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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman קמ״ח — Les lois des fêtes des idoles

Douze seifim : la distance qu’il faut pour qu’il n’aille pas remercier son idole
יורה דעה · סימן קמ״ח
דִּינֵי חַגֵּי הָאֱלִילִים
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le Siman 148 tient en douze seifim — le Choul’han Aroukh l’annonce lui-même : « דיני חגי האלילים. ובו י״ב סעיפים » (שו״ע יו״ד קמ״ח:א). Ce qu’il craint n’est ni la fête ni le commerce, mais une phrase : celle que le non-Juif dira à son idole en tenant dans sa main ce qu’il tient de nous. Les onze premiers seifim mesurent la distance qu’il faut pour que cette phrase ne soit pas dite ; le douzième constate qu’elle ne se dit plus.

Sujet : Les fêtes des idoles — אזיל ומודה, דבר המתקיים, כמציל מידם, דורון, איבה, כפילת שלום
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קמ״ח

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber et du Rama — les douze seifim
2. Contexte — les sougyot dont le siman est tissé
3. Les concepts-clés de ce siman
4. Le tableau récapitulatif — les douze seifim d’un regard
5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef
6. Le Rambam — la charpente du siman
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse du Siman 148 et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber et du Rama — les douze seifim

Chaque seif est donné dans le texte hébreu du Choul’han Aroukh tel qu’il se lit, puis traduit en français suivi. Les passages entre parenthèses en petits caractères sont les gloses du Rama et les notes de source du texte imprimé ; ils sont conservés à leur place.

Seif 1 — Trois jours avant : ce qui dure, ce qui ne dure pas, et ce qui sauve

דיני חגי האלילים. ובו י״ב סעיפים:
שלשה ימים לפני חגם של עובדי כוכבים אסור ליקח מהם ולמכור להם דבר המתקיים ומותר למכור להם דבר שאינו מתקיים עד יום חגם כגון ירקות ותבשיל וכן אסור להשאיל ולשאול ולהלוותן (בלא רבית) (טור והפוסקים) וללוו׳ מהם ולפורען וליפרע מהם מלוה בשטר או על המשכון אבל מלוה על פה נפרעים מהם מפני שהוא כמציל מידם ובזמן דידם תקיפה אפילו בשטר חשיב כמציל מידם ואם היא מלוה ברבית אפילו במשכון חשיב כמציל מידם:
Titre du siman : les lois des fêtes des idoles ; et il comporte douze seifim.

Trois jours avant la fête des idolâtres, il est interdit d’acheter chez eux et de leur vendre une chose qui se conserve ; et il est permis de leur vendre une chose qui ne se conserve pas jusqu’au jour de leur fête, comme des légumes et un plat cuisiné. De même il est interdit de leur prêter un objet et de leur en emprunter, et de leur prêter de l’argentnote du texte imprimé : (sans intérêt) (le Tour et les Poskim) — et d’emprunter d’eux, et de les rembourser et de se faire rembourser par eux un prêt par acte ou sur gage. Mais un prêt oral, on s’en fait rembourser par eux, parce que c’est comme sauver de leur main. Et à une époque où leur main est forte, même un prêt par acte compte comme sauver de leur main. Et si c’est un prêt à intérêt, même sur gage cela compte comme sauver de leur main.
Deux mesures, et tout le seif s’y range. La première : la chose que le non-Juif aura encore en main le jour de sa fête — c’est elle qui le fera se réjouir et remercier son idole. Le Chakh en donne la raison en six mots :
« משום דאזיל ומודה לפני אליל ביום חגו » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק א)
et il précise, au nom de Rachi, que « ce qui se conserve » veut dire : jusqu’au jour de sa fête —
« עד יום חגו דחזי ליה קמיה ביום חגו ואזיל ומודי » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ב)
La seconde mesure gouverne la fin du seif : ce n’est pas un profit qu’on lui fait, c’est une créance qu’on lui arrache — כמציל מידם. Ce qui est perdu si l’on ne l’encaisse pas ne réjouit personne.

Seif 2 — Ce qui a été acquis malgré l’interdit

עבר ונשא ונתן ביום חגם אסור בהנאה ואם נשא ונתן בשלשה ימים שלפני החג מותר בהנאה:
S’il a transgressé et a fait affaire avec eux le jour de leur fête, c’est interdit au profit. Et s’il a fait affaire dans les trois jours qui précèdent la fête, c’est permis au profit.
L’interdit du jour même, et celui des trois jours, n’ont pas la même force. La guemara pose la question en propres termes, et la halakha suit Rech Lakich pour les trois jours :
« רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: נָשָׂא וְנָתַן — אָסוּר. רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: נָשָׂא וְנָתַן — מוּתָּר » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)
Le Beit Yossef rappelle que le Rif et le Rambam tranchent comme Rech Lakich parce qu’une beraïta l’appuie, tandis que les Tossefot au nom du Ri tranchent comme Rabbi Yohanan — et c’est pour les trois jours seulement que le Mehaber permet, non pour le jour de la fête.

Seif 3 — Une fête de plusieurs jours ne compte que pour un

אם היה חגם של אותם העובדי כוכבים ימים הרבה ג׳ או ד׳ או י׳ כל אותם הימים כיום אחד הם וכל אותם הימים אסורים עם ג׳ לפניהם:
Si la fête de ces idolâtres durait de nombreux jours — trois, ou quatre, ou dix — tous ces jours-là ne sont qu’un seul jour, et tous ces jours sont interdits, avec les trois qui les précèdent.
Une fête longue n’allonge pas la clôture. Trois jours d’interdit avant, quelle que soit la durée de la fête — parce que toute la fête ne compte que pour un seul jour. C’est la langue du Rambam que le Mehaber recopie :
« הָיָה אֵידָן שֶׁל אוֹתָן עַכּוּ״ם יָמִים הַרְבֵּה שְׁלֹשָׁה אוֹ אַרְבָּעָה אוֹ עֲשָׂרָה כָּל אוֹתָן הַיָּמִים כְּיוֹם אֶחָד הֵן » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה ג׳

Seif 4 — En Eretz Israël trois jours ; ailleurs, le jour seul

במה דברים אמורים בארץ ישראל אבל בשאר ארצות אינו אסור אלא יום חגם בלבד:
De quoi parle-t-on ? De la terre d’Israël. Mais dans les autres pays, seul le jour de leur fête est interdit.
Pourquoi la diaspora est-elle plus légère ? Le Beit Yossef donne la raison de Rachi, et elle n’est pas une indulgence de principe mais un constat :
« טעמא מפני שאין אנו יכולין להעמיד עצמו מלישא וליתן עמהם שביניהם אנו יושבים ופרנסתינו מהם » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
Et le Chakh ajoute une seconde borne, qui vaut partout : une fête qu’ils ne refont pas chaque année n’est pas même interdite le jour où elle tombe —
« ואם הוא יום חג שאינו קבוע שאינם עושים אותו בכל שנה אפילו ביום חגם מותר » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ד)

Seif 5 — Le cadeau : ni l’envoyer, ni le garder

אסור לשלוח דורון לעובד כוכבים ביום חגם אלא אם כן נודע לו שאינו מודה באלילים ואינו עובדם וכן עובד כוכבים ששלח ביום חגו דורון לישראל לא יקבלנו ממנו ואם חושש לאיבה מקבלו ויזרקנו בפניו לבור או למקום האבד כלאחר יד:
Il est interdit d’envoyer un cadeau à un non-Juif le jour de leur fête, sauf s’il est établi qu’il ne reconnaît pas les idoles et ne les sert pas. De même, un non-Juif qui a envoyé un cadeau à un Juif le jour de sa fête — qu’il ne le reçoive pas de lui ; et s’il craint l’hostilité, il le reçoit, et il le jettera devant lui dans une fosse ou dans un lieu de perdition, comme par mégarde.
Le cadeau reçu est un piège à deux mâchoires. La guemara le pose comme une impasse, et Rech Lakich en donne la sortie :
« הֵיכִי אֶעֱבֵיד? אֶשְׁקְלֵיהּ — אָזֵיל וּמוֹדֶה, לָא אֶשְׁקְלֵיהּ — הָוְיָא לֵיהּ אֵיבָה » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)
Le Rambam, lui, écrit la sortie autrement — il prend et ne jouit pas :
« וְכֵן כּוּתִי שֶׁשָּׁלַח דּוֹרוֹן לְיִשְׂרָאֵל בְּיוֹם חַגּוֹ לֹא יְקַבְּלֶנּוּ מִמֶּנּוּ. וְאִם חָשַׁשׁ לְאֵיבָה נוֹטְלוֹ בְּפָנָיו וְאֵינוֹ נֶהֱנֶה בּוֹ » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה ב׳
Le Mehaber écrit les deux : il reçoit à cause de l’hostilité, et il s’en défait devant lui comme par mégarde. La difficulté que cela soulève est la grande discussion du siman — voir le niveau 2. L’exception, elle, est un fait de connaissance :
« רב יהודה שדר ליה קורבנא לאבידרנא ביום אידו אמר ידענא ביה דלא פלח אליל » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)

Seif 6 — Le jour où l’on installe un dignitaire

יום שמתכנסים בו העובדי כוכבים להעמיד להם שר ומקריבים ומקלסים לאלהיהם יום חגם הוא והרי הוא כשאר חגיהם:
Un jour où les idolâtres se rassemblent pour se donner un dignitaire, et où ils offrent des sacrifices et louent leurs dieux — c’est un jour de fête, et il est comme les autres de leurs fêtes.
Ce n’est pas la politique qui rend le jour interdit, c’est l’offrande. Le seif énumère trois choses ensemble : on se rassemble, on sacrifie, on loue. Sans ces deux dernières, il n’y a pas de fête d’idolâtrie. Le Rambam écrit מלך — un roi — là où le Mehaber écrit שר :
« יוֹם שֶׁמִּתְכַּנְּסִין בּוֹ עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים לְהַעֲמִיד לָהֶן מֶלֶךְ וּמַקְרִיבִין וּמְקַלְּסִים לֵאלֹהֵיהֶם יוֹם חַגָּם הוּא וַהֲרֵי הוּא כִּשְׁאָר חַגֵּיהֶם » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה ה׳
Et le Beit Yossef identifie ce jour à celui que la michna appelle יום גינוסיא :
« ואפי׳ יום גינוסיא של מלכי עכו״ם פי׳ יום שהעמידו מלך » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)

Seif 7 — La fête privée : ce jour-là et cet homme-là

עובד כוכבים שעושה הוא חג לעצמו ומודה לאלילים ומקלסה ביום שנולד בו ויום תגלחת זקנו ובלוריתו ויום שעלה בו מן הים ויום שיצא בו מבית האסורים ויום שעשה בו משתה לבנו וכיוצא באלו אינו אסור אלא אותו יום ואותו האיש בלבד:
Un non-Juif qui se fait à lui-même une fête, remercie les idoles et les loue — le jour où il est né, le jour où il s’est rasé la barbe et la mèche, le jour où il est remonté de la mer, le jour où il est sorti de prison, le jour où il a fait un banquet pour son fils, et les cas semblables — seul ce jour-là et cet homme-là sont interdits.
Deux restrictions, et elles ne disent pas la même chose. La michna est la source exacte du seif :
« אֲבָל יוֹם תִּגְלַחַת זְקָנוֹ וּבְלוֹרִיתוֹ, וְיוֹם שֶׁעָלָה בּוֹ מִן הַיָּם, וְיוֹם שֶׁיָּצָא מִבֵּית הָאֲסוּרִין, וְגוֹי שֶׁעָשָׂה מִשְׁתֶּה לִבְנוֹ — אֵינוֹ אָסוּר אֶלָּא אוֹתוֹ הַיּוֹם וְאוֹתוֹ הָאִישׁ בִּלְבַד » (עבודה זרה ח׳ ע״א)
La guemara sépare les deux : « ce jour-là » exclut la veille et le lendemain, « cet homme-là » exclut ceux qui lui sont assujettis —
« בִּשְׁלָמָא ״אוֹתוֹ הַיּוֹם״ — לְאַפּוֹקֵי לְפָנָיו וּלְאַחֲרָיו, אֶלָּא ״אוֹתוֹ הָאִישׁ״ לְאַפּוֹקֵי מַאי? לָאו לְאַפּוֹקֵי מְשֻׁעְבָּדָיו » (עבודה זרה ח׳ ע״א)
Le Chakh en donne la raison en cinq mots : « כיון שאינו יום קבוע לכל » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ו)

Seif 8 — Ceux qui fêtent sans y croire

אין יום החג אסור אלא לעובדיה בו בלבד אבל העובדי כוכבים ששמחים בו ואוכלים ושותים ומשמרים אותו או מפני מנהג או מפני כבוד השר אבל הם אינם מודים בו הרי אלו מותרים לשאת ולתת עמהם:
Le jour de la fête n’est interdit qu’à l’égard de ceux qui la servent en ce jour. Mais les idolâtres qui s’y réjouissent, mangent et boivent et l’observent soit par coutume, soit par honneur pour le dignitaire, alors qu’eux-mêmes n’y adhèrent pas — avec ceux-là il est permis de faire affaire.
Le décret suit la croyance, non la coutume. C’est la controverse d’Avoda Zara sur Rome et les villes qui lui sont assujetties, et la halakha suit Rabbi Yohanan parce qu’une beraïta l’appuie :
« רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר: קָלֶנְדָּא אֲסוּרָה לַכֹּל הִיא, רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֵין אֲסוּרָה אֶלָּא לְעוֹבְדֶיהָ בִּלְבָד » (עבודה זרה ח׳ ע״א)
et la beraïta l’énonce pour le cas le plus dur, celui des villes assujetties :
« אַף עַל פִּי שֶׁאָמְרוּ, רוֹמִי עָשְׂתָה קָלֶנְדָּא, וְכׇל עֲיָירוֹת הַסְּמוּכוֹת לָהּ מִשְׁתַּעְבְּדוֹת לָהּ, הִיא עַצְמָהּ אֵינָהּ אֲסוּרָה אֶלָּא לְעוֹבְדֶיהָ בִּלְבָד » (עבודה זרה ח׳ ע״א)

Seif 9 — Entrer chez lui, et le saluer

אסור ליכנס לבית העובד כוכבים ביום חגו וליתן לו שלום מצאו בחוץ מותר אבל יאמר לו בשפה רפה ובכובד ראש:
Il est interdit d’entrer dans la maison du non-Juif le jour de sa fête et de lui donner le salut. S’il l’a rencontré dehors, c’est permis ; mais qu’il le lui dise d’une lèvre faible et avec une tête lourde.
Le seif 9 est une beraïta, recopiée presque mot pour mot.
« לֹא יִכָּנֵס אָדָם לְבֵיתוֹ שֶׁל גּוֹי בְּיוֹם אֵידוֹ, וְיִתֵּן לוֹ ״שָׁלוֹם״. מְצָאוֹ בַּשּׁוּק – נוֹתֵן לוֹ בְּשָׂפָה רָפָה וּבְכוֹבֶד רֹאשׁ » (גיטין ס״ב ע״א)
Le Chakh y ajoute une distinction qui change la portée pratique du seif : ce qui est en cause, c’est le mot shalom, qui est un Nom —
« דוק׳ שלום שהוא שמו של הקב״ה אבל ברכה דליכא שם ליכא קפידא » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ז)
— mais il ne s’en satisfait pas, et laisse la question ouverte : dans la guemara, shlama araméen semble bien être compris dans shalom.

Seif 10 — Doubler le salut, et prendre les devants

אסור לכפול לו שלום לעובד כוכבים לעולם לפיכך טוב להקדים לו שלום כדי שלא יתחיל העובד כוכבים ויצטרך לכפול לו שלום:
Il est interdit de doubler le salut à un non-Juif, jamais. C’est pourquoi il est bon de le saluer le premier, afin que le non-Juif ne commence pas et qu’on soit contraint de lui doubler le salut.
Un interdit permanent, et un conseil qui en découle. L’interdit de doubler ne dépend pas de la fête — le Chakh le dit en quatre mots, « כלומר אפי׳ שלא ביום חגו » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ח) — et sa source est la beraïta de Guittin :
« אֵין עוֹדְרִין עִם הַגּוֹי בַּשְּׁבִיעִית, וְאֵין כּוֹפְלִין ״שָׁלוֹם״ לְגוֹי » (גיטין ס״ב ע״א)
Le conseil de prendre les devants n’est pas une invention du Mehaber : la guemara le rapporte comme la pratique de Rav Hisda —
« רַב חִסְדָּא מַקְדֵּים וְיָהֵיב לְהוּ שְׁלָמָא. רַב כָּהֲנָא אֲמַר לְהוּ ״שְׁלָמָא לְמָר » (גיטין ס״ב ע״א)

Seif 11 — Ceux qui vont à la fête et ceux qui en reviennent

עובדי כוכבים ההולכים לחגם למרחוק בהליכה אסור לשאת ולתת עמהם והבאים מותרים והוא שלא יהיו קשורים זה בזה שאם היו קשורים שמא דעתם לחזור אבל אם ישראל הולך שם בהליכה מותר לשאת ולתת עמו ובחזרה אסור ואם ישראל מומר הוא לעבודת כוכבים גם בהליכה אסור:
Des idolâtres qui vont au loin à leur fête : à l’aller, il est interdit de faire affaire avec eux ; ceux qui en reviennent sont permis — à condition qu’ils ne soient pas liés les uns aux autres, car s’ils étaient liés, peut-être ont-ils l’intention d’y retourner. Mais si c’est un Juif qui y va : à l’aller il est permis de faire affaire avec lui, et au retour c’est interdit. Et si le Juif est apostat pour l’idolâtrie, même à l’aller c’est interdit.
Trois personnages, et pour chacun le sens de la marche décide. Pour le non-Juif, Chmouel donne les deux raisons dans une seule phrase :
« גּוֹי הַהוֹלֵךְ לַתַּרְפּוּת, בַּהֲלִיכָה — אָסוּר, דְּאָזֵיל וּמוֹדֵי קַמֵּי עֲבוֹדָה זָרָה, בַּחֲזָרָה — מוּתָּר, מַאי דַהֲוָה הֲוָה » (עבודה זרה ל״ב ע״ב)
Pour le Juif, tout s’inverse — à l’aller il peut encore se raviser, au retour il y est attaché :
« יִשְׂרָאֵל הַהוֹלֵךְ לַתַּרְפּוּת — בַּהֲלִיכָה מוּתָּר, דִּלְמָא הָדַר בֵּיהּ וְלָא אָזֵיל; בַּחֲזָרָה אָסוּר » (עבודה זרה ל״ב ע״ב)
et la réserve des groupes liés est de Rech Lakich :
« לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁאֵין קְשׁוּרִין זֶה בָּזֶה, אֲבָל קְשׁוּרִין זֶה בָּזֶה — אֲסוּרִין, אֵימָא דַּעְתּוֹ לַחְזוֹר » (עבודה זרה ל״ג ע״א)

Seif 12 — De nos jours — et la glose du Rama

יש אומרים שאין כל דברים אלו אמורים אלא באותו זמן אבל בזמן הזה אינם בקיאים בטיב אלילים לפיכך מותר לשאת ולתת עמהם ביום חגם ולהלוותם וכל שאר דברים: הגה ואפילו נותנים המעות לכהנים אין עושין מהם תקרובת או נוי אלילים אלא הכהנים אוכלים ושותים בו ועוד דאית בזה משום איבה אם נפרוש עצמנו מהם ביום חגם ואנו שרויים ביניהם וצריכים לשאת ולתת עמהם כל השנה ולכן אם נכנס לעיר ומצאם שמחים ביום חגם ישמח עמהם משום איבה דהוי כמחניף להם (הכל בטור) ומ״מ בעל נפש ירחיק מלשמוח עמהם אם יוכל לעשות שלא יהיה לו איבה בדבר (ב״י בשם הר״ן) וכן אם שולח דורון לעובד כוכבים בזמן הזה ביום שיש להם סימן אם יגיע להם דורון בחג ההוא אם אפשר לו ישלח לו מבערב ואם לא ישלח לו בחג עצמו (ת״ה סימן קצ״ה):
Certains disent que toutes ces choses n’ont été dites que pour ce temps-là ; mais en ce temps-ci, ils ne sont pas experts dans la nature des idoles — c’est pourquoi il est permis de faire affaire avec eux le jour de leur fête, de leur prêter, et tout le reste.

