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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קמ״ב — L’idole et ses accessoires sont interdits au profit

Quinze seifim : ce qui vient de l’idole, et ce qui ne fait que passer près d’elle
יורה דעה · סימן קמ״ב
שֶׁהָאֱלִילִים וְתַשְׁמִישֵׁיהֶם אֲסוּרִים בַּהֲנָאָה
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le Siman 142 tient en quinze seifim — le Choul’han Aroukh l’annonce lui-même : « שהאלילים ותשמישיהם אסורים בהנאה. ובו ט״ו סעיפים » (שו״ע יו״ד קמ״ב:א). L’idole est interdite au profit ; le siman demande jusqu’où cette interdiction se propage. Sa braise, sa cendre, son bois, son couteau, sa navette, son ombre, sa musique — jusqu’où le profit est-il encore le sien ? La réponse tient à deux mesures : ce qui a encore de la matière, et ce qui est la seule cause du résultat.

Sujet : L’idole et ses accessoires interdits au profit — גחלת ושלהבת, שבח עצים בפת, זה וזה גורם, צל אשרה, נוי אלילים
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קמ״ב

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber et du Rama — les quinze seifim
2. Contexte — les sougyot dont le siman est tissé
3. Les concepts-clés de ce siman
4. Le tableau récapitulatif — les quinze seifim d’un regard
5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef
6. Le Rambam — la charpente du siman
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse du Siman 142 et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber et du Rama — les quinze seifim

Chaque seif est donné dans le texte hébreu du Choul’han Aroukh tel qu’il se lit, puis traduit en français suivi. Les passages entre parenthèses en petits caractères sont les gloses du Rama et les notes de source du texte imprimé ; ils sont conservés à leur place.

Seif 1 — La braise et la cendre — mais pas la flamme

שהאלילים ותשמישיהם אסורים בהנאה. ובו ט״ו סעיפים:
כשם שהאלילים אסורים בהנאה כך כל הנאות הבאות ממנה אסורות אפילו אם שרפה אסור ליהנות בגחלתה ואפרה אבל מותר ליהנות משלהבתה:
Titre du siman : que les idoles et leurs accessoires sont interdits au profit ; et il comporte quinze seifim.

De même que les idoles sont interdites au profit, de même toutes les jouissances qui en viennent sont interdites. Même s’il l’a brûlée, il est interdit de profiter de sa braise et de sa cendre ; mais il est permis de profiter de sa flamme.
Trois états d’un même bois, trois statuts. La braise et la cendre ont encore de la matière : elles sont l’idole, et elles restent interdites. La flamme n’a pas de substance — « וְהַשַּׁלְהֶבֶת מֻתֶּרֶת מִפְּנֵי שֶׁאֵין בָּהּ מַמָּשׁ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י׳) — et l’on peut s’en éclairer ou s’y chauffer. Le siman s’ouvre sur cette distinction, et il y reviendra au seif 6 avec les braises du four.

Seif 2 — Le couteau d’idolâtrie : abattre, non découper

סכין של אלילים ששחט בה הרי זה מותר מפני שהוא מקלקל (ואם הסכין חדש או ישן ולבנו מאיסור שבו אפילו לכתחילה מותר) (לעיל סימן י׳) ואם היתה בהמ׳ מסוכנת הרי זו אסורה מפני שהוא מתקן והרי זה התקון מהנאת משמשי אלילים וכן אסור לחתוך בה בשר מפני שהוא מתקן ואם חתך דרך הפסד והשחתה מותר:
Un couteau d’idolâtrie avec lequel on a abattu une bête — c’est permis, parce qu’il détériore.

Glose du Rama : et si le couteau est neuf, ou ancien mais qu’on l’a porté au rouge pour en ôter l’interdit qu’il contient — même a priori c’est permis (voir plus haut le siman 10).

Mais si la bête était en danger de mort, elle est interdite, parce qu’il améliore, et cette amélioration vient d’une jouissance des accessoires de l’idole. De même il est interdit de découper de la viande avec lui, parce qu’il améliore ; et s’il a coupé en abîmant et en gâchant, c’est permis.
Détériorer ou améliorer : c’est le seul critère. L’abattage enlève à la bête ce qu’elle valait vivante — pour porter, labourer, mettre bas — donc il ne profite pas du couteau. Découper la viande en portions ajoute une valeur : c’est une jouissance. La bête en danger renverse le premier cas : sans l’abattage elle se perdait, et le couteau l’a sauvée.

Seif 3 — La navette de l’achéra et le vêtement

נטל ממנה כרכר (פי׳ עץ או עצם שראשו חד ושובטין בו הבגד כשאורגים אותו למען יפרדו החוטין העליונים מן התחתונים) וארג בו את הבגד אסור בהנאה נתערב בבגדים אחרים יוליך דמי אותו הבגד לים המלח ושאר כל הבגדים מותרים:
S’il a pris de l’achéra une navetteexplication : un bois ou un os à la pointe effilée, avec lequel on frappe le tissu en le tissant pour séparer les fils du dessus de ceux du dessous — et a tissé avec elle le vêtement : il est interdit au profit. S’il s’est mêlé à d’autres vêtements, il portera la valeur de ce vêtement à la mer Morte, et tous les autres vêtements sont permis.

Seif 4 — Le bois dans le four, et le pain

נטל ממנה עצים אסורים בהנאה הסיק בהם את התנור בין חדש בין ישן יוצן ואחר כך יחם אותו בעצי היתר ואם לא צננו ואפה בו את הפת (בעוד שהאבוקה כנגדו) (בית יוסף) הרי זה אסור בהנאה דיש שבח עצי איסור בפת (טור) נתערבה באחרות יוליך דמי אותה הפת לים המלח ושאר כל הככרות מותרים גרף את כל האש ואחר כך בישל או אפה בחומו של תנור הרי זה מותר שהרי עצי האיסור הלכו להם: הגה הא דאמרינן יש שבח עצים בפת היינו בדבר שאסור בהנאה אבל אם אפה או בשל אצל דבר שאסור באכילה אפי׳ אבוקה כנגדו מותר (מרדכי פרק השוכר ותוספות וע״פ):
S’il en a pris du bois, il est interdit au profit. S’il a chauffé avec lui le four — qu’il soit neuf ou ancien, on le laisse refroidir, puis on le réchauffe avec du bois permis. Et s’il ne l’a pas laissé refroidir et y a cuit le painglose du Rama : alors que la torche brûle en face de lui (Beit Yossef) — il est interdit au profit, car le pain porte l’apport du bois interdit (Tour). S’il s’est mêlé à d’autres, il portera la valeur de ce pain à la mer Morte, et tous les autres pains sont permis. A-t-il raclé tout le feu, puis fait cuire ou bouillir à la chaleur du four — c’est permis, car les bois interdits s’en sont allés.

Glose du Rama : ce que nous disons — « le pain porte l’apport du bois » — ne vaut que pour une chose interdite au profit ; mais s’il a cuit ou bouilli près d’une chose interdite seulement à la consommation, même la torche en face de lui, c’est permis (Mordekhi au chapitre haSokher, Tossefot, et sur le verset).

résumé : la glose finale distingue l’interdit de profit — où l’apport du bois compte — de l’interdit de consommation, où la chaleur ne transmet rien qui interdise.
Quatre situations dans un seul seif, et il faut les garder séparées. (1) Le four chauffé au bois interdit : on le laisse refroidir, puis on rallume avec du bois permis. (2) Le pain cuit sans refroidir, la torche en face : interdit au profit. (3) Ce pain mêlé à d’autres : on porte sa valeur à la mer Morte. (4) Le feu raclé, le pain cuit à la chaleur restante : permis selon le Mehaber. Le niveau 2 montrera que le Chakh et le Taz contestent précisément le point (4) en matière d’idolâtrie.

Seif 5 — Les vaisselles cuites au bois d’idolâtrie

קערות וכוסות וקדירות וצלוחיות שבשלן היוצר בעצי האלילים הרי אלו אסורי׳ בהנאה שהרי דבר האסור בהנאה עשה אותם חדשים. (הסעיפים ה׳ ו׳ ז׳ הוא ל׳ הרמב״ם פרק י״ז מהמ״א רק שהמחבר כתב עצי אלילים במקום קליפי ערלה):
Des assiettes, des coupes, des marmites et des fioles que le potier a cuites au bois des idoles — elles sont interdites au profit, car une chose interdite au profit les a faites neuves.

Note de l’édition : les seifim 5, 6 et 7 reprennent la langue du Rambam dans Hilkhot Maakhalot Assourot, à ceci près que le Mehaber a écrit « bois des idoles » à la place de « pelures d’orla ».

résumé : la note marginale renvoie au « chapitre 17 » ; dans les éditions courantes et sur Sefaria, ces halakhot sont au chapitre 16 (halakhot 22 à 24), et c’est ainsi que le Beit Yossef et le Chakh les citent.

Seif 6 — Le pain cuit sur les braises

פת שבשלה ע״ג גחלים של עצי אלילים מותרת כיון שנעשו גחלים הלך איסורן אע״פ שהן בוערות:
Un pain qu’on a cuit sur des braises de bois d’idoles est permis : dès lors qu’ils sont devenus braises, leur interdit s’en est allé, même si elles brûlent encore.

Seif 7 — La marmite cuite avec deux bois

קדרה שבישלה בעצי אלילים ובעצי היתר הרי התבשיל אסור ואע״פ שזה וזה גורם שבשעה שנתבשלה מחמת עצי האיסור עדיין לא באו עצי ההיתר ונמצא מקצת הבישול בעצי היתר ומקצתו באיסור:
Une marmite qu’on a fait cuire avec du bois d’idoles et avec du bois permis — le plat est interdit, bien que l’un et l’autre en soient cause ; car au moment où elle a cuit par le bois interdit, le bois permis n’était pas encore venu, et il se trouve qu’une partie de la cuisson s’est faite par le bois permis et une partie par l’interdit.
Pourquoi זה וזה גורם ne sauve pas ici. La règle « deux causes, l’une interdite et l’autre permise → permis » suppose que les deux agissent ensemble. Dans la marmite, le bois interdit a agi seul d’abord ; le bois permis n’est venu qu’après. Une partie de la cuisson est donc entièrement due à l’interdit, et cette partie-là n’a pas de cause permise qui l’accompagne.

Seif 8 — Les poussins et les œufs du nid

אפרוחים שקננו באשרה ואינם צריכים לאמן מותרין אבל ביצים שעליה וכן אפרוחים שצריכים לאמן אסורים והקן עצמו שבראשה מותר מפני שהעוף מביא עציו ממקום אחר (ל׳ רמב״ם פ״ז מהל׳ עבודת כוכבים) (ולא יעלה על האשרה ליטלן אלא יתיז בקנה והם נופלין) (טור):
Des poussins qui ont niché dans l’achéra et qui n’ont plus besoin de leur mère sont permis ; mais les œufs qui sont dessus, et de même les poussins qui ont encore besoin de leur mère, sont interdits. Le nid lui-même, à son sommet, est permis, parce que l’oiseau apporte son bois d’ailleurs (langue du Rambam, chapitre 7 de Hilkhot Avodat Kokhavim).

Glose du Rama : et il ne montera pas sur l’achéra pour les prendre, mais il les fera tomber avec une perche (Tour).

Seif 9 — L’ombre de l’achéra, et passer dessous

האשרה בין שהיתה נעבדת בין שהיתה אלילים מונחת תחתיה אסור לישב בצלה (ל׳ רמב״ם שם דין י״א) ואם יש לו דרך אחרת קצרה כמוה אסור לעבור תחתיה ואם לאו עובר תחתיה כשהוא רץ (ודוקא לעבור תחתיה אבל לעבור בצלה בכל ענין שרי) (ר״ן פ׳ כל הצלמים):
L’achéra — qu’elle soit elle-même adorée, ou qu’une idole soit posée dessous — il est interdit de s’asseoir à son ombre (langue du Rambam, ibid., halakha 11). S’il a un autre chemin aussi court, il est interdit de passer dessous ; sinon, il passe dessous en courant.

Glose du Rama : et précisément passer dessous ; mais passer dans son ombre est permis en toute manière (Ran, chapitre Kol haTselamim).
Trois gestes, trois règles. S’asseoir à l’ombre : interdit, parce qu’on jouit de l’arbre. Passer dessous : interdit s’il y a un autre chemin — et si l’on n’en a pas, on passe en courant. Passer dans l’ombre sans être sous les branches : permis (Rama, au nom du Ran). L’ombre n’est interdite qu’à celui qui s’y installe.

Seif 10 — L’ombre de la maison d’idolâtrie

צל בית אלילים תוכו ונגד פתחו תוך ארבע אמות אסור צל שלאחריו מותר ואפי׳ תוכו אם גוזל הרבים שקדם לו הדרך ואח״כ בנה שם בית של אלילים מותר לעבור דרך שם אבל אם קדם הבית לדרך אסור ויש אוסרים בכל גוונא (רמזים):
L’ombre d’une maison d’idolâtrie : à l’intérieur, et face à sa porte dans les quatre coudées, c’est interdit ; l’ombre qui est derrière elle est permise. Et même l’intérieur : si elle empiète sur le domaine public — le chemin l’ayant précédée, et la maison d’idolâtrie ayant été bâtie là ensuite — il est permis de passer par là ; mais si la maison a précédé le chemin, c’est interdit. Et certains interdisent en toute manière (Remazim).

Seif 11 — Les légumes sous l’achéra, le fumier et les vesces

מותר ליטע תחת האשרה ירקות בין בימות החמה שהם צריכים לצל בין בימות הגשמים מפני שצל האשרה שהוא אסור עם הקרקע שאינה נאסרת גורמים לירקות אלו לצמוח וכל שדבר איסור ודבר מותר גורמין לו הרי זו מותר בכל מקום לפיכך שדה שזבלה בזבל של אלילים מותר לזרוע אותה ופרה שפטמה בכרשיני אלילים תיאכל וכן כל כיוצא בזה:
Il est permis de planter des légumes sous l’achéra, aussi bien à la saison chaude, où ils ont besoin d’ombre, qu’à la saison des pluies — parce que l’ombre de l’achéra, qui est interdite, et le sol, qui ne devient pas interdit, causent ensemble la pousse de ces légumes ; et tout ce dont une chose interdite et une chose permise sont ensemble la cause est permis en tout lieu. C’est pourquoi un champ qu’on a fumé avec du fumier d’idoles, il est permis de l’ensemencer ; une vache qu’on a engraissée avec des vesces d’idoles peut être mangée ; et ainsi de tout cas semblable.
Le principe qui traverse tout le siman : « אבל אנן קיימא לן זה וזה גורם מותר בדיעבד אבל לכתחלה אסור » (טור יו״ד קמ״ב) — quand une cause interdite et une cause permise concourent, le résultat est permis. Les légumes poussent par l’ombre et par le sol ; le champ produit par le fumier et par la terre ; la vache s’engraisse par les vesces et par le reste de sa nourriture. Le seif 4 (le four refroidi) et le seif 7 (la marmite) sont les deux bornes de cette règle.

Seif 12 — L’arbre dont on garde les fruits pour la fête

אילן ששומרים פירותיו לעשות מהם שכר לשתותו ביום חגם אסור בידוע שהיא אשרה:
Un arbre dont on garde les fruits pour en faire de la bière que l’on boit le jour de leur fête est interdit : il est établi que c’est une achéra.

Seif 13 — Les arbres stériles plantés devant l’idole

אילני סרק (פירוש אילנות שאין עושין פירות) שרגילין ליטע בפני אלילים לא גרע מנוי אלילים ואסור:
Les arbres stérilesexplication : des arbres qui ne portent pas de fruits — que l’on a l’habitude de planter devant les idoles ne valent pas moins qu’un ornement d’idole, et ils sont interdits.

Seif 14 — Le bain public où se dresse une idole

מרחץ שיש בה אלילים מותר לרחוץ בה מפני שהיא נעשית לשם נוי ולא לעבדה שנאמר אלהיהם בזמן שנוהגים בה מנהג אלהות ולא בזמן שמבזים אותה כגון זו שהיא עומדת על הביב והכל משתינים בפניה ואם היה דרך עבודתה בכך אסור (ל׳ הרמב״ם שם דין י״ח):
Un bain public où se trouve une idole — il est permis de s’y baigner, parce qu’elle a été faite pour l’ornement et non pour être adorée ; car il est dit « leurs dieux » : quand on la traite en divinité, et non quand on la méprise — comme celle-ci, qui se dresse sur l’égout et devant laquelle tout le monde urine. Mais si son culte se pratiquait ainsi, c’est interdit (langue du Rambam, ibid., halakha 18).
Le mot qui décide : « leurs dieux ». Une statue placée dans un bain public n’est pas traitée en divinité — elle décore. La michna d’Avoda Zara le dit par la bouche de Rabban Gamliel : ce n’est pas le bain qui orne l’idole, c’est l’idole qui orne le bain. La seule réserve est celle du Rambam : si le culte de cette idole consiste précisément en ce mépris, la permission tombe.

Seif 15 — La musique et le regard

אסור לשמוע כלי שיר של אלילים או להסתכל בנוי אלילים כיון שנהנה בראייה. (ומיהו דבר שאין מתכוין מותר) (מצא הגהה בשם רבי ישעיה האחרון ז״ל ועיין ס״ק ל״ד):
Il est interdit d’écouter les instruments de musique des idoles, ou de regarder l’ornement des idoles, puisqu’on jouit par la vue.

Glose du Rama : toutefois, ce qui n’est pas intentionnel est permis (trouvé dans une glose au nom de Rabbi Yechaya haAharon ; et voir le ס״ק ל״ד).
Le dernier seif ferme le cercle ouvert au premier : le siman avait commencé par la matière (braise, cendre, flamme) et finit par ce qui n’a aucune matière — un son, une image. La jouissance des sens est une jouissance, et l’idole en est la source ; mais ce qu’on n’a pas cherché à entendre ni à voir n’est pas une jouissance que l’on prend.

2. Contexte — les sougyot dont le siman est tissé

Le Siman 142 n’a pas une source unique : c’est un tissu de sougyot cousues ensemble par le Rambam, puis par le Tour, puis par le Mehaber. Les connaître, c’est comprendre pourquoi les seifim se suivent dans cet ordre.

La braise et la flamme — Beitsa 39a

La beraïta que le seif 1 résume est celle de Beitsa :

« גַּחֶלֶת שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה — אֲסוּרָה, וְשַׁלְהֶבֶת — מוּתֶּרֶת » (ביצה ל״ט ע״א)

Et la guemara demande aussitôt pourquoi la flamme du hekdech, elle, est interdite :

« מַאי שְׁנָא שַׁלְהֶבֶת עֲבוֹדָה זָרָה דְּשַׁרְיָא, וּמַאי שְׁנָא דְּהֶקְדֵּשׁ דַּאֲסִירָא? עֲבוֹדָה זָרָה, דִּמְאִיסָה וּבְדִילִי אִינָשֵׁי מִינַּהּ — לָא גְּזַרוּ בַּהּ רַבָּנַן » (ביצה ל״ט ע״א)

La raison est donc une raison de dégoût : l’idole répugne, les gens s’en écartent d’eux-mêmes, et les Sages n’ont pas eu besoin de décréter sur sa flamme. C’est un point à retenir : le seif 1 n’est pas une indulgence, c’est le constat qu’il n’y avait rien à décréter.

La cendre — Temoura 34a

Que la cendre reste interdite vient d’une michna de Temoura, où l’achéra fait exception à toute la liste :

« כׇּל הַנִּשְׂרָפִין אֶפְרָם מוּתָּר, חוּץ מֵאֵפֶר אֲשֵׁירָה » (תמורה ל״ד ע״א)

Le Beit Yossef le note comme la source du Mehaber : « ומ״ש דאפרה נמי אסור בסוף תמורה (לד.) כל הנשרפים אפרם מותר חוץ מאפר אשירה » (בית יוסף יו״ד קמ״ב)

Le couteau — Houlin 8a

Le seif 2 est la beraïta de Houlin, avec sa raison inscrite dans le texte même :

« סַכִּין שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה מוּתָּר לִשְׁחוֹט בָּהּ, וְאָסוּר לַחְתּוֹךְ בָּהּ בָּשָׂר. מוּתָּר לִשְׁחוֹט בָּהּ – מְקַלְקֵל הוּא, וְאָסוּר לַחְתּוֹךְ בָּהּ בָּשָׂר – מְתַקֵּן הוּא » (חולין ח׳ ע״א)

La guemara y ajoute aussitôt les deux cas qui renversent la règle — l’animal mourant, où l’abattage devient une réparation, et la découpe qui n’en est pas une :

« פְּעָמִים שֶׁהַשּׁוֹחֵט אָסוּר – בִּמְסוּכֶּנֶת, וּמְחַתֵּךְ מוּתָּר – בְּאַטְמֵי דְּקָיְימָן לְקוּרְבָּנָא » (חולין ח׳ ע״א)

Le bois, la navette et le pain — Avoda Zara 49b

Les seifim 3 et 4 sont la michna de Kol haTselamim :

« נָטַל מִמֶּנָּה עֵצִים — אֲסוּרִין בַּהֲנָאָה. הִסִּיק בָּהֶן אֶת הַתַּנּוּר, אִם חָדָשׁ — יוּתַּץ, וְאִם יָשָׁן — יוּצַן. אָפָה בּוֹ אֶת הַפַּת — אֲסוּרָה בַּהֲנָאָה » (עבודה זרה מ״ט ע״ב)
« נָטַל הֵימֶנָּה כַּרְכֵּור — אָסוּר בַּהֲנָאָה. אָרַג בּוֹ אֶת הַבֶּגֶד — אָסוּר בַּהֲנָאָה » (עבודה זרה מ״ט ע״ב)

Sur le mélange, la michna oppose Rabbi Eliézer aux Sages, et c’est de là que vient toute la question du rachat :

« נִתְעָרְבָה בַּאֲחֵרוֹת — כּוּלָּן אֲסוּרוֹת בַּהֲנָאָה, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יוֹלִיךְ הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח, אָמְרוּ לוֹ: אֵין פִּדְיוֹן לַעֲבוֹדָה זָרָה » (עבודה זרה מ״ט ע״ב)

La guemara explique pourquoi il fallait les deux cas — le pain et la navette — et non un seul :

« דְּאִי אַשְׁמְעִינַן קַמַּיְיתָא, בְּהָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר, מִשּׁוּם דִּבְעִידָּנָא דְּקָא גָמְרָה פַּת קָלֵי לַהּ אִיסּוּרָא, אֲבָל כַּרְכֵּור דְּאִיתֵיהּ לְאִיסּוּרָא בְּעֵינֵיהּ, אֵימָא מוֹדֵי לְרַבָּנַן » (עבודה זרה מ״ט ע״ב)

Puis elle tranche : « אָמַר רַב חִיָּיא בְּרֵיהּ דְּרַבָּה בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר זְעֵירִי: הֲלָכָה כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר » (עבודה זרה מ״ט ע״ב)

Le four — Pessahim 26b–27a

Les seifim 4 à 7 viennent de Kol Chaa, où la même question se pose pour l’orla :

« תַּנּוּר שֶׁהִסִּיקוֹ בִּקְלִיפֵּי עׇרְלָה אוֹ בְּקַשִּׁין שֶׁל כִּלְאֵי הַכֶּרֶם, חָדָשׁ — יוּתַּץ, יָשָׁן — יוּצַן » (פסחים כ״ו ע״ב)
« אָפָה בּוֹ אֶת הַפַּת, רַבִּי אוֹמֵר: הַפַּת אֲסוּרָה, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: הַפַּת מוּתֶּרֶת. בִּישְּׁלָהּ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים — דִּבְרֵי הַכֹּל מוּתָּר » (פסחים כ״ו ע״ב)

Et l’apparente contradiction que le Chakh passera vingt lignes à démêler :

« וְהָא תַּנְיָא: בֵּין חָדָשׁ וּבֵין יָשָׁן יוּצַן! לָא קַשְׁיָא: הָא — רַבִּי, וְהָא — רַבָּנַן » (פסחים כ״ו ע״ב)

C’est là aussi que se lisent la marmite du seif 7 et les vaisselles du seif 5 :

« הָנֵי קְעָרוֹת וְכוֹסוֹת וּצְלוֹחִיּוֹת אֲסִירִי » (פסחים כ״ז ע״א)
« אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר ״זֶה וָזֶה גּוֹרֵם מוּתָּר״, קְדֵירָה — אֲסוּרָה, דְּהָא קַבְּלָה בִּישּׁוּלָא מִקַּמֵּי דְּנִיתֵּן עֵצִים דְּהֶיתֵּירָא » (פסחים כ״ז ע״א)

Et la condition qui deviendra la glose du Rama au seif 4 — « אָמַר רַב פָּפָּא: כְּשֶׁאֲבוּקָה כְּנֶגְדּוֹ » (פסחים כ״ז ע״א) — c’est-à-dire tant que le feu du bois interdit brûle encore en face du pain.

Le nid — Avoda Zara 42b

Le seif 8 vient de la michna sur le nid au sommet de l’arbre :

« קֵן שֶׁבְּרֹאשׁ הָאִילָן שֶׁל הֶקְדֵּשׁ — לֹא נֶהֱנִין וְלֹא מוֹעֲלִין, בְּרֹאשָׁהּ שֶׁל אֲשֵׁרָה — יַתִּיז בְּקָנֶה » (עבודה זרה מ״ב ע״ב)

La guemara distingue le nid lui-même — que l’oiseau a bâti de branches apportées d’ailleurs — des œufs et des oisillons :

« הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן דְּאַיְיתַי עֵצִים מֵעָלְמָא, וְקִינְּתָהּ בָּהֶן » (עבודה זרה מ״ב ע״ב)
« בְּאֶפְרוֹחִין — כָּאן וְכָאן מוּתָּרִין, בְּבֵיצִים — כָּאן וְכָאן אֲסוּרִין. אָמַר רַב אָשֵׁי: וְאֶפְרוֹחִין שֶׁצְּרִיכִין לְאִמָּן כְּבֵיצִים דָּמוּ » (עבודה זרה מ״ב ע״ב)

L’ombre — Avoda Zara 48b

Les seifim 9 à 11 viennent d’une seule page. D’abord la michna :

« לֹא יֵשֵׁב בְּצִילָּהּ, וְאִם יָשַׁב — טָהוֹר, וְלֹא יַעֲבוֹר תַּחְתֶּיהָ, וְאִם עָבַר — טָמֵא. הָיְתָה גּוֹזֶלֶת אֶת הָרַבִּים וְעָבַר תַּחְתֶּיהָ — טָהוֹר » (עבודה זרה מ״ח ע״ב)

La guemara précise que l’interdit descend jusqu’à l’ombre de l’ombre — « לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לְצֵל צִילָּהּ » (עבודה זרה מ״ח ע״ב) — et Rachi explique ce qu’est cette ombre seconde :

« שחרית וערבית שצל ארוך לכל דבר מאד וכל זמן שלא עברה מדת אורך הצל את מדת גובה קומת האילן הצל עב וחשוך מכאן ואילך הצל דק וקלוש והיא צל צלו » (רש״י עבודה זרה מ״ח ע״ב)

Puis elle résout la contradiction sur le passage sous l’arbre par la présence ou l’absence d’un autre chemin :

« וְלָא פְּלִיגִי, הָא דְּאִיכָּא דִּירְכָּא אַחֲרִינָא, הָא דְּלֵיכָּא דִּירְכָּא אַחֲרִינָא » (עבודה זרה מ״ח ע״ב)

Et l’épisode qui a donné au Tour sa formule sur l’homme de valeur : « אֲמַר לֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת לְשַׁמָּעֵיהּ: כִּי מָטֵית לְהָתָם ״אַרְהֵיטְנִי״ » (עבודה זרה מ״ח ע״ב) — Rachi glosant « משכני במרוצה » (רש״י עבודה זרה מ״ח ע״ב) — la guemara concluant « לְעוֹלָם, דְּלֵיכָּא דִּירְכָּא אַחֲרִינָא, וְאָדָם חָשׁוּב שָׁאנֵי » (עבודה זרה מ״ח ע״ב).

Les légumes, le fumier et la vache — Avoda Zara 48b–49a

Le seif 11 est la michna qui clôt le chapitre :

« זוֹרְעִין תַּחְתֶּיהָ יְרָקוֹת בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים, אֲבָל לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה, וְהַחֲזֵירִין לֹא בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אַף לֹא יְרָקוֹת בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים, מִפְּנֵי שֶׁהַנְּבִיָּה נוֹשֶׁרֶת עֲלֵיהֶן וְהֹוָה לָהֶן לְזֶבֶל » (עבודה זרה מ״ח ע״ב)

puis la beraïta contradictoire sur le champ et la vache :

« שָׂדֶה שֶׁנִּזְדַּבְּלָה בְּזֶבֶל עֲבוֹדָה זָרָה, וְכֵן פָּרָה שֶׁנִּתְפַּטְּמָה בְּכַרְשִׁינֵי עֲבוֹדָה זָרָה, תָּנֵי חֲדָא: שָׂדֶה תִּזָּרַע, פָּרָה תִּשָּׁחֵט, וְתַנְיָא אִידַּךְ: שָׂדֶה תָּבוֹר, וּפָרָה תִּרְזֶה » (עבודה זרה מ״ט ע״א)

que la guemara résout par le principe même du zeh vezeh gorem : « לְדִידִי, זֶה וָזֶה גּוֹרֵם מוּתָּר » (עבודה זרה מ״ט ע״א) — et tranche comme Rabbi Yossé :

« אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. הָהוּא גִּינְּתָא דְּאִיזְדַּבַּל בְּזִבְלָא דַּעֲבוֹדָה זָרָה, שְׁלַח רַב עַמְרָם קַמֵּיהּ דְּרַב יוֹסֵף. אֲמַר לֵיהּ: הָכִי אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי » (עבודה זרה מ״ט ע״א)

Le bain d’Aphrodite — Avoda Zara 44b

Le seif 14 est l’une des pages les plus célèbres du traité : la réponse de Rabban Gamliel au philosophe.

« אֲנִי לֹא בָּאתִי בִּגְבוּלָהּ, הִיא בָּאָה בִּגְבוּלִי. אֵין אוֹמְרִים: נַעֲשָׂה מֶרְחָץ נוֹי לְאַפְרוֹדִיטֵי, אֶלָּא אוֹמֵר: נַעֲשָׂה אַפְרוֹדִיטֵי נוֹי לַמֶּרְחָץ » (עבודה זרה מ״ד ע״ב)
« זוֹ עוֹמֶדֶת עַל פִּי הַבִּיב וְכׇל הָעָם מַשְׁתִּינִין לְפָנֶיהָ, לֹא נֶאֱמַר אֶלָּא ״אֱלֹהֵיהֶם״ — אֶת שֶׁנּוֹהֵג בּוֹ מִשּׁוּם אֱלוֹהַּ — אָסוּר, אֶת שֶׁאֵינוֹ נוֹהֵג בּוֹ מִשּׁוּם אֱלוֹהַּ — מוּתָּר » (עבודה זרה מ״ד ע״ב)

Et la distinction finale, qui est exactement la réserve du Mehaber en fin de seif : « וַאֲנִי אוֹמֵר: אֵינָהּ גְּנוּבָה, זוֹ עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ, וְזוֹ אֵין עֲבוֹדָתָהּ בְּכָךְ » (עבודה זרה מ״ד ע״ב)

La musique et le regard — Pessahim 25b

Le seif 15 tient à deux sources. Pour l’interdit lui-même, le Beit Yossef renvoie à Rabbenou Yerou’ham :

« כתב רבינו ירוחם (ני״ז ח״ה) אסור לשמוע כלי שיר של אליל או להסתכל בנוי אליל כיון שנהנה בראיה כך מוכח בפרק כ״ש (כו.) מההיא דא״ר שמעון בן פזי קול ומראה אין בהם מעילה אבל איסור יש בהם » (בית יוסף יו״ד קמ״ב)

Pour la glose du Rama, c’est la sougya du davar cheeino mitkaven :

« אֶפְשָׁר וְקָא מִיכַּוֵּין, לָא אֶפְשָׁר וְקָמִיכַּוֵין — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר. לָא אֶפְשָׁר וְלָא מִיכַּוֵּין — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי. כִּי פְּלִיגִי דְּאֶפְשָׁר וְלָא מִיכַּוֵּין » (פסחים כ״ה ע״ב)

3. Les concepts-clés de ce siman

אִסּוּר הֲנָאָה — l’interdiction de profit. Un aliment interdit ne se mange pas ; une chose interdite au profit ne se monnaye ni ne s’utilise d’aucune manière. L’idole est au sommet de cette catégorie : ce qui en vient reste elle. Le seif 1 pose la règle de propagation — toutes les jouissances qui viennent d’elle sont interdites avec elle — et les quatorze seifim suivants en éprouvent les limites.
גַּחֶלֶת וְשַׁלְהֶבֶת — la braise et la flamme. La braise a de la matière ; la flamme n’en a pas. Le Rambam le dit en cinq mots : « וְגַחֶלֶת שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֲסוּרָה וְהַשַּׁלְהֶבֶת מֻתֶּרֶת מִפְּנֵי שֶׁאֵין בָּהּ מַמָּשׁ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י׳). C’est la première frontière du siman, et la plus simple : là où il n’y a plus de substance, il n’y a plus d’idole.
מְקַלְקֵל וּמְתַקֵּן — abîmer et réparer. Se servir d’un accessoire de l’idole pour abîmer n’est pas en tirer profit ; s’en servir pour améliorer, si. Abattre une bête saine l’abîme — sa chair vaut moins vive qu’abattue, dit Rachi cité par le Chakh : « ואין זו הנאה שבחייה עומדת לג׳ דברים לגדל ולדות ולחרישה ולאכילה עכ״ל רש״י » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ד) — tandis que la découper en morceaux qui se vendront mieux la répare. Tout le seif 2 tient dans ce couple.
זֶה וָזֶה גּוֹרֵם — la double cause. Quand une cause interdite et une cause permise concourent au même résultat, le résultat est permis. Le Rambam en fait une règle générale : « וְכָל שֶׁדָּבָר אָסוּר וְדָבָר מֻתָּר גּוֹרְמִין לוֹ הֲרֵי זֶה מֻתָּר בְּכָל מָקוֹם » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ד), et le Mehaber la recopie mot pour mot au seif 11. Mais elle a des bords : le Tour rappelle qu’elle ne vaut qu’a posteriori — « אבל אנן קיימא לן זה וזה גורם מותר בדיעבד אבל לכתחלה אסור לעשות ע״י זה וזה גורם » (טור יו״ד קמ״ב) — et le seif 7 montre un cas où les deux causes n’agissent pas ensemble, si bien qu’il n’y a jamais eu de double cause du tout.
שֶׁבַח עֵצִים בַּפַּת — l’apport du bois dans le pain. Le bois brûlé a disparu, mais son apport demeure dans le pain qu’il a cuit. Tant que la flambée du bois interdit brûle en face du pain — « אָמַר רַב פָּפָּא: כְּשֶׁאֲבוּקָה כְּנֶגְדּוֹ » (פסחים כ״ז ע״א) — le pain porte cet apport et devient interdit au profit. Une fois les braises retirées, l’apport s’en est allé avec elles.
הוֹלָכַת הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח — porter le profit à la mer Morte. Lorsqu’un pain ou un vêtement interdit s’est mêlé à d’autres, on jette à la mer Morte la valeur de la pièce interdite, et le reste redevient permis. C’est la position de Rabbi Eliézer, contre les Sages qui répondent « נִתְעָרְבָה בַּאֲחֵרוֹת — כּוּלָּן אֲסוּרוֹת בַּהֲנָאָה, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: יוֹלִיךְ הֲנָאָה לְיָם הַמֶּלַח, אָמְרוּ לוֹ: אֵין פִּדְיוֹן לַעֲבוֹדָה זָרָה » (עבודה זרה מ״ט ע״ב) — et c’est Rabbi Eliézer que la halakha suit ici. Le Chakh insiste sur la condition : sans mélange, ce rachat ne sert à rien — « משמע שכל שלא נתערב לא מהני הולכת הנאה ליה״מ וכן גבי פת בסעיף ד׳ » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ח)
אֲשֵׁרָה — l’arbre de culte. Un arbre planté pour être adoré, ou sous lequel on a posé une idole. Le siman lui consacre six seifim : ses oisillons (8), son ombre (9), les légumes qui poussent sous elle (11), l’arbre dont on garde les fruits pour la fête (12), les arbres stériles plantés devant l’idole (13). Le Chakh précise que le seif 9 vise l’arbre planté pour cela : « פי׳ שנטעו מתחלה שיהא נעבד הא לאו הכי לא וכמו שיתבאר בסימן קמ״ה » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י״ז)
נוֹי אֲלִילִים — l’ornement de l’idole. Ce qui pare l’idole sans être l’idole. Le Chakh en tire la clé du seif 13 : un ornement n’est interdit qu’une fois employé, et se tenir devant l’idole est déjà son emploi — « פי׳ ומסתמא אמרינן דנעשו לשם נוי ואע״ג דנוי אלילים אינן אסורים עד שישתמשו וכדלעיל ר״ס קל״ט זהו שעומדים בפני אלילים הוי תשמישן » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ח)
צֵל וְצֵל צִלָּהּ — l’ombre et l’ombre de l’ombre. L’ombre dense, tant que la longueur de l’ombre n’a pas dépassé la hauteur de l’arbre ; l’ombre mince au-delà. Rachi les distingue : « שחרית וערבית שצל ארוך לכל דבר מאד וכל זמן שלא עברה מדת אורך הצל את מדת גובה קומת האילן הצל עב וחשוך מכאן ואילך הצל דק וקלוש והיא צל צלו » (רש״י עבודה זרה מ״ח ע״ב) — et le Taz observe que le Rambam, dont le Mehaber recopie la langue, n’a pas interdit la seconde, ce qui a fait s’étonner le Ran et le Kessef Michné.
דָּבָר שֶׁאֵין מִתְכַּוֵּין — l’acte non intentionnel. Entendre sans écouter, voir sans regarder. La glose du Rama au seif 15 s’appuie sur la sougya de Pessahim, où les cas se répartissent selon deux axes — peut-on éviter, et vise-t-on le profit :
« אֶפְשָׁר וְקָא מִיכַּוֵּין, לָא אֶפְשָׁר וְקָמִיכַּוֵין — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דְּאָסוּר. לָא אֶפְשָׁר וְלָא מִיכַּוֵּין — כּוּלֵּי עָלְמָא לָא פְּלִיגִי דִּשְׁרֵי. כִּי פְּלִיגִי דְּאֶפְשָׁר וְלָא מִיכַּוֵּין » (פסחים כ״ה ע״ב)

4. Le tableau récapitulatif — les quinze seifim d’un regard

SeifLe casStatutLa raison
אBraise et cendre de l’idole brûléeInterditesElles ont encore de la matière
אSa flammePermiseElle n’a pas de matière
בAbattre avec le couteau de l’idolePermisמקלקל — il abîme
בAbattre une bête mourante avec ce couteauInterditמתקן — il répare
בDécouper de la viande avec ce couteauInterdit ; permis si la découpe abîmeמתקן, sauf destruction
גVêtement tissé avec la navette de l’achéraInterdit au profit ; mélangé, rachat à la mer MorteLe vêtement n’a pu se faire sans elle
דFour chauffé au bois de l’achéraÀ refroidir, puis rechauffer au bois permisNeuf ou vieux, sans distinction
דPain cuit sans refroidir, la flambée en faceInterdit au profit ; mélangé, rachatיש שבח עצי איסור בפת
דBraises retirées, puis cuisson à la chaleur du fourPermisLe bois interdit s’en est allé
דRama : cuisson près d’un interdit d’alimentation seulementPermis, même flambée en faceשבח עצים ne vaut que pour l’interdit de profit
הVaisselles cuites par le potier au bois de l’idoleInterdites au profitL’interdit les a faites neuves
וPain cuit sur les braises de ce boisPermisDevenues braises, leur interdit s’en est allé
זMarmite cuite au bois interdit puis au bois permisInterditeLes deux causes n’ont pas agi ensemble
חOisillons du nid qui n’ont plus besoin de leur mèrePermisIls ne tiennent pas de l’arbre
חŒufs, et oisillons qui en ont besoinInterditsL’achéra leur sert de base
חLe nid lui-mêmePermisL’oiseau a apporté ses branches d’ailleurs
חRama : monter sur l’achéra pour les prendreInterdit — les faire tomber d’une percheMonter, c’est en profiter
טS’asseoir à l’ombre de l’achéraInterditAdorée, ou une idole posée dessous
טPasser dessous, un autre chemin aussi court existantInterditRien ne l’y oblige
טPasser dessous, sans autre cheminPermis en courantNécessité
טRama : passer dans son ombre (non dessous)Permis en tout état de causeRan
יOmbre de la maison d’idolâtrie : dedans, et face à l’entrée dans quatre coudéesInterditeÉloignement de quatre coudées
יSon ombre par-derrièrePermiseLa maison n’est pas faite pour l’ombre
יPasser au travers quand la maison usurpe la voie publique et que la route la précédaitPermisגוזל את הרבים
יSi la maison précédait la route ; et l’avis qui interdit en tout casInterditRemazim
י״אPlanter des légumes sous l’achéraPermis, été comme hiverזה וזה גורם — l’ombre et le sol
י״אChamp fumé au fumier de l’idole ; vache engraissée à ses vescesPermisMême règle
י״בArbre dont on garde les fruits pour la boisson de la fêteInterditIl est notoirement une achéra
י״גArbres stériles plantés devant l’idoleInterditsPas moindres qu’un ornement d’idole
י״דBain public où se dresse une idolePermisElle est là pour l’ornement, non pour le culte
י״דSi tel était son mode de culteInterditאלהיהם — quand on la traite en divinité
ט״וÉcouter la musique de l’idole, regarder son ornementInterditIl y a profit dans la vue
ט״וRama : ce qu’on ne vise pasPermisדבר שאין מתכוין

5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef

Le Siman 142 est l’un des simanim les plus commentés de ces chapitres : le Chakh y écrit 34 ס״ק, le Taz 18, le Baer Hetev 27, le Pit’hei Techouva 3, et les Nekoudot HaKessef y répondent au Taz en une entrée. Ce niveau n’en donne que les entrées qui changent la lecture du texte ; le niveau 2 les reprend en profondeur.

Le Chakh — les entrées décisives

ס״ק ג — pourquoi le couteau est permis, et pourtant pas tout à fait. Le Chakh distingue deux interdits qui se superposent : celui de l’idolâtrie, levé parce qu’on abîme, et celui du goût absorbé dans la lame.

« מיירי שהוא ישן ולא לבנו מאיסור שבו והלכך אע״פ שמטעם משמשי אליל מותר לשחוט בו אפילו לכתחלה כיון שהוא מקלקל אפ״ה מטעם געולי עובדי כוכבים אסור לשחוט בו לכתחלה » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ג)

ס״ק ה — sur la glose du Rama. Le Chakh rappelle qu’un accessoire n’est interdit qu’une fois employé au culte.

« וכגון שחתך בה בקעת לאליל דאל״כ תשמישי אליל אינם אסורים עד שישתמשו בהן » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ה)

ס״ק ו — jusqu’où va l’interdit de la bête mourante. Le Chakh lit le Mehaber au plus strict :

« מלשון זה משמע שכל הבהמ׳ אסור׳ ולא מהני הולכת הנאת שכר סכין לשחוט בה לים המלח » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ו)
« אבל במסוכנת דשמא היתה מתה אם לא שחטה ויש כאן הנאה מרובה הלכך כל הבהמה אסורה » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ו)

et il ajoute que pour la viande découpée, le rachat reste requis : « אבל עכ״פ הולכת הנאה לים המלח בעי גם בבשר » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ו)

ס״ק ח — la condition du rachat, et une issue. Sans mélange, porter la valeur à la mer Morte ne sert de rien ; mais on peut vendre le pain ou le vêtement à un non-Juif en déduisant du prix la valeur de l’interdit.

« משמע שכל שלא נתערב לא מהני הולכת הנאה ליה״מ וכן גבי פת בסעיף ד׳ » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ח)
« דיכול למכור הבגד והפת לעובד כוכבים חוץ מדמי איסור שבו כשהעובד כוכבים יחתוך הבגד והפת לפני הישראל בענין שא״א שימכרנו שוב לישראל אחר » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ח)
« כל זמן שלא נתערב ויש כאן איסור אליל בבגד או בפת אין פדיון לאליל אבל כשמוכרו לעובד כוכבים חוץ מדמי איסור שבו דאין לו שום הנאה בעולם מאליל והאיסור עצמו אינו בידו מותר » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ח)

ס״ק י — la plus longue entrée du siman, et la plus importante. Le Chakh commence par dire que le texte, tel quel, ne se tient pas :

« באמת דברי הטור והמחבר ושאר פוסקים צריכין נגר להולמן » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י)

Il rappelle que la braise de l’idole est interdite, et que si elle l’est, la cuisson sur elle devrait l’être aussi :

« אבל בעצי אליל שגחליה ואפרה אסורים איך יהא מותר בבישול ע״ג גחלים ובתנור חדש הא כולה גורם דאיסורא הוא ועצי איסור עדיין לא הלכו להם » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י)

et il trouve, longtemps après, la preuve qu’il cherchait dans la Tossefta d’Orla, qui fait exception du bois d’achéra :

« שוב מצאתי אחר זמן רב בתוספתא פ״ק דערלה תנור שהסיקו בקליפי ערלה אם חדש יותץ אם ישן יוצן אפה ובשל בגחלי׳ מותר אפה בכולם (כלו׳ בכל איסורי הנאה שהוזכר שם) מותר חוץ מעצי אשרה עכ״ל מזה ראיה ברורה למה שכתבתי » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י)

Sa conclusion renverse la lecture naïve des seifim 4 et 6 : « אלא ודאי גחלת של אליל אפילו בדיעבד אסור » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י) et « אבל לפע״ד אפילו בחומו של תנור או ע״ג גחלים אסר הרמב״ם הכא באליל ודוקא בערלה שאפר׳ וגחלתה וכן חומו מותר חילק כן משא״כ באליל » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י)

ס״ק י״א — pourquoi les vaisselles du seif 5 sont plus graves que le four du seif 4.

« הטעם דבקערות וכוסות משתמשין אח״כ בלא גורם היתר וקדרה נמי אע״פ שא״א לבשל בה בלא עצים מ״מ הדרך ליתן בה מים ובשר ואח״כ שופתה על האש וא״כ משתמש בה בלא גורם היתר הכי איתא בש״ס » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י״א)
« לכך נראה דתנור עדיף כיון דלאחר שגרפו עצי האיסור הלכו להן דאין איסור בעצים רק כשאבוקה כנגדן אם כן החום נחשב להיתר משא״כ בקערות » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י״א)

ס״ק ט״ז — sur la glose du Rama au nid : la perche ne sauve que ce qui était déjà permis.

« פי׳ אפילו באותן שאין צריכין לאמן לא יעלה על האשרה כו׳ וכן מבואר בטור ומינה דבאותן שעדיין צריכין לאמן אפי׳ כשמתיז בקנה והן נופלין אסור » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ט״ז)

ס״ק כ et ס״ק כ״ג — la course sous l’achéra. Le Chakh, lisant la guemara, en réduit la portée :

« עיין בש״ס דמשמע דוקא בגוזלת מותר אם אין לו דרך אחרת וכן משמע בר׳ ירוחם ני״ז ח״ה וגם משמע בש״ס ור׳ ירוחם שם דהיכא דאין לו דרך אחרת אינו צריך לרוץ » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ)
« אפילו שלא במרוצה וכמ״ש בס״ק כ׳ והיינו דוקא בשאין לו דרך אחרת אבל ביש לו דרך אחרת אפילו היא גוזלת אסור אפילו לרוץ שם » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ג)

ס״ק כ״ה — pourquoi les légumes sont permis même lekhathila, alors que la double cause ne vaut d’ordinaire qu’a posteriori.

« ואף ע״ג דזה וז״ג אסור לכתחלה וכמ״ש בס״ק י׳ מכל מקום ירקות דהנאה דממילא אתי מותר אפילו לכתחלה. ר״ן » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ה)

ס״ק כ״ו — et la réserve inverse pour le champ et la vache : « דוקא זבלה וכן פרה שפטמה אבל לכתחלה אסור טור וכן הוא לקמן סימן רצ״ד סעיף י״ד » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ו)

ס״ק כ״ח — la clé du seif 13, les arbres stériles.

« פי׳ ומסתמא אמרינן דנעשו לשם נוי ואע״ג דנוי אלילים אינן אסורים עד שישתמשו וכדלעיל ר״ס קל״ט זהו שעומדים בפני אלילים הוי תשמישן » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ח)

ס״ק ל״ג et ל״ד — le regard, et l’acte non intentionnel. Le Chakh limite d’abord l’interdit du seif 15 :

« פי׳ באלילים עצמן שנעבדו אסור להסתכל בהן לראות נויין אבל צורות שנעשו לנוי ולא לעבוד מבואר בתו׳ והרא״ש דמותר » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ל״ג)

puis il conteste l’attribution du Rama et pose la règle avec ses deux bords :

« זהו ש״ס ערוך בפ׳ כל שעה (פסחים דף כ״ה ע״ב) ופסקוה הרי״ף והרא״ש והר״ן שם והרמב״ם פרק י״ב מהמ״א דין י״ב ולא ידעתי למה כתבו הרב בשם הגהות ריא״ז » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ל״ד)
« ומבואר שם בש״ס ופוסקים דאפי׳ אפשר לו לילך למקום אחר מותר כשאינו מתכוין ומבואר בתוס׳ והרא״ש ורי״ו שם דמיירי בענין שיכול לאטום אזניו ולעצום עיניו ולסתום נחיריו שלא יהנה מן הקול והמראה והריח ומותר כשאינו מתכוין להנאתם דלא הוי פסיק רישיה הא לאו הכי אסור אבל כשמתכוין מבואר שם בש״ס ופוסקים דאפילו א״א לו לילך למקום אחר אסור » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק ל״ד)

Le Taz — les entrées décisives

ס״ק א — qui a brûlé l’idole ? Le Taz restreint le seif 1 : « פירוש ישראל אבל עובד כוכבים ששרפה ביטלה » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק א)

ס״ק ב et ס״ק ג — la braise est-elle interdite même a posteriori ? Le Taz est catégorique, contre le Beit Yossef :

« נראה לי אפילו דיעבד אסור » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ב)
« אלא ברור דאיסור דאורייתא יש בגחלת משום לא ידבק כדפירש״י וא״כ אפילו דיעבד אסור והב״י כתב מכח קושיא בסי׳ זה דדוקא לכתחלה אסור בגחלת וכתב עליו מו״ח ז״ל שכן הוא פשוט ולע״ד לא דקו בזה כלל » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ב)

et il ajoute la précision qui sauve le seif 1 de l’absurde : la flamme n’est permise que détachée de la braise.

« פי׳ כשאין שם אלא השלהבת לחוד אבל אם השלהבת קשורה בגחלת פשיטא שאסור לחמם משלהבת טפי מגחלת גרידא » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ג)
« והיתר דשלהבת הוא לפי שאין בה ממש ונראה פשוט דבגחלת אפילו עוממות ואינם לוחשות אסור כיון שיש שם ממש ול״ש הנאה רבה או זוטא דהא כתיב לא ידבק בידך מאומה » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ג)

ס״ק ד — l’entrée où le Taz met en cause le Mehaber lui-même. Elle s’ouvre par une phrase rare :

« לפי הנראה לע״ד דהרב בעל הש״ע לא יצא ידי כל חובת העיון בדינים אלו » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ד)

Sa thèse : dans l’idolâtrie, la double cause ne suffit pas à permettre lorsque la cause interdite était indispensable.

« דכל מה שיש הכרח אל האיסור וא״א זולתו או אע״פ שיש ג״כ גורם דהיתר אסור בעבודת כוכבים מ״ה בתנור חדש שנגמר בעצי איסור ובפת שנאפה בעצי איסור בתנור ישן שא״א לפת להיות נאפה בלא עצים וכן בגד א״א להיעשות בלא כרכור על כן אסורים משא״כ בגינתא דאזדבל בזבל דעבודת כוכבים דהזבל משביח הקרקע » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ד)
« וכן נראה לע״ד ברור כשמש שיש להחמיר בזה וזה גורם הללו גבי עבודת כוכבים דמי ירים ראש להקל נגד מה שכתב הרא״ש בפי׳ וכן הרמ״ה והרמב״ם ולסמוך על פירוש דחוק ברמב״ם ולהקל » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ד)

ס״ק ט — sur la marmite du seif 7, et une lecture du Levouch qu’il écarte.

« ולא ידעתי מקום לתמיהתו דהא גם בתנור ישן אסור כל שיש אבוקה של איסור כנגדו וכאן הרי העצים האסורים תחת הקדירה ויש שבח עצים בקדירה משום הכי אפילו למ״ד זה וזה גורם מותר כאן אסור » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ט)
« והלבוש הבין דברי סעיף זה דמיירי שבפעם א׳ הונחו שם עצי איסור ועצי היתר ואפ״ה אסור דשמא נתבשלה הקדירה תחילה מחום של עצי האיסור ונאסר ולא דק דודאי לא חיישינן לזה » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ט)

ס״ק י״ג — l’ombre de l’ombre, que le Rambam n’a pas interdite et que le Taz rétablit.

« זהו ל׳ רמב״ם ובגמ׳ אמרינן דאפילו בצל צלה אסור ופרש״י כל זמן שלא עברה מדת אורך הצל מדת גובה האילן הצל עב וחשוך ונקרא צלו ומכאן ואילך הצל דק וקלוש והוא צל צלו וכ״פ בטור ותמהו הר״ן והכ״מ בשם הרמב״ם על שלא אסר בצל צלה ולענין הלכה ודאי אסור שכן הוא תלמוד ערוך » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק י״ג)

ס״ק ט״ו — pourquoi l’ombre de la maison diffère de l’ombre de l’arbre, et d’où vient le « certains interdisent » de la fin du seif 10.

« פי׳ דוקא אשירה שעשויה לצל אסור בכל גווני אבל בית אינו עשוי אלא לדור בתוכו ע״כ מותר צל שלאחריו » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ט״ו)
« אבל התוס׳ כתבו כחד שינויא דחומרא דאליל שאני ולפיכך אפי׳ בבית אליל אסור הצל בכל גווני וזהו היש אוסרין שמביא המחבר בסוף הסעיף » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ט״ו)

ס״ק ט״ז — la double cause n’est permise qu’a posteriori, sauf pour les légumes.

« משמע דוקא דיעבד אבל לכתחלה לא וכן בפרה שפטמה כו׳ משום דכל זה וזה גורם דמותר היינו דוקא דיעבד ואע״ג דכתב ריש הסעיף דמותר לזרוע כו׳ דמשמע אפילו לכתחלה שאני התם דבשעת זריעה אין כאן הנאה אלא אח״כ ממילא קאתי » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ט״ז)

Les Nekoudot HaKessef — la réponse du Chakh au Taz

Le Chakh répond au Taz en une seule entrée sur ce siman, et sans ménagement.

« האריך בדברים שאין בהן ממש דהדבר פשוט דכרכר דמתני׳ היינו בחד גורם » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ב)
« ומה שהביא מהרא״ש פ״ק דחולין לא ירד לעומקה דהתם לא מיירי הרא״ש כלל מדין זוז״ג » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ב)
« אבל באמת הדברים ברורים ע״ש בש״ך באריכות ושם נתחוורו כשמלה » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ב)

Le Baer Hetev — le résumé pratique

Le Baer Hetev ramasse en une ligne ce que le Chakh et le Taz ont mis des pages à établir.

« וכ״כ הש״ך בס״ק י׳ דאף בדיעבד אסור אם נהנה מגחלתה » (באר היטב יו״ד קמ״ב ס״ק ב)
« ומסקנתו דלא כהמחבר אלא דגחלת של עבודת כוכבים אפי׳ בדיעבד אסורה וכ״פ הט״ז דאפי׳ בתנור ישן וגרף ממנו את כל האש ובישל או אפה בחומו של תנור אסור אף בדיעבד » (באר היטב יו״ד קמ״ב ס״ק י)
« ומשמע בש״ס ורבינו ירוחם דהיכא דאין לו דרך אחרת א״צ לרוץ. ש״ך. וגם משמע בש״ס דדוקא בגוזלת את דרך הרבים מותר אם אין דרך אחרת » (באר היטב יו״ד קמ״ב ס״ק י״ח)
« משמע דוקא בדיעבד אבל כתחלה לא וכן בשדה שנזדבלה כו׳. ט״ז וש״ך » (באר היטב יו״ד קמ״ב ס״ק כ״ג)

Le Pit’hei Techouva — trois entrées

ס״ק א — une source que le Taz n’a pas citée : « עבה״ט בשם ט״ז ועי׳ בספר שער המלך פ״ו מהלכות עבודת כוכבים שכתב דכן מבואר בהרא״ש פרק בתרא דביצה ותימה על הט״ז שלא הביאו » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ב ס״ק א)

ס״ק ב — la distinction qui apaise la querelle sur la braise : selon l’origine de l’interdit, il est rabbinique ou biblique.

« ולכן העלה דאף המחבר לא אמר אלא דווקא בגחלת הבא מעצי עבודת כוכבים או מעצי אשירה כמו שדקדק בש״ע כאן וכן מ״ש בב״י מיירי ג״כ בהכי אבל אם נאסרו בעודן גחלת כגון שעשאו תקרובת עבודת כוכבים בהא ודאי מודה דאסור מדאורייתא » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ב ס״ק ב)

ס״ק ג — sur le seif 12 et le nom de l’arbre : le nom ne fait pas l’achéra.

« עי׳ בתשובת שב יעקב סימן ל״ד דבאין בו לא הא ולא הא מותר ליהנות ממנו אף לכתחלה אף ששמה אשירה ובל״א איין לינדין בוים » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ב ס״ק ג)

6. Le Rambam — la charpente du siman

Le Siman 142 est, plus que la plupart, une transcription du Rambam. Le texte imprimé le dit lui-même à deux endroits : la note du seif 5 — « הסעיפים ה׳ ו׳ ז׳ הוא ל׳ הרמב״ם פרק י״ז מהמ״א רק שהמחבר כתב עצי אלילים במקום קליפי ערלה » (שו״ע יו״ד קמ״ב:ה) — et les renvois des seifim 8, 9 et 14 aux Hilkhot Avoda Zara.

Trois blocs se distinguent :

Hilkhot Avoda Zara, chapitre 7 — les seifim 1, 2, 8, 9, 11, 14

« עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אוֹ אֲשֵׁרָה שֶׁנִּשְׂרְפָה אֶפְרָהּ אָסוּר בַּהֲנָאָה. וְגַחֶלֶת שֶׁל עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים אֲסוּרָה וְהַשַּׁלְהֶבֶת מֻתֶּרֶת מִפְּנֵי שֶׁאֵין בָּהּ מַמָּשׁ » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י׳

C’est le seif 1, mot pour mot. Puis la bête mourante du seif 2 :

« וְאִם הָיְתָה בְּהֵמָה מְסֻכֶּנֶת הֲרֵי זוֹ אֲסוּרָה מִפְּנֵי שֶׁהוּא מְתַקֵּן וַהֲרֵי זֶה הַתִּקּוּן מֵהֲנָאַת מְשַׁמְּשֵׁי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ט

Les oisillons du seif 8, avec la raison propre au Rambam — l’achéra leur sert de base, là où Rachi parlait d’un décret et le Raavad d’une croissance :

« וְהָאֶפְרוֹחִים וְהַבֵּיצִים שֶׁצְּרִיכִין לְאִמָּן אֲסוּרִין שֶׁהֲרֵי הָאֲשֵׁרָה כְּמוֹ בָּסִיס לָהֶן » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ב

L’ombre du seif 9, où l’on voit que le Rambam permet expressément l’ombre des rameaux — ce que le Taz relèvera :

« הָאֲשֵׁרָה בֵּין שֶׁהָיְתָה נֶעֱבֶדֶת בֵּין שֶׁהָיְתָה עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מֻנַּחַת תַּחְתֶּיהָ אָסוּר לֵישֵׁב בְּצֵל קוֹמָתָהּ. וּמֻתָּר לֵישֵׁב בְּצֵל הַשָּׂרִיגִים וְהֶעָלִים שֶׁלָּהּ » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״א

La règle générale du seif 11 :

« וְכָל שֶׁדָּבָר אָסוּר וְדָבָר מֻתָּר גּוֹרְמִין לוֹ הֲרֵי זֶה מֻתָּר בְּכָל מָקוֹם » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ד

Et le bain du seif 14 :

« מֶרְחָץ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים מֻתָּר לִרְחֹץ בָּהּ מִפְּנֵי שֶׁהִיא נַעֲשֵׂית שָׁם לְנוֹי וְלֹא לְעָבְדָהּ » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ז׳ הלכה י״ח

Hilkhot Avoda Zara, chapitre 8 — le seif 12

« אִילָן שֶׁהָיוּ הָעוֹבְדֵי כּוֹכָבִים מְשַׁמְּרִין אֶת פֵּרוֹתָיו וְאוֹמְרִים שֶׁהֵם מוּכָנִים לַעֲשׂוֹת שֵׁכָר לְבֵית עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים פְּלוֹנִי וְעוֹשִׂין מֵהֶן שֵׁכָר וְשׁוֹתִים אוֹתוֹ בְּיוֹם חַגָּם הֲרֵי זֶה הָאִילָן אָסוּר בַּהֲנָאָה מִפְּנֵי שֶׁסְּתָמוֹ שֶׁהוּא אֲשֵׁרָה » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ח׳ הלכה ג׳

Hilkhot Maakhalot Assourot — les seifim 5, 6, 7

Ces trois seifim sont pris aux lois de l’orla, où le Rambam traite du four chauffé aux écorces d’orla ; le Mehaber a simplement remplacé « écorces d’orla » par « bois d’idoles ». D’où la formule du seif 4 :

« גָּרַף אֶת כָּל הָאֵשׁ וְאַחַר כָּךְ בִּשֵּׁל אוֹ אָפָה בְּחֻמּוֹ שֶׁל תַּנּוּר הֲרֵי זֶה מֻתָּר שֶׁהֲרֵי עֲצֵי אִסּוּר הָלְכוּ לָהֶן » רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק ט״ז הלכה כ״ב

et celle du seif 6 :

« פַּת שֶׁבִּשְּׁלָהּ עַל גַּבֵּי גֶּחָלִים שֶׁל עֲצֵי עָרְלָה מֻתֶּרֶת. כֵּיוָן שֶׁנַּעֲשׂוּ גֶּחָלִים הָלַךְ אִסּוּרָן אַף עַל פִּי שֶׁהֵן בּוֹעֲרוֹת » רמב״ם הלכות מאכלות אסורות פרק ט״ז הלכה כ״ד
Et c’est précisément là que naît toute la difficulté du siman. Le Rambam avait écrit ces trois lois pour l’orla, dont la braise et la cendre sont permises. Le Mehaber les a transposées à l’idolâtrie, dont la braise et la cendre sont interdites — le seif 1 vient de le dire. Le Chakh et le Taz passent l’essentiel de leurs entrées à demander si la transposition tient. Leur réponse, à tous deux, est qu’elle ne tient pas : « אבל לפע״ד אפילו בחומו של תנור או ע״ג גחלים אסר הרמב״ם הכא באליל ודוקא בערלה שאפר׳ וגחלתה וכן חומו מותר חילק כן משא״כ באליל » (ש״ך יו״ד קמ״ב ס״ק י) et « וכבר הוכחנו בתחילת הסימן דאינו כן אלא איסור גמור יש בגחלת של עבודת כוכבים ואפילו דיעבד ואפי׳ עוממות משום לא ידבק בידך וגו׳ » (ט״ז יו״ד קמ״ב ס״ק ח)

7. Cas pratiques modernes

Les seifim de ce siman parlent de fours à bois et de navettes de tisserand. Leurs règles, elles, portent sur des questions qui se posent encore. Les cas qui suivent sont donnés pour l’étude : ils montrent où le raisonnement du siman s’applique, non ce qu’il faut faire — cela se demande à un Rav.

SituationLe seif qui la gouverneLe raisonnement
Se chauffer à la lumière d’un cierge d’église alluméSeif 1La flamme n’a pas de matière ; mais le Taz rappelle qu’elle n’est permise que détachée de la braise, ce qui est rarement le cas d’une bougie qu’on regarde brûler.
Récupérer la cire fondue ou les cendres d’un tel ciergeSeif 1La cendre de l’achéra est l’exception de la michna de Temoura : elle reste interdite.
Un ustensile ayant servi à un culte, employé pour détruire ou démonterSeif 2מקלקל : abîmer n’est pas profiter. Employer le même ustensile pour réparer ou pour valoriser tombe sous מתקן.
Un objet fabriqué dans un atelier au moyen d’un outil de culteSeif 3La navette de l’achéra interdit le vêtement entier, parce que le vêtement ne pouvait se faire sans elle. Le Taz en fait sa règle : l’indispensable interdit.
Un pain cuit dans un four chauffé avec du bois provenant d’un lieu de culteSeif 4Refroidir puis rechauffer au bois permis. Si l’on a cuit sans refroidir, flambée en face, le pain est interdit au profit ; mélangé à d’autres, il y a rachat.
Un objet mêlé à des objets permis, sans qu’on puisse le retrouverSeifim 3 et 4הולכת הנאה לים המלח. Le Chakh y met deux conditions : le mélange doit être réel, et il propose l’alternative de la vente à un non-Juif hors la valeur de l’interdit.
Un champ traité avec un engrais provenant d’un lieu de culteSeif 11זה וזה גורם : l’engrais et la terre agissent ensemble, la récolte est permise. Le Chakh et le Taz précisent : a posteriori seulement.
Un animal nourri avec un fourrage issu d’une telle provenanceSeif 11Même règle ; mais le Taz renvoie à la réserve du Rama pour la bête nourrie ainsi toute sa vie.
Passer sous un arbre planté devant un édifice de culteSeifim 9 et 13S’il a été planté pour cela, il n’est pas moindre qu’un ornement d’idole. Le passage dessous dépend de l’existence d’un autre chemin aussi court.
Traverser le parvis d’un édifice de culte pour raccourcirSeif 10Dedans et face à l’entrée dans quatre coudées : interdit. Derrière : permis. Le passage n’est permis que si la voie précédait l’édifice — et le Mehaber rapporte un avis qui interdit dans tous les cas.
Entrer dans un bâtiment public orné d’une statue de culteSeif 14La statue placée pour l’ornement ne rend pas le lieu interdit ; celle qu’on traite en divinité, si. Le critère est l’usage, non la forme.
Entendre de la musique liturgique d’un autre culte dans un lieu publicSeif 15Écouter est interdit ; entendre sans le vouloir, quand on peut se boucher les oreilles et qu’on ne cherche pas le plaisir, relève du דבר שאין מתכוין du Rama et du Chakh ס״ק ל״ד.
Regarder une œuvre d’art figurant une idole, dans un muséeSeif 15Le Chakh ס״ק ל״ג distingue l’idole effectivement adorée, qu’il est interdit de contempler pour sa beauté, des figures faites pour l’ornement.
Le fil qui relie tous ces cas. Demande-toi d’abord si l’objet a encore de la matière venue de l’idole (seif 1) ; puis si l’acte l’abîme ou l’améliore (seif 2) ; puis si l’interdit était la seule cause du résultat ou l’une des deux (seifim 4, 7, 11) ; enfin, si le profit était voulu (seif 15). Quatre questions, et presque tout le siman s’y range.

8. Synthèse du Siman 142 et questions de compréhension

En une phrase. Rien de ce qui vient de l’idole ne se laisse exploiter — mais tout ce qui ne fait que passer près d’elle reste permis. Le siman passe quinze seifim à tracer cette frontière, et il la trace avec deux instruments : la matière et la cause.

Les quatre règles à emporter

1. Ce qui a de la matière est l’idole ; ce qui n’en a pas ne l’est plus. Braise et cendre : interdites. Flamme : permise. Et le Taz ajoute que la flamme ne l’est qu’une fois détachée de la braise.
2. Abîmer n’est pas profiter. Le couteau de l’idole abat, parce que l’abattage diminue la bête ; il ne découpe pas, parce que la découpe la valorise. Et si l’abattage sauve une bête mourante, il redevient une réparation, et il est interdit.
3. Deux causes permettent, une seule interdit. Les légumes poussent par l’ombre et par le sol : permis. Le pain a cuit par le seul bois interdit : interdit. La marmite du seif 7 est le piège : les deux bois ont bien servi, mais l’un après l’autre — ce n’est pas une double cause, c’est une succession.
4. Ce qu’on ne vise pas n’est pas un profit. Le seif 15 interdit d’écouter et de regarder ; le Rama, avec la sougya de Pessahim, laisse passer ce qu’on n’a pas cherché — à condition, dit le Chakh, qu’on pût s’en détourner et qu’on ne le savoure pas.

Tableau-mémoire

Question à se poserRéponse « interdit »Réponse « permis »
Reste-t-il de la matière ?Braise, cendre (seif 1)Flamme (seif 1)
L’acte abîme-t-il ou améliore-t-il ?Bête mourante, découpe (seif 2)Abattage ordinaire (seif 2)
L’interdit était-il indispensable ?Navette, pain, vaisselles (seifim 3, 4, 5)Champ, vache, légumes (seif 11)
Les deux causes ont-elles agi ensemble ?Marmite (seif 7)Four refroidi, braises retirées (seifim 4, 6)
Le profit était-il voulu ?Écouter, regarder (seif 15)Ce qu’on ne vise pas (seif 15, Rama)

Questions de compréhension

1. Le seif 1 interdit la braise et permet la flamme. Quelle est la raison donnée par la guemara de Beitsa, et pourquoi cette raison n’est-elle pas une indulgence ?
2. Pourquoi le couteau de l’idole peut-il servir à l’abattage mais non à la découpe — et pourquoi ce rapport s’inverse-t-il pour la bête mourante ?
3. Le seif 11 pose que la double cause permet ; le seif 7 interdit la marmite « bien que ce soit une double cause ». Où est la différence, et le Mehaber la dit-il lui-même ?
4. La note du seif 5 avertit que les seifim 5, 6 et 7 sont la langue du Rambam écrite pour l’orla. Quelle difficulté cette transposition crée-t-elle avec le seif 1 — et c’est là toute la longue entrée du Chakh ס״ק י.
5. Le seif 9 interdit de s’asseoir à l’ombre de l’achéra ; le Rama permet d’y passer. Que permet exactement le Rama, et qu’interdit encore le seif ?
6. Le seif 14 permet le bain public où se dresse une idole, et le seif 15 interdit de regarder l’ornement de l’idole. Comment ces deux seifim tiennent-ils ensemble ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קמ״ב · Niveau 1 — Initiation · שהאלילים ותשמישיהם אסורים בהנאה
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