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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שס״ז
אם אשה יכולה לערב
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des Aharonim sur l'érouv que la femme, les gens de la maison ou les gens de la cour font pour un habitant

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שס״ז — 1 seif, avec une glose du Rama
avec le Tour, le Beit Yossef, le מג״א, la Michna Beroura et le Biour Halakha

Michna Beroura : 20 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La sougya — les deux paroles de Chmouel en Érouvin 80a
  2. La hakira de fond — qu'est-ce que « interdire » (אוסר) ?
  3. La maison ouverte sur deux cours — deux habitudes
  4. Tant qu'il n'a pas protesté — l'érouv fait à son insu
  5. Faire acquérir aux autres — ce qui est à lui, et ce qui est à elle
  6. Les gens de la maison — quand le mari et la femme sont absents
  7. Les gens de la cour — prendre son pain
  8. Le second avis, la prise de force — et le tribunal, selon tous
  9. La glose du Rama — celui qui se rétracte de son érouv
  10. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 1 seif

סעיף א. אם אשה יכולה לערב. ובו סעיף אחד:
אשתו של אדם מערבת לו שלא מדעתו אפי' אם מיחה בה שלא לערב ואפי' אין רגיל לערב עמהם וה״מ כשאוסר עליהם כגון שאין הבית פתוח אלא לאותו חצר אבל אם הוא פתוח לשתי חצרות באחת רגיל לצאת ולבא תדיר שאוסר עליהם ובאחת אינו רגיל לצאת ולבא ברגיל שאוסר מערבת שלא מדעתו אפי' אינו רגיל לערב וכשאינו רגיל לצאת ולבא נמי אע״פ שאינו אוסר אם רגיל לערב עמהם מערבת שלא לדעתו אבל אם אינו אוסר וגם אינו רגיל לערב עמהם אינה מערבת שלא לדעתו וכל זמן שלא מיחה בה בפירוש אפי' אם אינו רגיל לערב עמהם ואינו אוסר מערבת שלא בידיעתו דמסתמא ניחא ליה אבל אינה יכולה לזכות משלו לאחרים שלא בידיעתו ואם אין הבעל והאשה בעיר יכולים בני הבית לערב שלא בידיעתו אם אין הבית פתוח אלא לחצר א' ואפילו אם היה פתוח לשתי חצרות אם הוא רגיל לערב לאחת מהם מערבין עליו אבל אם אינו רגיל לא אבל בני החצר אין יכולים ליקח פתו מביתו לערב שלא מדעת אחד מבני הבית אפילו רגיל עמהם ואוסר עליהם וי״א דאין אשתו מערבת אלא שלא בידיעתו אבל אם אומר שאינו רוצה לערב עמהם לא ואם הוא רגיל לערב עמהם ועכשיו אינו רוצה בני חצר נכנסים לתוך ביתו ונוטלים ממנו בע״כ ואם אינו רגיל אינם יכולים ליטול ממנו בע״כ אבל כופין אותו בב״ד לערב עמהם או בית דין יורדים לנכסיו: הגה מי שאינו רגיל לערב ועירב עם בני חצר וחזר מעירובו צריך לחזור ולזכות אבל אם רגיל לערב הוי עירוב בעל כרחו [הרא״ש פרק הדר]:

résumé : chapeau du siman, puis le séif. La femme fait l'érouv pour son mari sans son consentement, même s'il a protesté, là où il interdit la cour aux autres habitants ; pour une maison ouverte sur deux cours, tout dépend de la cour où il a l'habitude de passer et de celle avec laquelle il a l'habitude de faire l'érouv ; sans l'une ni l'autre, elle le fait à son insu, tant qu'il n'a pas protesté explicitement. Elle ne peut pas faire acquérir aux autres ce qui est à lui, à son insu. Quand le mari et la femme sont absents, les gens de la maison peuvent faire l'érouv, à certaines conditions ; les gens de la cour ne prennent pas son pain à l'insu de tous les gens de la maison (ainsi la Michna Beroura, ס״ק י״ב, lit שלא מדעת). Puis un second avis (certains disent), qui ne donne à la femme que l'érouv fait à son insu, et le cas de l'habitué qui refuse, ou de celui qu'on contraint au tribunal. Le Rama ajoute le cas de celui qui se rétracte de son érouv.

1. La sougya — les deux paroles de Chmouel en Érouvin 80a

La source dans la Guemara

La source du siman est la sougya d'Érouvin 80a-b. Elle part d'un cas : un voisin non-juif refuse de louer son domaine aux habitants de la cour — Rachi le décrit ainsi : « נכרי היה ממונה על כלי זיין העשויין לשמירת העיר » (רש״י עירובין פ׳ ע״א) —, et ceux-ci demandent s'ils peuvent le louer de sa femme : « אֲתוֹ לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי זֵירָא אֲמַרוּ לֵיהּ: מַהוּ, לְמֵיגַר מִדְּבֵיתְהוּ » (עירובין פ׳ ע״א). Rabbi Zeira répond par la règle de la femme, au nom de Reich Lakich, d'après Rabbi 'Hanina : « אֲמַר לְהוּ: הָכִי אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשְּׁמֵיהּ דְּגַבְרָא רַבָּה, וּמַנּוּ רַבִּי חֲנִינָא: אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם מְעָרֶבֶת שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ » (עירובין פ׳ ע״א). Un second incident semblable est rapporté, chez un voisin de Rav Yehouda bar Ochaya ; on interroge Rav Yehouda bar Ochaya, puis Rav Matna, qui ne savent pas répondre, et c'est Rav Yehouda qui répond au nom de Chmouel : « הָכִי אָמַר שְׁמוּאֵל: אִשְׁתּוֹ שֶׁל אָדָם מְעָרֶבֶת שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ » (עירובין פ׳ ע״א).

La Guemara objecte aussitôt une baraïta : « נָשִׁים שֶׁעֵירְבוּ וְנִשְׁתַּתְּפוּ שֶׁלֹּא מִדַּעַת בַּעֲלֵיהֶן, אֵין עֵירוּבָן עֵירוּב, וְאֵין שִׁיתּוּפָן שִׁיתּוּף » (עירובין פ׳ ע״א) — des femmes qui ont fait l'érouv ou le chitouf sans le consentement de leurs maris : ce n'est ni un érouv ni un chitouf. Elle répond : « לָא קַשְׁיָא: הָא — דְּאָסַר, הָא — דְּלָא אָסַר » (עירובין פ׳ ע״א) — l'une parle de celui qui « interdit », l'autre de celui qui n'interdit pas. Et elle appuie cette réponse sur une seconde parole de Chmouel : « אֶחָד מִבְּנֵי מָבוֹי שֶׁרָגִיל לְהִשְׁתַּתֵּף עִם בְּנֵי מָבוֹי, וְלֹא נִשְׁתַּתֵּף — בְּנֵי הַמָּבוֹי נִכְנָסִין לְתוֹךְ בֵּיתוֹ וְנוֹטְלִין שִׁיתּוּפָן מִמֶּנּוּ בְּעַל כׇּרְחוֹ » (עירובין פ׳ ע״א) — l'habitant de l'impasse qui a l'habitude de faire le chitouf avec eux et ne l'a pas fait : les gens de l'impasse entrent chez lui et prennent sa part contre son gré ; d'où elle tire : « רָגִיל אִין, שֶׁאֵין רָגִיל לָא » (עירובין פ׳ ע״א).

Le fondement : le siman part de ces deux paroles de Chmouel — la première, Rabbi Zeira l'avait aussi rapportée, au nom de Reich Lakich, d'après Rabbi 'Hanina — et de la baraïta qui semble contredire la première. La Guemara laisse ouvertes, entre autres, ces questions, auxquelles les Richonim répondent différemment : ce que veut dire « interdire » (הא דאסר), et quelle place prend l'habitude (רגיל). C'est l'objet des sections 2 et 3 ; le désaccord qui en sort est le second avis du séif (section 8).

2. La hakira de fond — qu'est-ce que « interdire » (אוסר) ?

חקירה — dans la réponse de la Guemara, celui qui « interdit » est-il défini par un fait — la disposition des maisons, qui fait que sa présence interdit la cour aux autres tant qu'il n'est pas dans l'érouv —, ou par une intention qu'il a déclarée, celle de ne pas faire l'érouv avec eux ?

Le Mehaber ouvre le séif sur le premier côté et rapporte le second sous le nom de « וי״א » (section 8).

La raison du premier avis, selon la Michna Beroura — sur les premiers mots du séif : « מפני שאשתו כגופו והקילו אפילו כשמיחה בה משום שחששו חז״ל שמא יתכוין להקניט את הדרים לאסור עליהם » (משנה ברורה שס״ז ס״ק א) — sa femme est comme lui-même, et l'on a été indulgent même quand il proteste, parce que nos Sages ont craint qu'il ne cherche à provoquer les habitants en leur interdisant la cour.
Le Tour : « même s'il a protesté » — le Tour écrit « אשתו של אדם מערבת לו שלא מדעתו אפי׳ אם מיחה בה שלא לערב » (טור או״ח שס״ז). Le Beit Yossef relève que ses sources ne mentionnent pas la protestation, et qu'à première vue elles sembleraient n'admettre l'érouv de l'épouse que s'il n'a pas protesté — « ואע״פ שהתו׳ והרא״ש לא הזכירו מיחה בה ומשמע לכאור׳ דע״כ לא אמרי׳ דאשתו מערב׳ אלא בשלא רצה לערב עמהם ומיהו לא מיחה בה שלא לערב אבל אם מיחה בה שלא לערב אינה מערבת » (בית יוסף או״ח שס״ז) — et conclut que le Tour les comprend autrement : même s'il a protesté, elle fait l'érouv — « משמע ליה לרבינו דליתא אלא אפילו מיחה בה נמי מערבת » (בית יוסף או״ח שס״ז).

נפקא מינה — l'homme dont la maison ne s'ouvre que sur cette cour, et qui a dit expressément qu'il ne veut pas faire l'érouv. Selon le premier côté, il interdit par le fait même, et sa femme fait l'érouv pour lui malgré sa protestation ; selon le second, c'est justement sa déclaration qui fait de lui celui qui interdit, et elle ne le fait qu'avec son consentement. Sur le second avis du séif, la Michna Beroura écrit qu'elle ne le fait pas, même quand la maison ne s'ouvre que sur une seule cour : « אפילו אם אין הבית פתוח אלא לחצר אחד שאוסר עליהם ע״י מניעתו את העירוב » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ג).

3. La maison ouverte sur deux cours — deux habitudes

Le séif distingue deux habitudes : celle d'entrer et de sortir par une cour, qui fait qu'il interdit cette cour, et celle de faire l'érouv avec ses habitants. Il les écrit l'une après l'autre : « ברגיל שאוסר מערבת שלא מדעתו אפי׳ אינו רגיל לערב » (שו״ע או״ח שס״ז:א) — dans la cour où il a l'habitude de passer, elle fait l'érouv sans son consentement même s'il n'a pas l'habitude de le faire ; et dans l'autre, « אע״פ שאינו אוסר אם רגיל לערב עמהם מערבת שלא לדעתו » (שו״ע או״ח שס״ז:א). Pour la cour où il passe d'habitude, la Michna Beroura renvoie au siman 386, séif 9 (ס״ק ד).

Tossafot — sur la déduction de la Guemara : « דרגיל אסר כמו פתח הרגיל אבל שאינו רגיל אינו אוסר ונוטלים שיתופו בעל כרחו דקאמר היינו של בעל הבית אבל דעת אשתו צריך » (תוספות עירובין פ׳ ע״א) — celui qui a l'habitude interdit, comme une porte d'usage ; celui qui n'a pas l'habitude n'interdit pas, et ce qu'on prend « contre son gré » s'entend contre le gré du maître de maison : l'accord de sa femme reste nécessaire.
Beit Yossef — il montre d'où le Tour tire chacune des deux branches. La première : « הוא ממה שנתבאר דכל היכא דאוסר מערבת שלא מדעתו אפילו אם אינו רגיל לערב עמהם » (בית יוסף או״ח שס״ז). La seconde vient de la seconde parole de Chmouel : « היינו הא דאמר שמואל א׳ מבני מבוי שרגיל להשתתף עם בני מבוי ולא נשתתף בני מבוי באין ונוטלין ממנו בע״כ » (בית יוסף או״ח שס״ז), et le Tour l'a rattachée à la femme à cause des Tossafot et du Roch : « ומפני שכתבו התו׳ והרא״ש דדעת אשתו בעי תלה רבינו הדבר באשתו » (בית יוסף או״ח שס״ז).

יסוד — l'habitude de faire l'érouv vaut même contre une protestation, et la Michna Beroura en donne la raison : « היינו אפילו כשמיחה בה והטעם משום דרכי שלום כיון שעד עתה היה דרכו ליתן חלק בעירוב לכן חל העירוב בכל גווני » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ה) — c'est pour la paix entre voisins (darkhei chalom) : puisque jusqu'ici il avait coutume de donner sa part dans l'érouv, l'érouv prend effet dans tous les cas.

4. Tant qu'il n'a pas protesté — l'érouv fait à son insu

S'il n'interdit pas et n'a pas l'habitude, elle ne fait pas l'érouv malgré lui ; mais le séif ajoute : « וכל זמן שלא מיחה בה בפירוש אפי׳ אם אינו רגיל לערב עמהם ואינו אוסר מערבת שלא בידיעתו דמסתמא ניחא ליה » (שו״ע או״ח שס״ז:א).

Le Roch, cité par le Beit Yossef — la baraïta qui annule l'érouv des femmes ne parle que du mari qui a protesté : « והיכא דלא אסר ולא רגיל דאמר אין עירובן עירוב היינו דוקא היכא דמיחה הבעל דבהכי איירי כולה שמעתין כעין עובדא דטורזיינא אבל כ״ז שלא מיחה הבעל עירובן עירוב דמסתמא לא קפיד » (בית יוסף או״ח שס״ז) — toute la sougya, comme l'histoire du voisin non-juif, parle d'un mari qui a protesté ; tant qu'il ne l'a pas fait, leur érouv est valable, car on présume qu'il n'y tient pas.
Tossafot — ils le disent aussi, et en tirent aussitôt une limite : « ואף על גב דאם כל אחד ואחד נותן פת נראה דשרי אפילו לא אסרי אהדדי כל זמן שלא מיחה הבעל דמסתמא לא קפיד מכל מקום אין לסמוך על זה לענין שתוכל לזכות לאחרים » (תוספות עירובין פ׳ ע״א) — si chacun donne son pain, cela semble permis même s'ils ne s'interdisent pas mutuellement, tant que le mari n'a pas protesté ; mais on ne s'y fie pas pour qu'elle fasse acquérir à d'autres. C'est le passage suivant du séif.

Deux expressions du séif, que la Michna Beroura glose chacune à sa place. שלא לדעתו, pour l'habitué, vaut même contre sa protestation — c'est le début du ס״ק ה cité plus haut ; שלא בידיעתו veut dire : « פי׳ שאין הבעל יודע מזה » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ח) — le mari n'en sait rien.

5. Faire acquérir aux autres — ce qui est à lui, et ce qui est à elle

Le séif : « אבל אינה יכולה לזכות משלו לאחרים שלא בידיעתו » (שו״ע או״ח שס״ז:א).

Tossafot — ce que la femme peut pour elle-même, elle ne le peut pas pour les voisins : « נהי דבשביל עצמה יכולה ליתן שלא מדעת בעלה אין לה כח לזכות לשכיניה שלא מדעת » (תוספות עירובין פ׳ ע״א) — et ils en font une mise en garde : « וצריך ליזהר שלא תזכה האשה לשכיניה כשאין בעלה בעיר » (תוספות עירובין פ׳ ע״א).

Le Tour écrit ce passage avec l'autre expression : « אבל אינה יכולה לזכות משלו לאחרים שלא מדעתו » (טור או״ח שס״ז). Le Beit Yossef précise qu'ici elle ne veut pas dire « malgré lui » : « והאי שלא מדעתו אינו כמו שלא מדעתו דלעיל דהוי אפילו בע״כ אבל האי שלא מדעתו היינו שלא בידיעתו » (בית יוסף או״ח שס״ז). Le séif du Choulhan Aroukh porte, à cet endroit, שלא בידיעתו — le mot même par lequel le Beit Yossef explique le Tour.

Jusqu'où, et ce qui reste à elle — la Michna Beroura étend la restriction : « היינו אפילו לבני חצר שאוסר עליהם ורגיל לערב עמהם » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ו). Le Magen Avraham ajoute, comme un avis personnel, avec un renvoi à Even HaEzer : « ונ״ל דממזונותיה רשאה לזכות » (מגן אברהם שס״ז ס״ק א) — de sa propre nourriture, elle peut faire acquérir ; et la Michna Beroura l'écrit : « וממזונותי׳ יכולה לזכות שהיא שלה » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ז). Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken le porte dans le corps de son séif (niveau 4).

6. Les gens de la maison — quand le mari et la femme sont absents

Le séif : « ואם אין הבעל והאשה בעיר יכולים בני הבית לערב שלא בידיעתו אם אין הבית פתוח אלא לחצר א׳ » (שו״ע או״ח שס״ז:א).

Le doute des Tossafot, que rapporte le Beit Yossef : « ואם אין הבעל והאשה בעיר אלא בני ביתו צריך לדקדק אם יכולין לערב בני ביתו בלא רשות משל בעל הבית » (בית יוסף או״ח שס״ז) — car la Michna exige, dans un cas voisin, d'avertir les intéressés : « נִתּוֹסְפוּ עֲלֵיהֶן — מוֹסִיף וּמְזַכֶּה, וְצָרִיךְ לְהוֹדִיעַ » (עירובין פ׳ ע״ב).
Le Roch, au nom de ר״מ (cité par le Beit Yossef) — le doute ne porte que sur la cour située entre deux impasses : « דמה שנסתפקו היינו בחצר שבין ב׳ מבואות דלא ידעינן בהי ניחא ליה » (בית יוסף או״ח שס״ז) — et pour une seule impasse, entre autres raisons : « ועוד דהלכה כדברי המיקל בעירוב » (בית יוסף או״ח שס״ז).

Le Tour n'écrit que le cas d'une seule cour : « ואפילו בני הבית יכולין לערב שלא מדעתו אם אין הבית פתוח אלא לחצר אחת » (טור או״ח שס״ז). Le Beit Yossef ajoute de lui-même le cas de deux cours : « ונ״ל דחצר שבין ב׳ מבואות נמי היכא דרגיל לערב באחד מהן ידעינן בהי ניחא ליה ובני הבית מערבין עליו » (בית יוסף או״ח שס״ז) — et c'est ce qu'écrit le séif : « ואפילו אם היה פתוח לשתי חצרות אם הוא רגיל לערב לאחת מהם מערבין עליו » (שו״ע או״ח שס״ז:א).

Ba'h et Magen Avraham — quand les gens de la maison savent que le maître de maison ne veut pas. Le Magen Avraham rapporte le Ba'h : « וב״ח כ׳ דאפילו אינו רוצה לערב יכולין לערב אם לא שמיחה בהם בפירוש » (מגן אברהם שס״ז ס״ק ב) — et lui répond que cela ne vaut que pour un non-juif : « דדוקא גבי עכו״ם אמרי׳ כן אבל גבי ישראל אין יכולין לערב אם הוא אינו רוצה » (מגן אברהם שס״ז ס״ק ב).

7. Les gens de la cour — prendre son pain

Le séif : « אבל בני החצר אין יכולים ליקח פתו מביתו לערב שלא מדעת אחד מבני הבית אפילו רגיל עמהם ואוסר עליהם » (שו״ע או״ח שס״ז:א). C'est la phrase du Tour : « אבל בני החצר אין יכולין ליקח פתו מביתו לערב שלא מדעת שום אחד מבני הבית ואפי׳ רגיל עמהם ואוסר עליהם » (טור או״ח שס״ז), dont le Beit Yossef donne la source : les Tossafot et le Roch, pour qui « דדעת אשתו צריך דפשיטא ליה שאין שום עירוב מועיל בע״כ כלומר שלא מדעתו ושלא מדעת אשתו » (בית יוסף או״ח שס״ז). La Michna Beroura lit : sans que l'un d'eux le sache — « ר״ל שלא בידיעת אחד מבני בית דאי היה בידיעתם היה מותר כ״ז שלא שמעו מבעה״ב שאינו רוצה בעירוב » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ב).

Le Biour Halakha s'étonne : « ובאמת דין זה תמוה מאוד וכמו שתמהו הב״ח וט״ז ושארי מפרשים » (ביאור הלכה שס״ז) — en quoi les gens de la cour sont-ils moins que les gens de la maison, puisque la raison vaut pour eux aussi : « דמ״ש בני החצר לחצר אחד או ברגיל להשתתף ומטעם דזכות הוא לו ובודאי ניחא ליה » (ביאור הלכה שס״ז) ?

Il propose de lire la phrase comme un retour au début du siman : « ומ״ש אבל בני החצר וכו׳ לא קאי אדסמיך ליה בדינא דבני ביתו אלא אריש הסימן קאי אדינא דאשתו מערבת אפילו בע״כ » (ביאור הלכה שס״ז) — elle n'enseigne pas que les gens de la cour sont moins que ceux de la maison, mais qu'entièrement contre le gré du maître de maison, rien ne permet aux autres de faire l'érouv pour lui. Puis il note ce que cette lecture laisse sans réponse : « ולכאורה לא אשכחן להרא״ש דמתיר אלא מדעת אשתו ולא מדעת שאר בני הבית וצ״ע » (ביאור הלכה שס״ז). Pour la pratique, il écrit : « ולדינא יש דיעות בזה בין האחרונים » (ביאור הלכה שס״ז), et il cite notamment, d'un côté, le Taz et le Magen Avraham (au siman 368), d'où il ressort que les gens de la cour ne prennent pas son pain à l'insu du maître de maison même pour une maison ouverte sur une seule cour ; de l'autre, le Ba'h et le Maharam de Lublin, d'où il ressort que c'est permis pour une maison ouverte sur une seule cour ; et le Beit Meir et le Nahar Chalom penchent dans ce sens pour la pratique. Il ajoute, en renvoyant à sa note suivante (section 8) : « ועיין בבה״ל לקמיה שצדדנו ג״כ דהיכא דהיה רגיל להשתתף עד כה עמהן יש לסמוך עלייהו להקל ליקח שלא בידיעתו » (ביאור הלכה שס״ז).

8. Le second avis, la prise de force — et le tribunal, selon tous

Le séif : « וי״א דאין אשתו מערבת אלא שלא בידיעתו אבל אם אומר שאינו רוצה לערב עמהם לא » (שו״ע או״ח שס״ז:א). Le Biour Halakha l'identifie : « הוא דעת הרמב״ם והמחבר הביאה רק בשם יש אומרים משמע דס״ל לעיקר כדעה קמייתא » (ביאור הלכה שס״ז). Et la Michna Beroura précise la portée de ce refus : « ואפילו אם אמר כן לאחר שעירבה נתבטל עירובה למפרע » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ד).

Les lectures de la sougya —

Selon le Rambam, que devient la déduction de la Guemara, « s'il en a l'habitude, oui ; sinon, non » ? Le Beit Yossef répond qu'il faut supposer une autre leçon : « וצ״ל שאינו גורס רגיל אין שאינו רגיל לא דאין לו ענין לפי שיטה זו » (בית יוסף או״ח שס״ז).

Le Magen Avraham garde la leçon de nos éditions : « ונ״ל דה״ה אשתו ובהכי שפיר מתיישבת סוגיית הגמרא רגיל אין שאינו רגיל לא וא״צ להגיה כמ״ש הב״י » (מגן אברהם שס״ז ס״ק ד) — selon le second avis, ce qui vaut pour les gens de la cour vaut aussi pour la femme : quand il a l'habitude, elle fait l'érouv contre son gré. Le Biour Halakha garde lui aussi la leçon des éditions : « ובאמת אין צורך כלל לשבש הספרים ושפיר אתי שיטה זו אף לפי גרסתנו וכמו שכתב במגן אברהם » (ביאור הלכה שס״ז), et la Michna Beroura l'écrit sur la prise de force du second avis : « וה״ה אשתו ומיירי שע״י מניעתו את העירוב אוסר עליהם » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ט״ו).

La prise de force — le séif : « ואם הוא רגיל לערב עמהם ועכשיו אינו רוצה בני חצר נכנסים לתוך ביתו ונוטלים ממנו בע״כ » (שו״ע או״ח שס״ז:א). Le Rambam l'écrit à propos de l'impasse, avec la contrainte pour celui qui refuse tout à fait : « אֶחָד מִבְּנֵי הַמָּבוֹי שֶׁרָגִיל לְהִשְׁתַּתֵּף עִם בְּנֵי הַמָּבוֹי וְלֹא נִשְׁתַּתֵּף. בְּנֵי מָבוֹי נִכְנָסִין לְבֵיתוֹ וְנוֹטְלִין מִמֶּנּוּ שִׁתּוּף בְּעַל כָּרְחוֹ » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ה ה״ב) ; « וְאֶחָד מִבְּנֵי הַמָּבוֹי שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְהִשְׁתַּתֵּף כְּלָל עִם בְּנֵי הַמָּבוֹי כּוֹפִין אוֹתוֹ לְהִשְׁתַּתֵּף עִמָּהֶן » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ה ה״ב). Le Beit Yossef rapporte aussi l'avis que cite le Mordekhaï : « והמרדכי כתב שי״מ דרגיל ואסר נוטלין שיתופו לגמרי בע״כ ודעת אשתו נמי לא בעי » (בית יוסף או״ח שס״ז).
Le tribunal — le séif : « אבל כופין אותו בב״ד לערב עמהם או בית דין יורדים לנכסיו » (שו״ע או״ח שס״ז:א). Le Beit Yossef l'écrit en expliquant le Rambam : « ומאי דנקט שמואל רגיל הוא משום דאם אינו רגיל אפילו בני מבוי אין נוטלין ע״כ אבל כופין אותו בב״ד עד שיאמר רוצה אני או ב״ד יורדין לנכסיו » (בית יוסף או״ח שס״ז). La Michna Beroura : « אע״פ שהן בעצמן אין יכולין לעשות דינא לנפשייהו ב״ד היו כופין אותו שיערב עמהן כדי שלא יאסור עליהן » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ט״ז), et elle ajoute : « ודין זה דב״ד כופין הוא לכו״ע אף לדעה ראשונה » (משנה ברורה שס״ז ס״ק ט״ז) ; sur la saisie des biens : « ועושין שיתוף » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ז). Dans la Guemara, la contrainte à faire le לחי et la קורה de l'impasse est proposée comme preuve de la parole de Chmouel sur la prise de force — « לֵימָא מְסַיַּיע לֵיהּ: כּוֹפִין אוֹתוֹ לַעֲשׂוֹת לֶחִי וְקוֹרָה לַמָּבוֹי » (עירובין פ׳ ע״א) — et seule cette preuve est écartée : « שָׁאנֵי הָתָם דְּלֵיכָּא מְחִיצוֹת » (עירובין פ׳ ע״ב).

Ce qu'en tire le Biour Halakha — il envisage d'être strict selon le Rambam, puis rapporte l'avis contraire et laisse la question ouverte : « אפשר שיש להחמיר כשיטה זו שלא לערב בע״כ של בעה״ב אפילו מדעת אשתו היכי שאינו רגיל להשתתף עמהם מיהו בא״ר ראיתי שכתב שכדעה קמא יש לפסוק לקולא וצ״ע » (ביאור הלכה שס״ז). Et il conclut sur le cas de l'habitué qui interdit : « היוצא מכל זה דמדינא מסתברא דהיכי שרגיל ואוסר בני החצר נוטלין אפילו בע״כ ולא בעינן דעת אשתו כלל ועכ״פ שלא בידיעתו בודאי יש לסמוך להקל דהא הרבה אחרונים מקילין אפילו לדעת הטור » (ביאור הלכה שס״ז). La contrainte, elle, reste écrite : par le Rambam, « כּוֹפִין אוֹתוֹ לְהִשְׁתַּתֵּף עִמָּהֶן » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ה ה״ב), sans nommer le tribunal — le Beit Yossef, exposant sa lecture, l'écrit « כופין אותו בב״ד » (בית יוסף או״ח שס״ז) —, et par le séif. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

9. La glose du Rama — celui qui se rétracte de son érouv

La glose : « מי שאינו רגיל לערב ועירב עם בני חצר וחזר מעירובו צריך לחזור ולזכות אבל אם רגיל לערב הוי עירוב בעל כרחו » (רמ״א או״ח שס״ז:א). Le Rama renvoie au Roch, chapitre HaDar ; le Beit Yossef le rapporte : « מערב שאמר חוזרני בי מן העירוב ואיני רוצה לערב עם בני החצר ובני המבוי צריך לחזור ולזכות פעם אחרת ולערב » (בית יוסף או״ח שס״ז). La Michna Beroura explique la rétractation : « היינו שאמר חוזרני בי מן העירוב ואיני רוצה לערב ולהשתתף עוד עמכם » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ח), et son effet : « דבטל עירובו ושיתופו הקודם אף שעדיין הפת מונח במקומו » (משנה ברורה שס״ז ס״ק י״ט).

Le Biour Halakha : « הלשון מגומגם קצת דהא מיירי שהפת מונח במקומו » (ביאור הלכה שס״ז) — si le pain est toujours à sa place, que veut dire « faire acquérir de nouveau » ?

Sa réponse : « ונראה דאין הכונה שצריך לזכות וליתן מחדש אלא שצריך לומר בפיו שחוזר ומשתתף עמהם ומזכה לכולם שיהיה להם חלק בפתו ומשום דאמרינן המקפיד על עירובו אינו עירוב » (ביאור הלכה שס״ז) — il suffit qu'il dise qu'il se joint de nouveau à eux et leur donne à tous une part dans son pain, car celui qui tient à son érouv n'a pas d'érouv. Rachi donne la raison de cette règle dans sa glose sur צריך להודיע (ד״ה צריך להודיע), dans une baraïta voisine de la sougya ; la fin de la glose, sur celui qui donne de ce qui est à lui, traite d'un autre point : « המקפיד על עירובו אינו עירוב שעינו צרה באותה פת ליתן לחביריו אבל משלו אין צריך להודיעו דזכין לו לאדם שלא בפניו » (רש״י עירובין פ׳ ע״א).

Magen Avraham et Michna Beroura — la seconde moitié de la glose, l'érouv qui tient malgré lui, vaut-elle aussi selon le premier avis du séif, ou seulement selon le « וי״א » ?

10. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — deux paroles de Chmouel et une baraïta (Érouvin 80a), que les Richonim lisent différemment :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — il compte lui aussi un seul séif pour ce siman. Son texte ne reproduit pas le second avis du Mehaber. Pour la cour où il ne passe pas d'habitude (maison ouverte sur deux cours), s'il n'a pas l'habitude de faire l'érouv avec eux, il écrit : « אֲבָל אִם לֹא הֻרְגַּל עֲדַיִן לְעָרֵב עִמָּהֶם, אֵינָם יְכוֹלִים לִטּוֹל עֵרוּבוֹ שֶׁלֹּא מֵרְצוֹנוֹ בִּרְצוֹן אִשְׁתּוֹ, כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ אוֹסֵר עֲלֵיהֶם » (שו״ע הרב שס״ז:א) ; et il ajoute aussitôt : « וְהוּא שֶׁגִּלָּה דַעְתּוֹ בְּפֵרוּשׁ שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה. אֲבָל כָּל זְמַן שֶׁלֹּא אָמַר כֵּן בְּפֵרוּשׁ — יְכוֹלָה אִשְׁתּוֹ לִתֵּן לָהֶם עֵרוּבוֹ » (שו״ע הרב שס״ז:א) — cette restriction ne vaut que s'il a dit expressément qu'il ne veut pas ; tant qu'il ne l'a pas dit, sa femme peut leur donner son érouv. Et pour celui qui revient sur son érouv : « אֵין חֲזָרָתוֹ כְּלוּם, וְעֵרוּבוֹ עֵרוּב בְּעַל כָּרְחוֹ אִם אוֹסֵר עֲלֵיהֶם אוֹ שֶׁרָגִיל לְעָרֵב עִמָּהֶם » (שו״ע הרב שס״ז:א) ; « אֲבָל אִם אֵינוֹ אוֹסֵר עֲלֵיהֶם וְאֵינוֹ רָגִיל לְעָרֵב עִמָּהֶם, וְעֵרֵב עִמָּהֶם בְּאַקְרַאי וְאַחַר כָּךְ חָזַר בּוֹ — הֲרֵי נִתְבַּטֵּל עֵרוּבוֹ » (שו״ע הרב שס״ז:א). Le niveau 4 compare les deux textes sur la nourriture de l'épouse et sur la rétractation. Ce que cette rédaction implique pour le premier avis du Mehaber et pour son « וי״א », aucun passage du Rav ne le dit.

Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 1 séif sur ce siman).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שס״ז · Niveau 2 — Lamdan
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