✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman 175 — Fixer un prix au cours du marché

Huit seifim, et une question : payer d’avance, est-ce acheter ou prêter ?
יורה דעה · סימן קע״ה
דין הפוסק על הפירות כפי השער
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
✦ ❖ ✦

Le Siman 175 tient en huit seifim — le Choulhan Aroukh l’annonce lui-même : ובו ח׳ סעיפים. Le siman 162 avait interdit de prêter une mesure contre une mesure, parce que le prix bouge. Ici, la même opération est permise — on avance de l’argent, on recevra du blé plus tard, et si le blé monte on aura gagné. Toute la différence tient dans un fait extérieur aux parties : la denrée a, ce jour-là, un prix. Le siman définit ce qu’est ce prix, et ce qui l’empêche d’en être un.

Sujet : Fixer un prix au cours du marché — פוסק על הפירות, יצא השער, שער שבמדינה, לקוטות, מחוסר מלאכה, מי שפרע, אגר נטר
Source : שולחן ערוך יורה דעה סימן קע״ה

Compilation : הרב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l’étude

1. Le texte du Choulhan Aroukh : les huit seifim
2. Le mécanisme : pourquoi יצא השער permet ce que le siman 162 interdisait
3. La sougya : בבא מציעא ע״ב ע״ב, la michna et les deux réponses sur les glaneurs
4. Le vocabulaire du siman : פוסק על הפירות · יצא השער · שער שבמדינה · לקוטות · מחוסר מלאכה · מי שפרע · אגר נטר
5. Le tableau : quand peut-on fixer un prix d’avance
6. L’appareil : le Chakh (14 ס״ק), le Taz (10), le Baer Hetev (11) et le Pit’hei Techouva (3)
7. Le Rambam : הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ — le chapitre entier est ce siman
8. Cas pratiques modernes
9. Synthèse et questions de compréhension

1. Le texte du Choulhan Aroukh — les huit seifim

Le siman se lit en trois temps. Les seifim 1 à 3 définissent ce qu’est un cours : où on le prend, et ce qui l’empêche d’en être un. Les seifim 4 et 5 donnent les deux autres conditions : la possession du vendeur, et l’interdiction faite à l’acheteur de gagner quoi que ce soit au-delà de la marchandise. Les seifim 6 à 8 règlent l’exécution : ce que le vendeur peut substituer, le cours auquel il livre, et ce qu’il advient d’une transaction faite dans l’interdit.

Seif א — le cours de la grande ville, et la glose qui allège

דין הפוסק על הפירות כפי השער. ובו ח׳ סעיפים:
אין פוסקין על הפירות על שער של עיירות מפני שאינו קבוע אבל פוסקין על שער שבמדינה שהוא קבוע ומשיצא השער של מדינה מותר להקדים מעות לחבירו ולפסוק עמו שיתן לו אותם פירות כל השנה כשיעור מעותיו כפי אותו השער אפי׳ אם יתייקרו ואפילו אם אין למוכר פירות: הגה וי״א דפוסקין על שער של עיירות (תוס׳ והרא״ש וטור והגהות אשיר״י) ויש להקל באיסור דרבנן (ד״ע):
Titre du siman : loi de celui qui fixe un prix sur des denrées d’après le cours ; et il comporte huit seifim.

On ne fixe pas de prix sur des denrées d’après le cours des bourgs, parce qu’il n’est pas fixe ; mais on fixe d’après le cours de la grande ville, qui est fixe. Et dès que le cours de la grande ville est sorti, il est permis d’avancer de l’argent à son prochain et de convenir avec lui qu’il lui donnera ces denrées-là toute l’année, à hauteur de son argent, selon ce cours-là — même si elles renchérissent, et même si le vendeur n’a pas de denrées.

Glose : Et certains disent que l’on fixe même sur le cours des bourgs (Tossefot, le Roch, le Tour et les Hagahot Ashiri), et il y a lieu d’être indulgent dans un interdit rabbinique (avis propre de l’auteur).
Ce qui est permis ici a été interdit au siman 162, et c’est le même mécanisme. On avance de l’argent, on recevra du blé plus tard, et si le blé monte on aura reçu plus qu’on n’a donné. Toute la différence tient dans un fait extérieur : le blé a, ce jour-là, un prix fixe et connu. L’acheteur aurait donc pu, à l’instant même, acheter son blé et le faire livrer plus tard. L’avance ne lui procure aucun avantage qu’il n’aurait déjà eu — elle lui épargne un déplacement, non un renchérissement.

Seif ב — nouveau et vieux — deux prix, donc aucun

היו החדשות במדינה ד׳ סאין בסלע וישנות שלשה בסלע אין פוסקין עד שיצא השער לחדש ולישן:
Si les [blés] nouveaux étaient dans la grande ville à quatre se’in le sela et les vieux à trois le sela, on ne fixe pas de prix tant que le cours n’est pas sorti pour le nouveau et pour le vieux.
Un cours fixe est un cours unique. Tant que le nouveau se vend à quatre et le vieux à trois, il n’y a pas un cours mais deux — et l’on ne sait pas lequel des deux le marché retiendra. Le Taz ajoute la raison, et elle est décisive : les deux prix vont converger, mais on ignore vers quel niveau ; le prix d’aujourd’hui n’est donc pas encore le prix de la denrée.

Seif ג — les glaneurs — deux marchandises, deux cours

היו חטין של לקוטות (פי׳ עניים המלקטים לקט שכחה ופאה) ד׳ סאין בסלע ושל בעה״ב ג׳ פוסק ללקוטות כשער הלקוטות ולא יפסוק לבע״ה עד שיקבע השער לבעל הבית:
Si le blé des glaneurs (glose insérée :) (explication : les pauvres qui glanent le leket, la chikh’ha et la pé’ah) était à quatre se’in le sela et celui du maître de maison à trois, on fixe avec les glaneurs au cours des glaneurs ; et l’on ne fixe pas avec le maître de maison tant que le cours n’est pas établi pour le maître de maison.
Deux marchandises différentes ont chacune leur cours. Le blé des glaneurs n’est pas le blé du maître de maison : il est mêlé, il ne vaudra jamais le même prix, et sa moindre valeur n’est pas une variation mais une qualité. Chacun a donc son propre cours fixe, et l’on peut fixer avec chacun au sien. Ce qui est interdit, c’est de fixer avec le maître de maison au cours des glaneurs — car là, la faveur n’est plus dans la marchandise, elle est dans l’avance d’argent.

Seif ד — « il en a » — jusqu’à concurrence, et trois travaux

אם היה למוכר מאותו המין אע״פ שעדיין לא נגמרה מלאכתו מותר לפסוק עליו עד כדי השיעור שיש לו אף על פי שעדיין לא יצא השער והוא שלא יהא מחוסר אלא מלאכה אחת או ב׳ אבל אם מחוסר ג׳ מלאכות אסור:
Si le vendeur avait de cette espèce, même si son travail n’est pas encore achevé, il est permis de fixer dessus jusqu’à concurrence de ce qu’il a, même si le cours n’est pas encore sorti — pourvu qu’il ne manque qu’un travail ou deux ; mais s’il manque trois travaux, c’est interdit.
Quand le vendeur possède, le cours du marché n’est plus nécessaire. S’il a la marchandise, il peut la vendre au prix qu’il veut, et l’acheteur en devient propriétaire dès l’instant : la hausse se produira chez lui. Le seif ajoute deux limites que le niveau 2 discutera. Combien : jusqu’à concurrence de ce qu’il a, et non « un peu suffit » comme au prêt en nature. Jusqu’où : la marchandise peut être inachevée, mais pas de trois opérations — au-delà, c’est comme s’il n’avait rien.

Seif ה — ne rien gagner : le courtier et le déchet

הפוסק על השער צריך שלא ירויח בדבר כלום כגון שאם מנהג שהלוקח נותן שכר הסרסור צריך שיתן הוא וצריך שינכה למוכר החסרון שראוין להתחסר לפי המדה ולפי הזמן:
Celui qui fixe un prix sur le cours doit ne rien gagner en la chose : par exemple, si l’usage est que l’acheteur paie le salaire du courtier, c’est à lui de le payer. Et il doit déduire pour le vendeur le déchet que les denrées sont appelées à subir, selon la mesure et selon le temps.
La règle qui empêche le montage de tourner à l’intérêt. La permission repose sur une fiction exacte : c’est comme si l’acheteur avait acheté aujourd’hui. Or celui qui achète aujourd’hui paie le courtier et supporte le déchet du stockage. Si l’acheteur y échappe, il gagne quelque chose que son argent lui a procuré — et ce quelque chose est un intérêt. Le Tour le dit en toutes lettres : sinon, c’est un intérêt, car celui-là gagne du fait de l’avance de son argent.

Seif ו — la substitution — des denrées, non de l’argent

הפוסק על הפירות ונתייקרו בשעת הפרעון יכול לשום הפירות שנפסק עליהן במעות וליתן לו פירות אחרות אבל מעות אינו יכול ליתן ויש מי שאומר שיכול ליתן מעות: הגה ויכול לפסוק על שער שבשוק על פירות האחרות כאלו נותן לו מעות עכשיו ודוקא שלא שם הפירות הראשונים על מעות רק אומר כך וכך סאה חטין יש לי אצלך תן לי בהם כך וכך יין או שאר דבר אבל אם שם אותו על דמים שיאמר כך וכך הם דמי החטין תן לי בהם יין אסור דהוי כאלו הלוה לו מעות דאין פוסקין עליהם כשאין המעות בעין אלא כשיש לו (כך דקדק הב״י מלשון ר״ן ונ״י) כמו שנתבאר סי׳ קס״ג:
Celui qui a fixé un prix sur des denrées et qu’elles ont renchéri au moment du paiement : il peut évaluer en argent les denrées sur lesquelles on a fixé et lui donner d’autres denrées ; mais de l’argent, il ne peut pas lui en donner. Et il y a qui dit qu’il peut donner de l’argent.

Glose : Et il peut fixer, au cours du marché, sur d’autres denrées, comme s’il lui donnait de l’argent maintenant ; et ce, à condition qu’il n’ait pas évalué les premières denrées en argent, mais qu’il dise seulement : « tant et tant de se’ah de blé sont à moi chez toi, donne-m’en tant et tant de vin ou autre chose ». Mais s’il l’a évalué en argent, disant : « telle est la valeur du blé, donne-moi du vin pour cela », c’est interdit, car c’est comme s’il lui avait prêté de l’argent — et l’on ne fixe pas sur de l’argent lorsque l’argent n’est pas là en nature, sauf s’il a [la denrée] (ainsi l’a déduit le Beit Yossef du langage du Ran et du Nimoukei Yossef), comme il a été expliqué au siman 163.
Ce que le vendeur peut substituer, et ce qu’il ne peut pas. Il doit du blé ; il peut donner à la place d’autres denrées de même valeur. Il ne peut pas donner d’argent, car alors il aurait acheté du blé et l’aurait revendu plus cher à l’acheteur — un profit d’argent tiré d’une avance d’argent. Rabbénou Tam permettait pourtant l’argent, et c’est lui le « il y a qui dit » du seif. La glose du Rama ajoute la ligne à ne pas franchir : parler en mesures, jamais en somme.

Seif ז — le cours le plus favorable, et le mi chepara

כיון שנקבע השער מות׳ לפסוק על שער הגבוה כיצד היו החטין נמכרות ד׳ סאין בסלע ופסק עמו שיתן לו החטין כשער הזול אם עמדו אח״כ עשר סאין בסלע נותן לו עשר סאין בסלע נתן לו המעות סתם ולא פסק עמו כשער הגבוה והוזלו נותן לו כשער שהיו שוים כשנתן לו המעות ומי שחזר מקבל מי שפרע ואם היה שליח לאחרים אינו נוטל אלא כשער הזול או מחזיר דמים ואין השליח ולא המשלח מקבלים מי שפרע:
Dès lors que le cours est établi, il est permis de fixer au cours le plus élevé [en mesures]. Comment ? Le blé se vendait quatre se’in le sela, et il a convenu avec lui qu’il lui donnerait le blé au cours le meilleur marché : si ensuite il s’est tenu à dix se’in le sela, il lui donne dix se’in le sela. S’il lui a donné l’argent sans rien préciser et n’a pas convenu avec lui du cours le plus élevé, et que les prix ont baissé, il lui donne au cours qu’ils valaient lorsqu’il lui a remis l’argent ; et celui qui se rétracte reçoit le « mi chepara ». Et s’il était mandataire d’autrui, il ne prend qu’au cours le meilleur marché ou rend l’argent — et ni le mandataire ni le mandant ne reçoivent le « mi chepara ».
Le cours établi permet de stipuler le plus favorable. Une fois le prix connu, l’acheteur peut convenir qu’il recevra selon le cours le plus avantageux — et si la denrée baisse, il reçoit davantage. Ce n’est pas une clause à sens unique interdite : le Taz montrera au niveau 2 pourquoi, avec les Tossefot. Et la fin du seif introduit deux notions de droit civil : le מי שפרע, cette réprobation qui frappe celui qui revient sur sa parole après paiement, et le mandataire, à qui l’on ne fait pas porter la faute de n’avoir pas stipulé.

Seif ח — la vente faite dans l’interdit tient au prix licite

מקח שנעשה באיסור כגון שהוסיף במקח משום אגר נטר וכיוצא בזה המקח קיים בענין שלא יהא בו רבית והוא שנתקיים המקח באחת מדרכי ההקנאות אבל אם לא נתקיים המקח אלא לענין מי שפרע בטל לגמרי:
Une transaction faite dans l’interdit — par exemple s’il a ajouté au prix pour le salaire de l’attente et choses semblables — la vente tient, de manière qu’il n’y ait pas d’intérêt en elle ; et cela pourvu que la vente ait été établie par l’un des modes d’acquisition. Mais si la vente n’a été établie qu’au regard du « mi chepara », elle est nulle entièrement.
Un contrat entaché d’intérêt n’est pas annulé : il est ramené au permis. C’est un principe de portée générale et il ferme le siman. Si le prix a été gonflé pour rémunérer un délai, on ne défait pas la vente : on la ramène au prix licite. Une condition, toutefois — que la vente ait été réellement conclue par un mode d’acquisition. Là où rien n’a été acquis et où il n’y a que le מי שפרע, il n’y a rien à ramener : la vente tombe.
Les huit seifim répondent à une seule question : l’argent avancé a-t-il acheté une marchandise, ou a-t-il été prêté ? S’il a acheté, la hausse ultérieure appartient à l’acheteur comme elle appartiendrait à n’importe quel propriétaire. S’il a été prêté, la hausse est un supplément versé au prêteur. Et ce qui fait qu’il a acheté est toujours la même chose : que l’acheteur ait pu, à cet instant-là, se procurer la marchandise — parce qu’elle a un prix, ou parce que le vendeur l’a.

2. Le mécanisme — pourquoi יצא השער permet ce que le siman 162 interdisait

Le Tour ouvre le siman en expliquant d’abord l’interdit, avant de dire ce qui le lève — et sa formulation vaut d’être lue mot à mot, car elle contient déjà la permission.

« אין פוסקין על הפירות עד שיצא השער פירוש אינו יכול להקדים מעות לחבירו ולפסוק עמו שיתן לו חטין כל השנה בשיעור מעותיו כפי מה ששוה עתה » (טור יו״ד קע״ה)
« שבשביל הקדמת המעות הוא מקבל עליו ליתן כפי זה הסכום אף אם יתייקרו » (טור יו״ד קע״ה)
פוסק על הפירות — fixer un prix sur des denrées. Avancer une somme aujourd’hui pour recevoir, plus tard, une quantité de denrée calculée au prix d’aujourd’hui. L’opération est identique à un achat à terme, et sa difficulté est identique à celle du siman 162 : si le prix monte, l’acheteur a reçu davantage que ce qu’il a payé, et il l’a reçu parce qu’il a payé d’avance.

Le Chakh, dès son premier ס״ק, expose l’un après l’autre l’interdit et sa levée — et il donne au passage la phrase qui, dans tout le bloc du ריבית, ouvre la porte.

« שזה מוזיל גביה בשביל הקדמת המעות ומקבל עליו שאם יתיקר יתן לו בזול כמו שהן עכשיו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק א)
« ואין כאן רבית שיכול הלוקח לומר אם היה מעותי בידי הייתי יכול לקנות בשוק כשער של עכשיו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק א)
« והוי כאלו המוכר קנה אותם ללוקח וזכה בהם ללוקח ואע״פ שנתייקרו ברשות לוקח נתייקרו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק א)
Trois propositions, et il faut les tenir ensemble. (1) L’interdit : le vendeur baisse son prix à cause de l’avance, et accepte de livrer au prix d’aujourd’hui même si la denrée monte. (2) La levée : l’acheteur peut dire — si mon argent était resté chez moi, j’aurais acheté au marché au cours d’aujourd’hui. (3) La fiction qui en résulte : c’est comme si le vendeur avait acheté la marchandise pour l’acheteur et la lui avait acquise ; la hausse s’est donc produite dans le domaine de l’acheteur.
« פירוש עיר גדולה והטעם דאמר ליה אילו היה לי מעותי הייתי יכול ליקח בזול » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק א)
« וחשבינן כאלו לקח התבואה ונתייקרה גביה ואע״ג דלא משך כיון דהוי דרך מקח וממכר לא גזרו בהו רבנן » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק א)
Pourquoi cet interdit n’est que rabbinique. Le Chakh l’explique en une ligne : puisque l’opération est une vente, et non un prêt, la Torah ne l’atteint pas. La conséquence est immédiate, et le Rama s’en sert au seif 1 pour permettre le cours des bourgs : dans un doute portant sur un interdit rabbinique, on allège.
« כלומר דכיון דדרך מקח וממכר הוא אינו אלא מדרבנן » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ג)
« ויש להקל באיסור דרבנן » (רמ״א יו״ד קע״ה:א)
Les deux permissions, et elles ne se confondent pas. יצא השער : la denrée a un cours fixe, connu, dans une grande ville — l’acheteur aurait pu l’acheter. יש למוכר : le vendeur possède la marchandise — l’acheteur en devient propriétaire à l’instant. La première dispense d’avoir la marchandise ; la seconde dispense d’avoir un cours. Les deux disent la même chose : ce que l’acheteur a payé lui a fait acquérir quelque chose aujourd’hui.

3. La sougya — Bava Metzia 72b

La michna du cinquième chapitre de Bava Metzia donne la règle en six mots, et la guemara passe le reste de la page à dire ce qu’est un cours.

« אֵין פּוֹסְקִין עַל הַפֵּירוֹת עַד שֶׁיֵּצֵא הַשַּׁעַר. יָצָא הַשַּׁעַר – פּוֹסְקִין, וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָזֶה יֵשׁ לָזֶה » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
« הָיָה הוּא תְּחִילָּה לַקּוֹצְרִים, פּוֹסֵק עִמּוֹ עַל הַגָּדִישׁ, וְעַל הֶעָבִיט שֶׁל עֲנָבִים, וְעַל הַמַּעֲטָן שֶׁל זֵיתִים » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
« וּפוֹסֵק עִמּוֹ בְּשַׁעַר הַגָּבוֹהַּ » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
La michna contient les trois permissions du siman. Le cours est sorti — seif 1. Il était le premier des moissonneurs et l’on fixe sur le tas, sur la cuve de raisins, sur la jarre d’olives — c’est le seif 4, le vendeur qui possède une marchandise inachevée. Et l’on fixe avec lui au cours le plus élevé — c’est le seif 7. Le Choulhan Aroukh n’a fait qu’en séparer les termes.
« אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין פּוֹסְקִין עַל הַשַּׁעַר שֶׁבַּשּׁוּק » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
« לָא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן אֶלָּא בַּשּׁוּק שֶׁל עֲיָירוֹת, דְּלָא קְבִיעִי תַּרְעַיְיהוּ » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
שער שבשוק et שער שבמדינה. Rabbi Yohanan interdit de fixer sur « le cours du marché » ; la guemara restreint aussitôt : il ne parlait que du marché des bourgs, דלא קביעי תרעייהו — dont les prix ne sont pas fixes. Le Taz explicite ce que veut dire מדינה : une grande ville. C’est de là que vient tout le seif 1, et c’est là aussi que le Rama trouvera de quoi alléger.
« הָיוּ חֲדָשׁוֹת מֵאַרְבַּע וִישָׁנוֹת מִשָּׁלֹשׁ – אֵין פּוֹסְקִין עַד שֶׁיֵּצֵא הַשַּׁעַר לֶחָדָשׁ וְלַיָּשָׁן » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
« אָמַר רַב נַחְמָן: פּוֹסְקִין לַלָּקוֹטוֹת כְּשַׁעַר הַלָּקוֹטוֹת » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
« אֲמַר לֵיהּ: בַּעַל הַבַּיִת זִילָא בֵּיהּ מִילְּתָא לְמֵיזַף מִלָּקוֹט. אִיבָּעֵית אֵימָא: מַאן דְּיָהֵיב זוּזֵי לְבַעַל הַבַּיִת – אַפֵּירֵי שַׁפִּירֵי יָהֵיב » (בבא מציעא ע״ב ע״ב)
Les deux réponses de la guemara sur les glaneurs, et elles ne disent pas la même chose. Rava demande : si le glaneur qui n’a pas de blé peut en emprunter à un autre glaneur, le maître de maison le peut aussi — pourquoi donc ne fixe-t-on pas avec lui ? Première réponse : il serait indigne d’un maître de maison d’emprunter à un glaneur. Seconde réponse : celui qui donne son argent à un maître de maison le donne pour de la belle marchandise. Le Taz montrera au niveau 2 que les deux ne se recouvrent pas, et que le Tour a suivi la première par rigueur.