Glose du Rama : et même s’ils donnent l’argent aux prêtres, ils n’en font ni offrande ni ornement d’idole, mais les prêtres en mangent et en boivent. Et de plus, il y a là de l’hostilité si nous nous séparons d’eux le jour de leur fête, alors que nous demeurons parmi eux et devons faire affaire avec eux toute l’année. C’est pourquoi, s’il est entré dans une ville et les a trouvés joyeux le jour de leur fête, qu’il se réjouisse avec eux à cause de l’hostilité, car c’est comme les flatter (tout cela dans le Tour). Et néanmoins, un homme d’âme s’éloignera de se réjouir avec eux s’il peut faire en sorte qu’il n’en résulte pour lui aucune hostilité (Beit Yossef au nom du Ran). Et de même, s’il envoie un cadeau à un non-Juif de nos jours, un jour qui a pour eux une marque — si le cadeau devait leur parvenir en cette fête, qu’il le lui envoie, si possible, dès la veille au soir ; et sinon, qu’il le lui envoie le jour de la fête même (Teroumat haDéchen, siman 195).
Le dernier seif ne supprime pas les onze premiers : il constate un fait. Sa source est la parole de Rabbi Yohanan sur les non-Juifs de la diaspora :
« גּוֹיִם שֶׁבְּחוּצָה לְאָרֶץ לָאו עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, אֶלָּא מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶן בִּידֵיהֶן » (חולין י״ג ע״ב)
Le Chakh pose aussitôt la borne, et elle est décisive pour la pratique : la permission de ce seif ne s’étend pas au seif 9 —
« ומ״מ מה שנזכר בסעיף ט׳ אסור גם האידנא » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק י״ב)
Et la fin de la glose du Rama n’est pas une indulgence non plus : elle interdit d’abord, et n’autorise l’envoi le jour même que faute de pouvoir l’avancer à la veille.

2. Contexte — les sougyot dont le siman est tissé

Le Siman 148 est presque entièrement un siman de guemara : le Rambam en a fait deux chapitres de son Michné Torah, le Tour les a suivis, et le Mehaber a recopié le Rambam. Connaître les sougyot, c’est comprendre pourquoi les douze seifim se suivent dans cet ordre.

La michna d’ouverture — Avoda Zara 2a

Tout le seif 1 tient dans cette michna, et l’on y voit déjà les quatre couples que le Mehaber reprendra :

« לִפְנַי אֵידֵיהֶן שֶׁל גּוֹיִם שְׁלֹשָׁה יָמִים — אָסוּר לָשֵׂאת וְלָתֵת עִמָּהֶם, לְהַשְׁאִילָן וְלִשְׁאוֹל מֵהֶן, לְהַלְווֹתָן וְלִלְווֹת מֵהֶן, לְפוֹרְעָן וְלִפְרוֹעַ מֵהֶן » (עבודה זרה ב׳ ע״א)

Rabbi Yehouda y permet déjà d’encaisser, parce que le paiement peine le débiteur ; les Sages répondent qu’il en sera joyeux plus tard. C’est de cette réplique que sortira la mesure du כמציל מידם.

Trois jours — eux, sans la fête — Avoda Zara 6a

La guemara demande si les trois jours comprennent le jour de la fête ou non, et conclut qu’ils ne le comprennent pas :

« אִיבַּעְיָא לְהוּ: ״שְׁלֹשָׁה יָמִים״ — הֵן וְאֵידֵיהֶן, אוֹ דִלְמָא הֵן בְּלֹא אֵידֵיהֶן » (עבודה זרה ו׳ ע״א)

D’où la lecture du seif 1 : trois jours plus le jour de la fête, quatre jours en tout en Eretz Israël.

Pourquoi ? — Avoda Zara 6a–6b

Deux raisons se disputent le siman, et la guemara ne tranche pas :

« אִיבַּעְיָא לְהוּ: מִשּׁוּם הַרְוָוחָה, אוֹ דִּלְמָא מִשּׁוּם ״וְלִפְנֵי עִוֵּר לֹא תִתֵּן מִכְשֹׁל » (עבודה זרה ו׳ ע״א)

La nafka mina est donnée aussitôt : si le non-Juif a déjà une bête à lui, il n’y a plus d’aveugle à faire trébucher, mais il y a toujours un enrichissement.

« לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? דְּאִית לֵיהּ בְּהֵמָה לְדִידֵיהּ. אִי אָמְרַתְּ מִשּׁוּם הַרְוָוחָה — הָא קָא מַרְוַוח לֵיהּ » (עבודה זרה ו׳ ע״א)

Ce qui dure et ce qui ne dure pas — Avoda Zara 6b

« כְּשֶׁאָמְרוּ ״אָסוּר לָשֵׂאת וְלָתֵת עִמָּהֶם״ — לֹא אָסְרוּ אֶלָּא בְּדָבָר הַמִּתְקַיֵּים, אֲבָל בְּדָבָר שֶׁאֵינוֹ מִתְקַיֵּים — לֹא » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)

Et une seconde beraïta ajoute la dissymétrie que le Mehaber ne retient pas telle quelle :

« תָּנֵי רַב זְבִיד בִּדְבֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: דָּבָר שֶׁאֵין מִתְקַיֵּים מוֹכְרִין לָהֶם, אֲבָל אֵין לוֹקְחִין מֵהֶם » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)

Le denier du min — Avoda Zara 6b

C’est la source du seif 5, et l’une des rares fois où le Choulhan Aroukh recopie un récit :

« הָהוּא מִינָאָה דְּשַׁדַּר לֵיהּ דִּינָרָא קֵיסָרְנָאָה לְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה בְּיוֹם אֵידוֹ » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)
« אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ: טוֹל וּזְרוֹק אוֹתוֹ לְבוֹר בְּפָנָיו. אָמַר: כׇּל שֶׁכֵּן דְּהָוְיָא לֵיהּ אֵיבָה! כִּלְאַחַר יָד הוּא דְּקָאָמֵינָא » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)

Prêt oral, prêt par acte — Avoda Zara 6b

« רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אוֹמֵר: מִלְוֶה בִּשְׁטָר אֵין נִפְרָעִין מֵהֶן, מִלְוֶה עַל פֶּה נִפְרָעִין מֵהֶן, מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּמַצִּיל מִיָּדָם » (עבודה זרה ו׳ ע״ב)

La guemara tranche comme lui — et le seif 1 est cette beraïta, avec les deux extensions que les A’haronim y ont ajoutées.

La liste des fêtes — Avoda Zara 8a

« וְאֵלּוּ אֵידֵיהֶן שֶׁל גּוֹיִם — קָלֶנְדָּא, וּסְטַרְנוּרָא, וְקַרְטֵיסִים, וְיוֹם גְּנוּסְיָא שֶׁל מַלְכֵיהֶם, וְיוֹם הַלֵּידָה, וְיוֹם הַמִּיתָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר » (עבודה זרה ח׳ ע״א)

Les seifim 6, 7 et 8 démontent cette liste : les fêtes publiques d’un côté, les fêtes privées de l’autre, et la question de savoir qui, dans la ville, y adhère.

Le salut — Guittin 62a

Les seifim 9 et 10 sortent d’un même passage, où la guemara demande pourquoi il fallait dire qu’on s’enquiert de leur paix :

« אָמַר רַב יֵיבָא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְיוֹם אֵידָם » (גיטין ס״ב ע״א)

La réponse fait du salut le jour de la fête une question à part — et c’est le seif 9. Le seif 10, lui, ne dépend pas de la fête du tout.

Ceux qui vont et ceux qui reviennent — Avoda Zara 32b–33a

« הַהוֹלְכִין לַתַּרְפּוּת — אֲסוּרִין לָשֵׂאת וְלָתֵת עִמָּהֶם » (עבודה זרה ל״ב ע״ב)

Le seif 11 est le développement de cette michna par Chmouel, Rech Lakich et Rav Achi — trois strates, trois personnages, une seule question : où va-t-il, et y va-t-il vraiment ?

« כִּי תַּנְיָא הָהִיא בְּיִשְׂרָאֵל מְשׁוּמָּד, דְּוַדַּאי אָזֵיל » (עבודה זרה ל״ג ע״א)

De nos jours — Houlin 13b

Le seif 12 s’appuie sur une seule ligne, dite pour une tout autre question — la ché’hita d’un non-Juif :

« אֵימָא: אֵין רוֹב אוּמּוֹת מִינִין » (חולין י״ג ע״ב)
« גּוֹיִם שֶׁבְּחוּצָה לְאָרֶץ לָאו עוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה הֵן, אֶלָּא מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶן בִּידֵיהֶן » (חולין י״ג ע״ב)

C’est le Rachbam au nom de Rachi, rapporté par le Tour, qui en a tiré la conséquence pour tout notre siman.

« והאידנא כתב הרשב״ם בשם רש״י שהכל מותר דלאו עובדי אליל הם ולא אזלי ומודי » (טור יו״ד קמ״ח)

3. Les concepts-clés de ce siman

אָזֵיל וּמוֹדֶה — il va et il rend grâce. Le moteur de tout le siman. Ce n’est pas l’affaire elle-même qui est interdite, c’est ce que le non-Juif en fera : il se réjouira de son gain et ira en remercier son idole. Le Chakh le pose dès son premier ס״ק, et le Taz en fait la clé de tout :
« כולהו משום דאזיל ומודה לעבודת כוכבים ביום אידו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק א)
דָּבָר הַמִּתְקַיֵּם — la chose qui se conserve. Le critère n’est pas la valeur mais la durée : ce qui sera encore là le jour de la fête. Des légumes et un plat cuisiné n’y seront plus ; un vêtement, un outil, une bête, si. Le Taz explique pourquoi la vente et l’achat ne se comportent pas de la même façon :
« הטעם דדבר המתקיים אסור למכור הוא מחמת ששמח שיש לו ביום אידו ואסור לקנות מהם אע״פ שהוא צער לו מחמת שאזיל מידו דבר המתקיים מ״מ הרי המעות בידו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ב)
כְּמַצִּיל מִיָּדָם — comme sauver de leur main. Encaisser une dette n’enrichit personne : c’est reprendre ce qui allait se perdre. Le seif 1 en fait trois degrés — le prêt oral toujours, le prêt par acte quand leur main est forte, et le prêt à intérêt même sur gage. Le Chakh conteste la raison du Beit Yossef sur ce dernier point et lui substitue la sienne :
« ולי נראה שטעמא מפני דהאידנא ידם תקיפה עלינו ובקל יכול העובד כוכבים להעליל ולכפור סך ההלואה » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
דּוֹרוֹן — le cadeau. Il fonctionne dans les deux sens et n’est pas symétrique : envoyer est interdit parce que le non-Juif en sera joyeux ; recevoir est interdit parce qu’il se réjouira de ce que le Juif ait eu besoin de lui. La seule permission d’envoyer tient à une connaissance personnelle — que celui-là ne sert pas les idoles.
כִּלְאַחַר יָד — comme par mégarde. Le procédé du seif 5 : se défaire du cadeau sans que le donateur comprenne que c’est délibéré. La guemara le dit en trois mots, et le Beit Yossef en tire que la perte doit se faire en sa présence, sans quoi elle ne sert à rien — puisque l’autre continuerait de croire son cadeau accepté.
« ומשמע ודאי דהאי זריקה כלאחר יד דקאמר בפניו צריך לזרוק » (בית יוסף יו״ד קמ״ח)
אֵיבָה — l’hostilité. Elle n’est pas une excuse mais un facteur halakhique reconnu, et elle intervient trois fois : pour recevoir le cadeau (seif 5), pour justifier la permission de nos jours, et pour permettre de se réjouir avec eux (Rama, seif 12). Le Rama la borne aussitôt par le בעל נפש : celui qui peut s’en dispenser sans créer d’hostilité s’en éloigne.
יוֹם קָבוּעַ — le jour fixe. Ce qui fait d’un jour une fête au sens du siman, ce n’est ni la foule ni la joie, c’est la fixité : un jour que toute la communauté observe, et qu’elle observe chaque année. Le Chakh en tire deux allègements — le seif 4 pour la fête irrégulière, le seif 7 pour la fête d’un seul homme.
כְּפִילַת שָׁלוֹם — doubler le salut. Répondre au salut par un salut redoublé — la marque d’honneur due à un roi. Le seif 10 l’interdit en tout temps, et c’est pourquoi il conseille de saluer le premier : celui qui a parlé le premier n’a plus à redoubler. Le Chakh, au nom du Maharam, restreint l’interdit au mot shalom, qui est un Nom, et le Taz retrouve la même chose au Semak.
בַּעַל נֶפֶשׁ — l’homme d’âme. Terme du Rama, repris du Ran. Il ne désigne pas une piété facultative posée par-dessus la halakha, mais ce qui reste à faire quand la halakha a permis pour une raison extérieure — ici, l’hostilité. Là où l’hostilité n’est pas en jeu, la permission cesse d’elle-même.

4. Le tableau récapitulatif — les douze seifim d’un regard

SeifLe casStatutLa raison
אAcheter ou vendre une chose qui se conserve, 3 jours avantInterditIl l’aura encore le jour de sa fête et ira remercier
אVendre une chose qui ne se conserve pas jusqu’à la fêtePermisElle ne sera plus là le jour de la fête
אPrêter et emprunter un objet ; prêter et emprunter de l’argent sans intérêtInterditLe service rendu le fait remercier
אSe faire rembourser un prêt oralPermisכמציל מידם — c’était perdu
אSe faire rembourser par acte ou sur gageInterdit — permis quand leur main est forteIl n’y a plus de sûreté réelle
אPrêt à intérêt, même sur gagePermisכמציל מידם
בCe qui a été acquis le jour de la fête mêmeInterdit au profitL’interdit atteint le gain
בCe qui a été acquis dans les trois jours d’avantPermis au profitLa halakha suit Rech Lakich
גFête de trois, quatre ou dix joursToute la fête + 3 jours avantToute la fête compte pour un jour
דHors d’Eretz IsraëlLe jour de la fête seulOn ne peut se retirer du commerce
הEnvoyer un cadeau le jour de leur fêteInterditIl se réjouira et remerciera
הEnvoyer à qui l’on sait ne pas servir les idolesPermisIl n’y a personne à qui il aille rendre grâce
הRecevoir un cadeau ce jour-làInterdit ; reçu par crainte d’hostilité, à perdre devant luiכלאחר יד — sans qu’il comprenne
וJour d’installation d’un dignitaire, avec sacrifice et louangeJour de fêteComme toutes leurs fêtes
זFête privée : naissance, rasage, retour de mer, sortie de prison, banquet du filsCe jour-là et cet homme-là seulementCe n’est pas un jour fixe pour tous
חCeux qui fêtent par coutume ou par honneur, sans y adhérerPermis de faire affaireLe décret suit la croyance
טEntrer chez lui le jour de sa fête et le saluerInterditIl croira qu’on l’honore en son culte
טLe rencontrer dehorsPermis, d’une lèvre faible et d’une tête lourdeIl n’y a pas de démarche vers lui
יDoubler le salut à un non-JuifInterdit en tout tempsLe redoublement est un honneur de roi
יLe saluer le premierBonIl n’aura plus à redoubler
י״אNon-Juifs allant à la fête, à l’allerInterditאזיל ומודה — il ira remercier
י״אNon-Juifs qui en reviennentPermis — sauf s’ils vont liésמאי דהוה הוה ; liés, ils y retournent
י״אJuif y allant, à l’allerPermisIl peut encore se raviser
י״אJuif au retour ; Juif apostat même à l’allerInterditIl y est attaché ; l’apostat ira sûrement
י״בDe nos joursPermis — commerce, prêt et le resteIls ne sont pas experts dans la nature des idoles
י״בRama : se réjouir avec eux si l’on entre dans la villePermis à cause de l’hostilitéכמחניף להם
י״בRama : le בעל נפשS’en éloigne quand il le peut sans hostilitéBeit Yossef au nom du Ran
י״בRama : le cadeau de nos joursÀ envoyer la veille au soir ; sinon, le jour mêmeTeroumat haDéchen 195

5. Le Chakh, le Taz, le Baer Hetev, le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef

Sur le Siman 148, le Chakh écrit 13 ס״ק, le Taz 8, le Baer Hetev 9, le Pit’hei Techouva 1, et les Nekoudot HaKessef 3 — toutes trois dirigées contre le Taz. Ce niveau ne donne que les entrées qui changent la lecture du texte ; le niveau 2 les reprend en profondeur.

Le Chakh — les entrées décisives

ס״ק ג — pourquoi le prêt sur gage est-il aujourd’hui comme un sauvetage. Les Tossefot l’écrivent sans distinction, le Beit Yossef leur prête une raison, le Chakh en propose une autre — et la différence n’est pas verbale : elle décide si la permission dépend de l’intérêt ou de la faiblesse de notre position.

« והתוספות כתבו סתמא דבמלוה במשכון נמי הוה כמציל מידם שכמה פעמים אובדות אפילו במשכון » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
« וכב״י דנראה שטעמא מפני שהלואות דהאידנא הם ברבית » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)
« מיהו בזמן הזה בכל ענין שרי מהנך טעמי דלקמן ס״ס זה וכ״כ רבינו ירוחם » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ג)

ס״ק ד — la fête qui ne revient pas chaque année n’est pas interdite même le jour où elle tombe. C’est la porte par laquelle sort tout un pan de la pratique.

ס״ק ה — le cadeau qu’on ne peut pas perdre. Le Chakh rassemble le Roch, le Ran, le Semag et les Hagahot Maimoniyot au nom du Sefer haTeroumot : là où l’on ne peut pas se dérober sans hostilité, on prend — et la guemara parlait du cas où l’on peut le perdre devant lui.

« דהיכא דלא מציל אשתמוטי דלא להוי ליה איבה שקיל ליה » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« ובש״ם מיירי היכא דאפשר לאבדו בפניו וליכא איבה כגון שיזרקנו לבור כלאחר יד כאילו נפל ממנו שלא מדעת » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ה)

ס״ק ז — le mot en cause. Le Chakh rapporte la restriction du Maharam au seul mot shalom, puis met en doute qu’elle tienne devant la guemara, où l’araméen shlama semble compris dans la règle.

« ומכל מקום צ״ע קצת דבש״ס גבי מקדים ויהיב שלמא וגבי שלמא למר לא משמע לכאורה הכי ושמא שלמא הוי בכלל שלום » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק ז)

ס״ק י״ב — la borne de la permission de nos jours, et c’est l’entrée la plus importante du siman pour la pratique.

« ומ״מ מה שנזכר בסעיף ט׳ אסור גם האידנא » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק י״ב)

ס״ק י״ג — pourquoi la veille au soir. Retarder crée l’hostilité, précisément parce qu’on s’y est habitué ; et de nos jours le remerciement à l’idole est moins à craindre.

« דאי יאחר תהוי ליה איבה הואיל והורגל כבר דמאי דהוה הוה וכ״ש בזמן הזה דלא שכיחא כולי האי דאזלי ומודי » (ש״ך יו״ד קמ״ח ס״ק י״ג)

Le Taz — les entrées décisives

ס״ק א et ס״ק ב — la raison unique, et l’asymétrie de la vente. Le Taz pose d’emblée que tout le siman n’a qu’un moteur, puis explique pourquoi vendre du durable et acheter du durable sont interdits l’un et l’autre, alors que vendre du périssable ne l’est pas.

ס״ק ג — l’entrée la plus longue du siman. Le Taz y reprend l’איבעיא d’Avoda Zara, y confronte Rachi et le Rambam à l’objection de Rabbénou Tam, discute avec le Ba’h sur le point de savoir si celui qui rend grâce à l’idole encourt la peine capitale, et ancre l’interdit dans un verset.

« וקיימא לן לחומרא דבמכירה וקנייה שייך גם כן מודה לאליל ועובר על לא ישמע על פיך » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ג)

ס״ק ד — pourquoi la diaspora est plus légère, en une ligne :

« לפי שהעובדי כוכבים שבחוצה לארץ לאו עובדי עבודת כוכבים הם אלא מנהג אבותיהם בידיהם » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ד)

ס״ק ה — la relecture du Rambam, et la conclusion que le Baer Hetev et les Nekoudot HaKessef refuseront. Le Taz lit בפניו du Rambam comme se rapportant au visage que l’on montre, non au lieu où l’on jette :

« ונ״ל דהאי בפניו קאי אדבתריה ורצה לומר שמראה בפניו שלא יהנה בו דהיינו שמראה לו פנים זועפות בשעת קבלת הדורון » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« אבל נראה דאם א״א לעשות בפני העובד כוכבים שיאבדנו מותר לקבלו וליהנות ממנו » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ה)

ס״ק ו — la difficulté sur Rabban Yohanan ben Zakkaï, et sa solution par le Semak. Si la halakha commande déjà de saluer le premier, où est l’éloge de celui qui n’a jamais été devancé, même par un non-Juif au marché ?

« אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁלֹּא הִקְדִּימוֹ אָדָם שָׁלוֹם מֵעוֹלָם, וַאֲפִילּוּ גּוֹי בַּשּׁוּק » (ברכות י״ז ע״א)
« ולפ״ז ניחא דאותו ששבחוהו שהקדים שלום לעובד כוכבים בשוק היינו אפי׳ בלשון ברכה אחרת ודבר זה נכון » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ו)

ס״ק ז et ס״ק ח — deux précisions sur le seif 11 : « au loin » n’est pas une condition mais une emphase, et la dissymétrie entre le non-Juif et le Juif.

« נראה דלרבותא קאמר למרחוק דאפילו בהליכה אסור » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ז)
« דמאי דהוה הוה אבל בישראל כיון דאביק ביה גרע טפי ואסור בחזרה אבל בהליכה אפשר שיחזור אא״כ הוא מומר » (ט״ז יו״ד קמ״ח ס״ק ח)

Les Nekoudot HaKessef — trois réponses au Taz

Le Chakh y répond au Taz sur trois de ses huit entrées — proportion rare. Sur le ס״ק ג, il défait la démonstration du Taz par une distinction : celui qui dit « tu es mon dieu » accepte l’idole comme divinité, ce qui n’est pas le cas de la simple gratitude.

« לק״מ דאלי אתה שאני שמקבלו באלוה » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)

Sur le ס״ק ה, la réponse est un refus net :

« רחוקי׳ בישוב דברי הטור והרמב״ם והנכון כמ״ש בש״ך ס״ק ה » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)

Et sur le ס״ק ו, une correction bibliographique : le Beit Yossef avait bien rapporté le Semak, mais dans le Bedek haBayit.

« אישתמיטתיה דהב״י מביאו בבדק הבית וכמ״ש בש״ך ס״ק ז » (נקודות הכסף יו״ד קמ״ח)

Le Baer Hetev — le résumé pratique, et un arbitrage

Ses neuf ס״ק résument le Taz et le Chakh. Un seul tranche : le ס״ק ה, où il range le Taz du côté du tort, avec les Nekoudot HaKessef.

« והט״ז פסק דאם א״א לאשתמוטי יקבל ממנו ומותר להנות ממנו ודבריו תמוהים וכן בנה״כ חולק עליו » (באר היטב יו״ד קמ״ח ס״ק ה)
« ואם אי אפשר שלא יקבלנו משום איבה יקבלנו ולא יהנה בו » (באר היטב יו״ד קמ״ח ס״ק ה)

Le Pit’hei Techouva — une seule entrée, et elle est actuelle

Il n’écrit qu’un ס״ק sur ce siman, sur les mots ובזמן du seif 1, et il y renverse la fin du seif : là où les tribunaux font exécuter la dette, même une simple reconnaissance manuscrite, il n’y a plus rien à sauver — la créance est déjà comme encaissée, et l’encaisser redevient un profit.

« שכתב דבזמן שעושים משפט חרוץ לכוף לשלם אפילו כתב יד. נשתנה הדין וכל העומד לגבות כגבוי דמי » (פתחי תשובה יו״ד קמ״ח ס״ק א)

6. Le Rambam — la charpente du siman

Onze des douze seifim sont la langue du Rambam, presque sans retouche. Les seifim 1 à 8 et 11 viennent du chapitre 9 des Hilkhot Avoda Zara ; les seifim 9 et 10 viennent du chapitre 10, où le Rambam les a rangés non parmi les fêtes mais parmi les rapports de voisinage — ce qui explique que le seif 10 ne dépende pas de la fête. Seul le seif 12 n’est pas de lui : c’est l’avis des Richonim d’Achkenaz, rapporté par le Tour.

Chapitre 9 — les seifim 1 à 8 et 11

La halakha 1 contient à elle seule les seifim 1, 2 et 4 :

« שְׁלֹשָׁה יָמִים לִפְנֵי חַגָּם שֶׁל עוֹבְדֵי כּוֹכָבִים אָסוּר לִקַּח מֵהֶם וְלִמְכֹּר לָהֶם דָּבָר הַמִּתְקַיֵּם, לִלְווֹת מֵהֶן וּלְהַלְווֹתָם, לִפָּרַע מֵהֶן וְלִפְרֹעַ לָהֶם מִלְוֶּה בִּשְׁטָר אוֹ עַל הַמַּשְׁכּוֹן » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה א׳
« עָבַר וְנָשָׂא וְנָתַן עִמָּהֶן בְּאוֹתָן הַשְּׁלֹשָׁה יָמִים הֲרֵי זֶה מֻתָּר בַּהֲנָאָה. וְהַנּוֹשֵׂא וְנוֹתֵן בְּיוֹם חַגָּם עִמָּהֶן הֲרֵי זֶה אָסוּר בַּהֲנָאָה » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה א׳

La halakha 5 contient les seifim 6, 7 et 8, dans cet ordre :

« אֵין יוֹם הֶחָג אָסוּר אֶלָּא לְעוֹבְדֶיהָ בִּלְבַד. אֲבָל אוֹתָם שֶׁשְּׂמֵחִים בּוֹ וְאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין וּמְשַׁמְּרִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי מִנְהָג אוֹ מִפְּנֵי כְּבוֹד הַמֶּלֶךְ אֲבָל הֵם אֵין מוֹדִין בּוֹ הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין לָשֵׂאת וְלָתֵת עִמָּהֶן » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה ה׳

Et la halakha 17 est le seif 11, mot pour mot :

« הַהוֹלְכִין לְתַרְפּוּת עַכּוּ״ם אָסוּר לָשֵׂאת וְלָתֵת עִמָּהֶן וְהַבָּאִים מֻתָּרִין וְהוּא שֶׁלֹּא יִהְיוּ קְשׁוּרִין זֶה בָּזֶה שֶׁאִם הָיוּ קְשׁוּרִין שֶׁמָּא דַּעְתָּן לַחֲזֹר » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ט׳ הלכה י״ז

Chapitre 10 — les seifim 9 et 10

Le Rambam les place au milieu d’une halakha qui commence par ce que l’on fait pour les voies de paix — nourrir leurs pauvres, ne pas les empêcher de glaner, s’enquérir de leur paix même le jour de leur fête. Les deux interdits du siman sont les deux réserves de cette liste :

« וְשׁוֹאֲלִים בִּשְׁלוֹמָם וַאֲפִלּוּ בְּיוֹם חַגָּם מִפְּנֵי דַּרְכֵי שָׁלוֹם. וְאֵין כּוֹפְלִין לָהֶן שָׁלוֹם לְעוֹלָם. וְלֹא יִכָּנֵס לְבֵיתוֹ שֶׁל עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּיוֹם חַגּוֹ לָתֵת לוֹ שָׁלוֹם. מְצָאוֹ בַּשּׁוּק נוֹתֵן לוֹ שָׁלוֹם בְּשָׂפָה רָפָה וּבְכֹבֶד רֹאשׁ » רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק י׳ הלכה ה׳
Ce que ce classement enseigne. Le Rambam n’a pas rangé le salut parmi les fêtes : il l’a rangé parmi les devoirs de paix, comme leur limite. Le seif 9 n’interdit donc pas de saluer — il interdit d’aller chez lui pour le saluer le jour de sa fête ; et le seif 10 n’a rien à voir avec la fête. Le Choulhan Aroukh, en les mettant ici, leur donne une couleur qu’ils n’avaient pas dans leur source.

7. Cas pratiques modernes

Les seifim de ce siman parlent de calendes et de foires. Leurs règles portent sur des questions qui se posent encore chaque semaine. Les cas qui suivent sont donnés pour l’étude : ils montrent où le raisonnement du siman s’applique, non ce qu’il faut faire — cela se demande à un Rav. Et l’on gardera présent que le seif 12 change presque tout, mais que le Chakh en marque la limite.

SituationLe seif qui la gouverneLe raisonnement
Régler une facture à un fournisseur le jour d’une fête religieuse qui n’est pas la nôtreSeif 1Payer une dette est un enrichissement ; c’est le לפורען de la michna. Le seif 12 permet de nos jours, et le Chakh en marque la borne au seif 9.
Encaisser une créance ce jour-làSeif 1כמציל מידם — mais le Pit’hei Techouva observe que là où le tribunal fait exécuter, il n’y a plus rien à sauver.
Livrer une marchandise durable trois jours avantSeif 1דבר המתקיים : ce qui sera encore là le jour de la fête. Des denrées périssables sont d’un autre régime.
Prêter un outil ou un véhicule à la veille de la fêteSeif 1להשאיל ולשאול — le service rendu est ce qui fait remercier, plus encore que la marchandise.
Un achat ou une vente déjà conclus ce jour-làSeif 2Le jour même, le gain est interdit au profit ; dans les trois jours d’avant, il est permis a posteriori.
Une fête qui s’étend sur une semaineSeif 3Toute la fête compte pour un jour : trois jours d’interdit avant, non trois avant chaque jour.
Vivre hors d’Eretz IsraëlSeif 4Seul le jour de la fête, et le Chakh ajoute : à condition qu’elle soit annuelle et commune à tous.
Un cadeau d’entreprise envoyé à date fixeSeif 5 et Rama du seif 12Le Rama ne le permet pas simplement : il demande de l’envoyer la veille au soir, et ne tolère le jour même qu’à défaut.
Un cadeau reçu qu’on ne peut refuser sans blesserSeif 5On le reçoit à cause de l’hostilité. Le Chakh, les Nekoudot HaKessef et le Baer Hetev tiennent qu’on n’en jouit pas ; le Taz est seul à le permettre.
Une cérémonie officielle d’investitureSeif 6Le seif ne vise pas l’installation elle-même mais l’offrande et la louange qui l’accompagnent.
Un anniversaire, un mariage, une fête privéeSeif 7Ce jour-là et cet homme-là seulement — parce que ce n’est pas un jour fixe pour tous.
Des collègues qui fêtent sans rien croireSeif 8Le décret suit la croyance, non la coutume ; le commerce avec eux est permis.
Se rendre chez quelqu’un le jour de sa fête pour le saluerSeif 9Le Chakh écrit expressément que ce seif reste interdit de nos jours.
Répondre à un vœu par un vœu redoubléSeif 10Interdit en tout temps. Le Maharam, rapporté par le Chakh, le restreint au mot shalom ; le Chakh laisse la question ouverte.
Se réjouir avec eux quand on entre dans un lieu en fêteRama, seif 12Permis à cause de l’hostilité, mais le Rama ajoute aussitôt le בעל נפש : qui peut s’en dispenser sans hostilité s’en éloigne.
Le fil qui relie tous ces cas. Demande-toi d’abord si le non-Juif gagne quelque chose (seif 1) ; puis si ce gain durera jusqu’à sa fête (seif 1) ; puis si ce jour est une fête fixe et commune (seifim 4, 7, 8) ; puis si l’acte le concerne lui ou une communauté (seifim 7, 8) ; enfin, si le refus créerait de l’hostilité (seifim 5 et 12). Cinq questions, et presque tout le siman s’y range.

8. Synthèse du Siman 148 et questions de compréhension

En une phrase. Ce que le siman craint n’est ni la fête ni le commerce : c’est la phrase que le non-Juif dira à son idole en tenant dans sa main ce qu’il tient de nous. Les onze premiers seifim mesurent la distance qu’il faut pour que cette phrase ne soit pas dite ; le douzième constate qu’elle ne se dit plus.

Les quatre règles à emporter

1. C’est le remerciement, non l’affaire. Tout ce que le siman interdit, il l’interdit parce que le non-Juif ira remercier son idole. Là où ce remerciement n’est pas à craindre — parce qu’il ne sert pas d’idole (seif 5), parce qu’il n’adhère pas à la fête (seif 8), ou parce que le temps a changé (seif 12) — l’interdit tombe.
2. Ce qui est perdu ne réjouit personne. Encaisser une dette qui allait s’évaporer n’est pas un profit qu’on lui fait ; c’est כמציל מידם. Toute la fin du seif 1 est l’extension de cette idée, et le Pit’hei Techouva la retourne quand la justice fait exécuter.
3. Le décret ne porte que sur le jour fixe. Une fête que tous n’observent pas, ou qui ne revient pas chaque année, sort du siman — le Chakh au ס״ק ד, le seif 7 pour la fête d’un seul, le seif 8 pour ceux qui la suivent sans y croire.
4. L’hostilité permet, et le בעל נפש referme. Elle fait recevoir le cadeau, elle justifie la permission de nos jours, elle fait se réjouir avec eux. Mais elle ne permet qu’aussi loin qu’elle va : là où il n’y aurait pas d’hostilité, le Rama demande de s’abstenir.

Tableau-mémoire

Question à se poserRéponse « interdit »Réponse « permis »
Le gain durera-t-il jusqu’à la fête ?Marchandise durable (seif 1)Légumes, plat cuisiné (seif 1)
Est-ce un profit ou un sauvetage ?Prêt par acte, sur gage (seif 1)Prêt oral ; à intérêt ; leur main forte (seif 1)
Le jour est-il fixe et commun à tous ?Fête annuelle de la communauté (seifim 1, 3)Fête irrégulière (Chakh ס״ק ד) ; fête privée (seif 7)
Y adhèrent-ils vraiment ?Ceux qui la servent (seif 8)Ceux qui la suivent par coutume ou honneur (seif 8)
Va-t-il à la fête ou en revient-il ?Non-Juif à l’aller ; Juif au retour (seif 11)Non-Juif au retour ; Juif à l’aller (seif 11)
Le refus créerait-il de l’hostilité ?Là où il n’y en aurait pas (Rama, בעל נפש)Recevoir le cadeau ; se réjouir avec eux (seifim 5, 12)

Questions de compréhension

1. Le seif 1 interdit d’acheter et de vendre une chose qui se conserve. Quelle est la raison, et pourquoi une chose qui ne se conserve pas peut-elle être vendue mais non achetée selon la beraïta ?
2. La guemara laisse sans réponse l’alternative entre הרווחה et לפני עור. Quelle nafka mina la guemara donne-t-elle elle-même, et qu’en fait le Taz au ס״ק ג ?
3. Le seif 1 donne trois cas où encaisser est permis. Lequel est de la beraïta, lesquels sont des ajouts, et sur quoi porte la discussion entre le Beit Yossef et le Chakh ?
4. Le seif 5 ordonne de recevoir le cadeau puis de le perdre devant lui. Que fait-on quand cela est impossible ? Donne la position du Chakh, celle du Taz, et ce qu’en disent les Nekoudot HaKessef et le Baer Hetev.
5. Les seifim 7 et 8 restreignent l’un et l’autre l’interdit. Restreignent-ils la même chose ? Appuie-toi sur la guemara d’Avoda Zara 8a.
6. Le seif 12 permet presque tout de nos jours. Qu’est-ce qui n’est pas permis, selon le Chakh, et pourquoi cette exception-là ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קמ״ח · Niveau 1 — Initiation · דיני חגי האלילים
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