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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שס״ח
דין אם אחר שעירבו נתקלקל העירוב
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des Aharonim sur l'érouv qu'on refait ou complète, sa mesure, ses restes et le pain de l'érouv qui moisit

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שס״ח — 5 séifim, avec une glose du Rama au séif ה (le Choulhan Aroukh HaRav en compte 4, étudiés au niveau 4)
avec le Tour, le Beit Yossef, le ט״ז, le מג״א, la Michna Beroura et le Biour Halakha

Michna Beroura : 22 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La sougya — la Michna d'Érouvin 80b et la question « de quoi parle-t-on ? »
  2. Prendre le pain des habitants — le Taz et le siman שס״ז
  3. Deux lectures de la Michna — Rachi et le Rambam
  4. La hakira de fond — suite du premier érouv, ou nouveau commencement ?
  5. Les habitants ajoutés — du sien ou de ce qui est à eux
  6. La mesure — dix-huit, deux repas, six ou huit œufs
  7. Les restes de l'érouv — Rabbi Yossé, et « pour que les enfants n'oublient pas »
  8. Le pain rompu — entier au moment où on le dépose
  9. Le pain qui moisit — ce qui n'est plus mangeable
  10. La glose du Rama — la matsa, ou l'érouv de chaque veille de Chabbat
  11. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 5 seifim

סעיף א. דין אם אחר שעירבו נתקלקל העירוב. ובו ה סעיפים:
עירבו ואח״כ נתקלקל העירוב ובא א' מבני החצר לחזור ולתקנו אם בא לערב ממין הראשון אפי כלה א״צ להודיע ואפי' מערב עליהם משלהם ואם בא לערב ממין אחר אם כלה הראשון צריך להודיע להם אם מערב משלהם ואם משלו א״צ להודיעם כלל ואם לא כלה הראשון אלא נתמעט אע״פ שמערב משלהם א״צ להודיעם:

résumé : chapeau du siman, puis le séif א. On a fait l'érouv, puis il s'est abîmé, et un habitant vient le refaire. De la même espèce : il n'a pas besoin de prévenir, même si le premier est épuisé et même s'il fait l'érouv de ce qui est aux habitants. D'une autre espèce : si le premier est épuisé, il doit prévenir quand il prend de ce qui est à eux, et non quand il prend du sien. Si le premier n'est que diminué : pas besoin de prévenir, même avec ce qui est à eux.

סעיף ב. נתוספו דיורים בחצר אם הבית פתוח לשתי חצרות צריך להודיעם מפני שאולי אינם רוצים לערב עם אלו:

résumé : des habitants se sont ajoutés à la cour ; si la maison est ouverte sur deux cours, il faut prévenir, car peut-être ne veulent-ils pas faire l'érouv avec ceux-ci.

סעיף ג. כמה הוא שיעור העירוב בתחלתו בזמן שהם שמונה עשרה או פחות שיעורו כגרוגרות לכל א' ואם הם יותר משמונ' עשרה אפילו הם אלף או יותר שיעורו מזון שתי סעודות שהם שמונ' עשרה גרוגרות שהם כששה ביצים וי״א שהם כשמונה ביצים:

résumé : la mesure de l'érouv à son commencement. Dix-huit participants ou moins : une figue sèche (grogueret) pour chacun. Plus de dix-huit, même mille ou davantage : la nourriture de deux repas, soit dix-huit figues sèches, comme six œufs ; et certains disent comme huit œufs.

סעיף ד. נתמעט מכשיעורו אחר שנכנס שבת ראשונ' ונשתייר בו אפי' כל שהוא כשר אף לשאר שבתות:

résumé : l'érouv qui a diminué en deçà de sa mesure après l'entrée du premier Chabbat, s'il en reste une quantité quelconque, est valable aussi pour les autres Chabbatot.

סעיף ה. אם נתעפש פת העירוב ונפסל מלאכול הרי הוא כמו שכלה לגמרי וצריך לערב מחדש: הגה ולכן נהגו לעשות העירוב חלת מצה שאינה ממהרת להתעפש [כל בו ב״י סי' שנ״ד] ועוד דיכולים לשמרה בימי הפסח ויכולים לשמור העירוב כל השנה [דעת עצמו] וזה טוב יותר מלערב כל שבת ושבת שלא ישכחו מלערב מיהו אם רוצים לערב כל ע״ש ולאכול העירוב כל שבת הרשות בידם וע' לקמן סי' שצ״ד:

résumé : le pain de l'érouv qui a moisi et n'est plus mangeable est comme épuisé : il faut refaire l'érouv. Le Rama : d'où la coutume de faire l'érouv d'une galette de matsa, qui ne moisit pas vite et qu'on garde à Pessa'h et toute l'année ; cela vaut mieux, pour qu'on n'oublie pas ; qui veut faire l'érouv chaque veille de Chabbat le peut ; et il renvoie au siman שצ״ד.

1. La sougya — la Michna d'Érouvin 80b et la question « de quoi parle-t-on ? »

La Michna

La source du siman est la Michna d'Érouvin 80b : « נִתְמַעֵט הָאוֹכֶל — מוֹסִיף וּמְזַכֶּה, וְאֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ. נִתּוֹסְפוּ עֲלֵיהֶן — מוֹסִיף וּמְזַכֶּה, וְצָרִיךְ לְהוֹדִיעַ » (עירובין פ׳ ע״ב) — la nourriture [de l'érouv] a diminué : il ajoute, fait acquérir, et n'a pas besoin de prévenir ; [des habitants] se sont ajoutés : il ajoute, fait acquérir, et doit prévenir. Pour la première moitié, Rachi donne la raison : « שהרי כולן נתרצו בתחלה » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב) — tous ont consenti au début.

La Guemara

La Guemara demande de quel cas parle la Michna : « בְּמַאי עָסְקִינַן? אִילֵימָא בְּמִין אֶחָד, מַאי אִירְיָא נִתְמַעֵט? אֲפִילּוּ כָּלָה נָמֵי » (עירובין פ׳ ע״ב) — si c'est d'une seule espèce, pourquoi dire « a diminué » ? Même épuisé, ce serait pareil ! Et dans l'autre sens : « אֶלָּא בִּשְׁנֵי מִינִין, אֲפִילּוּ נִתְמַעֵט נָמֵי לָא » (עירובין פ׳ ע״ב) — si c'est de deux espèces, même diminué, ce ne devrait pas être permis sans prévenir ; car une baraïta enseigne : « כָּלָה הָאוֹכֶל, מִמִּין אֶחָד — אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ, מִשְּׁנֵי מִינִים — צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ » (עירובין פ׳ ע״ב). Elle répond de deux façons : « אִיבָּעֵית אֵימָא: מִמִּין אֶחָד, מַאי נִתְמַעֵט — נִתְמַטְמֵט » (עירובין פ׳ ע״ב) — d'une seule espèce, et « a diminué » veut dire « a été entièrement réduit » (Rachi : נתמטמט - כלה לגמרי) ; « וְאִיבָּעֵית אֵימָא: מִשְּׁנֵי מִינִין, כָּלָה שָׁאנֵי » (עירובין פ׳ ע״ב) — ou bien de deux espèces, et l'érouv épuisé est un autre cas.

Rachi, sur la seconde réponse — « ודוקא נקט נתמעט ודקא קשיא לך מברייתא כלה שאני דברייתא כלה דווקא נקט אבל נתמעט אפילו מב׳ מינין אין צריך להודיע » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב) — la Michna dit « diminué » à dessein, et la baraïta « épuisé » à dessein : l'érouv seulement diminué, même complété d'une autre espèce, n'oblige pas à prévenir.

Le séif א du Mehaber réunit la baraïta et cette lecture de la seconde réponse. De la même espèce, même épuisé : « אם בא לערב ממין הראשון אפי כלה א״צ להודיע ואפי׳ מערב עליהם משלהם » (שו״ע או״ח שס״ח:א) ; d'une autre espèce, épuisé : « ואם בא לערב ממין אחר אם כלה הראשון צריך להודיע להם אם מערב משלהם » (שו״ע או״ח שס״ח:א) ; seulement diminué : « ואם לא כלה הראשון אלא נתמעט אע״פ שמערב משלהם א״צ להודיעם » (שו״ע או״ח שס״ח:א). Ce que ni la Michna ni la baraïta ne disent en toutes lettres — que la différence entre « du sien » et « de ce qui est à eux » compte —, c'est l'objet de la section 3.

2. Prendre le pain des habitants — le Taz et le siman שס״ז

Le séif א dispense de prévenir quand on refait l'érouv de la même espèce, « ואפי׳ מערב עליהם משלהם » (שו״ע או״ח שס״ח:א). Comment prend-on ce qui est à eux ? Le Taz y attache une condition, qu'il tire de la fin du siman précédent : « כ״כ סוף סימן שס״ז דלקיחת הפת אין להם ליקח מבית בע״ה אלא בידיעת א׳ מבני הבית » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ב). Le passage du siman שס״ז auquel il renvoie est : « בני החצר אין יכולים ליקח פתו מביתו לערב שלא מדעת אחד מבני הבית אפילו רגיל עמהם ואוסר עליהם » (שו״ע או״ח שס״ז:א).

Le Biour Halakha, sur les mots ואפילו מערב עליהם משלהם, explique pourquoi la Michna Beroura n'a pas recopié le Taz : « עיין בט״ז ולא העתקתיו במ״ב משום שהשיגו עליו הרבה אחרונים וגם הפמ״ג היסב דבריו לכונה אחרת » (ביאור הלכה שס״ח) — beaucoup d'Aharonim l'ont contesté, et le Pri Megadim a ramené ses mots à un autre sens. Le Biour Halakha ne dit pas ici en quoi consiste la contestation.

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — il écrit la condition dans le séif même : « וּבִלְבָד שֶׁלֹּא יִטּוֹל פִּתָּם מִבָּתֵּיהֶם שֶׁלֹּא מִדַּעְתָּם, אֶלָּא בְּנֵי הַבַּיִת יִתְּנוּ לוֹ » (שו״ע הרב שס״ח:א). Le niveau 4 la compte parmi les points où le texte du Rav diffère de celui du Mehaber, sans trancher : le Mehaber pose la même règle au siman שס״ז, sans la rattacher à ce cas (שו״ע או״ח שס״ז:א) ; le Taz la rattache à ce séif (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ב, ci-dessus), et beaucoup d'Aharonim l'ont contesté, selon le Biour Halakha.

