✦ ❖ ✦
DAAT · NIVEAU 4 — HALAKHA LEMA‘ASSÉ

Siman 234 — Halakha lema‘assé : ce que l’annulation peut, et ce qu’elle ne peut pas

יורה דעה · סימן רל״ד
מתי האב והבעל מפירין ומתי מפירין שניהם יחד
הפרת נדרים · ביום שמעו · עינוי נפש · דברים שבינו לבינה
⚖️ הלכה למעשה · Psak
✦ ❖ ✦
La ligne de conduite du siman, adossée à chaque fois à une entrée d’appareil citée

Sujet :
שולחן ערוך יורה דעה סימן רל״ד · ע״ד סעיפים · ש״ך · ט״ז · באר היטב · פתחי תשובה · נקודות הכסף

Rédaction :
הרב יוסף חיים סממה · DAAT

📑 Table des matières

  1. Ce que cette page ne permet pas
  2. La distinction première : annuler n’est pas délier
  3. Qui annule, et dans quel état
  4. Le jour — et les deux ignorances qui ne se valent pas
  5. La forme de l’acte : les mots, la bouche, le cœur
  6. Quels vœux sont atteints, et ce que l’annulation laisse debout
  7. Ce qui ferme définitivement — et le recours
  8. Tableau de psika
  9. Ce qui demande un Rav

1. Ce que cette page ne permet pas

Cette page n’autorise personne à annuler un vœu. Elle rassemble ce que le Choulhan Aroukh et son appareil enseignent, et chaque ligne y est adossée à une entrée d’appareil citée à côté d’elle. Une annulation dépend de faits — ce qui a été dit, par qui, quand, et dans quel état se trouvaient les personnes — que seul l’examen du cas fait apparaître, et elle se porte devant un Rav. Les matières de ce siman touchent des personnes, et le Choulhan Aroukh les expose avec une sobriété que nous n’avons pas voulu quitter.

2. La distinction première : annuler n’est pas délier

C’est le premier point à tenir, parce que tout le reste en dépend. La התרה est l’acte d’un sage ou de trois hommes : elle déracine le vœu depuis son origine, elle n’a pas de délai, elle porte sur tous les vœux. La הפרה est l’acte du père ou du mari : elle ne déracine pas, elle est bornée à un jour, et elle n’atteint que deux catégories de vœux. Le Baer Hetev ouvre son appareil sur cette limite même.

« האב והבעל מפירין דוקא דברים שיש בהם עינוי נפש או בינו לבינה כדלקמן סנ״ה ונ״ח » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק א)
« דדוקא גבי התרת נדר אמרינן כן דחכם שמתיר עוקר הנדר מעיקרו אבל בבעל מיגז גייז מכאן ולהלאה. » (ט״ז יו״ד רל״ד ס״ק ל״ג)
Conséquence pratique immédiate : les formules d’une התרה n’annulent pas. Le Baer Hetev le dit au nom du Chakh — elles ne valent pas pour le mari, même accompagnées d’un פתח et d’une חרטה.
« דבכ״ג מהני גבי חכם אבל בבעל לא מהני אפי׳ בפתח וחרטה » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק מ״א)

3. Qui annule, et dans quel état

Trois états où l’on annule, et ils s’excluent : le père seul, le mari seul, les deux ensemble — et un quatrième état où personne n’annule : une union où les קידושין ne prennent pas (seif 4) et la שומרת יבם (seif 7). Le seif 1 et le seif 2 posent les bornes des trois premiers, et le seif 5 l’état intermédiaire. Le Chakh y ajoute une précision utile en pratique : ce pouvoir atteint même un vœu prononcé « sur l’avis d’un grand nombre », et même si le mari avait d’avance renoncé.

« וכן בעל מפר נדרי אשתו אפילו נדרה עד״ר ואפילו ביטל הבעל דעתו ונתן לה רשות לדור עד״ר. » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק ד)
Dans l’état intermédiaire — la נערה fiancée —, une seule main n’accomplit rien (seif 5). Et sur le point de savoir s’il faut que les deux entendent le même jour, le Chakh rapporte du Bayit Hadach que l’on retient la rigueur.
« כתב הב״ח דנקטינן לחומרא » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק י״ג)

Pour le père, le siman ne tranche pas quels vœux il atteint (seif 58, trois avis). Le Baer Hetev rapporte la position du Chakh, et c’est celle que retient la pratique.

« וכ׳ הש״ך דנ״ל עיקר להלכה שבתו שוה לאשתו: » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק נ)

4. Le jour — et les deux ignorances qui ne se valent pas

Le délai est un jour de calendrier, non vingt-quatre heures (seif 21). Passé le soir, le silence vaut confirmation. Deux précisions changent tout en pratique.

Ce qui ferme — le silence tenu dans l’intention de confirmer ferme la porte immédiatement, sans attendre le soir. Le Baer Hetev le rapporte du Ran.
« ואם שותק ע״מ לקיים לאלתר שוב אינו יכול להפר אפילו בו ביום. » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק כ״ו)
Ce qui rouvre — l’ignorance du pouvoir d’annuler, ou de la nature du vœu, fait courir le délai à compter du moment où l’on apprend (seif 21). Mais l’ignorance du délai ne rouvre rien (seif 22). C’est une distinction qui pèse en pratique, et elle ne s’invente pas : il faut établir ce que l’homme savait.

Le Chabbat n’arrête pas le délai, et c’est pourquoi on annule ce jour-là même sans besoin du Chabbat. Le Baer Hetev en donne la raison en une ligne.

« דאם לא יפר עד שתחשך לא יוכל שוב להפר. » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק ל״א)

5. La forme de l’acte : les mots, la bouche, le cœur

La langue est libre — n’importe laquelle, et même une que la femme ne connaît pas (seif 37). Le mot, lui, ne l’est pas : il faut un mot dont l’objet est de déraciner — מופר, בטל, אין נדר זה כלום. Les trois formules du sage — מחול, מותר, שרוי — ne valent pas ici.

Mais des trois, le troisième est contesté dans le seif lui-même. Le Mehaber referme le seif 37 en rapportant l’avis du Roch et du Tour, pour qui celui qui n’a dit que אין נדר זה כלום n’a pas annulé. Le Chakh précise que cet avis admet en revanche le mot בטל. Cette page ne tranche pas ce que le Choulhan Aroukh laisse ouvert : un mari qui n’aurait dit que cette troisième formule doit poser la question à un Rav.

« ויש מי שחולק ואומר דאומר אין נדר זה כלום לא הוי הפרה » (שו״ע יו״ד רל״ד:לז)
« ויש מי שחולק כו׳. אבל באומר בטל מודה » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק נ״ז)

Sur la bouche et le cœur, le Rama tranche au seif 40 contre la distinction du Rambam, et sa décision tient en deux mots — וכן עיקר. Elle se résume ainsi : l’annulation pensée ne vaut que si elle est accompagnée d’un acte qui la porte, la formule « prends et mange ».

Asymétrie. Le cœur confirme et n’annule pas (seif 41). D’où : on revient sur une annulation pensée, jamais sur une confirmation pensée — sauf dans le temps d’une parole.

6. Quels vœux sont atteints, et ce que l’annulation laisse debout

Deux catégories seulement, et le régime n’est pas le même. La première, une fois levée, l’est pour toujours — le Chakh ajoute : et même à l’égard d’autrui. La seconde ne l’est que tant que le mari y a du profit, et le seif 55 dit lui-même jusqu’où cela va : tant qu’elle est sous lui, et, après le divorce, tant qu’elle ne s’est pas remariée — car il se peut qu’elle lui revienne. Une femme divorcée et non remariée reste donc couverte par l’annulation ; c’est seulement une fois remariée que le vœu prend effet à l’égard du mari aussi.

« ואפי׳ לאחרים: » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק ס״ח)
« דהיינו כל זמן שהיא תחתיו ולאחר שתתגרש כל זמן שלא תנשא שאפשר שתחזור אליו אבל לאחר שתנשא חל הנדר גם לדידיה » (שו״ע יו״ד רל״ד:נה)
Ce que l’annulation ne fait pas. Elle ne déracine pas : ce qu’un tiers a rattaché au vœu de la femme reste interdit pour lui, quoiqu’elle soit permise (seif 51). Et il existe une troisième catégorie de vœux que personne n’annule — ni privation, ni chose entre eux (seifim 72 et 74).

Un point reste controversé et se signale plutôt qu’il ne se tranche : faut-il annuler par précaution ce à quoi la femme est déjà tenue, dans l’éventualité d’un divorce ? Le Chakh, au nom du Pericha, dit oui ; le Baer Hetev le rapporte et signale aussitôt que le Taz conteste.

« מיהו יש להפר שמא יגרשנה כדלעיל סעיף ע״א פרישה וע״ל ס״ק ס׳ שם כתבתי דהט״ז חולק ע״ז: » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק ס״ב)

7. Ce qui ferme définitivement — et le recours

Ce qui ferme est la הקמה, et elle se donne plus facilement qu’on ne croit : toute formule qui indique qu’il a confirmé, même dite pour la contrarier (seif 37) ; le silence tenu jusqu’au soir (seif 21) ; le fait de rattacher son propre vœu au sien (seif 52). Une fois donnée, l’annulation est close.

Le recours est au seif 49, et le seif 22 l’énonçait déjà : demander à un sage la dissolution de la confirmation, puis annuler. Sur le délai, le seif porte deux avis et ne les départage pas. Selon le premier, que le Taz et le Chakh expliquent, la demande vaut même plusieurs jours après, et le jour de la demande tient lieu de jour d’audition. Selon le second, que le Mehaber rapporte dans le même seif, on ne demande sur la confirmation que le jour de l’audition — et la parenthèse finale du seif, que les éditions imprimées donnent comme glose du Rama, écrit qu’il y a lieu d’être rigoureux comme cette dernière opinion. La question n’est donc pas tranchée ici : elle va au Rav.
« אפי׳ לאחר כמה ימים ולא אמרינן דהוי כשתיקה » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק ס״ג)
« היינו ביום השאלה שהוא לו כיום השמיעה ועל הקמתו יכול לשאול אפילו לאחר כמה ימים…(והי״א ס״ל דההקמה שעשה לא גרע משתיקה ביום השמיעה ותו לא מצי למפר) » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק מ״ה)
« וי״א שאינו יכול להשאל על ההקם אלא ביום השמיעה » (שו״ע יו״ד רל״ד:מט)
« ויש להחמיר כסברא האחרונה (ר״ן והתוספות וכ״כ ר׳ ירוחם ובת״ה בשם סמ״ק) ויתיר לה חכם ג״כ כדלעיל סעיף כ״ג): » (שו״ע יו״ד רל״ד:מט)

Le Rama, au seif 23, ajoute une rigueur, et la parenthèse finale du seif 49 — que les éditions imprimées donnent comme sa glose, sans que notre texte de base la marque — va dans le même sens : a priori, on fait faire en outre une dissolution par un sage ou trois hommes. Le Chakh en donne le motif — sortir du doute —, et le Baer Hetev en tire la règle pour le cas où le mari n’est pas là.

« הלכך לכתחלה להוציא נפשיה מפלוגתא יש לעשות כל מה דאפשר » (ש״ך יו״ד רל״ד ס״ק ל״ט)
« והלכך היכא דאין הבעל בפנינו יש להתיר לה ע״י ג׳ הדיוטות. » (באר היטב יו״ד רל״ד ס״ק ל)

8. Tableau de psika

QuestionCe que le siman répondOù c’est écrit
Le mari peut-il annuler un vœu voué « sur l’avis d’un grand nombre » ?Oui — et même s’il avait renoncé d’avanceseif 1 · Chakh ס״ק ד
Le père peut-il annuler après la בגרות ou le mariage ?Non — son pouvoir cesse de lui-mêmeseif 1
Entre les fiançailles et la חופה, un seul peut-il annuler ?Non — une seule main ne fait qu’amoindrirseif 5
Le délai est-il de vingt-quatre heures ?Non — c’est le jour, jusqu’au soirseif 21
Le silence jusqu’au soir vaut-il confirmation ?Oui — et le silence qui vise à confirmer ferme aussitôtseif 21 · Baer Hetev ס״ק כ״ו
Ignorer qu’on pouvait annuler rouvre-t-il le délai ?Ouiseif 21
Ignorer le délai le rouvre-t-il ?Nonseif 22
Annule-t-on le Chabbat ?Oui — sans prononcer l’annulationseif 24 · Baer Hetev ס״ק ל״א
Peut-on charger un émissaire d’annuler ?Nonseif 30
« Il t’est permis » annule-t-il ?Non — c’est la formule du sageseif 37 · Baer Hetev ס״ק מ״א
L’annulation pensée suffit-elle ?Non — sauf accompagnée de « prends et mange »seifim 38 et 40
La confirmation pensée suffit-elle ?Ouiseif 41
Une confirmation donnée se défait-elle ?Oui — devant un sage, et l’on annule ensuite ; mais sur le délai de la demande, deux avis, et le second n’ouvre que le jour de l’auditionseif 49 · Chakh ס״ק ס״ג
Une annulation donnée se défait-elle ?Nonseif 49
L’annulation libère-t-elle le tiers qui s’est rattaché au vœu ?Non — elle ne déracine passeif 51
Tous les vœux sont-ils annulables ?Non — deux catégories seulementseif 55 · Baer Hetev ס״ק א
Un vœu qui ne prive ni ne touche à ce qui est entre eux ?Pas d’annulationseifim 72 et 74

9. Ce qui demande un Rav

Ce siman laisse ouvertes plusieurs questions, et il faut les nommer pour ne pas les croire tranchées :À quoi s’ajoute ce qu’aucun texte ne règle : ce qui a été dit, par qui, quand, et dans quel état. Tout cela s’établit devant un Rav, et une page n’en tient pas lieu.

Pour aller plus loin

Le siman 234 se lit à quatre niveaux, et chacun répond à une question différente :
Les sources de ce niveau sont consultables sur Sefaria :
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן רל״ד · Niveau 4 — Halakha lema‘assé · מתי האב והבעל מפירין ומתי מפירין שניהם יחד
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l’accueil · סימן רל״ד · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha