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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שע״ד
נסתם בשבת פתח או חלון במקום שעירב בו
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des A'haronim sur la porte ou la fenêtre de l'érouv bouchée pendant Chabbat, et sur les brèches entre cours et entre toits

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שע״ד — 4 séifim dans le Choulhan Aroukh (Mehaber), sans glose introduite par הגה ; le Choulhan Aroukh HaRav en compte 4 aussi
avec notamment les sources : Guemara Érouvin et Chabbat, Rambam, Tour, Beit Yossef, Taz, Magen Avraham, Michna Beroura, Biour Halakha

Michna Beroura : 29 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim
  2. La sougya de Rabba — le Chabbat qui a été permis (séif א)
  3. L'érouv fait pour l'année (séif א)
  4. La porte bouchée délibérément (séif א)
  5. L'avis du Rambam — chacune pour elle-même (séif א)
  6. Le mur entre deux cours, tombé pendant Chabbat — Rav et Chmouel (séif ב)
  7. La cour ouverte sur le domaine public ou sur une karmelit (séif ב)
  8. La petite cour ouverte sur la grande (séif ג)
  9. Le petit toit ouvert sur un grand (séif ד)
  10. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim

סעיף א. נסתם בשבת פתח או חלון במקום שעירב בו. ובו ד סעיפים:
ערבו דרך חלון או פתח שביניהם ונסתם בשבת מותרים להשתמש דרך גובה הכותל וחוריו ואפי' אם עירב לשנה ונסתם הפתח בחול ונפתח בשבת (ואפילו סתמה במזיד) (אגור) חזר העירוב להתירו ולהרמב״ם אין מותר לטלטל אלא כל אחת לעצמה אבל מזו לזו לא:

résumé : chapeau du siman, puis le séif א. [Deux cours] qui ont fait l'érouv par une fenêtre ou une porte entre elles, et [l'ouverture] s'est bouchée pendant Chabbat : on est autorisé à se servir par le haut du mur et par ses trous. Même si l'érouv a été fait pour l'année, que la porte s'est bouchée un jour de semaine et s'est ouverte pendant Chabbat — en petits caractères, entre parenthèses, sans le mot הגה : (même s'il l'a bouchée délibérément) (Agour) —, l'érouv revient à sa permission. Selon le Rambam, il n'est permis de transporter que dans chacune pour elle-même, et non de l'une à l'autre.

סעיף ב. היה כותל בין שתי חצרו' ועירבה כל אחת לעצמה ונפרץ הכותל בשבת מותרים לטלטל כל א' בחצרו אפי' כלי הבי' אבל חצר שנפרצה בשבת לרשו' הרבים או לכרמלית אסור:

résumé : le mur entre deux cours, chacune ayant fait l'érouv pour elle-même, a été percé pendant Chabbat : chacun transporte dans sa cour, même les objets de la maison. Mais la cour ouverte par une brèche, pendant Chabbat, sur le domaine public ou sur une karmelit est interdite.

סעיף ג. חצר קטנה שנפרצ' קודם שבת במילוא' לגדול' ואין בפרצה יותר מי' אמו' גדול' מותרת להוציא כלי' ששבתו בבית לחצרה אם עירבה לעצמה וקטנה אסור' להוציא כלים ששבתו בבית לחצירה אלא אם כן עירבו יחד והיינו כשנכנסין כותלי קטנה לגדולה וכשכתלי קטנה מופלגים ג״ט מכותלי אורך הגדולה דאם לא כן היתה קטנה ניתרת ע״י נראה מבחוץ ושוה מבפנים:

résumé : une petite cour ouverte avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur une grande, la brèche ne dépassant pas dix amot : la grande peut sortir dans sa cour les objets qui ont passé Chabbat dans la maison, si elle a fait l'érouv pour elle-même ; la petite ne le peut pas, à moins qu'elles n'aient fait l'érouv ensemble. Cela, quand les murs de la petite entrent dans la grande, et quand ils sont éloignés de trois tefa'him des murs de la longueur de la grande ; sinon, la petite serait permise par le principe vu de l'extérieur et égal de l'intérieur.

סעיף ד. גג קטן שנפרץ קודם שבת במילואו לגג גדול קטן אסור להעלות עליו כלים ששבתו בבית וגדול מותר והוא שיהו מחיצות הבית ניכרות למי שעומד על הגג אבל אם אינם ניכרות כגון שהגג בולט עליהם הוי כרמלית אלא אם כן פתוח לו מהבית חלון ארבע על ארבע:

résumé : un petit toit ouvert avant Chabbat, sur toute sa largeur, sur un grand : on ne monte pas sur le petit les objets qui ont passé Chabbat dans la maison ; sur le grand, c'est permis — à condition que les murs de la maison soient visibles pour celui qui se tient sur le toit. S'ils ne le sont pas, par exemple si le toit déborde au-dessus d'eux, c'est une karmelit, à moins qu'une fenêtre de quatre sur quatre ne s'ouvre vers lui depuis la maison.

1. La sougya de Rabba — le Chabbat qui a été permis (séif א)

La guemara rapporte une discussion entre Rav Houna et Rabbi Yitshak, sur trois [personnes] dont l'une meurt, ou deux auxquelles d'autres s'ajoutent : « שְׁלֹשָׁה וּמֵת אֶחָד מֵהֶן, שְׁנַיִם וְנִתּוֹסְפוּ עֲלֵיהֶן — רַב הוּנָא וְרַבִּי יִצְחָק, חַד אָמַר: שַׁבָּת גּוֹרֶמֶת, וְחַד אָמַר: דָּיוֹרִין גּוֹרְמִין » (עירובין י״ז ע״א) — l'un dit : le Chabbat détermine ; l'autre : les habitants déterminent. Elle établit qui dit quoi : « תִּסְתַּיֵּים דְּרַב הוּנָא הוּא דְּאָמַר שַׁבָּת גּוֹרֶמֶת » (עירובין י״ז ע״א), par ce que rapporte Rabba : « דְּאָמַר רַבָּה: בְּעַאי מֵרַב הוּנָא, וּבְעַאי מֵרַב יְהוּדָה: עֵירַב דֶּרֶךְ הַפֶּתַח וְנִסְתַּם הַפֶּתַח, דֶּרֶךְ הַחַלּוֹן וְנִסְתַּם הַחַלּוֹן, מַהוּ? וְאָמַר לִי: שַׁבָּת הוֹאִיל וְהוּתְרָה — הוּתְּרָה » (עירובין י״ז ע״א). Rabba a demandé à Rav Houna et à Rav Yehouda : on a fait l'érouv par la porte, et la porte s'est bouchée ; par la fenêtre, et la fenêtre s'est bouchée — qu'en est-il ? Il lui a été répondu : le Chabbat, puisqu'il a été permis, reste permis.

Le Tour — il écrit la règle avec cette raison : « עירבו דרך חלון או פתח שביניהן ונסתם בשבת מותרין להשתמש דרך גובה הכותל וחוריו דשבת כיון שהותרה הותרה » (טור או״ח שע״ד). Le séif א écrit la même règle, sans la raison.

יסוד — la Michna Beroura donne la même raison, sur les mots דרך גובה הכותל וחוריו : « אפ״ה לא נתבטל העירוב על שבת זו דכיון שהותר בתחלת השבת הותר לכל השבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ג) — bien que, la porte bouchée, les trous n'aient pas la mesure d'une fenêtre, l'érouv n'est pas annulé pour ce Chabbat : permis au début du Chabbat, il l'est pour tout le Chabbat.

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit, dans son séif 1 : « מֻתָּרִים לְהִשְׁתַּמֵּשׁ מִזֶּה לְזֶה דֶּרֶךְ גֹּבַהּ כֹּתֶל וְחוֹרָיו, שֶׁשַּׁבָּת כֵּיוָן שֶׁהֻתְּרָה — הֻתְּרָה » (שו״ע הרב שע״ד:א) — il leur est permis de se servir de l'une à l'autre par le haut du mur et par ses trous, car le Chabbat, puisqu'il a été permis, reste permis ; voir le niveau 4, point א.

Si la porte s'est bouchée pendant qu'il faisait encore jour, le Biour Halakha écrit, sur les mots ונסתם בשבת : « אבל אם נסתם מבעוד יום אפילו חזר ונפתח בשבת אסורין לפי שעדיין לא קנו עירוב מעולם שקניית העירוב הוא בה״ש וכאן לא היה עירוב ביה״ש כיון שהפתח סתום ואפילו אם עירבו כבר לפני שבת שעברה לשבת אחת ואותו עירוב נשאר עדיין קיים אין יכולין לסמוך עליו בשבת זו אחר שנפתח הפתח הואיל וכבר נתבטל מבעוד יום כשנסתם ואינו חוזר וניעור משתחשך » (ביאור הלכה שע״ד) — interdit même rouverte pendant Chabbat, l'érouv s'acquérant au crépuscule ; et même un érouv fait avant un Chabbat passé, pour un seul Chabbat, ne sert pas.

2. L'érouv fait pour l'année (séif א)

Le séif א poursuit : « ואפי׳ אם עירב לשנה ונסתם הפתח בחול ונפתח בשבת » (שו״ע או״ח שע״ד:א), et conclut que l'érouv revient à sa permission. Le Tour écrit la même phrase, avec une incise après les mots « bouchée en semaine » : « ואפילו אם עירבו לשנה ונסתם הפתח בחול דהשתא לא נכנסה השבת בהיתר ונפתח בשבת חזר העירוב להתירו » (טור או״ח שע״ד) — la porte s'étant bouchée en semaine, le Chabbat n'est pas entré dans la permission. Le Beit Yossef en donne la source : « ומ״ש ואפילו עירבו לשנה וכו׳ כ״כ הרא״ש בספ״ק דעירובין » (בית יוסף או״ח שע״ד) — le Roch l'écrit, à la fin du premier chapitre d'Érouvin.

Le Biour Halakha distingue l'érouv fait pour l'année de celui de la section 1 : « ועירב לשנה שאני שמערב מתחלה על כל השבתות וקנה העירוב בשבת ראשונה שהיה הפתח פתוח ולכן אפילו אם אח״כ נסתם הפתח ונפתח בשבת אחרת ואפילו בסוף השנה חוזר העירוב וניעור » (ביאור הלכה שע״ד) — fait dès le départ pour tous les Chabbat, il a été acquis le premier Chabbat, la porte étant ouverte ; il revient à la vie quand elle se rouvre un autre Chabbat, même à la fin de l'année.

D'où vient cette règle ? Le Biour Halakha renvoie d'abord au Magen Avraham : « עיין במגן אברהם סימן שפ״ג שנשאר בדין זה בצ״ע אכן כמה אחרונים יישבו קושיותיו שם » (ביאור הלכה שע״ד) — le Magen Avraham, au siman 383, laisse cette règle dans un צ״ע ; toutefois, plusieurs A'haronim y ont résolu ses difficultés. Il écrit ensuite que, malgré cela, la règle n'est pas claire, et en donne la source : « ומ״מ אין דין זה ברור דהנה מקור זה הדין נובע מדברי הרא״ש ספ״ק דעירובין דהביא ראיה מדין ספינות שנפסקו וחזרו ונתקשרו [שבת דף ק״א] דחזרו להתירן הראשון » (ביאור הלכה שע״ד). Le Roch en a tiré une preuve : « והוכיח הרא״ש דמיירי שנפסקו בחול ואפ״ה מהני כשחזרו ונתקשרו אח״כ בשבת דאי נפסקו בשבת אפילו לא חזרו ונתקשרו מותרין משום דהותרה הותרה » (ביאור הלכה שע״ד) — si la baraïta parlait de bateaux détachés pendant Chabbat, ils seraient permis même sans avoir été rattachés ; elle parle donc de bateaux détachés en semaine. La baraïta : « סְפִינוֹת קְשׁוּרוֹת זוֹ בָּזוֹ — מְעָרְבִין וּמְטַלְטְלִין מִזּוֹ לָזוֹ. נִפְסְקוּ — נֶאֶסְרוּ. חָזְרוּ וְנִקְשְׁרוּ, בֵּין שׁוֹגְגִין וּבֵין מְזִידִין בֵּין אֲנוּסִין בֵּין מוּטְעִין — חָזְרוּ לְהֶיתֵּרָן הָרִאשׁוֹן » (שבת ק״א ע״ב) — des bateaux attachés l'un à l'autre : on fait l'érouv et l'on transporte de l'un à l'autre ; détachés, ils sont interdits ; rattachés, par inadvertance ou délibérément, sous la contrainte ou par erreur, ils reviennent à leur permission première. Après la suite de la baraïta (les nattes, et la règle que toute cloison faite pendant Chabbat, par inadvertance ou délibérément, est une cloison), la guemara objecte et répond : « אִינִי?! וְהָאָמַר רַב נַחְמָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִזְרוֹק, אֲבָל לְטַלְטֵל אָסוּר! כִּי אִיתְּמַר דְּרַב נַחְמָן — אַמֵּזִיד אִיתְּמַר » (שבת ק״א ע״ב) — Rav Na'hman n'a-t-il pas dit : on n'a enseigné [qu'elle est une cloison] que pour [rendre coupable celui qui] lance, mais transporter est interdit ! — La parole de Rav Na'hman a été dite du cas délibéré. Selon Rachi sur ce passage, rattachés délibérément, on ne transporte pas de l'un à l'autre : la cloison faite délibérément ne compte que pour rendre coupable celui qui lance de là vers le domaine public, ou l'inverse.

Mais d'autres lisent la baraïta autrement : « אכן לדברי התוספות [בשבת ק״א] וכן לכמה ראשונים [הרמב״ם עי״ש ובהרה״מ ספ״ג והרשב״א והריטב״א] שפירשו להך ברייתא דאפילו נפסקו בשבת אסור משום דכיון דבלא הקשר שביניהם ניידי ממקומם הוי כמפסיק כרמלית ביניהם ולא שייך בזה לומר כיון שהותרה הותרה א״כ אין שום מקור לדין זה » (ביאור הלכה שע״ד) — détachés même pendant Chabbat, ils sont interdits, car l'espace entre eux est comme une karmelit qui les sépare ; selon eux, la règle n'a plus de source. Le Rambam écrit, des bateaux : « וְכֵן שְׁתֵּי סְפִינוֹת שֶׁהָיוּ קְשׁוּרוֹת זוֹ בָּזוֹ וְעֵרְבוּ וְנִפְסְקוּ אָסוּר לְטַלְטֵל מִזּוֹ לָזוֹ וַאֲפִלּוּ הָיָה מֻקָּפוֹת מְחִצָּה. חָזְרוּ וְנִקְשְׁרוּ בְּשׁוֹגֵג חָזְרוּ לְהֶתֵּרָן » (הלכות עירובין פ״ג הכ״ה) — deux bateaux attachés qui ont fait l'érouv, puis se sont détachés : interdit de transporter de l'un à l'autre, même entourés d'une cloison ; rattachés par inadvertance, ils reviennent à leur permission. Et le Biour Halakha écrit, par le raisonnement : « ומסברא אין לומר כן שיועיל מה שחל בשבת אחת לשבת אחרת כיון שבה״ש של אותו שבת היה בטול » (ביאור הלכה שע״ד) — on ne peut dire que ce qui a pris effet un Chabbat serve un autre Chabbat, dont le crépuscule était sans érouv.

Les Tossafot, d'un passage à l'autre. Le Magen Avraham relève que les Tossafot n'écrivent pas la même chose aux deux endroits : « ומ״מ התו׳ ד׳ י״ז כ׳ ג״כ דאפי׳ נפתח בשבת שרי והביאו ראיה מספינה ובד׳ ק״א בשבת כתבו דאפי׳ נפתח בשבת אסור » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — à Érouvin daf 17, ils écrivent que même rouverte pendant Chabbat c'est permis, avec la preuve du bateau ; à Chabbat daf 101, que même rouverte pendant Chabbat c'est interdit ; et il propose : « לכן צ״ל דראייתם כי היכי דהתם מחזר ממילא להתיר׳ הראשון ה״נ כן » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — leur preuve dit seulement que l'érouv revient de lui-même à sa permission première, comme pour les bateaux. Le Biour Halakha écrit : « אלא דדעת התוספות גופא אינה ברורה בזה דבעירובין דף י״ז כתבו התוספות בשם ר״י דין זה וגם ראיה מהא דספינה ומשמע דלרבותינו בעלי התוספות היו בזה דעות חלוקות » (ביאור הלכה שע״ד) — l'avis des Tossafot eux-mêmes n'est pas clair : à Érouvin daf 17, ils écrivent cette règle au nom du Ri, avec la preuve du bateau ; il semble que nos maîtres les Tossafot aient eu là-dessus des avis partagés. Il refuse la conciliation du Magen Avraham : « ומה שרצה המגן אברהם לתרץ קצת דעות התוספות להדדי לא נהירא » (ביאור הלכה שע״ד) — elle ne lui paraît pas juste.

Il conclut néanmoins : « ומ״מ אחרי שהרא״ש והטור והמחבר והאחרונים שאחרי השו״ע העתיקו דין זה בודאי אין לדחותו מהלכה » (ביאור הלכה שע״ד) — puisque le Roch, le Tour, le Mehaber et les A'haronim venus après le Choulhan Aroukh l'ont recopiée, on ne la rejette certainement pas de la halakha.

חקירה — un érouv acquis une fois, ou acquis à chaque Chabbat ? Selon la Michna Beroura, l'érouv a pris effet quand il a été déposé pour plusieurs Chabbat, et il n'est pas annulé : « כיון שבעת הנחת העירוב שהניח לכמה שבתות או לשנה היה פתח מזו לזו וחל העירוב לכן אף שבשבת אחרת היה סתום מתחלת השבת ולא היה אז העירוב מועיל לכולם מ״מ לא נתבטל ומיד שנפתח חזר העירוב להתירו הראשון » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ד). Le Biour Halakha l'écrit de même pour l'érouv fait pour l'année (ci-dessus). L'autre côté est la difficulté qu'il formule lui-même : ce qui a pris effet un Chabbat ne devrait pas servir un autre Chabbat, dont le crépuscule était sans érouv. Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la règle avec la condition du premier Chabbat : « וְקָנוּ עֵרוּב בְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁל שַׁבָּת רִאשׁוֹנָה, שֶׁהָיָה הַפֶּתַח פָּתוּחַ » (שו״ע הרב שע״ד:א) ; voir le niveau 4, point ב.

La forme de porte de l'allée, réparée pendant Chabbat. Le Biour Halakha étend la règle de l'érouv fait pour l'année à l'érouv des cours annulé parce que la forme de porte de l'allée s'est abîmée, quand elle a été réparée pendant Chabbat par un non-Juif ou de façon semblable, et écrit : « ואף דיש לחלק קצת דאפשר בנפרץ המחיצות גרע טפי ולא יועיל בזה מה שעירב לכל השנה מ״מ בשעת הדחק יש להקל גם בזה » (ביאור הלכה שע״ד) — on pourrait distinguer, les cloisons percées étant peut-être plus graves ; en cas de nécessité pressante, il y a lieu d'alléger là aussi. Pour l'érouv fait pour un seul Chabbat, il rejette l'indulgence du Nichmat Adam : « אכן מה שמצדד שם להקל אף כשעירב לשבת אחת ונודע שמבעוד יום נתקלקל הצוה״פ וחזר ונתקן הצוה״פ בשבת ע״י עכו״ם דהעירובי חצרות לא חל כלל עוד בבין השמשות ומטעם דכיון שבאותו המקום רגילין לעשות צוה״פ תמיד א״כ עומד להתקן ולכן כשמתקנים אותו אח״כ בשבת חל העירובי חצרות למפרע לא נהירין דבריו כלל » (ביאור הלכה שע״ד) — le Nichmat Adam incline à alléger même pour un érouv fait pour un seul Chabbat, la forme de porte s'étant abîmée de jour et ayant été réparée pendant Chabbat par un non-Juif, l'érouv prenant alors effet rétroactivement, puisqu'on a coutume de toujours y faire une forme de porte ; ses paroles, écrit le Biour Halakha, ne lui paraissent pas justes du tout. Ce cas n'est pas dans le séif ; c'est le Biour Halakha qui le traite.

3. La porte bouchée délibérément (séif א)

Au séif א, entre ונפתח בשבת et חזר העירוב להתירו, une parenthèse en petits caractères, sans le mot הגה : « ואפילו סתמה במזיד » (שו״ע או״ח שע״ד:א), suivie de sa source, l'Agour. Le Beit Yossef rapporte que l'Agour écrit au nom du Maharil (מהר״י מולין) : « וכתב האגור בשם מהר״י מולין שנשאל אם סתם הפתח ואח״כ נמלך לפתחו אם חזר העירוב להיתרו הראשון לשבת הבאה או נאמר דוקא כשנסתם הפתח מעצמו והשי׳ אין בידו לחלק בין שוגג למזיד כיון דחזר העירוב למקומו » (בית יוסף או״ח שע״ד) — le Maharil fut interrogé sur celui qui a bouché la porte, puis s'est ravisé et l'a rouverte : l'érouv revient-il à sa permission pour le Chabbat suivant, ou seulement quand la porte s'est bouchée d'elle-même ? Il répondit qu'il n'a pas de quoi distinguer entre l'inadvertance et l'intention, puisque l'érouv est revenu à sa place.

Rouverte avant Chabbat, ou pendant Chabbat ? Le Magen Avraham, sur les mots « ואפי׳ סתמה במזיד » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א), donne la raison de l'indulgence quand on a rouvert avant Chabbat : « דכשחוזר ופותח׳ קודם שבת הרי הם כשותפין בפת ובין השמשו׳ שהוא קונה עירוב הרי יש פתח ביניהם ראוי לערב » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — au crépuscule, moment où l'on acquiert l'érouv, il y a entre elles une porte qui permet de le faire ; mais rouverte pendant Chabbat : « א״כ כשנפתח בשבת אסור דכיון דסתמו במזיד גלי דעתי׳ שאינו חפץ בעירו׳ וא״כ ב״ה לא קנה עירוב ולזה נתכוין האגו׳ שכ׳ בשם מהרי״ל » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — puisqu'il l'a bouchée délibérément, il a montré qu'il ne veut pas de l'érouv, et au crépuscule il ne l'a pas acquis ; c'est ce que voulait dire l'Agour. Il termine sur une réserve : « ומיהו בסתמא במזיד לא מהני נפתח בשבת וצ״ע » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — toutefois, quand on l'a bouchée délibérément, la réouverture pendant Chabbat ne sert pas, et cela reste à examiner.

La Michna Beroura : « ודע דמ״א וכמה אחרונים צידדו לאסור בזה כשחזר ונפתח בשבת דכיון שסתם הפתח שבין שתי החצרות במזיד הוי כביטל העירוב בידים » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה) — le Magen Avraham et plusieurs A'haronim inclinent à interdire ; puis : « ואין להקל כשסתמו במזיד אלא כשנפתח קודם השבת דאז אמרינן אף שנתבטל מעיקרא כיון שחזר ונפתח הרי עכ״פ הם שותפין בפת של עירוב וביה״ש שהוא זמן קניית העירוב הרי יש פתח ביניהם שראוי לערב ועיין בבה״ל שביארנו שכן ראוי לנהוג למעשה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה) — on n'allège, quand on l'a bouchée délibérément, que si elle s'est rouverte avant Chabbat : alors, même si l'érouv a été annulé au départ, ils sont associés dans le pain de l'érouv, et au crépuscule il y a entre eux une porte qui permet de le faire ; elle renvoie au Biour Halakha, où elle écrit qu'il convient de se conduire ainsi en pratique. Elle ajoute une exception : « אכן אם בעת שסתמו היה בדעתו רק לפי שעה ואח״כ לחזור ולפתחו מסתברא דמותר אף כשחזר ונפתח בשבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ה) — s'il ne l'avait bouchée que pour un temps, avec l'intention de la rouvrir, il est logique que ce soit permis, même rouverte pendant Chabbat.

Le Biour Halakha : « ומ״מ לענין סתמו במזיד שהמ״א הביא ממהרי״ל שלא התיר אלא דוקא בשנפתח קודם השבת וכן הסכים בא״ר ותו״ש בודאי אין להקל בזה כיון דמעיקר הדין אפילו נפתח בשבת בשוגג ג״כ אין הדין ברור להקל כנ״ל » (ביאור הלכה שע״ד) — certainement pas lieu d'alléger, puisque même rouverte par inadvertance pendant Chabbat, la règle n'est pas claire ; sur l'avis de celui qu'il nomme le Rama : « ואף שיש אחרונים שמיישבין בדוחק את סברת הרמ״א דמתיר בכל גווני מ״מ למעשה נראה שאין להקל וכנ״ל » (ביאור הלכה שע״ד) — bien que des A'haronim justifient, difficilement, l'avis du Rama qui permet dans tous les cas, en pratique il paraît qu'il n'y a pas lieu d'alléger ; il rapporte enfin : « ובספר נתיב חיים לבעל ק״נ דעתו דאף הרמ״א עצמו לא הקיל בזה אלא בשנפתח אח״כ בחול » (ביאור הלכה שע״ד) — selon le Netiv 'Haïm, même le Rama n'a allégé que si la porte a été rouverte ensuite en semaine. Le texte du séif ne nomme pas l'auteur de la parenthèse ; c'est le Biour Halakha qui l'attribue au Rama.

חקירה — de quoi dépend le retour de l'érouv ? Le Taz rapporte la distinction de son beau-père : « כתב מו״ח ז״ל ול״נ לחלק דאם פרץ פצימיו נתבטל העירוב ואם לא פרץ פצימיו דכשסתם פתחו לא סילק מזוזתו ומשקופו ומפתנו דגלי דעתיה דלא סילק לנפשיה חזר העירוב למקומו והכי מחלק תלמודא פ״ק דב״ב דף י״א עכ״ל » (ט״ז או״ח שע״ד ס״ק א) — s'il a démoli les montants de la porte, l'érouv est annulé ; s'il ne l'a pas fait, n'ayant enlevé en bouchant la porte ni montant, ni linteau, ni seuil, il a montré qu'il ne s'en retirait pas, et l'érouv revient à sa place. Le Taz la refuse : « ולי מהא לא אירי׳ דשאני התם בב״ב שתליא מילתא בגליא דעתיה אבל הכא לא איכפת לן באסוחי דעתיה » (ט״ז או״ח שע״ד ס״ק א) — dans le passage de Bava Batra cité, tout dépend de l'intention manifestée, mais ici le détournement d'esprit n'importe pas ; et il conclut : « אלא ודאי דהעיקר תלוי בעשיי׳ העירוב כיון דהיה ראוי באותה שעה דאע״פ שנתקלקל אח״כ כיון דנתקון אח״כ לית לן בה וחזר העירוב למקומו » (ט״ז או״ח שע״ד ס״ק א) — tout dépend de l'érouv, fait au moment où c'était possible. Le Magen Avraham, de la distinction du Ba'h : « והב״ח כתב דבפרץ פצימיו בטל העירוב ואינו מוכרח » (מגן אברהם שע״ד ס״ק א) — elle n'est pas contraignante. Pour le Taz, le détournement d'esprit n'entre pas en compte ; pour le Magen Avraham, la porte bouchée délibérément montre qu'il ne veut pas de l'érouv (ci-dessus).

Selon le moment où la porte est rouverte. Rouverte avant Chabbat : le Magen Avraham et la Michna Beroura permettent, la porte étant ouverte au crépuscule. Rouverte pendant Chabbat : le Magen Avraham interdit, en finissant sur un צ״ע ; la Michna Beroura et le Biour Halakha n'allègent pas. Bouchée délibérément, mais pour un temps seulement, avec l'intention de la rouvrir : la Michna Beroura écrit qu'il est logique que ce soit permis, même rouverte pendant Chabbat.

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit : « וַאֲפִלּוּ סְתָמוֹ בְּמֵזִיד. וְיֵשׁ מִי שֶׁחוֹשֵׁשׁ לְהַחֲמִיר אִם סְתָמוֹ בְּמֵזִיד, הוֹאִיל וְגִלָּה דַעְתּוֹ בִּסְתִימָה זוֹ שֶׁאֵינוֹ חָפֵץ בָּעֵרוּב — אֵינוֹ חוֹזֵר וְנֵעוּר כְּשֶׁנִּפְתַּח. וּלְעִנְיַן הֲלָכָה, בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּקֵל » (שו״ע הרב שע״ד:א) — et même s'il l'a bouchée délibérément ; et il y en a un qui craint et se montre rigoureux s'il l'a bouchée délibérément, puisqu'il a montré par là qu'il ne veut pas de l'érouv ; et quant à la halakha, dans les paroles des Sofrim, suis celui qui allège. Il rapporte l'avis rigoureux sans le nommer ; voir le niveau 4, point ג.

4. L'avis du Rambam — chacune pour elle-même (séif א)

Le séif א se termine par l'avis du Rambam. Il écrit d'abord מותרים להשתמש, sans dire « de l'une à l'autre », puis : ולהרמב״ם — selon le Rambam, chacune pour elle-même seulement.

De l'une à l'autre, ou chacune pour elle-même ? Le Beit Yossef rapporte comment le Tour comprend la permission : « ופירש רבינו דמותרין לטלטל מזו לזו כמו שהיו לומר מותר לטלטל מזו לזו דרך גובה הכותל וחורין וסדקין וכן פירש״י » (בית יוסף או״ח שע״ד) — on transporte de l'une à l'autre comme auparavant, par le haut du mur, par les trous et par les fentes, et c'est ainsi que l'explique Rachi. Il rapporte ensuite l'avis du Rambam, avec l'explication du Maguid Michné : « אבל הרמב״ם בפ״ג מה״ע כתב שכל א׳ מותר לעצמה וכתב ה״ה דקמ״ל שאע״פ שהעירוב מונח באחד מהם וא״א לחצר שנייה ליטלו אבל מזו לזו דרך חורין או דרך אויר על גבי הכותל לא » (בית יוסף או״ח שע״ד) — chacune est permise pour elle-même ; la nouveauté est que celle où l'érouv n'est pas déposé, et qui ne peut aller le prendre, est permise elle aussi ; mais de l'une à l'autre, par les trous ou par-dessus le mur, non. Les mots du Rambam : « שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת שֶׁעֵרְבוּ עֵרוּב אֶחָד דֶּרֶךְ הַפֶּתַח שֶׁבֵּינֵיהֶן אוֹ דֶּרֶךְ הַחַלּוֹן וְנִסְתַּם הַפֶּתַח אוֹ הַחַלּוֹן בְּשַׁבָּת כָּל אַחַת וְאַחַת מֻתֶּרֶת לְעַצְמָהּ הוֹאִיל וְהֻתְּרָה מִקְצָת שַׁבָּת הֻתְּרָה כֻּלָּהּ » (הלכות עירובין פ״ג הכ״ה).

Le Magen Avraham limite cet avis : « דוקא כשהפתח סתום דאעפ״י שהעירוב מונח בחצר אחרת מותר לטלטל לעצמה אבל כשנפתח הפתח חזרו שניהם להיתרן » (מגן אברהם שע״ד ס״ק ב) — seulement tant que la porte est bouchée ; quand elle s'est ouverte, toutes deux reviennent à leur permission.

חקירה — que garde le Chabbat qui a été permis ? Deux lectures se lisent ici. Selon la Michna Beroura, c'est l'érouv lui-même qui n'est pas annulé pour ce Chabbat (ס״ק ג, section 1), et elle lit le premier avis : « מזו לזו בשבת זו וכ״ש כל אחת לעצמה דמותרת אף אותה שאין העירוב מונחת בתוכה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ב). Selon le Rambam, tel que l'explique le Maguid Michné rapporté par le Beit Yossef, c'est la permission de chaque cour pour elle-même, même de celle où l'érouv n'est pas déposé ; la Michna Beroura l'écrit aussi de l'avis du Rambam : « והרבותא הוא דאפילו אותה חצר שאין העירוב מונח בתוכה מותרת ומ״מ אם חזר ונפתח לכו״ע מותר לטלטל מזו לזו כמו מתחלה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ו) — la nouveauté est que même celle où l'érouv n'est pas déposé est permise ; et si la porte s'est rouverte, tous permettent de transporter de l'une à l'autre, comme au début. Pour la halakha, elle écrit : « ולענין הלכה העיקר כסברא הראשונה כ״כ האחרונים » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ו).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit « de l'une à l'autre » (section 1), et son séif 1 ne rapporte pas l'avis du Rambam ; voir le niveau 4, point א.

5. Le mur entre deux cours, tombé pendant Chabbat — Rav et Chmouel (séif ב)

La guemara : « כּוֹתֶל שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת שֶׁנָּפַל, רַב אָמַר: אֵין מְטַלְטְלִין בּוֹ אֶלָּא בְּאַרְבַּע אַמּוֹת » (עירובין צ״ג ע״ב) — Rav dit qu'on n'y transporte que dans les quatre amot ; et Chmouel dit : « זֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר מְחִיצָה, וְזֶה מְטַלְטֵל עַד עִיקַּר מְחִיצָה » (עירובין צ״ד ע״א) — chacun transporte jusqu'à l'emplacement du mur. La guemara précise : « וְהָא דְּרַב לָאו בְּפֵירוּשׁ אִתְּמַר, אֶלָּא מִכְּלָלָא אִתְּמַר » (עירובין צ״ד ע״א) — l'avis de Rav n'a pas été dit explicitement, mais déduit d'un récit : Rav et Chmouel étaient dans une cour dont le mur mitoyen est tombé ; Chmouel a dit de tendre un manteau, et Rav a détourné le visage. La guemara répond, pour Chmouel : « שְׁמוּאֵל עָבֵיד לִצְנִיעוּתָא בְּעָלְמָא » (עירובין צ״ד ע״א) — il le faisait par pudeur seulement.

Le Beit Yossef — sur les objets dont parle Chmouel, et sur la décision : « ובכלי הבית קאמר שמואל דאי כששבתו בחצר אפילו מחצר לחצר נמי ופסקו הרי״ף והרא״ש כשמואל וכן דעת הרמב״ם בפ״ג מה״ע » (בית יוסף או״ח שע״ד) — Chmouel parle des objets de la maison, car ceux qui ont passé Chabbat dans la cour se transportent même d'une cour à l'autre ; le Rif et le Roch ont tranché comme Chmouel, et c'est aussi l'avis du Rambam. Le séif ב écrit « אפי׳ כלי הבי׳ » (שו״ע או״ח שע״ד:ב) ; la Michna Beroura : « דאלו כלי החצר מותר לטלטל אף מחצר לחצר גם כשנפרץ דכל החצרות רשות אחת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ח) — les objets de la cour se transportent même d'une cour à l'autre quand le mur est percé, toutes les cours étant un seul domaine.

יסוד — le Rambam écrit la règle avec sa raison, et il y ajoute une phrase sur les habitants : « וְכֵן שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת שֶׁעֵרְבָה זוֹ לְעַצְמָהּ וְזוֹ לְעַצְמָהּ וְנָפַל הַכֹּתֶל שֶׁבֵּינֵיהֶן בְּשַׁבָּת אֵלּוּ מֻתָּרִים לְעַצְמָן וּמוֹצִיאִין מִבָּתֵּיהֶן וּמְטַלְטְלִין עַד עִקַּר הַמְּחִצָּה. וְאֵלּוּ מְטַלְטְלִין כֵּן עַד עִקַּר הַמְּחִצָּה הוֹאִיל וְהֻתְּרָה מִקְצָת שַׁבָּת הֻתְּרָה כֻּלָּהּ. וְאַף עַל פִּי שֶׁנִּתְוַסְּפוּ הַדִּיּוּרִין שֶׁהַדִּיּוּרִין הַבָּאִין בְּשַׁבָּת אֵינָן אוֹסְרִין » (הלכות עירובין פ״ג הכ״ה) — chacune est permise pour elle-même : ils sortent de leurs maisons et transportent jusqu'à l'emplacement de la cloison, puisque, permis pour une partie du Chabbat, il l'est pour tout ; et bien que les habitants se soient ajoutés, car les habitants qui viennent pendant Chabbat n'interdisent pas. La Michna Beroura : « מ״מ כיון שבין השמשות היה מותר הותר לכל השבת » (משנה ברורה שע״ד ס״ק ז) — [bien que chaque cour soit maintenant ouverte sur un domaine avec lequel elle n'est pas associée,] néanmoins, puisque c'était permis au crépuscule (bein hashmashot), c'est permis pour tout le Chabbat.

Le Taz donne la raison de la différence avec la fin du séif : « כיון דלא נפרץ לרשות אחר אלא לחצר משא״כ בסיפא שנפרץ לרשות הרבים או לכרמלית » (ט״ז או״ח שע״ד ס״ק ב) — puisqu'elle ne s'est ouverte que sur une cour, et non sur un autre domaine, à la différence de la fin du séif. Le Biour Halakha précise de quelle brèche parle le séif : « היינו במילואו או ביותר מעשר אמות » (ביאור הלכה שע״ד) — sur toute sa largeur, ou sur plus de dix amot. Le Choulhan Aroukh HaRav écrit, lui aussi, jusqu'à l'emplacement du mur : « מֻתָּרִים לְטַלְטֵל כָּל אֶחָד בַּחֲצֵרוֹ עַד מְקוֹם הַכֹּתֶל אֲפִלּוּ כֵּלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בַּבַּיִת » (שו״ע הרב שע״ד:ב) ; voir le niveau 4, point ד.

6. La cour ouverte sur le domaine public ou sur une karmelit (séif ב)

La michna : « חָצֵר שֶׁנִּפְרְצָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים — הַמַּכְנִיס מִתּוֹכָהּ לִרְשׁוּת הַיָּחִיד, אוֹ מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לְתוֹכָהּ — חַיָּיב, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מִתּוֹכָהּ לִרְשׁוּת הָרַבִּים אוֹ מֵרְשׁוּת הָרַבִּים לְתוֹכָהּ — פָּטוּר, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּכַרְמְלִית » (עירובין צ״ד ע״א) — selon les Sages, la cour ouverte sur le domaine public est comme une karmelit. Et la michna suivante : « חָצֵר שֶׁנִּפְרְצָה לִרְשׁוּת הָרַבִּים מִשְׁתֵּי רוּחוֹתֶיהָ, וְכֵן בַּיִת שֶׁנִּפְרַץ מִשְׁתֵּי רוּחוֹתָיו, וְכֵן מָבוֹי שֶׁנִּטְּלוּ קוֹרוֹתָיו אוֹ לְחָיָיו — מוּתָּרִים בְּאוֹתוֹ שַׁבָּת, וַאֲסוּרִים לֶעָתִיד לָבֹא, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אִם מוּתָּרִין לְאוֹתוֹ שַׁבָּת — מוּתָּרִין לֶעָתִיד לָבֹא, וְאִם אֲסוּרִין לֶעָתִיד לָבֹא — אֲסוּרִין לְאוֹתוֹ שַׁבָּת » (עירובין צ״ד ע״א) — selon Rabbi Yehouda, permis pour ce Chabbat et interdit pour l'avenir ; selon Rabbi Yossé, s'ils sont interdits pour l'avenir, ils le sont pour ce Chabbat. Le Beit Yossef écrit qu'il paraît au Tour que la brèche faite pendant Chabbat est incluse : « ומשמע לרבינו דאפילו בנפרץ בשבת מיירי » (בית יוסף או״ח שע״ד), et que « ואיפסיקא התם הלכתא כרבי יוסי דאסר אפילו באותה שבת » (בית יוסף או״ח שע״ד).

La question du Beit Yossef. « ואע״ג דבס״פ הנזכר בכותל שבין ב׳ חצירות שנפל פסקו הפוסקים כשמואל דשרי לטלטל כמו קודם שנפל וטעמא ודאי משום דשבת הואיל והותרה הותרה » (בית יוסף או״ח שע״ד) — pour le mur tombé entre deux cours, les décisionnaires ont tranché comme Chmouel, et la raison est que le Chabbat, permis, reste permis : pourquoi pas ici ?

« שאני התם דלא נפרץ אלא לחצר אחד שהוא רה״י כמוהו ואין ביניהם אלא שזה של יחיד א׳ הוא וזה של יחיד אחר אבל כשנפרץ לרשות אחרת ממש דהיינו לר״ה או לכרמלית לא אמרי׳ ביה הואיל והותרה הותרה » (בית יוסף או״ח שע״ד) — là-bas, la cour ne s'est ouverte que sur une autre cour, domaine privé comme elle ; ici, sur un domaine réellement autre. Le Taz (section 5) et la Michna Beroura (ס״ק ט) l'écrivent aussi. Le Magen Avraham donne la raison de l'interdit : « כיון שאין המחיצות קיימו׳ » (מגן אברהם שע״ד ס״ק ג) — puisque les cloisons ne sont plus debout.

יסוד — dans la sougya de Rabba (section 1), la guemara se demande si Rav Houna et Rabbi Yitshak ont la même discussion que Rabbi Yossé et Rabbi Yehouda dans la michna de la cour ouverte de deux côtés : « לֵימָא רַב הוּנָא וְרַבִּי יִצְחָק בִּפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי יְהוּדָה קָמִיפַּלְגִי » (עירובין י״ז ע״א), et répond, pour Rav Houna : « אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבִּי יוֹסֵי, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הָתָם — אֶלָּא דְּלֵיתַנְהוּ לִמְחִיצוֹת, הָכָא — אִיתַנְהוּ לִמְחִיצוֹת » (עירובין י״ז ע״א) ; pour Rabbi Yitshak : « וְרַבִּי יִצְחָק אָמַר: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבִּי יְהוּדָה, עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָתָם — אֶלָּא דְּאִיתַנְהוּ לְדָיוֹרִין, הָכָא — לֵיתַנְהוּ לְדָיוֹרִין » (עירובין י״ז ע״א). Selon Rav Houna, Rabbi Yossé ne le dit que là où les cloisons ne sont plus, et non là où elles sont ; selon Rabbi Yitshak, Rabbi Yehouda ne le dit que là où les habitants sont présents, et non là où ils ne le sont pas. Le rapprochement avec la raison du Magen Avraham, les cloisons qui ne sont plus debout, est celui de la page.

Dans les quatre amot, de la cour vers la karmelit. Le Beit Yossef : « ומיהו איכא חומרא בנפרצה לר״ה או רה״י מבנפרצה לכרמלית דבנפרצה לר״ה או לרה״י אסור לטלטל מהחצר להם אפילו בתוך ד״א ואילו בנפרצה לכרמלית מותר לטלטל מהחצר לכרמלית תוך ד״א » (בית יוסף או״ח שע״ד) — la brèche vers le domaine public ou vers un domaine privé est plus grave : on ne transporte pas de la cour vers eux, même dans les quatre amot ; vers une karmelit, on transporte de la cour vers la karmelit dans les quatre amot. Le Magen Avraham en doute : « ואפשר דאע״פ שנפרץ שם חצר עליו ואסור לטלטל ממנו לכרמלית » (מגן אברהם שע״ד ס״ק ג) — peut-être, bien qu'elle soit ouverte, garde-t-elle son nom de cour, et l'on ne transporte pas d'elle vers la karmelit. Le Biour Halakha rapporte les deux côtés et conclut : « והנה בתו״ש הביא ראיה מתוספות שבת דף ט׳ דמותר וכן הביא בחידושי רע״א ובספר נהר שלום הביא דבעבוה״ק שער הרשויות דין א׳ איתא בהדיא לאיסור וכן בתו״ש הנ״ל הוכיח מרש״י דף כ״ד לאיסור ע״ש וע״כ נראה שאין להקל » (ביאור הלכה שע״ד) — le Tossefet Chabbat apporte une preuve des Tossafot (Chabbat daf 9) pour permettre, et de même Rabbi Akiva Eger ; le Nehar Chalom rapporte que l'Avodat HaKodech l'interdit expressément, et le Tossefet Chabbat le prouve aussi de Rachi (daf 24) ; c'est pourquoi il paraît qu'il n'y a pas lieu d'alléger.

La mesure de la brèche, le Beit Yossef la renvoie à un autre siman : « ושיעור פירצה זו ליאסר לטלטל בחצר מפניה נתבאר בסימן ש״ס » (בית יוסף או״ח שע״ד) — expliquée au siman 360. Le Choulhan Aroukh HaRav écrit : « אֲבָל חָצֵר שֶׁנִּפְרְצָה בְּשַׁבָּת לִרְשׁוּת הָרַבִּים אוֹ לְכַרְמְלִית פִּרְצָה הָאוֹסַרְתָּהּ » (שו״ע הרב שע״ד:ב) — d'une brèche qui l'interdit —, écrit qu'on n'y dit pas que le Chabbat, permis, reste permis, et renvoie au siman 362 ; voir le niveau 4, point ד.

7. La petite cour ouverte sur la grande (séif ג)

La michna : « חָצֵר גְּדוֹלָה שֶׁנִּפְרְצָה לִקְטַנָּה — גְּדוֹלָה מוּתֶּרֶת וּקְטַנָּה אֲסוּרָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּפִתְחָהּ שֶׁל גְּדוֹלָה » (עירובין צ״ב ע״א). Le séif ג y précise que la petite s'est ouverte avant Chabbat, sur toute sa largeur, et que la brèche ne dépasse pas dix amot.

יסוד — pourquoi avant Chabbat. La guemara rapporte la question de Rav Hochaya, et la preuve que Rav 'Hisda tire de la michna : « בָּעֵי רַב הוֹשַׁעְיָא: דָּיוֹרִין הַבָּאִין בְּשַׁבָּת, מַהוּ שֶׁיֵּאָסְרוּ? אָמַר רַב חִסְדָּא, תָּא שְׁמַע: חָצֵר גְּדוֹלָה שֶׁנִּפְרְצָה לִקְטַנָּה — הַגְּדוֹלָה מוּתֶּרֶת וְהַקְּטַנָּה אֲסוּרָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּפִתְחָהּ שֶׁל גְּדוֹלָה. אָמַר רַבָּה: אֵימַר מִבְּעוֹד יוֹם נִפְרְצָה. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: לָא תֵּימָא מָר ״אֵימַר״, אֶלָּא וַדַּאי מִבְּעוֹד יוֹם נִפְרְצָה » (עירובין צ״ג ע״ב) — des habitants qui viennent pendant Chabbat interdisent-ils ? Rav 'Hisda apporte la michna ; Rabba répond : disons qu'elle s'est ouverte pendant qu'il faisait encore jour ; Abaye : ne dis pas « disons », mais : certainement pendant qu'il faisait encore jour, « דְּהָא מָר הוּא דְּאָמַר, בְּעַי מִינֵּיהּ מֵרַב הוּנָא וּבְעַי מִינֵּיהּ מֵרַב יְהוּדָה: עֵירַב דֶּרֶךְ הַפֶּתַח וְנִסְתַּם הַפֶּתַח, עֵירַב דֶּרֶךְ חַלּוֹן וְנִסְתַּם הַחַלּוֹן, מַהוּ? וְאָמַר לִי: שַׁבָּת, כֵּיוָן שֶׁהוּתְּרָה הוּתְּרָה » (עירובין צ״ג ע״ב) — puisque c'est toi qui as rapporté la réponse : le Chabbat, puisqu'il a été permis, reste permis. Selon Abaye, la michna parle donc forcément d'une brèche faite de jour : faite pendant Chabbat, elle serait couverte par la règle de la section 1. La Michna Beroura, sur les mots שנפרצה קודם שבת : « דאלו בשבת אמרינן כיון שהותרה הותרה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק י) — pendant Chabbat, on dit que ce qui a été permis reste permis ; et le Beit Yossef : « והא דאסרינן בחצר קטנה וכן בגג קטן דבסמוך היינו בנפרצו קודם שבת זה דאילו נפרצו בשבת מותרין באותה שבת דהא קי״ל דשבת כיון שהותרה הותרה כמ״ש בראש הסימן » (בית יוסף או״ח שע״ד) — l'interdit de la petite cour, et du petit toit, vaut quand la brèche s'est faite avant ce Chabbat ; faite pendant Chabbat, ils sont permis ce Chabbat-là. Sur le sujet de la question de Rav Hochaya, le Rambam écrit que les habitants qui viennent pendant Chabbat n'interdisent pas (הלכות עירובין פ״ג הכ״ה ; section 5).

Sur la brèche de dix amot au plus, la Michna Beroura : « דאלו יותר מעשרה לא שייך לומר דקטנה היא כפתחה של גדולה דפתחא יותר מעשר אמות לא עבדי אינשי » (משנה ברורה שע״ד ס״ק י״ב) — au-delà de dix, on ne peut dire que la petite est comme la porte de la grande, car on ne fait pas de porte de plus de dix amot.

Rachi, rapporté par le Beit Yossef, sur la grande qui est permise : « ופירש״י גדולה מותרת. להוציא כלי הבתים שבה אם עירבו לעצמה ולא אסרי עלה בני קטנה » (בית יוסף או״ח שע״ד) — la grande peut sortir les objets de ses maisons, si elle a fait l'érouv pour elle-même, et les habitants de la petite ne lui interdisent pas. Rabba, Rabbi Zeira et Rabba bar Rav 'Hanan, assis avec Abaye, déduisent de la michna : « שְׁמַע מִינַּהּ מִמַּתְנִיתִין דָּיוֹרֵי גְדוֹלָה בַּקְּטַנָּה, וְאֵין דָּיוֹרֵי קְטַנָּה בַּגְּדוֹלָה » (עירובין צ״ב ע״א) — les habitants de la grande comptent dans la petite, et ceux de la petite ne comptent pas dans la grande. Au cours de la discussion, Rabbi Zeira dit à Abaye, à propos de cette michna, et Abaye lui répond : « וְאִילּוּ הִשְׁוָה אֶת גִּיפּוּפֶיהָ גְּדוֹלָה נָמֵי אֲסוּרָה! אֲמַר לֵיהּ, הָתָם סִילּוּק מְחִיצּוֹת הוּא » (עירובין צ״ב ע״ב) — si la grande avait égalisé ses restes de mur, elle aussi serait interdite ; là, répond Abaye, c'est un retrait de cloisons.

Le Rambam — « חָצֵר קְטַנָּה שֶׁנִּפְרְצָה בִּמְלוֹאָהּ לְחָצֵר גְּדוֹלָה מִבְּעוֹד יוֹם. אַנְשֵׁי גְּדוֹלָה מְעָרְבִין לְעַצְמָן וּמֻתָּרִים שֶׁהֲרֵי נִשְׁאַר לָהֶן פְּצִימִין מִכָּאן וּמִכָּאן. וְאַנְשֵׁי קְטַנָּה אֲסוּרִין לְהוֹצִיא מִבָּתֵּיהֶן לֶחָצֵר שֶׁלָּהֶן עַד שֶׁיְּעָרְבוּ עִם בְּנֵי הַגְּדוֹלָה עֵרוּב אֶחָד. שֶׁדִּיּוּרִין שֶׁל גְּדוֹלָה חֲשׁוּבִין כִּקְטַנָּה וְאֵין דִּיּוּרֵי קְטַנָּה חֲשׁוּבִין כִּגְדוֹלָה » (הלכות עירובין פ״ג הכ״ד) — une petite cour ouverte sur toute sa largeur sur une grande, pendant qu'il faisait encore jour : les gens de la grande font l'érouv pour eux-mêmes et sont permis, car il leur reste des montants de part et d'autre ; ceux de la petite ne sortent pas de leurs maisons dans leur cour tant qu'ils n'ont pas fait un seul érouv avec ceux de la grande, car les habitants de la grande comptent dans la petite, et ceux de la petite ne comptent pas dans la grande. Il écrit מבעוד יום, la raison des montants qui restent à la grande de part et d'autre, et la règle des habitants que la guemara déduit de la michna.

Pourquoi la petite n'est-elle pas permise ? La guemara : « אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: נִרְאֶה מִבַּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים — נִידּוֹן מִשּׁוּם לֶחִי. אָמַר רַבָּה, וּמוֹתְבִינַן אַשְּׁמַעְתִּין: חָצֵר קְטַנָּה שֶׁנִּפְרְצָה לִגְדוֹלָה — גְּדוֹלָה מוּתֶּרֶת וּקְטַנָּה אֲסוּרָה, מִפְּנֵי שֶׁהִיא כְּפִתְחָהּ שֶׁל גְּדוֹלָה. וְאִם אִיתָא, קְטַנָּה נָמֵי תִּשְׁתְּרֵי בְּנִרְאֶה מִבַּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים » (עירובין ט׳ ע״ב) — Rabba bar Rav Houna dit que vu de l'extérieur et égal de l'intérieur est jugé comme un lé'hi ; Rabba objecte à cet enseignement, à partir de notre michna : la petite aussi devrait alors être permise. Rabbi Zeira répond, et la guemara objecte aussitôt : « אָמַר רַבִּי זֵירָא: בְּנִכְנָסִין כּוֹתְלֵי קְטַנָּה לִגְדוֹלָה. וְלֵימָא לָבוּד וְתִשְׁתְּרֵי » (עירובין ט׳ ע״ב) — quand les murs de la petite entrent dans la grande ; et qu'on dise lavoud, et qu'elle soit permise !

Le Beit Yossef résume la suite : « ומוקי לה נמי בשכותלי קטנה מופלגים ג׳ טפחים מכותלי אורך הגדולה דאל״כ הוה מישתרי קטנה ע״י לבוד כלומר דהוה אמרינן חזינן כאילו ראשי כניסת של כתלי קטנה סניפין לצד כתלי אורך הגדולה דהדר הויא להו הכניסה להך גיפופי נראים מבחוץ » (בית יוסף או״ח שע״ד) — les murs de la petite doivent être éloignés de trois tefa'him, sinon on dirait lavoud : on verrait les extrémités des murs de la petite, là où ils entrent, comme rattachées aux murs de longueur de la grande, et l'avancée redeviendrait des restes de mur visibles de l'extérieur. Il explique pourquoi le Tour ne l'écrit pas : « ולא חש רבינו לכתוב כל זה לפי שסמך על מ״ש בסימן שע״ג דנראה מבחוץ ושוה מבפנים נדון משום לחי » (בית יוסף או״ח שע״ד) — le Tour ne s'est pas soucié d'écrire tout cela, s'appuyant sur ce qu'il a écrit au siman שע״ג (ainsi dans le texte servi par Sefaria ; le Tour écrit cette règle au siman 363, שס״ג) : vu de l'extérieur et égal de l'intérieur est jugé comme un lé'hi. La Michna Beroura : « ר״ל אימתי הקטנה אסורה בשכותליה נכנסין ובולטין לתוך הגדולה בשתים וג׳ אמות » (משנה ברורה שע״ד ס״ק י״ז) — la petite est interdite quand ses murs entrent et avancent dans la grande de deux ou trois amot.

Un seul mur éloigné. Le séif écrit les murs au pluriel. Le Biour Halakha : « לאו דוקא דאף כותל אחד סגי [הגר״א] ור״ל דאף אם היה רק כותל אחד מופלג ג״ט והשני היה פחות מזה ג״כ אסור דמה הני שנאמר לבוד מצד אחד הרי בעינן דוקא פס משהו מכאן ומכאן או פס רחב ד׳ טפחים מצד אחד » (ביאור הלכה שע״ד) — même si un seul mur est éloigné de trois tefa'him et l'autre moins, c'est interdit : à quoi servirait de dire lavoud d'un côté, puisqu'il faut un montant, si petit soit-il, de part et d'autre, ou un montant large de quatre tefa'him d'un côté.

Le Choulhan Aroukh HaRav donne la raison de la permission de la grande : « מִפְּנֵי שֶׁפִּרְצָה זוֹ הִיא לַגְּדוֹלָה כְּפֶתַח שֶׁאֵין לָהּ בְּמִלּוּאָהּ, אֶלָּא נִשְׁתַּיְּרוּ בָּהּ גִּפּוּפִים עוֹדְפִים עַל פִּרְצַת הַקְּטַנָּה מִכַּאן וּמִכַּאן » (שו״ע הרב שע״ד:ג) — la brèche est pour la grande comme une porte, puisqu'il lui reste des restes de mur qui dépassent la brèche de la petite de part et d'autre ; et, pour le cas où les murs de la petite n'entrent pas dans la grande : « שֶׁאִם לֹא כֵן אַף הַקְּטַנָּה נִתֶּרֶת עַל יְדֵי גִפּוּפֵי הַגְּדוֹלָה » (שו״ע הרב שע״ד:ג) — sinon, la petite aussi est permise par les restes de mur de la grande, et le Rav poursuit « מִשּׁוּם נִרְאֶה מִבְּחוּץ וְשָׁוֶה מִבִּפְנִים » (שו״ע הרב שע״ד:ג) — en vertu de vu de l'extérieur et égal de l'intérieur : la raison même du Mehaber, à laquelle le Beit Yossef ramène aussi le lavoud (ci-dessus) ; voir le niveau 4, point ה.

8. Le petit toit ouvert sur un grand (séif ד)

La michna : « גַּג גָּדוֹל סָמוּךְ לְקָטָן — הַגָּדוֹל מוּתָּר, וְהַקָּטָן אָסוּר » (עירובין צ״ב ע״א) — un grand toit voisin d'un petit : le grand est permis, et le petit interdit.

Les deux toits égaux, le mot « percé », et le grand toit. Sur les deux toits égaux, la Michna Beroura : « אבל אם שני הגגין שוין אוסרין זה על זה אפילו אם אינם יותר מעשר אמות דהרי נפרצו במילואן זה לזה » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ׳) — ils s'interdisent l'un à l'autre, même s'ils ne dépassent pas dix amot, étant ouverts l'un sur l'autre sur toute leur largeur. Sur le mot « percé », qui ne se prend pas à la lettre pour un toit : « לאו דוקא והכונה שהיה פתוח לגג הסמוך לו דבגג לא איירי בשהיה מתחלה מחיצה ונקט לשון נפרץ איידי דסעיף ג׳ » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״א) — il n'y avait pas d'abord de cloison ; le texte emploie ce mot à cause du séif ג. Et pour le grand toit : « דגג הקטן לגביה נחשב כפתח בעלמא כיון שאין בו יותר מעשר אמות » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״ו) — le petit compte comme une simple porte, puisqu'il ne dépasse pas dix amot.

Pourquoi le petit toit n'est-il pas permis par les restes de mur du grand ? Le Biour Halakha : « הא דלא מישתרי גג קטן בגיפופי גג גדול משום נראה מבחוץ ושוה מבפנים וכדלעיל בס״ג דהלא לענין גג גדול אמרינן גוד אסיק מחיצתא והוי כאלו יש לו גיפופים וא״כ ליהני ד״ז גם לגבי קטן » (ביאור הלכה שע״ד) — puisque, pour le grand toit, on dit goud assik et c'est comme s'il avait des restes de mur, cela devrait servir aussi au petit, comme pour la cour au séif ג.

« י״ל דכי אמרינן גוד אסיק לגבי גג הגדול עצמו אבל לא להתיר הגג קטן בגיפופי גדול [ריטב״א ובזה נסתלק קושית הדרישה והובא בחידושי רע״א] » (ביאור הלכה שע״ד) — on dit goud assik pour le grand toit lui-même, non pour permettre le petit par les restes de mur du grand.

Sur la condition des murs visibles, la guemara demande pourquoi la michna enseigne les deux cas, le toit et la cour, et répond selon Rav et selon Chmouel : « לְמָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי תַּרְתֵּי? לְרַב, קָתָנֵי גַּג דּוּמְיָא דְחָצֵר: מָה חָצֵר מִנַּכְרָא מְחִיצְתָּא, אַף גַּג נָמֵי מִנַּכְרָא מְחִיצְתָּא » (עירובין צ״ב ע״א) — selon Rav, le toit est enseigné comme la cour : comme les cloisons de la cour sont visibles, celles du toit doivent l'être ; « וְלִשְׁמוּאֵל, גַּג דּוּמְיָא דְחָצֵר: מָה חָצֵר דְּקָא דָרְסִי לַהּ רַבִּים, אַף גַּג נָמֵי דְּקָא דָרְסִי לֵיהּ רַבִּים » (עירובין צ״ב ע״א) — selon Chmouel, comme la cour est foulée par le public, le toit aussi. La page ne rapporte pas ici les positions de Rav et de Chmouel sur les toits, auxquelles cette réponse renvoie.

Rachi, rapporté par le Beit Yossef — sur la lecture de Rav : « ופירש״י אף גג. נהי דשרינן ליה במחיצות התחתונות משום גוד אסיק מיהו מחיצות ניכרות בעינן שלא יהיה גג בולט חוצה להם דאי לא מינכר לא אמרינן גוד אסיק וגדול נמי אסור דאין שם שום מחיצה וכל שאין לו מחיצות אינו רה״י ומשמע מדברי הרא״ש שם דהכי קי״ל » (בית יוסף או״ח שע״ד) — on permet le toit par les cloisons du bas, en vertu de goud assik, mais il faut des cloisons visibles ; sinon, même le grand est interdit, n'ayant aucune cloison. Le Beit Yossef donne pour source à la condition du séif, « והוא שיהו מחיצות הבית ניכרות » (שו״ע או״ח שע״ד:ד), cette lecture de Rav, qu'il lit chez le Roch.

Le toit qui déborde. Le Magen Avraham : « בתו׳ דף פ״ט משמע דוקא כשבולט ד׳ לר״ה ור״ה מהלכת תחתיו אם כן הוי אותה בליטה כרמלית וכל שאר הגג נפרצה לו במלואו ע״ש וכ״מ ברא״ש אבל אם אין בולט לא, דלא גרע מעמוד דהוי רשות היחיד בסי׳ שמ״ה ס״י » (מגן אברהם שע״ד ס״ק ה) — d'après les Tossafot (daf 89), seulement quand il déborde de quatre sur le domaine public, le public passant dessous : ce débord est alors une karmelit, et tout le reste du toit s'ouvre sur lui sur toute sa largeur ; s'il ne déborde pas, non, car il n'est pas pire qu'une colonne, qui est domaine privé (siman 345) ; et « ומ״מ כששני הגגין פרוצים זה לזה אוסרין זה על זה וכ״כ הרשב״א בגיטין דף ע״ט » (מגן אברהם שע״ד ס״ק ה) — en tout cas, deux toits ouverts l'un sur l'autre s'interdisent l'un à l'autre, comme l'écrit le Rachba. La Michna Beroura : « דוקא כשבולט ד״ט אבל אם אין בולט ארבעה טפחים הוי כמחיצות ניכרות » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״ח) — seulement quand il déborde de quatre tefa'him ; sinon, c'est comme des cloisons visibles.

La fenêtre de quatre sur quatre — le Tour écrit : « אבל אם אינן ניכרות כגון שהגג בולט עליהן הוי כרמלית אא״כ חלון מהבית פתוח לו » (טור או״ח שע״ד) — à moins qu'une fenêtre de la maison ne s'ouvre vers lui —, sans mesure. Le Beit Yossef : « ומ״ש אא״כ חלון מהבית פתוח לו כ״כ הרא״ש שם וטעמא משום דהוו כחורי רה״י אלא שהרא״ש הצריך שיהיה החלון ד׳ על ד׳ ורבינו כתב סתם חלון ונראה שסמך על שיעור חלון שכתב בסי׳ שע״ב » (בית יוסף או״ח שע״ד) — le Roch l'écrit, car [le toit] est comme les trous du domaine privé ; mais le Roch exige une fenêtre de quatre sur quatre, et le Tour a écrit « fenêtre » sans plus, s'appuyant, semble-t-il, sur la mesure de la fenêtre qu'il a écrite au siman 372. Le séif ד écrit la mesure : « אלא אם כן פתוח לו מהבית חלון ארבע על ארבע » (שו״ע או״ח שע״ד:ד).

Ce que permet la fenêtre, la Michna Beroura le précise : « ומ״מ לא מהני זה אלא להתיר להשתמש על גגו בכלים ששבתו בתוכו דיש עליו עי״ז שם רה״י אבל להעלות עליו כלים ששבתו בבית אסור כ״ז שלא עירבו יחד כיון שאין המחיצות ניכרות עליו » (משנה ברורה שע״ד ס״ק כ״ט) — elle ne sert qu'à se servir sur le toit des objets qui ont passé Chabbat בתוכו, le toit recevant par elle le nom de domaine privé ; mais monter sur lui les objets qui ont passé Chabbat dans la maison reste interdit tant qu'ils n'ont pas fait l'érouv ensemble, les cloisons n'y étant pas visibles.

Le Choulhan Aroukh HaRav pose d'abord le cas des toits entourés d'un parapet : « וְכֵן גַּג קָטָן הַמֻּקָּף מַעֲקֶה סְבִיבוֹ גְּבוֹהָה עָלָיו עֲשָׂרָה » (שו״ע הרב שע״ד:ד) — un petit toit entouré d'un parapet haut de dix [tefa'him] ; et il écrit, après la fenêtre : « אֲבָל מִכָּל מָקוֹם אִם לֹא עֵרְבוּ יַחַד אַף הַגָּדוֹל אָסוּר בְּכֵלִים שֶׁשָּׁבְתוּ בַּבַּיִת » (שו״ע הרב שע״ד:ד) — en tout cas, s'ils n'ont pas fait l'érouv ensemble, même le grand est interdit pour les objets qui ont passé Chabbat dans la maison. Rachi, rapporté par le Beit Yossef, écrit pour le toit dont les cloisons ne sont pas visibles : « וגדול נמי אסור דאין שם שום מחיצה » (בית יוסף או״ח שע״ד) — le grand aussi est interdit, n'ayant aucune cloison : Rachi parle d'un toit qui n'est pas un domaine privé, « וכל שאין לו מחיצות אינו רה״י » (בית יוסף או״ח שע״ד). Le Rav écrit sa phrase juste après la fenêtre, qui fait du toit un domaine privé, et l'introduit par אֲבָל מִכָּל מָקוֹם ; la page lit sa phrase comme la règle que la Michna Beroura, postérieure au Rav, écrit pour le toit qui a la fenêtre (ס״ק כ״ט, ci-dessus), et Rachi comme parlant d'un autre cas — lecture soumise au Rav ; voir le niveau 4, point ו.

9. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — le Chabbat qui a été permis reste permis (la réponse que Rabba rapporte de Rav Houna et de Rav Yehouda, עירובין י״ז ע״א et צ״ג ע״ב ; Tour) ; il revient notamment aux séifim א, ב et ג :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 4 séifim sur ce siman).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שע״ד · Niveau 2 — Lamdan
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