Siman שע״ד · 4 séifim du Choulhan Aroukh
Première approche du Siman שע״ד : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française, explications des concepts halakhiques, cas pratiques et synthèse.
Sujet : la porte ou la fenêtre par laquelle deux cours ont fait l'érouv, bouchée pendant Chabbat ; le mur entre deux cours percé pendant Chabbat ; la petite cour ouverte sur une grande et le petit toit ouvert sur un grand
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן שע״ד (4 séifim du Choulhan Aroukh, sans glose introduite par הגה ; 4 aussi dans le Choulhan Aroukh HaRav, étudiés au niveau 4)
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'étude
1. Le texte du Choul'han Aroukh
Le siman שע״ד contient 4 séifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo). Aucune glose n'y est introduite par le mot הגה ; au séif א, une mention entre parenthèses, en petits caractères, sans le mot הגה, suivie du nom de sa source, l'Agour (voir la section 6). Objet du siman, selon son titre : la porte ou la fenêtre bouchée pendant Chabbat, à l'endroit par lequel on a fait l'érouv ; les séifim ב, ג et ד traitent aussi de brèches : le mur entre deux cours, la petite cour ouverte sur une grande, le petit toit ouvert sur un grand. Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken compte lui aussi 4 séifim pour ce siman, sur les mêmes sujets et dans le même ordre ; sa numérotation est celle du niveau 4.
Seif א
נסתם בשבת פתח או חלון במקום שעירב בו. ובו ד סעיפים:
ערבו דרך חלון או פתח שביניהם ונסתם בשבת מותרים להשתמש דרך גובה הכותל וחוריו ואפי' אם עירב לשנה ונסתם הפתח בחול ונפתח בשבת (ואפילו סתמה במזיד) (אגור) חזר העירוב להתירו ולהרמב״ם אין מותר לטלטל אלא כל אחת לעצמה אבל מזו לזו לא:
- L'ouverture de l'érouv bouchée pendant Chabbat : on se sert par le haut du mur et par ses trous : ערבו דרך חלון או פתח שביניהם ונסתם בשבת מותרים להשתמש דרך גובה הכותל וחוריו. Par exemple, selon Rachi rapporté par la Michna Beroura, quand un éboulement est tombé devant elle (ס״ק א). On se sert de l'une à l'autre pendant ce Chabbat, et à plus forte raison chacune pour elle-même, même celle où l'érouv n'est pas déposé (ס״ק ב). Bien que les trous n'aient pas la mesure d'une fenêtre, l'érouv n'est pas annulé pour ce Chabbat : ce qui a été permis au début du Chabbat est permis pour tout le Chabbat (ס״ק ג).
- L'érouv fait pour l'année, la porte bouchée en semaine et ouverte pendant Chabbat : ואפי׳ אם עירב לשנה ונסתם הפתח בחול ונפתח בשבת … חזר העירוב להתירו. La raison, selon la Michna Beroura (ס״ק ד) : quand il a déposé l'érouv pour plusieurs Chabbat ou pour l'année, la porte était ouverte de l'une à l'autre et l'érouv a pris effet ; il n'est donc pas annulé, et dès que la porte s'ouvre, l'érouv revient à sa permission première.
- En petits caractères, entre parenthèses : (ואפילו סתמה במזיד) (אגור). Le texte ne nomme pas l'auteur de cette mention ; le Biour Halakha la rapporte au Rama. « Délibérément », c'est-à-dire intentionnellement ; et la Michna Beroura écrit que le Magen Avraham et plusieurs A'haronim inclinent à interdire dans ce cas quand la porte s'est rouverte pendant Chabbat (ס״ק ה ; section 6).
- Selon le Rambam, chacune pour elle-même seulement : ולהרמב״ם אין מותר לטלטל אלא כל אחת לעצמה אבל מזו לזו לא. La Michna Beroura rattache cet avis au début du séif, la porte bouchée pendant Chabbat ; si elle s'est rouverte, selon tous on transporte de l'une à l'autre comme au début ; et pour la halakha, l'essentiel est le premier avis, comme l'ont écrit les A'haronim (ס״ק ו).
Seif ב
היה כותל בין שתי חצרו' ועירבה כל אחת לעצמה ונפרץ הכותל בשבת מותרים לטלטל כל א' בחצרו אפי' כלי הבי' אבל חצר שנפרצה בשבת לרשו' הרבים או לכרמלית אסור:
- Le mur entre deux cours, chacune ayant fait l'érouv pour elle-même, percé pendant Chabbat : היה כותל בין שתי חצרו׳ ועירבה כל אחת לעצמה ונפרץ הכותל בשבת. C'est-à-dire, selon le Biour Halakha, percé sur toute sa largeur, ou sur plus de dix amot.
- Chacun transporte dans sa cour, même les objets de la maison : מותרים לטלטל כל א׳ בחצרו אפי׳ כלי הבי׳. La raison, selon la Michna Beroura (ס״ק ז) : bien que chaque cour soit maintenant ouverte sur un domaine avec lequel elle n'est pas associée, puisqu'au crépuscule (bein hachmachot) c'était permis, c'est permis pour tout le Chabbat. « Même les objets de la maison » : ceux de la cour, eux, se transportent même d'une cour à l'autre, même quand le mur est percé, toutes les cours formant un seul domaine, comme au début du siman 372 (ס״ק ח).
- La cour ouverte sur le domaine public ou sur une karmelit : interdit : אבל חצר שנפרצה בשבת לרשו׳ הרבים או לכרמלית אסור. Ici, écrit la Michna Beroura, on ne dit pas que ce qui a été permis reste permis : au début du séif, [le mur] s'est ouvert sur une autre cour, domaine privé comme elle, mais ici sur un domaine réellement autre (ס״ק ט). Sur ce qui reste permis dans les quatre amot, voir la section 6.
Seif ג
חצר קטנה שנפרצ' קודם שבת במילוא' לגדול' ואין בפרצה יותר מי' אמו' גדול' מותרת להוציא כלי' ששבתו בבית לחצרה אם עירבה לעצמה וקטנה אסור' להוציא כלים ששבתו בבית לחצירה אלא אם כן עירבו יחד והיינו כשנכנסין כותלי קטנה לגדולה וכשכתלי קטנה מופלגים ג״ט מכותלי אורך הגדולה דאם לא כן היתה קטנה ניתרת ע״י נראה מבחוץ ושוה מבפנים:
- La petite cour ouverte avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur une grande, par une brèche de dix amot au plus : חצר קטנה שנפרצ׳ קודם שבת במילוא׳ לגדול׳ ואין בפרצה יותר מי׳ אמו׳. Avant Chabbat : pendant Chabbat, on dit que ce qui a été permis reste permis (Michna Beroura, ס״ק י). Sur toute sa largeur : les deux cours étaient voisines, séparées par un mur, et tout ce mur a été percé (ס״ק י״א). Au-delà de dix amot, on ne peut pas dire que la petite est comme la porte de la grande, car on ne fait pas de porte de plus de dix amot (ס״ק י״ב).
- La grande est permise, si elle a fait l'érouv pour elle-même : גדול׳ מותרת להוציא כלי׳ ששבתו בבית לחצרה אם עירבה לעצמה. La petite ne lui interdit pas : la grande a des restes de mur (guipoufin), et l'endroit de la brèche dans le mur de la petite est comme sa porte (Michna Beroura, ס״ק י״ג). Les objets qui ont passé Chabbat dans la cour, eux, peuvent être sortis même dans une autre cour sans érouv commun (ס״ק י״ד) ; et si la grande n'a pas fait l'érouv, elle aussi est interdite (ס״ק ט״ו).
- La petite est interdite, à moins d'un érouv commun : וקטנה אסור׳ להוציא כלים ששבתו בבית לחצירה אלא אם כן עירבו יחד. Son mur s'est ouvert sur toute sa largeur sur la grande, qui est pour elle un endroit interdit (Michna Beroura, ס״ק ט״ז).
- Quand les murs de la petite entrent dans la grande, à trois tefa'him de ses murs : והיינו כשנכנסין כותלי קטנה לגדולה וכשכתלי קטנה מופלגים ג״ט מכותלי אורך הגדולה. Les trois tefa'him, explique la Michna Beroura, parce qu'en deçà on dit lavoud — comme si les murs se rejoignaient — et c'est comme s'ils n'étaient pas éloignés du tout (ס״ק י״ח). Le Biour Halakha écrit, au nom du Gaon de Vilna, que les murs ne sont pas mentionnés avec précision : il suffit qu'un seul mur soit éloigné de trois tefa'him pour que la petite soit interdite (section 6).
- Sinon, la petite est permise : vu de l'extérieur et égal de l'intérieur : דאם לא כן היתה קטנה ניתרת ע״י נראה מבחוץ ושוה מבפנים. Selon la Michna Beroura (ס״ק י״ט) : de l'intérieur de la petite, ses murs sont égaux et la brèche occupe toute sa largeur ; mais, vus de l'extérieur, de l'intérieur de la grande, des restes de mur lui apparaissent de part et d'autre — l'excédent de la grande sur la petite —, et puisque la grande est permise par eux, la petite le serait aussi. Quand les murs de la petite avancent dans la grande, on voit que ces restes de mur ne lui appartiennent pas.
Seif ד
גג קטן שנפרץ קודם שבת במילואו לגג גדול קטן אסור להעלות עליו כלים ששבתו בבית וגדול מותר והוא שיהו מחיצות הבית ניכרות למי שעומד על הגג אבל אם אינם ניכרות כגון שהגג בולט עליהם הוי כרמלית אלא אם כן פתוח לו מהבית חלון ארבע על ארבע:
- Le petit toit ouvert avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur un grand : גג קטן שנפרץ קודם שבת במילואו לגג גדול. Selon la Michna Beroura, si les deux toits sont égaux, ils s'interdisent l'un à l'autre (ס״ק כ׳). « Ouvert par une brèche » n'est pas à prendre à la lettre, écrit-elle : il était ouvert sur le toit voisin, et l'expression vient du séif ג (ס״ק כ״א). Avant Chabbat : pendant Chabbat, on dit que ce qui a été permis reste permis (ס״ק כ״ב). Il s'agit, selon elle, du cas où tout le petit toit fait face au grand, où les propriétaires n'ont pas fait l'érouv ensemble, et où le petit toit ne dépasse pas dix amot (ס״ק כ״ג).
- On ne monte pas sur le petit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison ; sur le grand, c'est permis : קטן אסור להעלות עליו כלים ששבתו בבית וגדול מותר. Le petit s'est ouvert sur le domaine de l'autre, qui lui est interdit (Michna Beroura, ס״ק כ״ד) ; les objets qui ont passé Chabbat sur le toit peuvent être transportés même sur le toit de l'autre sans aucun érouv, comme au siman 372, séif א (ס״ק כ״ה) ; pour le grand, le petit toit compte comme une simple porte, puisqu'il ne dépasse pas dix amot (ס״ק כ״ו).
- À condition que les murs de la maison soient visibles de celui qui se tient sur le toit : והוא שיהו מחיצות הבית ניכרות למי שעומד על הגג. Selon la Michna Beroura (ס״ק כ״ז), leurs toits étaient plats ; quand le toit ne déborde pas des murs, ceux qui se tiennent au bord du toit voient les murs de la maison en regardant sous leurs pieds, et l'on dit alors goud assik me'hitsata — on prolonge les murs vers le haut —, comme si le toit était entouré de murs.
- Sinon, par exemple si le toit déborde, c'est une karmelit : אבל אם אינם ניכרות כגון שהגג בולט עליהם הוי כרמלית. Il n'est alors permis de transporter sur chacun des toits que dans les quatre amot, même les objets qui ont passé Chabbat sur le toit (Michna Beroura, ס״ק כ״ז) ; le toit déborde, c'est quand il déborde de quatre tefa'him (ס״ק כ״ח).
- À moins qu'une fenêtre de quatre sur quatre ne s'ouvre vers lui depuis la maison : אלא אם כן פתוח לו מהבית חלון ארבע על ארבע. On s'en sert alors, et tout le toit compte comme les trous du domaine privé ; mais, précise la Michna Beroura, monter sur ce toit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison reste interdit tant qu'on n'a pas fait l'érouv ensemble, puisque les murs n'y sont pas visibles (ס״ק כ״ט).
2. Le contexte général
De quoi parle ce siman ?
Dans la guemara, Rabba rapporte la question qu'il a posée à Rav Houna et à Rav Yehouda, et la réponse qu'il a reçue : « בְּעַאי מֵרַב הוּנָא, וּבְעַאי מֵרַב יְהוּדָה: עֵירַב דֶּרֶךְ הַפֶּתַח וְנִסְתַּם הַפֶּתַח, דֶּרֶךְ הַחַלּוֹן וְנִסְתַּם הַחַלּוֹן, מַהוּ? וְאָמַר לִי: שַׁבָּת הוֹאִיל וְהוּתְרָה — הוּתְּרָה » (עירובין י״ז ע״א). Le séif א traite du même cas, la porte ou la fenêtre de l'érouv bouchée pendant Chabbat.
Pour les séifim ג et ד, la michna : « גַּג גָּדוֹל סָמוּךְ לְקָטָן — הַגָּדוֹל מוּתָּר, וְהַקָּטָן אָסוּר. חָצֵר גְּדוֹלָה שֶׁנִּפְרְצָה לִקְטַנָּה — גְּדוֹלָה מוּתֶּרֶת וּקְטַנָּה אֲסוּרָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּפִתְחָהּ שֶׁל גְּדוֹלָה » (עירובין צ״ב ע״א). Les séifim ג et ד parlent de la petite cour ouverte sur la grande et du petit toit ouvert sur le grand.
Place dans Hilkhot Érouvin
Dans l'index de Sefaria, la section הלכות עירובין du Choul'han Aroukh commence au siman 345. Le siman שע״ד suit le siman שע״ג · 373. La Michna Beroura y renvoie notamment au siman 372 : pour les objets de la cour, qui se transportent d'une cour à l'autre (ס״ק ח), « דכל החצרות רשות אחת וכדלעיל בריש סי׳ שע״ב » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ח), et pour les objets qui ont passé Chabbat sur le toit (ס״ק כ״ה).
3. Les concepts-clés halakhiques
Quelques notions structurent ce siman :
- כיון שהותרה הותרה — ce qui a été permis [au début du Chabbat] reste permis : la Michna Beroura en fait la raison du séif א, « דכיון שהותר בתחלת השבת הותר לכל השבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ג), et du séif ב (ס״ק ז).
- בין השמשות — le crépuscule, moment où l'érouv s'acquiert : « וביה״ש שהוא זמן קניית העירוב הרי יש פתח ביניהם שראוי לערב » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה).
- במילואה — sur toute sa largeur : le Biour Halakha en donne la règle, en renvoyant au Peri Megadim, « הכלל מלואה נקרא היכא דלית ליה פס ד׳ בחצר או פס משהו מכאן ומכאן [או טפח לדעה אחת] נקרא מלואה » (ביאור הלכה שע״ד).
- גיפופין — les restes de mur de part et d'autre de la brèche : « דהא הגדולה יש לה גיפופין ומקום פרצה הכותל של הקטנה הרי היא כפתחה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק י״ג).
- לבוד — l'écart de moins de trois tefa'him, tenu pour fermé : « דאל״ה אמרינן לבוד לאורך הגדולה והוי כאלו לא היה מופלג כלל » (משנה ברורה שע״ד ס״ק י״ח).
- נראה מבחוץ ושוה מבפנים — vu de l'extérieur et égal de l'intérieur : la raison pour laquelle la petite cour serait permise quand ses murs n'entrent pas dans la grande, ou n'y sont pas éloignés de trois tefa'him de ses murs (séif ג ; Michna Beroura, ס״ק י״ח et י״ט).
- גוד אסיק מחיצתא — on prolonge les murs vers le haut : « ואז אמרינן גוד אסיק מחיצתא וכאלו מוקף מחיצות למעלה סביב הגג אבל כשהגג בולט מן הכתלים ולחוץ אין מחיצות הבית נראין ואין אומרין גוד אסיק מחיצתא והוי כרמלית » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״ז).
- כרמלית — ni domaine privé ni domaine public : au séif ד, le toit dont les murs ne sont pas visibles en est une, à moins qu'une fenêtre de quatre sur quatre ne s'ouvre vers lui depuis la maison, « אבל אם אינם ניכרות כגון שהגג בולט עליהם הוי כרמלית אלא אם כן פתוח לו מהבית חלון ארבע על ארבע » (שו״ע או״ח שע״ד:ד).
4. Le détail des seifim — un par un
| Seif | Contenu |
|---|---|
| א | Deux cours ont fait l'érouv par une fenêtre ou une porte entre elles : si l'ouverture se bouche pendant Chabbat, on se sert de l'une à l'autre (selon la Michna Beroura, ס״ק ב) par le haut du mur et par ses trous. L'érouv fait pour l'année revient à sa permission quand la porte, bouchée en semaine, s'ouvre pendant Chabbat ; une mention entre parenthèses, en petits caractères, ajoute : même s'il l'a bouchée délibérément (Agour). Selon le Rambam, chacune pour elle-même seulement. |
| ב | Le mur entre deux cours, chacune ayant fait l'érouv pour elle-même, percé pendant Chabbat : chacun transporte dans sa cour, même les objets de la maison ; la cour ouverte pendant Chabbat sur le domaine public ou sur une karmelit est interdite. |
| ג | La petite cour ouverte avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur une grande, par une brèche de dix amot au plus : la grande, si elle a fait l'érouv pour elle-même, sort dans sa cour les objets qui ont passé Chabbat dans la maison ; la petite ne le peut qu'avec un érouv commun — quand ses murs entrent dans la grande et sont éloignés de trois tefa'him des murs de la grande ; sinon, la petite est permise par le principe : vu de l'extérieur et égal de l'intérieur ; le Biour Halakha écrit, au nom du Gaon de Vilna, qu'il suffit qu'un seul mur soit éloigné de trois tefa'him pour que la petite soit interdite (section 6). |
| ד | Le petit toit ouvert avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur un grand (sans érouv commun, le petit toit ne dépassant pas dix amot ; Michna Beroura, ס״ק כ״ג) : on ne monte pas sur le petit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison, on peut les monter sur le grand — à condition que les murs de la maison soient visibles de celui qui se tient sur le toit ; sinon, par exemple si le toit déborde, c'est une karmelit, à moins qu'une fenêtre de quatre sur quatre ne s'ouvre vers lui depuis la maison ; même alors, monter sur ce toit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison reste interdit sans érouv commun (Michna Beroura, ס״ק כ״ט). |
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 29 entrées sur ce siman. Voici les neuf premières, sur les séifim א et ב — pour mieux comprendre le sens du texte :
Pour le texte intégral des 29 entrées, consulte Sefaria : Mishnah Berurah 374.
6. La position du Rama
Dans le texte que sert Sefaria (édition Maginei Eretz), le Rama (Rabbi Moshe Isserles) n'a sur ce siman aucune glose introduite par le mot הגה. Au séif א, une mention entre parenthèses, en petits caractères, sans le mot הגה ; le Biour Halakha la rapporte au Rama. Les commentateurs ajoutent aussi des réserves aux séifim du Mehaber ; en voici plusieurs, séif par séif.
- Seif א, l'ouverture bouchée avant Chabbat — le Biour Halakha : « אבל אם נסתם מבעוד יום אפילו חזר ונפתח בשבת אסורין לפי שעדיין לא קנו עירוב מעולם » (ביאור הלכה שע״ד) ; et l'érouv fait pour l'année est différent : « ועירב לשנה שאני שמערב מתחלה על כל השבתות וקנה העירוב בשבת ראשונה שהיה הפתח פתוח ולכן אפילו אם אח״כ נסתם הפתח ונפתח בשבת אחרת ואפילו בסוף השנה חוזר העירוב וניעור » (ביאור הלכה שע״ד).
- Seif א, l'érouv fait pour l'année, et la porte bouchée délibérément — le Biour Halakha écrit que la règle de l'érouv fait pour l'année n'est pas claire elle-même, puisque, pour plusieurs Richonim, elle n'a pas de source, et poursuit : « ומ״מ אחרי שהרא״ש והטור והמחבר והאחרונים שאחרי השו״ע העתיקו דין זה בודאי אין לדחותו מהלכה ומ״מ לענין סתמו במזיד שהמ״א הביא ממהרי״ל שלא התיר אלא דוקא בשנפתח קודם השבת וכן הסכים בא״ר ותו״ש בודאי אין להקל בזה » (ביאור הלכה שע״ד) ; il ajoute : « ואף שיש אחרונים שמיישבין בדוחק את סברת הרמ״א דמתיר בכל גווני מ״מ למעשה נראה שאין להקל » (ביאור הלכה שע״ד), et rapporte : « ובספר נתיב חיים לבעל ק״נ דעתו דאף הרמ״א עצמו לא הקיל בזה אלא בשנפתח אח״כ בחול » (ביאור הלכה שע״ד).
- Seif א, la mention entre parenthèses — « (ואפילו סתמה במזיד) (אגור) » (שו״ע או״ח שע״ד:א). Le Magen Avraham explique, en s'appuyant sur une réponse du Maharil, que l'indulgence vaut quand on a rouvert la porte avant Chabbat, et que c'est ce que voulait dire l'Agour, qui écrit au nom du Maharil ; rouverte pendant Chabbat, écrit-il, elle est interdite : « א״כ כשנפתח בשבת אסור דכיון דסתמו במזיד גלי דעתי׳ שאינו חפץ בעירו׳ » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) ; il termine ce point sur un צ״ע (cela reste à examiner) : « ומיהו בסתמא במזיד לא מהני נפתח בשבת וצ״ע » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א). La Michna Beroura conclut : « ואין להקל כשסתמו במזיד אלא כשנפתח קודם השבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה), et elle ajoute : « אכן אם בעת שסתמו היה בדעתו רק לפי שעה ואח״כ לחזור ולפתחו מסתברא דמותר אף כשחזר ונפתח בשבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה).
- Seif א, l'avis du Rambam — « ולענין הלכה העיקר כסברא הראשונה כ״כ האחרונים » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ו).
- Seif ב, la cour ouverte sur une karmelit — le Biour Halakha rapporte : « עיין בב״י שכתב דהיינו שאסור לטלטל בתוך החצר יותר מד״א אבל בתוך ד״א מותר אפילו לטלטל ממנו לכרמלית » (ביאור הלכה שע״ד) ; le Magen Avraham en doute, la cour gardant peut-être son nom de cour ; le Biour Halakha rapporte des avis dans les deux sens, et conclut : « וע״כ נראה שאין להקל » (ביאור הלכה שע״ד).
- Seif ג, les murs de la petite cour — le Biour Halakha : « לאו דוקא דאף כותל אחד סגי [הגר״א] ור״ל דאף אם היה רק כותל אחד מופלג ג״ט והשני היה פחות מזה ג״כ אסור » (ביאור הלכה שע״ד).
- Seif ד, le petit toit et le toit qui déborde — le Biour Halakha demande pourquoi le petit toit n'est pas permis par les restes de mur du grand, comme la petite cour du séif ג, et répond, au nom du Ritva : « י״ל דכי אמרינן גוד אסיק לגבי גג הגדול עצמו אבל לא להתיר הגג קטן בגיפופי גדול » (ביאור הלכה שע״ד). Sur le toit qui déborde, la Michna Beroura : « דוקא כשבולט ד״ט אבל אם אין בולט ארבעה טפחים הוי כמחיצות ניכרות » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״ח).
- Habad → le Niveau 4 — Daat HaRav étudie ce siman dans le Choulhan Aroukh HaRav, siman שע״ד, en 4 séifim. Sur la porte bouchée délibérément, le Rav rapporte l'avis de celui qui craint et se montre rigoureux, « וְיֵשׁ מִי שֶׁחוֹשֵׁשׁ לְהַחֲמִיר אִם סְתָמוֹ בְּמֵזִיד » (שו״ע הרב שע״ד:א), et écrit : « וּלְעִנְיַן הֲלָכָה, בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּקֵל » (שו״ע הרב שע״ד:א).
7. Cas pratiques modernes
Les situations ci-dessous rattachent chacune un cas à un séif nommé ; quand la situation est d'aujourd'hui, la ligne le dit : application du site, et non parole de la source.
| Situation | Analyse rapide |
|---|---|
| L'ouverture entre deux cours unies par un érouv se bouche pendant Chabbat | Séif א : « ונסתם בשבת מותרים להשתמש דרך גובה הכותל וחוריו » (שו״ע או״ח שע״ד:א) ; selon Rachi rapporté par la Michna Beroura, par exemple quand un éboulement est tombé devant elle (ס״ק א). Si elle s'est bouchée avant Chabbat, le Biour Halakha interdit, même rouverte pendant Chabbat, sauf l'érouv fait pour l'année, déjà acquis un Chabbat précédent alors que la porte était ouverte (section 6). Consulte ton Rav. |
| La forme de porte (tsurat hapetah) de l'allée, abîmée en semaine et réparée pendant Chabbat | Ce n'est pas un cas du séif ; c'est le Biour Halakha qui étend le séif א, quand l'érouv des cours (érouv 'hatserot) a été fait pour l'année : « ונראה דה״ה כשנתבטל הע״ח ע״י סיבה אחרת כגון שנתקלקל הצוה״פ שבמבוי וממילא עי״ז נתבטל הע״ח שבמבוי זו וכמבואר בסימן שס״ה בסופו אם חזר ונתקן הצוה״פ בשבת ע״י עכו״ם וכדומה אף שבה״ש היה פרוץ עדיין מ״מ כשחזר ונתקן בשבת חוזר מע״ח למקומו כיון שהע״ח נעשה מתחלה לכל השנה » (ביאור הלכה שע״ד) — réparée pendant Chabbat, écrit-il, par un non-Juif ou de façon semblable ; il note une différence possible, les cloisons percées étant peut-être plus graves, et conclut : « מ״מ בשעת הדחק יש להקל גם בזה » (ביאור הלכה שע״ד) — en cas de nécessité pressante, il y a lieu d'alléger là aussi. Pour l'érouv fait pour un seul Chabbat, il n'allège pas. Pour l'érouv d'une ville d'aujourd'hui (application du site), consulte ton Rav. |
| La porte bouchée exprès en semaine, rouverte pendant Chabbat | Séif א et la mention entre parenthèses : l'érouv fait pour l'année revient, « (ואפילו סתמה במזיד) (אגור) » (שו״ע או״ח שע״ד:א). La Michna Beroura n'allège, pour la porte bouchée délibérément, que si elle s'est rouverte avant Chabbat ; et si on ne l'avait bouchée que pour un temps, avec l'intention de la rouvrir, elle estime logique que ce soit permis (ס״ק ה) ; le Biour Halakha conclut qu'en pratique il paraît ne pas falloir alléger ; le Choulhan Aroukh HaRav suit l'avis indulgent dans une règle des Sages (séif 1 de sa numérotation ; section 6 et niveau 4). Consulte ton Rav. |
| Le mur entre deux cours, chacune ayant fait l'érouv pour elle-même, est percé pendant Chabbat | Séif ב : « מותרים לטלטל כל א׳ בחצרו אפי׳ כלי הבי׳ » (שו״ע או״ח שע״ד:ב) ; mais si la cour s'est ouverte sur le domaine public ou sur une karmelit, c'est interdit, et le Biour Halakha conclut qu'il paraît ne pas falloir alléger pour transporter de la cour vers la karmelit dans les quatre amot (section 6). Consulte ton Rav. |
| Deux toits plats voisins, dont les propriétaires n'ont pas fait l'érouv ensemble | Séif ד : si un petit toit est ouvert, sur toute sa largeur, sur un grand, on ne monte pas sur le petit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison, et on peut les monter sur le grand, à condition que les murs de la maison soient visibles, le petit toit ne dépassant pas dix amot (Michna Beroura, ס״ק כ״ג) ; si les deux toits sont égaux, ils s'interdisent l'un à l'autre (Michna Beroura, ס״ק כ׳). Pour une terrasse d'aujourd'hui (application du site), la forme des murs et des toits compte : consulte ton Rav. |
8. Synthèse pratique du Siman
- L'ouverture de l'érouv bouchée pendant Chabbat : on se sert de l'une à l'autre (selon la Michna Beroura, ס״ק ב) par le haut du mur et par ses trous (séif א), ce qui a été permis au début du Chabbat restant permis pour tout le Chabbat (Michna Beroura, ס״ק ג). Bouchée alors qu'il faisait encore jour, elle reste interdite même rouverte pendant Chabbat, écrit le Biour Halakha, sauf l'érouv fait pour l'année, déjà acquis un Chabbat précédent alors que la porte était ouverte (section 6).
- L'érouv fait pour l'année : la porte bouchée en semaine et ouverte pendant Chabbat, l'érouv revient à sa permission (séif א). La mention entre parenthèses ajoute : même bouchée délibérément ; la Michna Beroura n'allège alors que si elle s'est rouverte avant Chabbat, et estime logique de permettre si on ne l'avait bouchée que pour un temps (ס״ק ה) ; le Biour Halakha conclut qu'en pratique il paraît ne pas falloir alléger, et le Choulhan Aroukh HaRav suit, dans une règle des Sages, l'avis indulgent (séif 1 de sa numérotation ; niveau 4). Consulte ton Rav.
- Selon le Rambam, quand l'ouverture se bouche pendant Chabbat, chacune pour elle-même seulement (séif א) ; pour la halakha, l'essentiel est le premier avis, selon les A'haronim (Michna Beroura, ס״ק ו).
- Le mur entre deux cours percé pendant Chabbat : chacun transporte dans sa cour, même les objets de la maison, si chacune avait fait l'érouv pour elle-même ; la cour ouverte pendant Chabbat sur le domaine public ou sur une karmelit est interdite (séif ב).
- La petite cour ouverte avant Chabbat sur une grande, sur toute sa largeur, par une brèche de dix amot au plus : la grande, qui a fait l'érouv pour elle-même, est permise ; la petite est interdite sans érouv commun, quand ses murs entrent dans la grande et sont éloignés de trois tefa'him de ses murs ; sinon, elle est permise par le principe : vu de l'extérieur et égal de l'intérieur (séif ג) ; le Biour Halakha écrit, au nom du Gaon de Vilna, qu'il suffit qu'un seul mur soit éloigné de trois tefa'him pour que la petite soit interdite (section 6).
- Le petit toit ouvert avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur un grand (sans érouv commun, le petit toit ne dépassant pas dix amot ; Michna Beroura, ס״ק כ״ג) : on ne monte pas sur le petit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison, on peut les monter sur le grand, à condition que les murs de la maison soient visibles ; s'ils ne le sont pas — par exemple si le toit déborde au-dessus d'eux, de quatre tefa'him selon la Michna Beroura (ס״ק כ״ח) —, c'est une karmelit, à moins qu'une fenêtre de quatre sur quatre ne s'ouvre vers lui depuis la maison (séif ד) ; même alors, monter sur ce toit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison reste interdit sans érouv commun (Michna Beroura, ס״ק כ״ט).
- Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
9. Questions de compréhension
- Pourquoi l'ouverture bouchée pendant Chabbat n'annule-t-elle pas l'érouv de ce Chabbat (séif א ; Michna Beroura, ס״ק ג) ?
- Pourquoi l'érouv fait pour l'année revient-il quand la porte s'ouvre pendant Chabbat (ס״ק ד), et que disent la Michna Beroura et le Biour Halakha de la porte bouchée délibérément (ס״ק ה) ?
- Au séif ב, pourquoi le texte dit-il « même les objets de la maison » (ס״ק ח), et pourquoi la cour ouverte sur le domaine public est-elle interdite (ס״ק ט) ?
- Au séif ג, pourquoi la grande cour est-elle permise et la petite interdite (ס״ק י״ג et ט״ז) ?
- Que signifie : vu de l'extérieur et égal de l'intérieur, et pourquoi faut-il que les murs de la petite cour soient éloignés de trois tefa'him (ס״ק י״ח et י״ט) ?
- Au séif ד, quand les murs de la maison sont-ils visibles, et que permet la fenêtre de quatre sur quatre (ס״ק כ״ז à כ״ט) ?
Pour aller plus loin
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul, les שיטות ראשונים, les חקירות יסודיות, et les nuances Acharonim
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide avec mnémoniques
- 📜 Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav siman שע״ד)