Siman שס״ט · 1 séif du Choulhan Aroukh
Première approche du Siman שס״ט : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française, explications des concepts halakhiques, cas pratiques et synthèse.
Sujet : comment celui qui paie sa part acquiert-il l'érouv — selon notamment ce qu'il dit, ce qu'il remet et à qui, au boulanger ou à un particulier, et ce que fait ensuite le boulanger
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן שס״ט (un seul séif dans le Choulhan Aroukh, sans glose du Rama ; un seul aussi dans le Choulhan Aroukh HaRav, étudié au niveau 4)
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'étude
1. Le texte du Choul'han Aroukh
Le siman שס״ט contient un seul séif du Mehaber (Rabbi Yossef Karo), sans glose du Rama. Objet du siman, selon son titre : de quelle manière on fait acquérir l'érouv — celui qui donne de l'argent pour avoir sa part dans l'érouv de la cour l'a-t-il acquise ? Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken compte lui aussi un seul séif pour ce siman ; sa rédaction est étudiée au niveau 4.
Seif א
באיזה אופן מקנין העירוב. ובו סעיף אחד:
הנותן מעות לנחתום ואמר לו אם יבואו בני חצר לקנו' ממך ככר לעירוב זכה לי בעירוב שיהא לי חלק עמהם בשביל מעה זו אינו עירוב אפילו עירב החנוני [לכל האחרים] וזכה גם לזה עמהם אבל אם אמר לו ערב לי קנה עירוב ואפילו אם אמר זכה לי אם נתן לו כלי בתור' קנין שיקנה לו בו קנה עירוב וכן אם זיכה לו הנחתום ע״י אחר או שקנה במעה שנתן לו לחם מן השוק קנה עירוב ואם נתן מעה לבעל הבי' ואמר לו זכה לי בעירוב קנה עירוב:
- Une pièce donnée au boulanger avec « fais-moi acquérir » ne suffit pas : זכה לי בעירוב שיהא לי חלק עמהם בשביל מעה זו אינו עירוב. La raison : l'argent seul n'acquiert pas avant la traction, comme l'écrit la Michna Beroura sur l'objet (ס״ק ד).
- Et cela même si l'érouv a été fait pour tous, lui compris : אפילו עירב החנוני [לכל האחרים] וזכה גם לזה עמהם. Selon la Michna Beroura (ס״ק ב), il y a été compté parmi tous sans être nommé, et, par défaut, le boulanger n'a pas voulu lui faire un don, mais agir contre sa pièce, et l'argent n'acquiert pas.
- « Fais l'érouv pour moi » suffit : אבל אם אמר לו ערב לי קנה עירוב.
- « Fais-moi acquérir », avec un objet remis à titre de kinyan, suffit aussi : ואפילו אם אמר זכה לי אם נתן לו כלי בתור׳ קנין שיקנה לו בו קנה עירוב.
- D'autres voies valent aussi : וכן אם זיכה לו הנחתום ע״י אחר או שקנה במעה שנתן לו לחם מן השוק קנה עירוב. La Michna Beroura entend l'acquisition par un autre du cas où le boulanger l'a nommé (ס״ק ה) ; la limite est discutée (section 6) ; et elle rapporte que, sur cette acquisition, certains Aharonim ne sont pas d'accord (ס״ק ו).
- Donnée à un particulier, la pièce suffit : ואם נתן מעה לבעל הבי׳ ואמר לו זכה לי בעירוב קנה עירוב.
2. Le contexte général
De quoi parle ce siman ?
La michna du traité Érouvin oppose Rabbi Eliezer et les Sages sur celui qui paie sa part de l'érouv : « נוֹתֵן אָדָם מָעָה לַחֶנְוָנִי וְלַנַּחְתּוֹם כְּדֵי שֶׁיְּזַכֶּה לוֹ עֵירוּב, דִּבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: לֹא זָכוּ לוֹ מְעוֹתָיו » (עירובין פ״א ע״א). Elle poursuit : les Sages conviennent que, remise à tout autre homme, la pièce lui fait acquérir ; puis Rabbi Yehouda distingue les érouvé te'houmin des érouvé 'hatserot (michna, Érouvin 81b). La guemara y rapporte des distinctions de Chmouel que l'on retrouve dans le séif. D'abord : « לֹא שָׁנוּ אֶלָּא נַחְתּוֹם, אֲבָל בַּעַל הַבַּיִת — קוֹנֶה » (עירובין פ״א ע״ב).
Ensuite : « לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מָעָה, אֲבָל כְּלִי — קוֹנֶה » (עירובין פ״א ע״ב).
Et encore : « לֹא שָׁנוּ אֶלָּא דְּאָמַר לוֹ ״זְכֵה לִי״, אֲבָל אָמַר ״עָרֵב לִי״, שָׁלִיחַ שַׁוְּיֵהּ, וְקָנֵי » (עירובין פ״א ע״ב).
Place dans Hilkhot Érouvin
Dans l'index de Sefaria, la section הלכות עירובין du Choul'han Aroukh commence au siman 345. Le siman שס״ט suit le siman שס״ח. Pour l'érouv fait « pour tous les autres », la Michna Beroura renvoie au siman 366, séif 9 du Choulhan Aroukh (Mehaber) : « ר״ל ע״י זיכוי שזיכה להן ע״י אחרים כדלעיל בסימן שס״ו ס״ט » (משנה ברורה שס״ט ס״ק א).
3. Les concepts-clés halakhiques
Quelques notions structurent ce siman :
- מעות אינן קונות — l'argent seul ne fait pas acquérir l'objet avant que l'acheteur l'ait tiré (meshikha) ; la Michna Beroura l'écrit à propos du séif : « דדוקא מעות אינן קונות עד שימשוך החפץ » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ד). Pour le premier cas, elle en fait la seconde branche de sa raison, après l'intention du boulanger : « והטעם דמסתמא לא כוון ליתן לו במתנת חנם כמו לאחרים אלא בשביל מעות שנתן לו ומעות אינן קונות נמצא שאין לו חלק בעירוב » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ב).
- ערב לי — « fais l'érouv pour moi » : selon la Michna Beroura, ces mots font du boulanger un mandataire, « הרי עשאו שליח לערב לו באופן שיועיל » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ג).
- כלי — l'objet remis à titre de kinyan : « אבל אם מקנה לו כלי הוי חליפין » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ד).
- ע״י אחר — l'acquisition faite pour lui par un tiers : la Michna Beroura l'entend du cas où le boulanger l'a nommé, « ר״ל שפרט שמו בהדיא ולא בסתמא עם אחרים » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ה), et en donne la raison, « מטעם דזכין לו לאדם שלא בפניו » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ה).
- בעל הבית — le particulier, par opposition au boulanger : « לפי שאין דרך בעה״ב למכור משלו » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ח).
4. Le détail des seifim — un par un
| Seif | Contenu |
|---|---|
| א | Une pièce donnée au boulanger avec « fais-moi acquérir » ne fait pas un érouv, même s'il a fait l'érouv pour tous et l'y a inclus. Elle le fait s'il a dit « fais l'érouv pour moi » ; ou si, ayant dit « fais-moi acquérir », il a remis un objet à titre de kinyan ; ou si le boulanger lui a fait acquérir par un autre ; ou s'il lui a acheté du pain au marché avec la pièce. Donnée à un particulier avec « fais-moi acquérir », la pièce fait un érouv. |
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 8 entrées sur ce siman. Les voici toutes, dans l'ordre — pour mieux comprendre le sens du séif :
Pour le texte sur Sefaria : Mishnah Berurah 369.
6. La position du Rama
Dans le texte du séif que sert Sefaria (édition Maginei Eretz), le Rama (Rabbi Moshe Isserles) n'ajoute pas de glose (הגה) à ce siman.
- Seif א — le texte du Mehaber est seul. Sur un point, la Michna Beroura signale un désaccord : sur l'acquisition faite par un autre, « ויש מאחרונים שחולקין ע״ז וס״ל דכיון דנתן מעות אפשר דלא ניחא ליה לקבל בתורת מתנה ובמעות הלא אינו קונה » (משנה ברורה שס״ט ס״ק ו).
- La limite entre le début du séif et « וכן אם זיכה לו הנחתום ע״י אחר » (שו״ע או״ח שס״ט:א) — la Michna Beroura entend le début d'une acquisition faite pour tous par d'autres, sans nommer celui qui a payé (ס״ק א, ב), et la fin du cas où le boulanger l'a nommé (ס״ק ה). Le Taz lit le début autrement : « פי׳ הוא עצמו מזכה להם ולו אבל לא ע״י אחר » (ט״ז או״ח שס״ט ס״ק א). Le Biour Halakha écrit que, n'étaient les mots du Tour, il lirait ainsi le Roch : « אבל אם החנוני זיכהו אף אם זיכהו בסתם בכלל שארי בני חצר נמי מהני » (ביאור הלכה שס״ט) ; puis : « ובאמת כן הוא דעת הב״י והט״ז לדינא אלא דהם פירשו כן בדברי הטור ובדברי הטור א״א לפרש כן וכמו שהוכיחו האחרונים וע״כ צ״ע לדינא » (ביאור הלכה שס״ט) — c'est l'avis du Beit Yossef et du Taz, qui l'ont lu dans le Tour ; les Aharonim ont montré que le Tour ne se lit pas ainsi. Le Biour Halakha laisse donc la halakha en question : consulte ton Rav.
