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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman ק״נ — l’apparence de la prosternation

Trois seifim : la distance, le corps qui se penche, et la bouche qui approche
יורה דעה · סימן ק״נ
לְהִתְרַחֵק מִדֶּרֶךְ אֱלִילִים וְשֶׁלֹּא לִשְׁחוֹת בְּפָנֶיהָ
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Le Siman 150 tient en trois seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ג׳ סעיפים. Il n’interdit aucun acte de culte : il interdit ce qui ressemble à un acte de culte. Se pencher pour une épine, ramasser des pièces, boire à une fontaine — trois gestes ordinaires que le lieu rend impossibles.

Sujet : L’apparence de la prosternation — quatre coudées, l’épine, les pièces, la fontaine
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן ק״נ

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Mehaber : les trois seifim, et les trois gloses du Rama
2. Contexte : la braïta d’Avoda Zara (י״ב ע״א), la mesure de Rav Hisda (י״ז ע״א), le Rambam (הלכות עבודה זרה פרק ג׳), le Tour et le Beit Yossef
3. Les concepts-clés : נראה כמשתחוה, נראה כמנשק, מראית העין, חדרי חדרים, ד׳ אמות, סכנה
4. Le tableau récapitulatif : les trois seifim et les gestes permis
5. Le Chakh (2 ס״ק), le Taz (1 ס״ק) et le Baer Hetev (2 ס״ק) — l’appareil complet
6. Le Rambam : l’épine, les pièces, la fontaine — et pourquoi il n’y a pas de flagellation
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Mehaber — les trois seifim

Le siman va du plus loin au plus près. Le seif 1 fixe une distance ; le seif 2 règle ce que fait le corps une fois qu’on est là ; le seif 3 va jusqu’à la bouche. Et à chaque étape, l’interdit ne porte pas sur l’acte mais sur ce à quoi il ressemble.

Seif 1 — les quatre coudées

להתרחק מדרך אלילים ושלא לשחות בפניה. ובו ג׳ סעיפים:
מצוה להתרחק מדרך אלילים ד׳ אמות:
Titre du siman : s’éloigner du chemin des idoles, et ne pas se pencher devant elle ; et il comporte trois seifim.

C’est une mitsva de s’éloigner de quatre coudées du chemin des idoles.

Seif 2 — l’épine et les pièces : ne pas se pencher

ישב לו קוץ ברגלו בפני אלילים או נתפזרו לו מעות לפניה לא ישוח להסיר הקוץ וליטול המעות מפני שנראה כמשתחוה לה אלא ישב או יפנה אחוריו או צדו לצד אלילים ואחר כך יטול:
S’il lui est entré une épine dans le pied devant une idole, ou que des pièces se sont éparpillées devant elle, il ne se penchera pas pour ôter l’épine ni pour ramasser les pièces, parce qu’il paraîtrait se prosterner devant elle ; mais qu’il s’asseye, ou qu’il tourne le dos ou le côté vers l’idole, et ensuite qu’il ramasse.