4. Le vocabulaire du siman

יצא השער — le cours est sorti. Non pas « il y a un prix », mais : un prix s’est établi, fixe et connu, dans un marché assez grand pour qu’il fasse référence. C’est la condition qui transforme une avance d’argent en achat.
שער שבמדינה contre שער של עיירות. Le premier est le cours de la grande ville, que le Taz définit ainsi ; le second celui des bourgs, dont les prix bougent. Le Mehaber exige le premier, la glose du Rama admet le second — et le Chakh ajoute une précision de terrain : le cours d’une grande ville vaut pour les localités qui s’y approvisionnent, non pour celles qui, tout en étant proches, s’approvisionnent ailleurs.
« ואם יצא השער בכרך א׳ אע״פ שכל העיירות הסמוכים לה אין להם שער פוסקים על שער של אותה כרך » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב)
« מיהו נ״ל דוקא כשהן מסתפקות ממנה אבל אם אינן מסתפקות ממנה אע״פ שהן סמוכות לה לא אזלינן בתרה » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב)
לקוטות — les glaneurs. Le Choulhan Aroukh insère lui-même l’explication : les pauvres qui ramassent le leket, la chikh’ha et la pé’ah. Leur blé est de moindre qualité, et le Taz précise pourquoi cela change tout : c’est un blé mêlé, presque une autre espèce, dont le prix ne rejoindra jamais celui du maître de maison. Il a donc son propre cours fixe.
מחוסר מלאכה — la marchandise inachevée. Une denrée en cours de préparation : le tas de blé qu’il faut encore sécher, battre et vanner. Un ou deux travaux manquants ne l’empêchent pas de compter comme possédée ; trois la rangent avec ce qui n’existe pas encore. Le Chakh ajoute une asymétrie qu’il faut noter : un ou deux travaux, même s’ils dépendent du ciel, ne gênent pas ; trois travaux gênent, même s’ils sont entre ses mains.
« אפילו אין בידו לגמרו אלא בידי שמים ומחוסר ג׳ אסור אפילו בידו לגמרו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ח)
מי שפרע — « celui qui a payé ». Notion de droit civil, invoquée ici deux fois. Lorsque de l’argent a été remis sans qu’un mode d’acquisition ait opéré, la vente n’est pas contraignante ; mais celui qui se rétracte encourt une réprobation formelle du tribunal. Le seif 7 s’en sert pour la rétractation, et le seif 8 pour dire ce qui, à l’inverse, ne suffit pas à faire tenir une vente entachée d’intérêt.
אגר נטר — le salaire de l’attente. Le nom générique de l’intérêt, et le seif 8 s’en sert pour désigner ce qui a rendu la transaction irrégulière : un prix majoré pour rémunérer un délai. La règle du seif est de portée générale et vaut bien au-delà de notre matière.

5. Le tableau — quand peut-on fixer un prix d’avance

La situationPeut-on fixer ?Source
Le cours est établi dans la grande villeOui — même si le vendeur n’a rienשו״ע יו״ד קע״ה:א
Seuls les bourgs ont un prix, et il bougeNon selon le Mehaberשו״ע יו״ד קע״ה:א
Idem, selon les Tossefot et le RochOui — et le Rama allègeרמ״א יו״ד קע״ה:א
Le cours est sorti dans une grande ville dont la localité s’approvisionneOuiש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב
Nouveau à quatre, vieux à troisNon — deux prix, donc aucunשו״ע יו״ד קע״ה:ב
Blé des glaneurs, au cours des glaneursOuiשו״ע יו״ד קע״ה:ג
Blé du maître de maison, au cours des glaneursNonשו״ע יו״ד קע״ה:ג
Le vendeur possède la marchandise, sans coursOui — à concurrence de ce qu’il aשו״ע יו״ד קע״ה:ד
Marchandise inachevée d’un ou deux travauxOuiשו״ע יו״ד קע״ה:ד
Marchandise inachevée de trois travauxNonשו״ע יו״ד קע״ה:ד
L’acheteur échappe au salaire du courtierNon — il doit le payerשו״ע יו״ד קע״ה:ה
Le déchet de conservation n’est pas déduitNon — il faut le déduireשו״ע יו״ד קע״ה:ה
Le vendeur substitue d’autres denréesOuiשו״ע יו״ד קע״ה:ו
Le vendeur substitue de l’argentNon pour le Mehaber ; permis pour l’avis rapportéשו״ע יו״ד קע״ה:ו
Convenir du cours le plus favorable à l’acheteurOui, le cours étant établiשו״ע יו״ד קע״ה:ז
Transaction déjà faite avec un prix majoréElle tient, au prix liciteשו״ע יו״ד קע״ה:ח

6. L’appareil — Chakh, Taz, Baer Hetev, Pit’hei Techouva

Le Chakh — quatorze ס״ק

« שזה מוזיל גביה בשביל הקדמת המעות ומקבל עליו שאם יתיקר יתן לו בזול כמו שהן עכשיו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק א)
« ואם יצא השער בכרך א׳ אע״פ שכל העיירות הסמוכים לה אין להם שער פוסקים על שער של אותה כרך » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ב)
« כלומר דכיון דדרך מקח וממכר הוא אינו אלא מדרבנן » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ג)
« שכל זמן שיש חילוק בשער בין חדש לישן אינו נקרא שער קבוע » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ד)
« ללקוטות שיתן להם משל לקוטות כשער הלקוטות » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ה)
« שיתן לו אפי׳ משל לקוטות ד׳ בסלע דמסתמא ב״ה פירי שפירי יהיב אבל מותר לפסוק עם ב״ה שיתן לו ג׳ בסלע » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ו)
« וכתב הטור בשם ר״י דכיון שחסר תיקון קצת לא חשבינן ליה כמו בידו בענין שיכול לפסוק שוה ה׳ בד » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ז)
« אפילו אין בידו לגמרו אלא בידי שמים ומחוסר ג׳ אסור אפילו בידו לגמרו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ח)
« שראוין להתחסר כו׳. כמו שנתבאר בח״מ סימן רצ״ב » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק ט)
« אפי׳ יצא השער אלא א״כ יש לו יין כדלעיל ר״ס קס״ג » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק י)
« ולא מחזי כרבית דהא אי הוי מעותיו בידו הוי יכול ליקח תבואה בזול » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק י״א)
« היינו שלא חייב עצמו בקנין אחר רק בדברים » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק י״ב)
« ואם היה שליח כו׳. עיין בח״מ סימן קפ״ב ס״ו » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק י״ג)
« ויתן כשער של היתר והרבית אם נתן לו אין מוציאין אותו מיד המוכר » (ש״ך יו״ד קע״ה ס״ק י״ד)

Le Taz — dix ס״ק

« פירוש עיר גדולה והטעם דאמר ליה אילו היה לי מעותי הייתי יכול ליקח בזול » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק א)
« זה לשון הרמב״ם וכ׳ על זה המגיד משנה דמשמע שאפי׳ על הישנות בג׳ אין פוסקין » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ב)
« אפילו לרמב״ם דלעיל שהחמיר אפי׳ בישנות מג׳ דלא הוה שער קבוע כלל מודה הכא שיש לכל א׳ שער קבוע » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ג)
« מפ׳ בגמרא דבשלמא לקיט אי לית ליה יזיף מלקיט חברי׳ אבל ב״ה אי ל״ל זילא ביה מלתא למיזף מלקיט » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ד)
« ולא סגי כאן אם יש לו מעט מאותו מין כיון שמכר הוא דדוקא בהלואת סאה בסאה הקילו בזה » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ה)
« פירוש מחמת אכילת העכברים או מתפזרת » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ו)
« עמ״ש סוף סימן קס״ב בדין אסור ללוות חטין בדוחן » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ז)
« דין זה נתבאר סי׳ קס״ג סעיף ב » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ח)
« אין להקשות הא הוי קרוב לשכר ורחוק להפסד דמהאי טעמא בעינן בסי׳ קע״ג סעיף י״ג שיקבל עליו אחריות הזול » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק ט)
« השליח פשיטא דאין צריך לקבל דהא לאו דידיה הוא וגם המשלח אין צריך לקבל דיכול לומר לתיקוני שדרתי את שלוחי ולא לעוותי » (ט״ז יו״ד קע״ה ס״ק י)

Le Baer Hetev — onze ס״ק

« פי׳ עיר גדולה והטעם דא״ל אלו היה לי מעותי הייתי לוקח בזול וחשבינן כאלו לקח התבואה ונתייקרה גביה » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק א)
« ואם יצא השער בכרך אע״פ שכל העיירות הסמוכות לה אין להם שער פוסקים על שער של אותה כרך » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ב)
« כלומר כיון דדרך מקח וממכר הוא אינו אלא מדרבנן » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ג)
« שכל זמן שיש חילוק בשער בין חדש לישן אינו נקרא שער קבוע כלל » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ד)
« כתב הט״ז ול״ד לס״ב דצריך שער קבוע לחדש וישן דהתם שניהן מין א׳ ועתידין להשוות » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ה)
« שיתן לו אפילו משל לקוטות ד׳ בסלע דמסתמא בע״ה פירי שפירי יהיב » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ו)
« ולא סגי כאן אם יש לו מעט מאותו מין דדוקא בהלואת סאה בסאה הקילו בזה » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ז)
« אפילו אין בידו לגמרו אלא בידי שמים ומחוסר ג׳ אסור אפילו בידו לגמרו » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ח)
« אפילו יצא השער אא״כ יש לו יין כדלעיל ר״ס קס״ג » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק ט)
« ולא מחזי כרבית דהא אי הוי מעותיו בידו היה יכול לקנות תבואה בזול » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק י)
« היינו שלא חייב עצמו בקנין אחר רק בדברים » (באר היטב יו״ד קע״ה ס״ק י״א)

Le Pit’hei Techouva — trois ס״ק

« שכתב דהפסיקה על השער משיצא השער או שיש לו צריך שיהא במנהג מדת השער שעליו יצא הפסיקה » (פתחי תשובה יו״ד קע״ה ס״ק א)
« שהרי הקפידו חז״ל שלא ירויח הלוקח כלום וצריך שינכה חסרונות הרגילים » (פתחי תשובה יו״ד קע״ה ס״ק ב)
« עי׳ בספר אשל אברהם להגאון מהר״א ברודא ז״ל ובס׳ פני יהושע שערערו על פסק זה והעלו הוראה להתיר » (פתחי תשובה יו״ד קע״ה ס״ק ג)
Une absence à signaler, et à ne pas mal nommer. Les Nekoudot HaKessef — la réplique du Chakh au Taz — ne commentent pas ce siman : elles n’ont rien à y dire, l’ouvrage suivant siman par siman ce qu’il choisit de discuter. C’est une absence de commentaire, non une absence d’ouvrage : on les trouve sur le siman 174 comme sur le siman 176, et il n’y a donc rien à citer d’elles ici.

7. Le Rambam — הלכות מלווה ולווה פרק ט׳

Le chapitre 9 des הלכות מלווה ולווה est notre siman, du premier mot au dernier — et le siman 162 le signalait déjà : le chapitre 10, qui le suit, traite du prêt en nature, la forme prêteur-emprunteur du même mécanisme.