- Habad → suivre le Choulhan Aroukh HaRav, siman שס״ט (voir Niveau 4 — Daat HaRav).
7. Cas pratiques modernes
Les situations ci-dessous sont des applications du site : le séif ne les nomme pas, chacune est rattachée à la proposition du séif qu'elle met en jeu.
| Situation | Analyse rapide |
|---|---|
| Régler d'avance à la boulangerie sa part du pain de l'érouv | Application du site, séif א : la proposition du séif sur la pièce donnée au boulanger. Avec la seule pièce et « fais-moi acquérir », « אינו עירוב » (שו״ע או״ח שס״ט:א) ; avec « fais l'érouv pour moi », ou avec un objet remis à titre de kinyan, il a acquis l'érouv ; et, même avec la pièce seule, il l'a acquis si le boulanger lui a ensuite fait acquérir par un autre (en le nommant, selon la Michna Beroura, ס״ק ה ; voir la rangée suivante) ou lui a acheté du pain au marché avec la pièce (ס״ק ז). Ce qu'il convient de dire et de remettre aujourd'hui : consulte ton Rav. |
| Le boulanger fait acquérir sa part par un tiers | Application du site, séif א : « וכן אם זיכה לו הנחתום ע״י אחר… קנה עירוב » (שו״ע או״ח שס״ט:א). La Michna Beroura l'entend du cas où il l'a nommé expressément (ס״ק ה), et rapporte que certains Aharonim ne sont pas d'accord (ס״ק ו). |
| Remettre de l'argent à un voisin qui prépare l'érouv | Application du site, séif א : le séif tranche pour le particulier — « ואם נתן מעה לבעל הבי׳ ואמר לו זכה לי בעירוב קנה עירוב » (שו״ע או״ח שס״ט:א) — et la Michna Beroura en donne la raison : un particulier n'a pas coutume de vendre ce qui est à lui ; c'est pour qu'il lui achète [le pain] avec son argent que [celui qui paie] lui a parlé ainsi, et c'est comme s'il lui avait dit « fais l'érouv pour moi », par quoi il a fait [du particulier] son mandataire (ס״ק ח). Si celui qui reçoit l'argent compte comme un particulier ou comme un vendeur : consulte ton Rav. |
8. Synthèse pratique du Siman
- Une pièce donnée au boulanger avec « fais-moi acquérir » ne fait pas un érouv, même s'il a fait l'érouv pour tous et l'y a inclus (séif א) ; la portée de ce cas est discutée (Taz, ס״ק א ; Biour Halakha ; voir la section 6 de cette page).
- « Fais l'érouv pour moi » fait un érouv (séif א).
- « Fais-moi acquérir » avec un objet remis à titre de kinyan fait un érouv (séif א).
- Si le boulanger lui a fait acquérir par un autre (en le nommant, selon la Michna Beroura, ס״ק ה), ou lui a acheté du pain au marché avec la pièce, il a acquis l'érouv (séif א) ; sur la première voie, la Michna Beroura rapporte un désaccord (ס״ק ו).
- Une pièce donnée à un particulier avec « fais-moi acquérir » fait un érouv (séif א).
- Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
9. Questions de compréhension
- Pourquoi la pièce donnée au boulanger avec « fais-moi acquérir » ne fait-elle pas un érouv (Michna Beroura, ס״ק ב et ד) ?
- Quand la pièce a été remise au boulanger avec « fais-moi acquérir », pourquoi l'inclusion de cet homme parmi tous les gens de la cour ne suffit-elle pas (ס״ק ב), alors qu'elle suffit avec ערב לי et chez le particulier (ס״ק ג, ח) ?
- Que change le mot ערב לי (ס״ק ג) ?
- Que change l'objet remis à titre de kinyan (ס״ק ד) ?
- Comment la Michna Beroura entend-elle l'acquisition « par un autre » (ס״ק ה), et quel désaccord rapporte-t-elle (ס״ק ו) ?
- Pourquoi la pièce remise à un particulier suffit-elle (ס״ק ח) ?
- Quelles distinctions de Chmouel (עירובין פ״א ע״ב) retrouve-t-on dans le séif ?
Pour aller plus loin
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul, les שיטות ראשונים, les חקירות יסודיות, et les nuances Acharonim
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide avec mnémoniques
- 📜 Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav siman שס״ט)