Seif 3 — la fontaine à figures, et les trois gloses du Rama

פרצופות המקלחות מים בפני אלילים לא יניח פיו על פיהם וישתה מפני שנראה כמנשק לאלילים: הגה י״א דכל שאינו אסור אלא מפני מראית העין כגון בדין זה אם יש סכנה בדבר כגון אם ימות אם לא ישתה מותר לשתות ואין בזה משום יהרג ואל יעבור (ר״ן פ״ק דעבודת כוכבים). שרים או כהנים שיש להם צורת עבודת כוכבים בבגדיהם או שנושאים צורת חמה לפניהם כדרך הגמונים אסור להשתחות להם או להסיר הכובע לפניהם רק בדרך שאינו נראה כמו שנתפזרו מעותיו או שיקום לפניהם קודם בואם וכן יסיר הכובע וישתחוה קודם בואם (ת״ה סימן קצ״ו) ויש מקילין בדבר הואיל וידוע שגם העובדי כוכבים אינם מסירים הכובע או משתחוים לצורת החמה רק להשר (שם בשם ר״י מאפנו״ם ומהרי״ו) וטוב להחמיר כסברא הראשונה:
Les figures qui font jaillir de l’eau devant une idole : il ne posera pas sa bouche sur la leur pour boire, parce qu’il paraîtrait embrasser l’idole. Gloses du Rama : (1) Il y a qui disent que tout ce qui n’est interdit qu’à cause de l’apparence, comme dans ce cas-ci, s’il y a danger — par exemple s’il meurt faute de boire — il est permis de boire, et il n’y a pas là de “qu’il se laisse tuer plutôt que de transgresser” (Ran, premier chapitre d’Avoda Zara). (2) Des officiers ou des prêtres qui portent une figure de culte sur leurs vêtements, ou devant lesquels on porte une figure du soleil à la manière des évêques : il est interdit de se prosterner devant eux ou d’ôter son chapeau devant eux, sinon d’une manière qui n’y paraisse pas — comme celui dont les pièces se sont éparpillées, ou qu’il se lève devant eux avant leur arrivée, et de même qu’il ôte son chapeau et s’incline avant leur arrivée (Teroumat HaDéchen siman 196). (3) Et il y a qui allègent en la matière, puisqu’il est connu que les non-Juifs eux-mêmes n’ôtent pas le chapeau et ne se prosternent pas devant la figure du soleil, mais seulement devant l’officier (ibid., au nom de Rabbi Yossef de Fano et du Maharyou) ; et il est bon d’être rigoureux comme le premier avis.
Un siman qui n’interdit aucun culte. Rien de ce que défend le siman 150 n’est un acte d’idolâtrie : se pencher pour une épine, ramasser de l’argent, boire de l’eau. Ce qui est interdit, c’est le dessin que ces gestes forment aux yeux d’un tiers — נראה כמשתחוה, נראה כמנשק. C’est pourquoi le Mehaber ne se contente pas d’interdire : il indique la manière permise. S’asseoir, tourner le dos ou le côté — le geste reste, l’image disparaît.

2. Contexte — la braïta, la mesure de Rav Hisda, le Rambam, le Tour

La braïta du premier chapitre d’Avoda Zara donne les trois cas dans l’ordre, et à chacun elle joint une permission : ואם אינו נראה — מותר.

« יָשַׁב לוֹ קוֹץ בִּפְנֵי עֲבוֹדָה זָרָה — לֹא יִשְׁחֶה וְיִטְלֶנָּה, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה, וְאִם אֵינוֹ נִרְאֶה — מוּתָּר » (עבודה זרה י״ב ע״א)
« נִתְפַּזְּרוּ לוֹ מְעוֹתָיו בִּפְנֵי עֲבוֹדָה זָרָה — לֹא יִשְׁחֶה וְיִטְּלֵם, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה, וְאִם אֵינוֹ נִרְאֶה — מוּתָּר » (עבודה זרה י״ב ע״א)
« מַעְיָין הַמּוֹשֵׁךְ לִפְנֵי עֲבוֹדָה זָרָה — לֹא יִשְׁחֶה וְיִשְׁתֶּה, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה, וְאִם אֵינוֹ נִרְאֶה — מוּתָּר » (עבודה זרה י״ב ע״א)
« פַּרְצוּפוֹת הַמְקַלְּחִין מַיִם לִכְרַכִּין — לֹא יַנִּיחַ פִּיו עַל פִּיהֶם וְיִשְׁתֶּה, מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְנַשֵּׁק לַעֲבוֹדָה זָרָה » (עבודה זרה י״ב ע״א)

La guemara demande aussitôt ce que « il ne paraît pas » veut dire, et écarte la lecture la plus simple :

« אִילֵּימָא דְּלָא מִתְחֲזֵי, וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: כׇּל מָקוֹם שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים מִפְּנֵי מַרְאִית הָעַיִן, אֲפִילּוּ בְּחַדְרֵי חֲדָרִים אָסוּר » (עבודה זרה י״ב ע״א)
« אֶלָּא אֵימָא: אִם אֵינוֹ נִרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה — מוּתָּר » (עבודה זרה י״ב ע״א)

La mesure des quatre coudées vient d’ailleurs dans le même traité, de Rav Hisda, sur le verset des Proverbes :

« וְעָבַרְתִּי עַל מַה שֶּׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה: ״הַרְחֵק מֵעָלֶיהָ דַּרְכֶּךָ״ — זוֹ מִינוּת, ״וְאַל תִּקְרַב אֶל פֶּתַח בֵּיתָהּ״ — זוֹ הָרָשׁוּת » (עבודה זרה י״ז ע״א)
« וְכַמָּה? אָמַר רַב חִסְדָּא: אַרְבַּע אַמּוֹת » (עבודה זרה י״ז ע״א)

Le Rambam range les deux cas du seif 2 et celui du seif 3 en deux halakhot consécutives :

« יָשַׁב לוֹ קוֹץ בְּרַגְלוֹ לִפְנֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא יָשֹׁחַ וְיִטְּלֶנּוּ מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לָהּ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ז׳)
« נִתְפַּזְּרוּ לוֹ מָעוֹת בְּפָנֶיהָ לֹא יָשֹׁחַ וְיִטְּלֵם מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לָהּ אֶלָּא יֵשֵׁב וְאַחַר כָּךְ יִטּל » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ז׳)
« פַּרְצוּפוֹת הַמְקַלְּחוֹת מַיִם בִּפְנֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא יַנִּיחַ פִּיו עַל פִּיהֶם וְיִשְׁתֶּה מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְנַשֵּׁק לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ח׳)

Le Tour donne le siman entier en une phrase — et l’on remarquera qu’il y ajoute un cas que le Mehaber ne reprendra pas, celui de la source d’eau :

« מצוה להתרחק מדרך אליל ד׳ אמות » (טור יו״ד ק״נ)
« ואם אינו נראה כמשתחוה לה כגון שמצדד עצמו מותר » (טור יו״ד ק״נ)
« מעיין המושך מים בפני אליל לא ישחה וישתה ואפילו אי מאית אי לא שתי » (טור יו״ד ק״נ)
« פרצוף המקלח מים בכרכים לא יניח פיו וישתה מפני שנראה כמנשק לאליל » (טור יו״ד ק״נ)

Le Beit Yossef donne la source de tout le siman, et signale ce que le Tour a ajouté :

« מצוה להתרחק מדרך אליל ד׳ אמות ישב לו קוץ בפני אליל וכו׳ עד סוף הסימן ברייתא בפ״ק דע״ז » (בית יוסף יו״ד ק״נ)
« ומ״ש אפי׳ אי מאית אי לא שתי אינו מפורש בברייתא אבל כך משמע שם בגמ׳ » (בית יוסף יו״ד ק״נ)
Trois écarts entre le Tour et le Mehaber méritent d’être notés dès le niveau 1, parce que l’appareil ne parlera que d’eux. (1) Le Tour écrit la fontaine בכרכים — dans les villes ; le Mehaber écrit בפני אלילים — devant l’idole. C’est le sujet du Taz. (2) Le Tour donne le cas de la source, avec la formule ואפילו אי מאית אי לא שתי ; le Mehaber ne le reprend pas. (3) Le Tour écrit expressément la permission de la braïta — se placer de côté ; le Mehaber la met dans le seif 2 sous la forme d’une instruction : s’asseoir, ou tourner le dos ou le côté.

3. Les concepts-clés de ce siman

נִרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶהil paraît se prosterner. Le motif des deux cas du seif 2. Ce n’est pas une prosternation, c’est son image — et c’est l’image seule qui est interdite. D’où la solution du Mehaber : changer la posture, non renoncer au geste.
נִרְאֶה כִּמְנַשֵּׁקil paraît embrasser. Le motif du seif 3. Le baiser à l’idole figure au Rambam parmi les actes d’honneur interdits ; ici, il ne s’agit que d’y ressembler.
מַרְאִית הָעַיִןl’apparence aux yeux d’autrui. La catégorie à laquelle appartient tout le siman. Le Rama s’en sert expressément pour poser sa première glose : ce qui n’est interdit que pour cette raison cède devant le danger.
חַדְרֵי חֲדָרִיםles pièces les plus retirées. La règle citée par la guemara : ce que les Sages ont interdit pour l’apparence est interdit même là où nul ne voit. Le Chakh l’applique à notre siman.
ד׳ אַמּוֹתquatre coudées. La distance du seif 1. Le Beit Yossef renvoie l’ensemble du siman à la braïta du premier chapitre d’Avoda Zara ; la mesure elle-même est celle de Rav Hisda, sur le verset הרחק מעליה דרכך.
סַכָּנָהle danger. Le seul cas où la première glose du Rama lève l’interdit — et il précise la raison : ici, il n’y a pas de « qu’il se laisse tuer plutôt que de transgresser ».
הֲסָרַת הַכּוֹבַעôter son chapeau. L’objet de la deuxième glose du Rama, d’après le Teroumat HaDéchen : devant un dignitaire porteur d’une image de culte, on ne se découvre pas — sinon avant son arrivée, quand le geste ne s’adresse visiblement à personne.

4. Le tableau récapitulatif — les trois seifim et les gestes permis

SituationInterditPermis
Marcher près du chemin d’une idoleS’en approcherS’en tenir à quatre coudées (seif 1)
Une épine dans le pied, devant une idoleSe pencher pour l’ôterS’asseoir, ou tourner le dos ou le côté, puis l’ôter (seif 2)
Des pièces éparpillées devant une idoleSe pencher pour les ramasserMême solution : s’asseoir ou se tourner (seif 2)
Une fontaine à figures devant une idolePoser sa bouche sur la leur et boireBoire autrement — et, s’il y a danger de mort, le Rama permet (seif 3)
Un dignitaire portant une image de culteSe prosterner, ou se découvrir devant luiSe lever ou se découvrir avant son arrivée (Rama, seif 3)
La colonne de droite est la vraie leçon du siman. À aucune ligne le Choulhan Aroukh ne dit simplement « c’est interdit » : il dit chaque fois comment faire autrement. L’interdit porte sur une image, et une image se défait en changeant de posture.

5. Le Chakh, le Taz et le Baer Hetev

L’appareil de ce siman est le plus court de tout ce chapitre, et il est donné ici en entier : le Chakh compte deux ס״ק, le Taz un seul, le Baer Hetev deux. Le Pit’hei Techouva et les Nekoudot HaKessef ne commentent pas ce siman.

Le Chakh — deux entrées

ס״ק א — l’interdit tient même si personne ne voit

« כתוב בהגהת פרישה ולפי מאי דקיימא לן דכל דבר שאסור משום מראית עין אפילו בחדרי חדרים אסור ה״ה כאן אפילו אין שום אדם רואהו אסור » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכן מבואר בסמ״ג סימן י״ט עד כאן לשונו » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכן הוא בתוספות (פרק קמא דעבודת כוכבים דף י״ב סוף ע״א) ובהג״א שם מחמיר רבי יודא בשם ר״י » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכן משמע בטור להדיא וכך הם דברי המחבר ועמ״ש בא״ח סימן ש״א סעיף מ״ה וסימן ש״ה סעיף י״א » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק א)
résumé : il est écrit dans les gloses de la Pricha que, selon ce que nous tenons — que tout ce qui est interdit pour l’apparence l’est même dans les pièces les plus retirées —, il en va de même ici : même si personne ne le voit, c’est interdit ; ainsi apparaît-il dans le Semag siman 19, et ainsi dans les Tossefot au premier chapitre d’Avoda Zara, folio 12, fin du recto, et dans les Hagahot Ashri là-bas Rabbi Yehouda au nom du Ri est rigoureux ; ainsi ressort-il expressément du Tour, et telles sont les paroles du Mehaber ; et voir ce que j’ai écrit en Orah Haïm siman 301 seif 45 et siman 305 seif 11.

ס״ק ב — hors de devant l’idole, au nom du Bach

« אבל שלא בפני אלילים שרי והמחמיר אפילו שלא בפני אלילים תע״ב » (ש״ך יו״ד ק״נ ס״ק ב)
résumé : mais hors de devant une idole, c’est permis ; et celui qui est rigoureux même hors de devant une idole, qu’une bénédiction vienne sur lui. Le Chakh l’écrit au nom du Bach.

Le Taz — une entrée

ס״ק א — בכרכין ou בפני אלילים : deux versions, deux portées

« בטור לא כתוב האי בפני אלילים אלא כתוב שם בכרכין וכ״ה בגמ׳ שלנו » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
« ומשמע דאפי׳ אינו עבודת כוכבים אלא לנוי בעלמא כדאיתא ריש סימן קמ״א דבכרכים דרך לעשות לנוי ואפ״ה אסור » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכאן שהוא לשון רמב״ם פרק ג׳ משמע שאין איסור אלא בעומד לפני עבודת כוכבי׳ » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
« וכבר הביא מו״ח ז״ל שיש בזה חילוק בין הראשונים ויש להחמיר אפי׳ הפרצוף אינו עומד בפני אלילים כגירסת הטור » (ט״ז יו״ד ק״נ ס״ק א)
résumé : dans le Tour, il n’est pas écrit « devant une idole » mais « dans les villes », et ainsi dans notre guemara ; il en ressort que même si ce n’est pas une idole mais un simple ornement — comme il est dit au début du siman 141, que dans les grandes villes on a coutume d’en faire pour l’ornement —, c’est malgré cela interdit. Et ici, où c’est la langue du Rambam au chapitre 3, il ressort qu’il n’y a d’interdit que lorsqu’elle se tient devant une idole. Or mon beau-père, de mémoire bénie, a déjà rapporté qu’il y a en cela une distinction entre les Richonim ; et il faut être rigoureux même si la figure ne se tient pas devant une idole, selon la version du Tour.

Le Baer Hetev — deux entrées

« כתב הגהת פרישה ולפי מאי דקי״ל דכל דבר שאסור משום מראית עין אפי׳ בחדרי חדרים אסור ה״ה כאן אפי׳ אין שום אדם רואהו אסור ועיין מה שכתב באו״ח סי׳ ש״א סמ״ה וסי׳ ש״ה סי״א » (באר היטב יו״ד ק״נ ס״ק א)
résumé : il abrège le Chakh et garde l’essentiel — l’interdit vaut même si personne ne voit — ainsi que les deux renvois à Orah Haïm.
« כ׳ הט״ז דיש להחמיר אפילו אם הפרצוף אינו עומד בפני עבודת כוכבים » (באר היטב יו״ד ק״נ ס״ק ב)
résumé : le Taz a écrit qu’il faut être rigoureux même si la figure ne se tient pas devant une idole.
Les deux commentateurs lisent le même Bach en sens contraire. Le Chakh en tire que hors de devant l’idole c’est permis, et qu’être rigoureux est méritoire — donc facultatif. Le Taz en tire qu’il y a là une divergence entre les Richonim, et qu’il faut être rigoureux. Le Baer Hetev rapporte les deux, chacun à sa place : la stricte au ס״ק ב, sous le nom du Taz.

6. Le Rambam — et pourquoi il n’y a pas de flagellation

Le Rambam place ces trois cas juste après la liste des actes d’honneur rendus à l’idole, et cette place explique tout le siman :

« הַמְגַפֵּף עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וְהַמְנַשֵּׁק לָהּ וְהַמְכַבֵּד וְהַמְרַבֵּץ לְפָנֶיהָ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ו׳)
« וְאַף עַל פִּי כֵן אֵינוֹ לוֹקֶה עַל אַחַת מֵהֶן לְפִי שֶׁאֵינָן בְּפֵרוּשׁ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ו׳)
« יָשַׁב לוֹ קוֹץ בְּרַגְלוֹ לִפְנֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא יָשֹׁחַ וְיִטְּלֶנּוּ מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כְּמִשְׁתַּחֲוֶה לָהּ » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ז׳)
« פַּרְצוּפוֹת הַמְקַלְּחוֹת מַיִם בִּפְנֵי עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים לֹא יַנִּיחַ פִּיו עַל פִּיהֶם וְיִשְׁתֶּה מִפְּנֵי שֶׁנִּרְאֶה כִּמְנַשֵּׁק לַעֲבוֹדַת כּוֹכָבִים » (רמב״ם הלכות עבודה זרה וחוקות הגויים פרק ג׳ הלכה ח׳)
Embrasser l’idole est déjà un interdit sans flagellation ; y ressembler l’est encore moins. Le Rambam écrit que celui qui étreint l’idole, l’embrasse, la balaie ou l’arrose transgresse un commandement négatif, et qu’il ne reçoit pourtant pas la flagellation, ces actes n’étant pas mentionnés explicitement. Notre siman est d’un cran en dessous : il ne s’agit même pas d’embrasser, mais d’en avoir l’air.

7. Cas pratiques modernes

Cas 1 — un objet tombé dans un lieu de culte

C’est exactement le seif 2. Le Mehaber ne dit pas de renoncer à l’objet : il dit de ne pas se pencher. S’asseoir, ou tourner le dos ou le côté, puis ramasser.

Cas 2 — personne ne regarde

Le Chakh l’a écrit : ce qui est interdit pour l’apparence l’est même dans les pièces les plus retirées, et donc « même si personne ne le voit, c’est interdit ». La solution reste la même : changer de posture.

Cas 3 — une fontaine ornementale, sans idole

Le Taz distingue la version du Tour — בכרכין, dans les villes, donc même pour un simple ornement — et celle du Rambam suivie par le Mehaber — בפני אלילים. Le Chakh, au nom du Bach, permet hors de devant une idole et loue celui qui est rigoureux ; le Taz conclut qu’il faut l’être.

Cas 4 — la soif et le danger

La première glose du Rama : là où le seul motif est l’apparence, et qu’il y a danger de mort, on boit — et il n’y a pas là de « qu’il se laisse tuer plutôt que de transgresser ».

Cas 5 — se découvrir devant un dignitaire

La deuxième glose du Rama, d’après le Teroumat HaDéchen : devant celui qui porte une image de culte, on ne se découvre pas — sinon avant son arrivée. Le Rama rapporte l’avis indulgent, puis conclut qu’il est bon d’être rigoureux comme le premier.

8. Synthèse du Siman 150

Trois seifim, un seul motif. Quatre coudées de distance ; ne pas se pencher pour une épine ni pour des pièces — s’asseoir ou se tourner ; ne pas boire bouche à bouche à une fontaine à figures. Le Chakh ajoute que l’interdit vaut même sans témoin ; le Taz, qu’il vaut même si la figure ne se tient pas devant une idole, contre le Chakh qui, au nom du Bach, y voit une rigueur méritoire. Le Rama ajoute trois choses : le danger lève l’interdit ; on ne se découvre pas devant un dignitaire porteur d’une image de culte, sinon avant son arrivée ; et — après avoir rapporté l’avis indulgent — וטוב להחמיר כסברא הראשונה.

Questions de compréhension

  1. Pourquoi le Mehaber, au seif 2, dit-il comment faire plutôt que de se contenter d’interdire ?
  2. Que signifie exactement « il ne paraît pas » dans la braïta, et pourquoi la guemara écarte-t-elle la lecture la plus simple ?
  3. Le Chakh dit que l’interdit vaut même si personne ne voit. Comment cela se concilie-t-il avec un interdit fondé sur l’apparence ?
  4. Quelle différence de version le Taz relève-t-il entre le Tour et le Mehaber, et que change-t-elle en pratique ?
  5. Le Rama permet de boire en cas de danger. Sur quel type d’interdit cette permission porte-t-elle, et pourquoi ne s’étend-elle pas à tout ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
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DAAT · הרב יוסף חיים סממה
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