3. Deux lectures de la Michna — Rachi et le Rambam

Rachi, tel que le rapporte le Beit Yossef — sur la Guemara citée à la section 1, il rapporte « une espèce » et « deux espèces » à l'espèce dont on refait l'érouv : « ופירש״י במין אחד שחוזר ומערב מן המין האחד מב׳ מינים שעירב בשנייה ממין אחר אבל הרמב״ם כתב בפ״ה מה״ע » (בית יוסף או״ח שס״ח) — « d'une seule espèce » : il refait l'érouv de cette même espèce ; « de deux espèces » : la seconde fois, il l'a fait d'une autre espèce. Le Beit Yossef enchaîne : « mais le Rambam a écrit, au chapitre 5 des lois de l'érouv… », et oppose ainsi la lecture du Rambam à celle de Rachi.
Le Rambam — au chapitre 5, il parle d'une cour qui ouvre sur deux impasses et fait le chitouf avec l'une d'elles. Il pose d'abord pourquoi il faut prévenir ses habitants : « שֶׁאֵינָן מִשְׁתַּתְּפִין אֶלָּא מִדַּעְתָּן שֶׁאֵינָהּ זְכוּת לָהֶן שֶׁמָּא בַּמָּבוֹי הַשֵּׁנִי רוֹצִים לְהִשְׁתַּתֵּף וְלֹא בָּזֶה » (הלכות עירובין פ״ה ה״ד). Puis : « נִשְׁתַּתְּפוּ אַנְשֵׁי חָצֵר זוֹ עִם אֶחָד מִשְׁנִי הַמְּבוֹאוֹת אִם בְּמִין אֶחָד נִשְׁתַּתְּפוּ אֲפִלּוּ כָּלָה אוֹתוֹ הַמִּין הֲרֵי זֶה עוֹשֶׂה שִׁתּוּף אַחֵר וּמְזַכֶּה לָהֶן וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעָם פַּעַם שְׁנִיָּה » (הלכות עירובין פ״ה ה״ו) — et la suite : « וְאִם בִּשְׁנֵי מִינִין נִשְׁתַּתְּפוּ וְנִתְמַעֵט הָאֹכֶל מוֹסִיף וּמְזַכֶּה וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְהוֹדִיעָן. וְאִם כָּלוּ מְזַכֶּה לָהֶם וְצָרִיךְ לְהוֹדִיעָם » (הלכות עירובין פ״ה ה״ו). Le Beit Yossef en tire : « נראה מדבריו דמאי דאמרינן במין אחד ובב׳ מינים אתחלת עירוב קאי » (בית יוסף או״ח שס״ח) — pour le Rambam, « une espèce » et « deux espèces » décrivent l'érouv de départ, et non l'espèce dont on le refait. Et il conclut, pour le Tour : « ודברי רבינו הם כפירש״י » (בית יוסף או״ח שס״ח).
Rabbénou Yehonatan, et le texte du Mehaber — le Beit Yossef cite Rabbénou Yehonatan : « וה״ר יהונתן כתב אם בא לערב מאותו המין הראשון אפילו כלה מוסיף ומזכה ואפי׳ מערב עליהם משלהם וא״צ להודיע ואם בא לערב ממין אחר אם כלה הראשון צריך להודיע להם אם מערב משלהם ואם משלו א״צ להודיע כלל » (בית יוסף או״ח שס״ח), et dit pourquoi il recopie ses mots : « וזה כדברי רש״י ולפי שבאו כל החילוקים מבוארים יפה בדבריו כתבתי » (בית יוסף או״ח שס״ח). Le séif א du Choulhan Aroukh reprend ces trois distinctions presque mot pour mot (section 1). La suite du texte de Rabbénou Yehonatan, sur l'érouv diminué, porte « ואם נתמעט מוסיף ומזכה אם ממין אחד וא״צ להודיע להם בין שיערב משלו בין משלהם » (בית יוסף או״ח שס״ח) ; le séif א dispense de prévenir pour l'érouv seulement diminué dans la phrase qui traite d'une autre espèce, et la page ne tranche pas le rapport entre les deux.

Le Biour Halakha range les avis sur la fin du séif, ואם משלו א״צ להודיעם כלל :

Et il conclut : « ומ״מ לדינא אין לזוז מדברי השו״ע מאחר שהרבה פוסקים מקילין בעיקר דין זה אפילו במערב משלהם לדידן דפסקינן דבית הפתוח לשתי חצרות ועירב עם שתיהן מותר בזה ובזה עיין ברשב״א וריטב״א א״כ עכ״פ במערב משלו אין להחמיר » (ביאור הלכה שס״ח) — en droit, on ne s'écarte pas des paroles du Choulhan Aroukh, puisque beaucoup de poskim sont souples sur le principe même de cette règle, même quand on fait l'érouv de ce qui est aux habitants, pour nous qui tenons que la maison ouverte sur deux cours, qui a fait l'érouv avec l'une et l'autre, est permise dans l'une et l'autre (il renvoie au Rachba et au Ritva) ; donc, du moins quand on le fait du sien, il n'y a pas lieu d'être strict.

4. La hakira de fond — suite du premier érouv, ou nouveau commencement ?

חקירה — quand on refait ou complète un érouv, l'érouv refait est-il la suite du premier, porté par le consentement donné au départ, ou un nouveau commencement, qui demande ce que demande tout érouv à son début ? On trouve chez la Michna Beroura des raisons des deux sortes, chacune à sa place.

Où passe la limite dans le temps ? La Michna Beroura : « דאלו נתמעט קודם שקידש עליו היום הו״ל כתחלת עירוב אף שכבר הניחו לשם עירוב » (משנה ברורה שס״ח ס״ק י״ד) — diminué avant l'entrée du Chabbat, c'est encore le commencement de l'érouv, même s'il a déjà été déposé comme érouv. Le Choulhan Aroukh HaRav le dit dans ses propres mots : « שֶׁתְּחִלַּת הָעֵרוּב הוּא תְּחִלַּת כְּנִיסַת הַשַּׁבָּת » (שו״ע הרב שס״ח:ג).

נפקא מינה — celui dont la maison ouvre sur deux cours, et qu'on devait prévenir au début de l'érouv. L'érouv s'est abîmé, et on le refait de la même espèce : faut-il le prévenir de nouveau ? Le Choulhan Aroukh HaRav répond par la raison de la suite : « אֵין צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לוֹ כְּשֶׁנִּתְקַלְקֵל וְחוֹזֵר וּמְתַקְּנִים אוֹתוֹ, שֶׁכֵּיוָן שֶׁכְּבָר נִתְרַצָּה בּוֹ בַּתְּחִלָּה, מִן הַסְּתָם גַּם עַכְשָׁו יִתְרַצֶּה בּוֹ » (שו״ע הרב שס״ח:א). Pour les habitants ajoutés, le Beit Yossef écrit au nom du Ritva : « וכתבתי שם בשם הריטב״א שצריך שבשעת הוספת הדיורין יהיה קיים כשיעור דלדידהו הוי תחלת עירוב » (בית יוסף או״ח שס״ח), et la Michna Beroura les range sous le commencement (ס״ק ט, section 5).

Qui faut-il prévenir ? — pour l'érouv épuisé refait d'une autre espèce, de ce qui est aux habitants (séif א), la Michna Beroura rapporte le Maamar Mordekhaï, et ajoute que d'autres Aharonim écrivent de même : « וכתב במאמר מרדכי דדוקא בבית הפתוח לשתי חצרות דלא ידעינן בהי ניחא ליה אבל בפתוח לחצר אחד זכות הוא לו וא״צ דעתו וכ״כ שארי אחרונים » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ד) — selon le Maamar Mordekhaï, dans ce cas, le devoir de prévenir ne vaut que pour la maison ouverte sur deux cours ; pour celle qui n'ouvre que sur une cour, l'érouv est un avantage pour lui et son accord n'est pas requis. Pour les habitants ajoutés (séif ב), le Magen Avraham demande de prévenir aussi ceux d'une seule impasse quand on fait l'érouv de ce qui est à eux (section 5). À la fin du ס״ק ט, la Michna Beroura ajoute que la règle de départ — l'érouv fait sans l'accord des habitants — est elle-même discutée entre les poskim : « יש פוסקים דסברי דדוקא אם מערב משלו ויש פוסקים דסברי דיוכל לערב אפילו משלהם בלא דעתם » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ט), et renvoie au Biour Halakha du siman 367. La page rapporte ces avis sans trancher.

5. Les habitants ajoutés — du sien ou de ce qui est à eux

Le Tour, que le séif ב résume, écrit : « וכן אם נתוספו עליהם דיורים צריך להודיעם דשמא אינן חפצים בעירוב וה״מ בבית שפתוח לב׳ חצרות דאיכא למימר שמא לא ניחא להו לערב עם אלו אבל אם אינו פתוח אלא לזה החצר א״צ להודיעם שמערבין עירובי חצרות שלא לדעת היכא שהוא פתוח לחצר אחד » (טור או״ח שס״ח). Le Beit Yossef rapporte que la Guemara (81b), à propos de la parole de Rabbi Yehouda, a établi la Michna dans le cas d'une cour entre deux impasses : « בחצר שבין ב׳ מבואות שמתוך שאתה מתירו במבוי זה אתה אוסרו במבוי זה אבל אם אינו פתוח אלא למבוי אחד א״צ להודיע משום דזכות הוא לו וזכין לאדם שלא בפניו » (בית יוסף או״ח שס״ח). Sur la Michna elle-même, Rachi nomme ceux qu'on prévient : « לדיורין שניתוספו אם דעתן בעירוב וכגון שמערב משלהן » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב).

Le Beit Yossef rapporte deux lectures de la seconde moitié de la Michna, celle des habitants ajoutés (« il ajoute, fait acquérir, et doit prévenir »).

מחלוקת — celui qui complète l'érouv pour les habitants ajoutés, en le faisant du sien, doit-il prévenir ?

La Michna Beroura suit le Magen Avraham — « וצריך לעשות עירוב דוקא בידיעתם אבל שלא בידיעתם לא ואפילו אם מערב עתה משלו » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ט) — et rapporte l'autre avis : « ויש מקילין שיכול לערב משלו בכל גווני » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ט).

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — son séif 2 écrit, pour les habitants ajoutés : « אֲפִלּוּ אִם מְזַכֶּה לָהֶם מִשֶּׁלּוֹ — צָרִיךְ לְהוֹדִיעַ לְכָל מִי מֵהֶם שֶׁצָּרִיךְ לְהוֹדִיעַ לוֹ בִּתְחִלַּת עֵרוּב, דְּהַיְנוּ כָּל מִי שֶׁבֵּיתוֹ פָּתוּחַ לִשְׁתֵּי חֲצֵרוֹת » (שו״ע הרב שס״ח:ב) — même s'il leur fait acquérir de ce qui est à lui, il doit prévenir, parmi eux, chacun de ceux qu'il faut prévenir au début d'un érouv, c'est-à-dire quiconque a sa maison ouverte sur deux cours —, avec la raison : « כִּי שֶׁמָּא אֵינוֹ חָפֵץ כְּלָל לְעָרֵב בְּחָצֵר זוֹ אֶלָּא בְּאַחֶרֶת » (שו״ע הרב שס״ח:ב). Sur ce point (même du sien), son texte rejoint le Magen Avraham, et non Rabbénou Yehonatan ; la Michna Beroura écrira de même. Parmi les habitants ajoutés, le texte du Rav ne nomme que ceux dont la maison ouvre sur deux cours ; le Magen Avraham (ci-dessus) demande aussi de prévenir ceux qui sont dans une seule impasse quand on fait l'érouv de ce qui est à eux ; la page ne dit pas si le Rav s'écarte de ce second point.

6. La mesure — dix-huit, deux repas, six ou huit œufs

La Michna (Érouvin 80b) : « כַּמָּה הוּא שִׁיעוּרָן? בִּזְמַן שֶׁהֵן מְרוּבִּין — מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת לְכוּלָּם. בִּזְמַן שֶׁהֵן מוּעָטִין — כִּגְרוֹגֶרֶת לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד » (עירובין פ׳ ע״ב). La Guemara fixe le seuil, et se reprend aussitôt — dix-huit, et pas davantage ? dis : à partir de dix-huit : « כַּמָּה הוּא מְרוּבִּין? אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה בְּנֵי אָדָם. שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה, וְתוּ לָא: אֵימָא מִשְּׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה וְאֵילָךְ » (עירובין פ׳ ע״ב) ; elle demande ensuite pourquoi Rav Yehouda (au nom de Chemouel) a retenu ce nombre : « וּמַאי שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה דְּנָקֵט » (עירובין פ׳ ע״ב), et Rav Yits'hak fils de Rav Yehouda l'explique : « כׇּל שֶׁאִילּוּ מְחַלְּקוֹ לִמְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת בֵּינֵיהֶן וְאֵין מַגַּעַת גְּרוֹגֶרֶת לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד — הֵן הֵן מְרוּבִּין, וְסַגִּי בִּמְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת » (עירובין פ׳ ע״ב) ; d'où « וְאַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן דִּשְׁתֵּי סְעוּדוֹת הָוְיָין שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה גְּרוֹגְרוֹת » (עירובין פ׳ ע״ב).

Les deux mesures ne s'ajoutent pas : la mesure est la plus petite des deux, car chacune est dite pour alléger. Rachi : « דלקולא קתני בזמן שהם מרובים דגרוגרת דידהו הוי יותר מב׳ סעודות סגי בב׳ סעודות ולא בעינן גרוגרת לכל חד וחד כשהן מועטים דלא מטי גרוגרת דידהו לב׳ סעודות סגי בגרוגרת לכל אחד ולקולא » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב). Et la Michna Beroura, sur le séif ג : « ר״ל דשיעור שמנה עשר גרוגרות הוא שיעור היותר גדול שהוא שיעור שתי סעודות ובשיעור הזה די אפילו לאלף » (משנה ברורה שס״ח ס״ק י). Le Tour écrit le seuil à l'unité près : « בזמן שהן עד שמנה עשר ושמנה עשר בכלל שיעורו כגרוגרת לכל אחד » (טור או״ח שס״ח).

Six œufs ou huit — le séif écrit כששה ביצים puis וי״א שהם כשמונה ביצים.

Le Choulhan Aroukh HaRav rapporte les deux mesures, la seconde sous le nom de « certains disent » : « שֶׁהֵם כְּשִׁשָּׁה בֵּיצִים בֵּינוֹנִית פַּת » (שו״ע הרב שס״ח:ג) et « וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁב׳ סְעֻדּוֹת הֵן כִּשְׁמוֹנֶה בֵּיצִים » (שו״ע הרב שס״ח:ג). Le site ne convertit pas ces mesures en unités actuelles.

La mesure vaut-elle pour l'érouv des cours ? — le Beit Yossef :

Rachi, sur la Michna כִּכָּר כְּאִיסָּר וְהוּא שָׁלֵם, demande la mesure : « ובלבד שיהיו שם ככרות הרבה כגרוגרת לכל אחד ואחד » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב). Comme le Tour (et le Raavad, selon le Beit Yossef), le séif ג du Mehaber exige une mesure pour l'érouv des cours. Pour les œufs, il écrit sans attribution six, la mesure que le Beit Yossef donne au nom du Rambam, et donne huit, celle qu'il donne au nom du Tour, sous וי״א : « וכתב הרמב״ם בפ״א מה״ע די״ח גרוגרות הם כששה ביצים בינונים ולדעת רבינו בסי׳ ת״ט הם כח׳ ביצים » (בית יוסף או״ח שס״ח).

7. Les restes de l'érouv — Rabbi Yossé, et « pour que les enfants n'oublient pas »

La Michna poursuit : « אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — בִּתְחִילַּת עֵירוּב, אֲבָל בִּשְׁיָרֵי עֵירוּב — כׇּל שֶׁהוּא » (עירובין פ׳ ע״ב), et elle ajoute : « וְלֹא אָמְרוּ לְעָרֵב בַּחֲצֵירוֹת אֶלָּא כְּדֵי שֶׁלֹּא לְשַׁכֵּחַ אֶת הַתִּינוֹקוֹת » (עירובין פ׳ ע״ב). Rachi explique ces derniers mots : « תורת עירובי חצירות מהתינוקות הבאין הלכך מקילינן ביה » (רש״י עירובין פ׳ ע״ב). Rabbénou Yehonatan, cité par le Beit Yossef, fixe la limite au premier Chabbat : « בשיורי עירוב שנתמעט משיעורו משנכנס בשבת ראשון כל שהוא וא״צ להוסיף עליו אפי׳ לשבת הבאה ואם נתמעט קודם שנכנס שבת ראשון תחלת עירוב קרינן ביה » (בית יוסף או״ח שס״ח).

חקירה — pourquoi un reste quelconque suffit-il ?

נפקא מינה — quand on fait ensemble l'érouv et le chitouf. La Michna Beroura rapporte le Magen Avraham : la règle des restes ne valait qu'au temps du Talmud, « שהיו עושין עירובי חצרות ושיתופי מבואות כ״א בפני עצמו » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ט״ז).

Le Biour Halakha montre que l'avis du Magen Avraham a une source : « ולאו דברי עצמו הוא דבאמת מבואר כן בדברי ר׳ יהונתן בסוגיא זו וכן הוא דעת רש״י במתני׳ שם דהאי ולא אמרו אדברי ר׳ יוסי קאי » (ביאור הלכה שס״ח), et rattache d'abord l'avis contraire au Tour (il poursuit avec d'autres sources, notamment l'Avodat HaKodech du Rachba) : « ומ״ש שיש חולקין הוא דעת הטור שפסק בסי׳ שפ״ז דסומכין על שיתוף במקום עירוב והכא פוסק כר״י דשיורו בכל שהוא » (ביאור הלכה שס״ח). Sa conclusion : « וע״כ נראה דיש להקל בזה בשעת הדחק » (ביאור הלכה שס״ח), et « ולכתחלה בודאי נכון ליזהר בזה » (ביאור הלכה שס״ח). La Michna Beroura, de même : « ולכתחלה בודאי צריך ליזהר להוסיף עד כשיעור » (משנה ברורה שס״ח ס״ק ט״ז).

Le Taz — une autre raison de ne pas s'appuyer sur l'érouv diminué — « דיש ליזהר שלא לסמוך על עירוב שנתמעט דשמא יתמעט משיעורו ויתוספו אחר כך דיורין באותו עיר ואז צריך להוסיף בשביל׳ » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד) — de nouveaux habitants peuvent arriver, et pour eux il faudra la mesure. Il propose ensuite un remède : « או ראוי שיאמר כל אדם בשעת ברכה ולכל מי שיתוסף בעיר הזאת כדיעה ראשונה שם וא״כ אין חשש באם יתוספו אח״כ » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד) — ou bien que chacun dise, au moment de la bénédiction : « et pour quiconque s'ajoutera dans cette ville », comme le premier avis rapporté là [au siman שס״ו, séif ט, auquel il vient de renvoyer] ; alors il n'y a pas à craindre que d'autres s'ajoutent ensuite. Le Biour Halakha rapporte ce conseil, précise que, selon le Taz, il servirait même quand l'érouv a diminué sous sa mesure, et écrit que plusieurs Aharonim l'ont déjà contesté : « אכן מה שסיים הט״ז עוד עצה לזה שיאמר כל אדם בשעת ברכה ולכל מי שיתוסף בעיר הזה וזה מהני אפילו כשיתמעט משיעורו כבר השיגו ע״ז כמה אחרונים » (ביאור הלכה שס״ח). Il ne nomme pas ces Aharonim et ne détaille pas ici leur objection. Le Choulhan Aroukh HaRav, pour des habitants arrivés après que l'érouv a diminué sous sa mesure, écrit qu'il faut ajouter pour eux, et que même une acquisition explicite faite au départ ne leur donnait pas d'érouv tant qu'ils n'habitaient pas là : « וְאִם נִתּוֹסְפוּ דִיּוּרִין אַחַר שֶׁנִּתְמַעֵט הָעֵרוּב מִשִּׁעוּרוֹ … מִכָּל מָקוֹם צָרִיךְ לְהוֹסִיף עָלָיו מֵחֲמַת הַדִּיּוּרִין שֶׁנִּתּוֹסְפוּ עַתָּה, שֶׁלָּהֶם הוּא תְּחִלַּת עֵרוּב. וַאֲפִלּוּ זִכּוּהוּ לָהֶם בְּפֵרוּשׁ בִּתְחִלָּתוֹ, מִכָּל מָקוֹם כָּל זְמַן שֶׁלֹּא הָיוּ דָרִים כַּאן לֹא הָיָה לָהֶם עֵרוּב כְּלָל, שֶׁעֵרוּב הוּא מִשּׁוּם דִּירָה » (שו״ע הרב שס״ו:י״ב). La page ne dit pas si le Rav compte parmi les Aharonim que vise le Biour Halakha.

8. Le pain rompu — entier au moment où on le dépose

Au siman שס״ו, le Mehaber a écrit : « אין מערבין בפרוסה » (שו״ע או״ח שס״ו:ו). La Guemara (Érouvin 81a) donne deux raisons, l'une pour le morceau : « וּפְרוּסָה מַאי טַעְמָא לָא? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן שָׁאוּל אָמַר רַבִּי: מִשּׁוּם אֵיבָה » (עירובין פ״א ע״א), l'autre pour le cas où tous ont donné des morceaux : « עֵירְבוּ כּוּלָּן בִּפְרוּסוֹת מַהוּ? אֲמַר לֵיהּ: שֶׁמָּא יַחְזוֹר דָּבָר לְקִלְקוּלוֹ » (עירובין פ״א ע״א). Le reste de l'érouv peut-il être un morceau ? Le Taz : « ומ״ש בסי׳ שס״ו שאין מערבין בפרוסה היינו בשבת ראשון » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ג) — sa formule nomme le premier Chabbat (בשבת ראשון), et non, comme la Michna Beroura plus bas, le moment où l'on dépose l'érouv (בשעה שהניחה) ; elle ne dit pas ce qu'il en est d'un pain rompu avant l'entrée du premier Chabbat, et la page ne range pas le Taz parmi les avis qui suivent.

Le pain de l'érouv qui s'est rompu — le Magen Avraham rapporte deux avis.

Le Magen Avraham tranche : « לכן נ״ל כמהרי״ל דכיון שבשעת הנחה היה שלם תו לא גזרינן שמא יחזור הדבר לקלקולו » (מגן אברהם שס״ח ס״ק ג). Il ajoute aussitôt une réserve sur le reste qui n'a plus sa mesure : « ומ״מ נ״ל דאם לא נשאר בו כשיעור פסול » (מגן אברהם שס״ח ס״ק ג) ; elle suit immédiatement sa décision sur le pain rompu, et il propose d'y voir la raison de רמ״מ, plus strict, pour qui même un morceau qui a sa mesure ne permet pas d'alléger : « ואפשר דזהו טעמו של רמ״מ בסימן נ״ח דמסיק דכל רבותיו נהגו לעשו׳ אחר דס״ל דגם בפרוסה אין להקל אפי׳ יש בו כשיעו׳ » (מגן אברהם שס״ח ס״ק ג). La page ne tranche pas la portée exacte de cette réserve ; elle est citée en entier et expliquée à la section 7. La Michna Beroura : « היינו כשהיתה פרוסה בשעה שהניחה לשם עירוב משא״כ הכא שנפרסה אח״כ לית לן בה ומ״מ יש מחמירין בשנפרסה קודם בין השמשות כיון שיש שהות עדיין להניח ככר אחר שלם » (משנה ברורה שס״ח ס״ק י״ז).

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — il écrit, comme le Maharil, que le pain rompu avant l'entrée du Chabbat est valable, et il y met une condition que le Maharil, tel que le rapporte le Magen Avraham, ne nomme pas : que sa mesure subsiste (le Magen Avraham, lui, pose la réserve citée ci-dessus) ; il en donne la raison : « וַאֲפִלּוּ אִם נִפְרַס קֹדֶם כְּנִיסַת הַשַּׁבָּת — כָּשֵׁר אִם שִׁעוּרוֹ קַיָּם עַד כְּנִיסַת הַשַּׁבָּת, שֶׁהֲרֵי לֹא הִצְרִיכוּ שָׁלֵם אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁלֹּא יָבֹאוּ לִידֵי מַחֲלֹקֶת, וְאִם כֵּן דַּיּוֹ כְּשֶׁהוּא שָׁלֵם בִּשְׁעַת הַנָּחָתוֹ » (שו״ע הרב שס״ח:ג). Le Magen Avraham nomme la seconde raison de la Guemara pour l'écarter, une fois le pain posé entier : « תו לא גזרינן שמא יחזור הדבר לקלקולו » (מגן אברהם שס״ח ס״ק ג) ; c'est à la réponse רמ״מ qu'il prête cette raison : « ומיהו שם משמע שטעמו דגזרינן שמא יחזור הדבר לקלקולו » (מגן אברהם שס״ח ס״ק ג). Le Rav, lui, donne pour raison d'exiger un pain entier שֶׁלֹּא יָבֹאוּ לִידֵי מַחֲלֹקֶת. Et il ajoute la limite : « אֲבָל אִם נִתְמַעֵט מִשִּׁעוּרוֹ קֹדֶם כְּנִיסַת הַשַּׁבָּת, אַף אִם הַמְּשֻׁיָּר הוּא כִּכָּר קָטָן שָׁלֵם — פָּסוּל » (שו״ע הרב שס״ח:ג).

9. Le pain qui moisit — ce qui n'est plus mangeable

יסוד — l'érouv doit pouvoir être mangé au moment où le Chabbat entre. Le Rambam : « וּלְעוֹלָם צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא הָעֵרוּב אוֹ הַשִּׁתּוּף מָצוּי וְאֶפְשָׁר לְאָכְלוֹ כָּל בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת » (הלכות עירובין פ״א הכ״א). La Michna Beroura applique ce critère au pain de l'érouv dont on ne sait quand il a moisi (ס״ק כ, ci-dessous).

Le Beit Yossef rapporte ce passage, qu'il clôt par עכ״ל — le ומיהו נ״ל est donc de l'auteur qu'il cite : « אם נתעפש פת העירוב ונפסל מלאכול הרי הוא כמי שכלה כולה לגמרי וצריכים לערב מחדש אבל אם לא נפסל כ״כ אפילו נשתייר בו פורתא אין צריכין להוסיף דסוף עירוב בכל דהו ומיהו נ״ל שאמר בתוספות שאם נתוספו דיורין לאחר שנתמעט האוכל צריכין להוסיף דכיון דנתוספו ה״ז להם כתחלת עירוב ולפיכך ראוי להוסיף דשמא יתוספו עליהם דיורין » (בית יוסף או״ח שס״ח) — la fin de ce passage est la hakira de la section 4 : pour les habitants ajoutés, c'est un commencement. Le Beit Yossef cite ce passage après avoir nommé תשובת הרמב״ן סימן רי״ב, et y renvoie plus loin par « וכבר כתבתי בסמוך בשם הרמב״ם » (בית יוסף או״ח שס״ח) : la page ne tranche pas entre les deux noms.

La Michna Beroura — ce qui compte comme moisi : « וה״ה כשהתליע בתולעים קטנים » (משנה ברורה שס״ח ס״ק י״ח) ; « היינו כשנתעפש כולו » (משנה ברורה שס״ח ס״ק י״ט) ; et le doute : « ואם ראה ד״ז בשבת ואינו ידוע לו מתי נתעפש אם קודם שבת או בשבת תלינן לקולא ואמרינן דמקרוב נתעפש ובהמ״ש היה ראוי לאכול » (משנה ברורה שס״ח ס״ק כ). Pour l'érouv dont on doute s'il existait encore à בין השמשות, le Rambam écrit de même : « וְאִם סָפֵק הֲרֵי זֶה עֵרוּב שֶׁסְּפֵק הָעֵרוּב כָּשֵׁר » (הלכות עירובין פ״א הכ״א).

10. La glose du Rama — la matsa, ou l'érouv de chaque veille de Chabbat

Le Rama tire du séif ה une coutume : « ולכן נהגו לעשות העירוב חלת מצה שאינה ממהרת להתעפש » (רמ״א או״ח שס״ח:ה), la juge meilleure — « וזה טוב יותר מלערב כל שבת ושבת שלא ישכחו מלערב » (רמ״א או״ח שס״ח:ה) — et laisse le choix : « מיהו אם רוצים לערב כל ע״ש ולאכול העירוב כל שבת הרשות בידם » (רמ״א או״ח שס״ח:ה).

Le Taz — l'avis inverse : « ולעד״נ דיותר טוב לערב כל ע״ש דרוב פעמים שהמצה של העירוב מתקלקלת ומתעפשת מאורך הזמן ואינו ראוי לאכילה כלל והוה כלה לגמרי » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד). Il relève aussi une coutume qu'il interdit : « ועוד יש מנהג בקצת קהלות שבע״ש הגדול הולך השמש מבית לבית ונותן לכל א׳ קצת ממצת העירוב וזהו איסור דהרי באותה שבת אין שם עירוב כלל » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד). Et il donne la conduite du particulier : « והרוצה לעשות עצהי״ט יערב משלו בכל ע״ש ויזכ׳ ע״י אחר ובזה לא חיישי׳ לקלקול העירוב של בה״כ ולא יברך כיון שיש בבה״כ מצת העירוב והברכות אינם מעכבות » (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד).

La Michna Beroura l'écrit au nom des Aharonim : « והאחרונים כתבו דיותר טוב לערב כל ע״ש » (משנה ברורה שס״ח ס״ק כ״א).

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — il rapporte la coutume et sa raison, puis : « זֶהוּ טַעַם הַמִּנְהָג. אֲבָל בֶּאֱמֶת יוֹתֵר טוֹב לְעָרֵב כָּל עֶרֶב שַׁבָּת » (שו״ע הרב שס״ח:ד), et la conduite du particulier : « וְהָרוֹצֶה לַעֲשׂוֹת עַל צַד הַיּוֹתֵר טוֹב — יְעָרֵב מִשֶּׁלּוֹ בְּכָל עֶרֶב שַׁבָּת, וִיזַכֵּהוּ לְכָל הַקָּהָל עַל יְדֵי אַחֵר » (שו״ע הרב שס״ח:ד). On y retrouve deux éléments du Taz : l'érouv de chaque veille de Chabbat, pour la même raison — la matsa qui se gâte et moisit avec le temps —, et la conduite du particulier qui fait acquérir son érouv par un autre, sans bénédiction. Le niveau 4 compare ce séif à la glose du Rama, et nomme le Taz, qui porte déjà cette conduite (ט״ז או״ח שס״ח ס״ק ד). La Michna Beroura, qui l'attribue aux Aharonim, l'écrit en des termes très proches de ceux du Rav : « והרוצה לעשות עצהיו״ט יערב משלו בכל ע״ש ויזכהו לכל הקהל ע״י אחר ובזה אין חשש אם יתקלקל העירוב שבבהכ״נ ולא יברך על שלו כיון שיש עירוב בבהכ״נ ושמא הוא כשר והברכות אין מעכבות » (משנה ברורה שס״ח ס״ק כ״א).
Manger l'érouv — sur ולאכול העירוב כל שבת, la Michna Beroura donne la raison : « משום דהואיל ואיתעביד ביה מצוה חדא יתעבד ביה מצוה אחריתא » (משנה ברורה שס״ח ס״ק כ״ב). Le Rama renvoie au siman שצ״ד.

11. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — la Michna d'Érouvin 80b, la Guemara qui la lit, et la question de savoir si l'érouv refait est la suite du premier ou un commencement :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 4 séifim sur ce siman).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שס״ח · Niveau 2 — Lamdan
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