« אֵין פּוֹסְקִין עַל הַפֵּרוֹת עַד שֶׁיֵּצֵא הַשַּׁעַר. יָצָא הַשַּׁעַר פּוֹסְקִין. אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָזֶה יֵשׁ לָזֶה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה א׳)
« הָיָה הַשַּׁעַר לַחִטִּים קָבוּעַ לַשּׁוּק אַרְבַּע סְאִין בְּסֶלַע הֲרֵי זֶה פּוֹסֵק עִמּוֹ עַל מֵאָה סְאִין וְנוֹתֵן לוֹ חָמֵשׁ וְעֶשְׂרִים סְלָעִים » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה א׳)
« אֲבָל אִם הָיָה לַמּוֹכֵר מֵאוֹתוֹ הַמִּין כְּלוּם אַף עַל פִּי שֶׁעֲדַיִן לֹא נִגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ הֲרֵי זֶה מֻתָּר לִפְסֹק עָלָיו אַף עַל פִּי שֶׁעֲדַיִן לֹא יָצָא הַשַּׁעַר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה א׳)
« כָּל דָּבָר שֶׁהוּא מְחֻסַּר מְלָאכָה אַחַת אוֹ שְׁתַּיִם פּוֹסֵק עִמּוֹ עָלָיו. הָיָה מְחֻסַּר שָׁלֹשׁ מְלָאכוֹת אֵינוֹ פּוֹסֵק אֶלָּא אִם כֵּן יָצָא הַשַּׁעַר » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ב׳)
« אֵין פּוֹסְקִין עַל שַׁעַר שֶׁל עֲיָרוֹת מִפְּנֵי שֶׁאֵין הַשַּׁעַר קָבוּעַ אֶלָּא עַל שַׁעַר שֶׁבַּמְּדִינָה » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ד׳)
« הָיוּ הַחִטִּים הַחֲדָשׁוֹת בַּמְּדִינָה אַרְבַּע סְאִין בְּסֶלַע וִישָׁנוֹת שָׁלֹשׁ בְּסֶלַע אֵין פּוֹסְקִין עַד שֶׁיֵּצֵא הַשַּׁעַר לֶחָדָשׁ וְלַיָּשָׁן » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ד׳)
« הָיוּ חִטִּין שֶׁל לְקוּטוֹת אַרְבַּע סְאִין בְּסֶלַע וְשֶׁל בַּעַל הַבַּיִת שָׁלֹשׁ פּוֹסֵק לַלְּקוּטוֹת כְּשַׁעַר לְקוּטוֹת וְלֹא יִפְסֹק לְבַעַל הַבַּיִת עַד שֶׁיִּקְבַּע הַשַּׁעַר לְבַעַל הַבַּיִת » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ד׳)
« כֵּיוָן שֶׁנִּקְבַּע הַשַּׁעַר מֻתָּר לִפְסֹק עַל הַשַּׁעַר הַגָּבוֹהַּ » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ה׳)
« נָתַן לוֹ הַמָּעוֹת סְתָם וְלֹא פָּסַק עִמּוֹ בַּשַּׁעַר הַגָּבוֹהַּ וְהוּזְלוּ נוֹתֵן כַּשַּׁעַר שֶׁהָיוּ שָׁוִין כְּשֶׁנָּתַן לוֹ הַמָּעוֹת. וּמִי שֶׁחָזַר מְקַבֵּל מִי שֶׁפָּרַע » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ה׳)
« אֲבָל אִם הָיָה שָׁלִיחַ לַאֲחֵרִים בֵּין הַמּוֹכֵר בֵּין הַלּוֹקֵחַ אֵינוֹ נוֹטֵל אֶלָּא כַּשַּׁעַר הַזּוֹל אוֹ מַחְזִיר אֶת הַדָּמִים » (רמב״ם הלכות מלווה ולווה פרק ט׳ הלכה ה׳)
Le RambamLe Choulhan AroukhLe sujet
פרק ט׳ הלכה א׳שו״ע יו״ד קע״ה:א · קע״ה:דLe cours sorti, et le vendeur qui possède
פרק ט׳ הלכה ב׳שו״ע יו״ד קע״ה:דUn ou deux travaux manquants, contre trois
פרק ט׳ הלכה ד׳שו״ע יו״ד קע״ה:א · קע״ה:ב · קע״ה:גBourgs et grande ville, nouveau et vieux, glaneurs et maître de maison
פרק ט׳ הלכה ה׳שו״ע יו״ד קע״ה:זLe cours le plus favorable, le mi chepara, le mandataire
פרק ט׳ הלכה ו׳שו״ע יו״ד קס״גLe blé dû par des tiers — le siman précédent
פרק ט׳ הלכה ג׳שו״ע יו״ד קע״ה:דLe lait, la tonte et le miel : vendre sans quantité, ou au cours du marché
Deux choses que le Rambam donne et que le seif ne donne pas. (1) Le chiffre : quatre se’in le sela, cent se’in, vingt-cinq sela’im — le Rambam calcule, et le calcul rend la règle immédiatement lisible. (2) L’exemple des trois travaux : un tas qui doit encore sécher au soleil, être battu et vanné — trois, donc interdit ; s’il est sec et qu’il ne reste que battage et vannage — deux, donc permis. Le Choulhan Aroukh a gardé la règle et laissé les exemples.

8. Cas pratiques modernes

Cas 1 — Payer d’avance une année de livraisons

Un particulier verse aujourd’hui le prix d’une année de fournitures, à livrer au fil des mois. C’est exactement le seif 1 : si la marchandise a un cours établi et connu, l’opération est un achat, et la hausse ultérieure ne le concerne pas. Si elle n’en a pas et que le fournisseur n’a rien en stock, l’avance devient un prêt et la remise consentie devient un intérêt. Pour la mise en pratique, consulte ton Rav.

Cas 2 — La remise pour paiement anticipé

C’est la forme la plus courante du problème. Le seif 5 est ici le texte décisif : celui qui fixe d’avance ne doit rien gagner. Une remise qui correspond à un coût réellement épargné au vendeur — un courtier qu’il n’a pas à payer, un stockage qu’il n’a pas à supporter — n’est pas un gain. Une remise qui n’a d’autre cause que l’avance en est un. Question de Rav.

Cas 3 — Une denrée sans prix de marché

Un produit rare, sur mesure, dont il n’existe aucune cotation. Le seif 1 ne s’applique pas, mais le seif 4 peut suffire : si le fabricant possède déjà la matière, l’avance est un achat, à concurrence de ce qu’il possède. Le Taz précise que « il en a un peu » ne suffit pas ici, à la différence du prêt en nature : il faut la quantité. Question de Rav.

Cas 4 — Livrer autre chose que ce qui était convenu

Le blé a monté, le vendeur propose de régler autrement. Le seif 6 permet la substitution en nature et l’interdit en argent selon le Mehaber, un avis rapporté permettant l’argent. La glose du Rama ajoute la ligne à ne pas franchir : parler en mesures — « tant de blé est à moi chez toi, donne-m’en du vin » — et non en somme. Question de Rav.

