les besamim (épices/parfums) s'il en a. S'il n'en a pas, il n'est pas obligé de les chercher. »
Statut halakhique des besamim : contrairement au vin et à la Havdala elle-même (obligatoires), les besamim sont conditionnels à leur présence. Pas d'obligation d'investissement actif. Si on n'en a pas — on saute simplement cette berakha.
Pourquoi les besamim à motzaei Shabbat ? Source : Pesahim 102b — pour consoler la nefesh yetera (« âme supplémentaire ») qui quitte le corps à la fin du Shabbat. L'odeur des besamim « réjouit l'âme » (Brakhot 43b — « davar she-ha-nefesh nehenet mimenu »).
Seif ב — Besamim interdits : toilettes, défunts, idolâtrie
אין מברכין על בשמים של בית הכסא ולא על של מתים (ודוקא) הנתונים למעלה ממטתו של מת ולא על בשמים שבמסיבת ע"א דסתם מסיבתן לעכו"ם. הגה ואם בירך על בשמים אלו לא יצא וצריך לחזור ולברך על אחרים [ב"י בשם א"ח]:
Traduction : « On ne bénit pas sur les besamim de la toilette (= ceux placés là pour neutraliser les mauvaises odeurs) ni sur ceux des défunts — précisément ceux placés au-dessus du lit du mort — ni sur les besamim d'une réunion d'idolâtrie, car de telles réunions ont par défaut une finalité d'idolâtrie. Rama : Et si on a béni sur ces besamim, on n'est pas quitte et il faut recommencer sur d'autres (Beit Yossef au nom de Orhot Hayim). »
3 cas d'interdiction :
Besamim des toilettes — usage ignoble (neutraliser puanteur), pas pour le plaisir.
Besamim des défunts — usage funéraire, antithèse du oneg.
Besamim des idolâtres — bénir = participer indirectement à l'idolâtrie.
Si on a béni dessus par erreur — non-yatsa, refaire sur d'autres besamim.
Seif ג — Besamim dans les jarres de vin des non-juifs
שקים מלאים בשמים שמשימים עכו"ם תוך קנקני היין אע"פ שמותר להריח בהם אין מבדילין עליהם:
Traduction : « Les sacs pleins de besamim que les non-juifs placent dans les jarres de vin [pour parfumer le vin] — même s'il est permis de les respirer, on ne fait pas Havdala dessus. »
Logique : ces besamim sont placés pour parfumer le vin, pas pour le plaisir olfactif autonome. La berakha de besamim suppose que l'objet est destiné à l'odorat. Ces besamim sont à destination du vin, pas du nez — donc pas de berakha.
Seif ד — Minhag de l'hadass (myrte)
נהגו לברך על ההדס כל היכא דאפשר: הגה וי"א דאין לברך על הדס היבש דאינו מריח רק על שאר בשמים (טור בשם הר"ר אפרים והר"א מפראג) וכן נהגו במדינות אלו ונ"ל דיש להניח גם הדס עם הבשמים דאז עושין ככולי עלמא:
Traduction : « On a l'usage de bénir sur l'hadass (myrte) partout où c'est possible. Rama : Et certains disent qu'on ne bénit pas sur le myrte sec car il n'a pas d'odeur — seulement sur d'autres besamim (Tour au nom de R. Ephraïm et R. Aharon de Prague). Et c'est ainsi qu'on a coutume dans nos pays. Et il me semble qu'il faut placer aussi du myrte avec les besamim — ainsi on satisfait à toutes les opinions. »
L'hadass (myrte) :
Mehaber/sefarade : minhag de bénir sur l'hadass (myrte frais), qui est le besamim idéal.
Rama/ashkénaze : attention au myrte sec — il a perdu son odeur. Préférer d'autres besamim (clous de girofle, cannelle, herbes).
Compromis du Rama : mettre hadass + autres besamim ensemble. Le myrte (frais ou non) donne le minhag traditionnel ; les autres garantissent que la berakha porte.
Hadass = myrte (Myrtus communis) : arbuste méditerranéen aux feuilles odorantes. Utilisé aussi pour les 4 espèces de Souccot. À motzaei Shabbat — minhag historique. Aujourd'hui, dans la diaspora, on utilise souvent des clous de girofle, cannelle, ou des boîtes à besamim ornementées.
Seif ה — Celui qui ne sent rien (anosmie)
מי שאינו מריח אינו מברך על הבשמים אלא א"כ מתכוין להוציא בני ביתו הקטנים שהגיעו לחינוך או להוציא מי שאינו יודע:
Traduction : « Celui qui ne sent rien [perte d'odorat] ne bénit pas sur les besamim, sauf s'il a l'intention d'acquitter ses enfants âgés pour l'éducation [hinoukh] ou d'acquitter quelqu'un qui ne sait pas [faire la berakha lui-même]. »
Pourquoi un anosmique ne peut pas bénir pour lui-même ? La berakha de besamim est une « birkat ha-nehenin » (berakha de plaisir) — on ne bénit pas sur quelque chose dont on ne profite pas. Mais pour acquitter d'autres qui profitent (enfants ou personnes ignorantes), la berakha est valide via le mécanisme de « arvut » (responsabilité mutuelle).
Texte intégral : ces 5 seifim constituent l'ensemble de la codification du Mehaber pour ce sujet. Chacun précise un cas, une condition, ou une exception.
2. Le contexte général
De quoi parle ce siman ?
Notre siman codifie les besamim (épices, parfums) — le 2ème élément du sanglier YBN"H de la Havdala (Yayin · Besamim · Ner · Havdala). Sa raison d'être : consoler la nefesh yetera (« âme supplémentaire ») qui quittait le corps au sortir du Shabbat. Source : Pesahim 102b ; Brakhot 43b.
La nefesh yetera : selon le Talmud (Beitsa 16a, Rashi), à Shabbat un juif reçoit une « âme supplémentaire » qui lui donne capacité accrue de manger, prier, et jouir spirituellement. Au motzaei Shabbat, elle le quitte — cause d'une fatigue / déprime physiologique-spirituelle. Les besamim « réjouissent l'âme » et consolent cette perte.
Place dans Hilkhot Shabbat
Siman 295-296 — Havdala (cadre général)
Siman 297 — Besamim (notre siman)
Siman 298 — Ner (bougie tressée)
Siman 299 — Pas manger avant Havdala
3. Les concepts-clés halakhiques
1. בשמים (Besamim) : épices/parfums respirés à motzaei Shabbat. Catégories : atsei besamim (clous de girofle, écorce), isvei besamim (menthe, basilic), minei besamim (cannelle, autres). MB sur seif א : pour Havdala, on dit toujours « Boré minei besamim » (formule générale) afin d'éviter erreurs.
2. נפש יתרה (Nefesh Yetera) : « âme supplémentaire » reçue à Shabbat. Quittée au motzaei Shabbat ; les besamim la consolent.
3. לעבורי ריחא (Le-Aboro Reiha) : « pour neutraliser l'odeur » — usage des besamim aux toilettes ou avec un défunt : ne sont pas pour le plaisir olfactif mais pour masquer la puanteur. Pas de berakha.
5. להוציא בני ביתו : acquitter les autres — un anosmique peut bénir pour ses enfants ou des ignorants, même si lui-même ne profite pas.
6. חינוך (Hinoukh) : éducation des enfants. Les enfants à partir de 6-7 ans (= âge de hinoukh) doivent être formés à la berakha. L'anosmique peut donc faire la berakha pour leur formation.
4. Vue d'ensemble des 5 seifim
Seif
Sujet
Halakha
א
Présence
Si on a — on bénit ; sinon pas obligation de chercher
ב
Besamim interdits
Toilettes, défunts, idolâtres — non yatza si on a béni
ג
Vin parfumé non-juif
Permis à humer, pas pour Havdala (pas pour le nez)
Pas de berakha pour soi ; possible pour enfants/ignorants
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 13 entrées sur ce siman. Voici les premières — pour mieux comprendre le sens des seifim :
משנה ברורה (א) — (א) מברך על הבשמים - והברכה הוא בורא מיני בשמים על איזה מין שהוא אף שבחול צריך לברך על כל מין כברכתו [דהיינו על עצי בשמים בורא עצי בשמים ועל עשבי בשמים בורא עשבי בשמים וכדלעיל בסימן רט"ז ועי"ש עוד כמה פרטים בזה] מ"מ במו"ש מברכין על הכל בורא מיני בשמים כדי שלא יבואו לטעות ההמון עם שאין הכל בקיאין בכל ברכה המיוחדת אבל בברכה זו יוצא על הכל וכמש"כ שם בס"א ומ"מ לכתחלה טוב יותר שיקח לבשמים דבר שברכתו בו…
משנה ברורה (ב) — (ב) א"צ לחזור אחריהם - שאין מברכין עליהם אלא להשיב הנפש שהיא כואבת מיציאת השבת. כתבו האחרונים שאף מי שמתענה בשבת צריך לברך על הבשמים במו"ש משא"כ ביוה"כ אף כשחל בשבת אין צריך לברך במוצאי יוה"כ:
משנה ברורה (ג) — (ג) של בית הכסא ולא וכו' - דכל זה לאו לריחא עבידי אלא לעבורי ריח הסרחון:
Pour le texte intégral des 13 entrées, consulte Sefaria : Mishnah Berurah 297.
6. La position du Rama
Là où le Rama (Rabbi Moshe Isserles) ajoute une הגהה (glose), il précise généralement les nuances ashkénazes par rapport au Mehaber séfarade. Vérifie attentivement le texte hébreu ci-dessus pour repérer les passages introduits par הגה.
L'ajout principal du Rama dans ce siman :
Seif ב : si on a béni sur des besamim interdits (toilettes/défunts), non yatza ; refaire.
Seif ד : myrte sec sans odeur — pas de berakha. Mettre hadass + autres besamim ensemble pour respecter toutes les opinions.
7. Cas pratiques modernes
Situation
Halakha pratique
Besamim disponibles à la maison
Clous de girofle (le plus courant), boîte à besamim avec mélange. Bénir « Boré minei besamim ».
Pas de besamim
Sauter cette berakha. Pas obligation de chercher (seif א).
Rhume / Covid (perte d'odorat)
Pas de berakha pour soi. Si on a des enfants, on peut bénir pour eux (seif ה). Sinon, sauter la berakha.
Myrte frais Souccot
Sefarade : idéal. Ashkénaze : combine avec autres besamim (Rama).
Boîte à besamim « ornementée »
Très répandue. Souvent contenant des clous de girofle ou mélange aromatique. Berakha standard.
Roses / fleurs fraîches
Berakha spécifique « Boré atsei/isvei besamim » selon catégorie. Pour Havdala : tous regroupés sous « minei besamim ».
Yom Kippour qui tombe Shabbat — Havdala
MB : pas de besamim au motzaei Yom Kippour, même Shabbat. Le jeûne fatigue mais ce n'est pas la même « nefesh yetera » qui se retire.
Acquitter des enfants
Permis et formateur — l'anosmique peut le faire (seif ה). Enfants à partir de hinoukh (6-7 ans).
Règle pratique : Les besamim sont un élément conditionnel de la Havdala. S'ils manquent, on saute. La berakha standard est « Boré minei besamim » qui couvre toutes les catégories.
8. Synthèse pratique du Siman
Les 5 enseignements clés du Siman רצ"ז :
Besamim conditionnels : si disponibles oui ; sinon sauter sans culpabilité.
But : consoler la nefesh yetera qui quitte le corps.
Besamim interdits : toilettes, défunts, idolâtres — non yatza si on a béni dessus.
Hadass (myrte) : idéal sefarade ; Rama combine avec autres besamim.
Anosmique : pas pour soi, mais peut acquitter enfants/ignorants.
9. Questions de compréhension
Vérifie ta compréhension :
Pourquoi sent-on les besamim à motzaei Shabbat ? Quelle est la « nefesh yetera » ?
Suis-je obligé de chercher des besamim si je n'en ai pas ? Quelle est la raison ?
Pourquoi ne bénit-on pas sur les besamim des toilettes, des défunts, ou des idolâtres ?
Pourquoi pas de berakha sur les besamim dans les jarres de vin ?
Quel est le minhag sefarade vs ashkénaze concernant l'hadass (myrte) ?
Si je ne sens rien, puis-je bénir ? Dans quel cas exceptionnel ?
Pour aller plus loin
Si tu veux approfondir ce siman :
📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul, les שיטות ראשונים, les חקירות יסודיות, et les nuances Acharonim
✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide avec mnémoniques
📜 Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav siman רצ"ז)