Cas 5 — Un contrat déjà signé, et l’on découvre le problème

C’est le seif 8, et il est rassurant : on ne défait pas la vente, on la ramène au prix licite — à condition qu’un mode d’acquisition ait opéré. Le Chakh ajoute que ce qui a déjà été versé en trop n’est pas repris des mains du vendeur ; et le Pit’hei Techouva rapporte que plusieurs A’haronim ont contesté ce dernier point. Question de Rav.

9. Synthèse du Siman 175

Une phrase. Avancer de l’argent pour recevoir plus tard une denrée est permis lorsque l’acheteur aurait pu se la procurer à l’instant — parce qu’elle a un cours fixe et connu dans une grande ville, ou parce que le vendeur la possède déjà — et à condition que l’acheteur ne gagne rien de plus que la denrée elle-même.

Tableau-mémoire

SeifLa clauseCe qu’elle décide
1 « אין פוסקין על הפירות על שער של עיירות מפני שאינו קבוע אבל פוסקין על שער שבמדינה שהוא קבוע » (שו״ע יו״ד קע״ה:א) Où se prend le cours : la grande ville, non les bourgs
1 « אפי׳ אם יתייקרו ואפילו אם אין למוכר פירות » (שו״ע יו״ד קע״ה:א) Une fois le cours sorti : ni la hausse ni le stock ne comptent
1 « וי״א דפוסקין על שער של עיירות » (רמ״א יו״ד קע״ה:א) La glose : le cours des bourgs suffit
2 « היו החדשות במדינה ד׳ סאין בסלע וישנות שלשה בסלע אין פוסקין עד שיצא השער לחדש ולישן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ב) Deux prix pour une même espèce : pas de cours
3 « ד׳ סאין בסלע ושל בעה״ב ג׳ פוסק ללקוטות כשער הלקוטות ולא יפסוק לבע״ה עד שיקבע השער לבעל הבית » (שו״ע יו״ד קע״ה:ג) Deux marchandises distinctes : chacune son cours
4 « אם היה למוכר מאותו המין אע״פ שעדיין לא נגמרה מלאכתו מותר לפסוק עליו עד כדי השיעור שיש לו אף על פי שעדיין לא יצא השער » (שו״ע יו״ד קע״ה:ד) La possession du vendeur remplace le cours
4 « והוא שלא יהא מחוסר אלא מלאכה אחת או ב׳ אבל אם מחוסר ג׳ מלאכות אסור » (שו״ע יו״ד קע״ה:ד) Un ou deux travaux, oui ; trois, non
5 « הפוסק על השער צריך שלא ירויח בדבר כלום כגון שאם מנהג שהלוקח נותן שכר הסרסור צריך שיתן הוא » (שו״ע יו״ד קע״ה:ה) L’acheteur ne gagne rien : il paie le courtier
5 « וצריך שינכה למוכר החסרון שראוין להתחסר לפי המדה ולפי הזמן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ה) Et il déduit le déchet, selon la mesure et le temps
6 « הפוסק על הפירות ונתייקרו בשעת הפרעון יכול לשום הפירות שנפסק עליהן במעות וליתן לו פירות אחרות אבל מעות אינו יכול ליתן » (שו״ע יו״ד קע״ה:ו) Substituer des denrées, pas de l’argent
6 « אבל אם שם אותו על דמים שיאמר כך וכך הם דמי החטין תן לי בהם יין אסור דהוי כאלו הלוה לו מעות » (רמ״א יו״ד קע״ה:ו) Parler en mesures, jamais en somme
7 « כיון שנקבע השער מות׳ לפסוק על שער הגבוה » (שו״ע יו״ד קע״ה:ז) Le cours établi permet de stipuler le plus favorable
7 « ואם היה שליח לאחרים אינו נוטל אלא כשער הזול או מחזיר דמים ואין השליח ולא המשלח מקבלים מי שפרע » (שו״ע יו״ד קע״ה:ז) Le mandataire ne porte pas la faute de n’avoir pas stipulé
8 « מקח שנעשה באיסור כגון שהוסיף במקח משום אגר נטר וכיוצא בזה המקח קיים בענין שלא יהא בו רבית » (שו״ע יו״ד קע״ה:ח) La vente irrégulière tient, ramenée au prix licite

Questions de compréhension

  1. Le siman 162 interdit de prêter une se’ah contre une se’ah ; celui-ci permet d’acheter du blé d’avance. Où est la différence ? Formule-la sans employer le mot « vente ».
  2. Pourquoi le cours des bourgs ne suffit-il pas selon le Mehaber, et sur quoi le Rama s’appuie-t-il pour l’admettre ?
  3. Le seif 2 refuse un cours parce qu’il y en a deux ; le seif 3 en accepte deux. Le Taz (ס״ק ג) explique. Restitue la différence.
  4. Que veut dire « il ne manque qu’un travail ou deux » ? Et pourquoi trois changent-ils tout, même si tout dépend de lui ?
  5. Le seif 5 interdit à l’acheteur de gagner quoi que ce soit. Donne les deux exemples du seif, et dis ce qu’ils ont en commun.
  6. Le vendeur peut donner d’autres denrées mais non de l’argent. Pourquoi ? Et qui est le « il y a qui dit » qui permet l’argent ?
  7. Le seif 7 permet de stipuler le cours le plus favorable. Le Taz (ס״ק ט) demande pourquoi ce n’est pas קרוב לשכר ורחוק להפסד. Quelle est la réponse, et de qui vient-elle ?
  8. Le seif 8 dit qu’une vente irrégulière tient. À quelle condition, et pourquoi cette condition est-elle décisive ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קע״ה · Niveau 1 — Initiation · דין הפוסק על הפירות כפי השער
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · Siman קע״ה · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha