Choulhan Aroukh · Orah Haïm
Pilpoul approfondi
Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des Aharonim sur deux balcons de deux étages, la planche posée entre eux et l'érouv
Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שע״ג — 1 seif, avec une glose du Rama
avec notamment la Guemara, Rachi et les Tossafot, le Rashba et le Ritva, la Tosefta, le Rambam et le Maggid Mishneh, le Tour, le Beit Yossef, le ט״ז, le מג״א, la Michna Beroura et le Biour Halakha
Michna Beroura : 11 ס״ק
Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- La sougya — le fossé, la planche et les deux balcons, en Érouvin 78b-79a
- La hakira de fond — la michna des balcons parle-t-elle de la planche ? Rachi et Rabbénou Tam
- La planche — « comme un pont », et ce qui en fait une ouverture
- La glose du Rama — sans planche, à moins de quatre : deux érouvin, ou un seul ?
- « Et s'ils le veulent, chacune pour soi » — l'ordre de la michna et celui du séif
- Les balcons décalés — la forme de l'ouverture, ou la peur du passage ?
- L'un plus haut que l'autre — la hauteur, et la leçon de la guemara
- Moins de trois tefa'him — « un balcon coudé »
- Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 1 seif
שתי גזוזטראו' הבולטו' משני עליו' זו כנגד זו ונתן ביניהם נסר רחב ארבע' הרי הוא כפתח ומערבין יחד: הגה ואם אין המרחק שביניהם ארבעה אפילו בלא נסר נמי דינא הכי (המגיד פ״ג) ואם רצו כל א' מערבת לעצמה אבל אם היו זו שלא כנגד זו שאחת משוכה למזרח וא' למערב אינם יכולים לערב יחד וכן אם היתה אחת גבוה מחבירת' לא חשיב פתח והני מילי כשמרוחקו' זו מזו ג״ט אבל אם הם תוך ג' זו לזו בין בריחוק בין בגובה חשיב שפיר כפתח:
résumé : chapeau du siman, puis le séif. Deux balcons qui avancent de deux étages, l'un face à l'autre, entre lesquels on a posé une planche large de quatre [tefa'him] : c'est comme une ouverture, et l'on fait l'érouv ensemble. Glose du Rama : si la distance entre eux n'est pas de quatre [tefa'him], même sans planche, la règle est la même. S'ils le veulent, chacun fait l'érouv pour soi. S'ils ne sont pas face à face — l'un décalé vers l'est, l'autre vers l'ouest —, ils ne peuvent pas faire l'érouv ensemble ; si l'un est plus haut que l'autre, ce n'est pas une ouverture. Cela, quand l'écart est de trois tefa'him ; à moins de trois, en écart ou en hauteur, cela compte bien comme une ouverture.
1. La sougya — le fossé, la planche et les deux balcons, en Érouvin 78b-79a
La source dans la Guemara
Le Beit Yossef rattache le début du séif à la michna du chapitre Ha'halon : « משנה שם בפרק חלון » (בית יוסף או״ח שע״ג) — et sa suite, les balcons qui ne sont pas face à face, à une parole de Rava : « ומ״ש אבל היו זו שלא כנגד זו וכו׳ ג״ז שם » (בית יוסף או״ח שע״ג).
La michna (78b) traite d'abord du fossé qui sépare deux cours : « חָרִיץ שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת, עָמוֹק עֲשָׂרָה וְרוֹחַב אַרְבָּעָה — מְעָרְבִין שְׁנַיִם, וְאֵין מְעָרְבִין אֶחָד » (עירובין ע״ח ע״ב) — profond de dix et large de quatre [tefa'him], on fait deux érouvin, et non un seul. Puis vient la planche, et avec elle les deux balcons : « נָתַן עָלָיו נֶסֶר שֶׁרָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים, וְכֵן שְׁתֵּי גְזוּזְטְרָאוֹת זוֹ כְּנֶגֶד זוֹ — מְעָרְבִין שְׁנַיִם, וְאִם רָצוּ מְעָרְבִין אֶחָד » (עירובין ע״ח ע״ב) — on y a posé une planche large de quatre tefa'him ; et de même deux balcons face à face : on fait deux érouvin, et, si l'on veut, un seul. Et : « פָּחוֹת מִכָּאן — מְעָרְבִין שְׁנַיִם, וְאֵין מְעָרְבִין אֶחָד » (עירובין ע״ח ע״ב) — moins que cela [selon Rachi, une planche qui n'est pas large de quatre : voir la section 2], on fait deux érouvin, et non un seul.
La guemara (79a) commente la planche et les balcons, chacun par une parole de Rava. Sur la planche : « אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁנָּתַן לְרׇחְבּוֹ, אֲבָל לְאׇרְכּוֹ — אֲפִילּוּ כָּל שֶׁהוּא נָמֵי, שֶׁהֲרֵי מִיעֲטוֹ מֵאַרְבָּעָה » (עירובין ע״ט ע״א) — cela, quand on l'a posée dans la largeur [du fossé] ; posée dans sa longueur, même [une planche] de peu suffit, puisqu'elle l'a réduit en deçà de quatre. Sur les balcons : « אָמַר רָבָא: הָא דְּאָמְרַתְּ זוֹ כְּנֶגֶד זוֹ — אִין, זוֹ שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד זוֹ — לֹא, וְזוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ נָמֵי » (עירובין ע״ט ע״א) — face à face, oui ; pas face à face, non ; et l'un au-dessus de l'autre, non plus ; « לָא אֲמַרַן אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה טְפָחִים, אֲבָל אֵין בֵּין זֶה לָזֶה שְׁלֹשָׁה — גְּזוּזְטְרָא עֲקוּמָּה הִיא » (עירובין ע״ט ע״א) — cela, quand il y a trois tefa'him entre l'un et l'autre ; à moins de trois, c'est un balcon coudé.
Le séif ne reprend que les balcons ; le fossé est au siman שע״ב, auquel le Taz renvoie (ס״ק ב). Il écrit la planche dans le cas même des balcons, ונתן ביניהם נסר ; la michna, elle, écrit וְכֵן שְׁתֵּי גְזוּזְטְרָאוֹת juste après la planche posée sur le fossé, sans redire la planche. À quoi se rattache ce « de même » ? C'est la question de la section 2.
2. La hakira de fond — la michna des balcons parle-t-elle de la planche ? Rachi et Rabbénou Tam
חקירה — dans la michna, וְכֵן שְׁתֵּי גְזוּזְטְרָאוֹת se rattache-t-il à la planche qui précède — deux balcons reliés par une planche de quatre sont comme le fossé couvert d'une planche —, ou au fossé lui-même — deux balcons séparés par du vide sont comme le fossé, et leur loi dépend de l'écart qui les sépare ?
- Premier côté — Rachi : la planche. « נסרין בולטין משפת תקרת העלייה לרה״ר וקורין לו אלדויי״ר ואם ישנן זו אצל זו בשתי עליות של שני דיורין ונתן נסר רחב ד׳ כמין גשר מזו לזו הוי נמי פתח » (רש״י עירובין ע״ח ע״ב) — des planches qui avancent du bord du plafond de l'étage vers le domaine public, qu'on appelle aldouyir ; s'ils sont l'un à côté de l'autre, sur deux étages de deux habitants, et qu'on a posé une planche large de quatre, comme un pont de l'un à l'autre, c'est aussi une ouverture. Et sur « moins que cela » : « פחות מכאן - שאינו רחב » (רש״י עירובין ע״ח ע״ב) — [une planche] qui n'est pas large [de quatre]. Le Rashba rapporte Rachi ainsi : « פירש רש״י ז״ל: אם יש בין זו לזו ארבעה ונתן בין זו לזו נסר רחב ארבעה לגשר מערבין שנים ואם רצו מערבין אחד » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) — s'il y a quatre entre eux, et qu'on a posé une planche large de quatre pour faire un pont, on fait deux érouvin, et, si l'on veut, un seul.
- Second côté — Rabbénou Tam : le fossé. Les Tossafot rapportent d'abord Rachi, « פירש בקונטר׳ בנותן נסר רחב ד׳ מזו לזו דהוי נמי פתח » (תוספות עירובין ע״ח ע״ב) , et objectent : « ותימה כיון דע״י נסר רחב ד׳ איירי » (תוספות עירובין ע״ח ע״ב) — résumé de la suite : s'il s'agit d'une planche de quatre, pourquoi la guemara exclut-elle les balcons qui ne sont pas face à face ? même très écartés, la planche de quatre devrait les permettre, comme on l'a dit plus haut du mur large de quatre. Puis : « ומפרש ר״ת דלא איירי בנותן נסר מזו לזו ודין חריץ נותן לגזוזטראות דאם יש מזו לזו ד׳ מערבין שנים ואין מערבין אחד כמו חריץ » (תוספות עירובין ע״ח ע״ב) — Rabbénou Tam explique que la michna ne traite pas d'une planche posée de l'un à l'autre : elle donne aux balcons la loi du fossé ; s'il y a quatre entre eux, on fait deux érouvin, et non un seul, comme pour le fossé ; « אבל בפחות מד׳ רגיל לפסוע מזו לזו כמו גבי חריץ » (תוספות עירובין ע״ח ע״ב) — à moins de quatre, on a coutume d'enjamber de l'un à l'autre, comme pour le fossé ; « מש״ה כי ליכא ד׳ מזו לזו מערבין שנים ואם רצו מערבין אחד אפילו היא מופלגת שלשה כשהן זו כנגד זו אבל זו שלא כנגד זו אין מערבין אחד כשמשוכות זו מזו שלשה כדאמרינן בגמרא » (תוספות עירובין ע״ח ע״ב) — c'est pourquoi, quand il n'y a pas quatre entre eux, on fait deux érouvin, et, si l'on veut, un seul, même si l'un est écarté de trois, quand ils sont face à face ; mais pas face à face, on ne fait pas un seul érouv quand ils sont décalés de trois, comme le dit la guemara. Et, entre crochets dans le texte des Tossafot, le « moins que cela » de la michna חוזר וקאי אנסר : il revient à la planche.
נפקא מינה — selon Rachi, la michna parle de deux balcons reliés par une planche ; selon Rabbénou Tam, de deux balcons sans planche, séparés par du vide. La glose du Rama — à moins de quatre, même sans planche — est rattachée par le Taz à l'explication de Rabbénou Tam (section 4) ; et pour les balcons décalés reliés par une planche, le Biour Halakha rattache la question à cette même alternative (section 6). L'explication de Rabbénou Tam se lit ici sous deux formes — « deux érouvin, et si l'on veut un seul » chez les Tossafot, « un seul érouv, et non deux » chez le Rashba — : elles reviennent à la section 4.
3. La planche — « comme un pont », et ce qui en fait une ouverture
Le séif : « שתי גזוזטראו׳ הבולטו׳ משני עליו׳ זו כנגד זו ונתן ביניהם נסר רחב ארבע׳ הרי הוא כפתח ומערבין יחד » (שו״ע או״ח שע״ג:א). Sur la planche posée sur le fossé, Rachi écrit : « משפתו לשפתו כעין גשר והוי כפתח » (רש״י עירובין ע״ח ע״ב) — de bord à bord, comme un pont, et c'est comme une ouverture. Le Taz explique ce que donne l'ouverture : « פי׳ על ידי זה מותר לטלטל בשני החצירות מזה לזה אם ירצו לערב יחד » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ב) — par là, il est permis de transporter dans les deux cours, de l'une à l'autre, s'ils veulent faire l'érouv ensemble. La Michna Beroura en donne la raison : « דכיון שיש נסר ביניהם רחב ארבע הרי יכול בקל לילך מפתח העליה זו להעליה שכנגדו ומצטרפים » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ג) — puisqu'il y a entre eux une planche large de quatre, on peut aller facilement de l'ouverture d'un étage à l'étage d'en face, et ils se joignent.
4. La glose du Rama — sans planche, à moins de quatre : deux érouvin, ou un seul ?
La glose : « ואם אין המרחק שביניהם ארבעה אפילו בלא נסר נמי דינא הכי » (רמ״א או״ח שע״ג:א) — si la distance entre eux n'est pas de quatre, même sans planche, la règle est la même ; le Rama donne sa source entre parenthèses, המגיד פ״ג. Le Taz explique : « ועל זה כ׳ רמ״א דאם אין המרחק שביניהם ד׳ אפי׳ בלא נסר הוה שם כפתח כיון דיכול לפסוע מזה לזה » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ב) — puisqu'on peut enjamber de l'un à l'autre ; et il la rattache à l'explication de Rabbénou Tam dans les Tossafot (section 2) : « משום הכי אמר היכא דליכא ד׳ מזו לזו מערבין שנים ואם רצו א׳ כו׳ והיינו כמ״ש » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ב). La Michna Beroura décrit le cas, « היינו שאין בין גזוזטרא לגזוזטרא הפסק אויר רק פחות מד״ט וא״כ יוכל לפסוע בקל מזה לזה » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ד) — entre un balcon et l'autre, il n'y a qu'un vide de moins de quatre tefa'him, et l'on peut donc enjamber facilement de l'un à l'autre —, et lit « la règle est la même » comme la règle de la planche : « כמו בנסר שיכולין לערב יחד כשירצו ואם רצו מערבין שנים ודוקא שסמיכת הגזוזטראות זו לזו לא היה באורך כל הכותל דאלו אם היה סמיכתן באורך כל הכותל או שהיה נמשך הסמיכה זו לזו ביותר מעשר אמות אז מערבין אחד ולא שנים » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ה) — comme pour la planche, ils peuvent faire l'érouv ensemble s'ils le veulent, et, s'ils le veulent, en faire deux ; seulement si la proximité des balcons ne court pas sur toute la longueur du mur ; si elle court sur toute la longueur du mur, ou se prolonge sur plus de dix amot, on fait alors un seul érouv, et non deux.
Deux érouvin, ou un seul ?
- Les Tossafot, au nom de Rabbénou Tam : on fait deux érouvin, et, si l'on veut, un seul (section 2) — la lecture que le Taz retrouve dans la glose du Rama.
- Le Rashba, rapportant Rabbénou Tam : un seul érouv, et non deux (section 2). La Tosefta, telle que la sert Sefaria, porte cette règle : « שתי גזוזטראות זו כנגד זו ברה״ר [בין] זו לזו ארבעה טפחים מערבין ב׳ ואין מערבין א׳ פחות מכאן מערבין אחד ואין מערבין שנים » (תוספתא עירובין פ״ח ה״ב) — deux balcons face à face, dans le domaine public, à quatre tefa'him l'un de l'autre : on fait deux érouvin, et non un seul ; moins que cela, on fait un seul érouv, et non deux.
- Le Ritva, dans la lecture de Rabbénou Tam qui lui paraît la meilleure : « שבשתיהן אם רצו מערבין שנים ואם רצו מערבין אחד » (ריטב״א עירובין ע״ח ע״ב) — dans les deux cas [les balcons à moins de quatre, sans planche, et le fossé couvert d'une planche de quatre], deux érouvin s'ils le veulent, un seul s'ils le veulent ; et il écarte, ici, la règle d'un seul érouv et non deux : « ואין אומר בזה דכיון שאין בין זה לזה ד׳ טפחים שמערבין אחד ולא שנים כדין חריץ » (ריטב״א עירובין ע״ח ע״ב). Il ajoute que la Tosefta s'accorde avec Rabbénou Tam : « ובאמת כי כן הדין שנוי בתוספתא כדברי ר״ת ז״ל ברוב הנסחאות » (ריטב״א עירובין ע״ח ע״ב) — en vérité, la règle est ainsi enseignée dans la Tosefta, selon les paroles de Rabbénou Tam, dans la plupart des versions ; mais la Tosefta qu'il recopie ne porte pas les mots de celle que sert Sefaria : « שתי גזוזטראות זו כנגד זו ואין בין זו לזו ד׳ טפחים מערבין שנים ואין מערבין א׳ (יתר) מכן מערבין א׳ ואין מערבין שנים » (ריטב״א עירובין ע״ח ע״ב) ; et il en tire : « הרי שדין גזוזטראות זו כנגד זו שאין ביניהם נסר כדין חריץ ממש שאין עליו נסר אבל א״א לפרש כן לפי לשון משנתינו » (ריטב״א עירובין ע״ח ע״ב) — la Tosefta donne aux balcons face à face, sans planche, la loi même du fossé sans planche ; mais on ne peut pas lire ainsi notre michna. Il conclut que l'explication de Rachi est la juste (section 2).
- Le Maggid Mishneh, sur le Rambam (Hilkhot Érouvin 3:14), écrit la règle d'un seul érouv, et non deux, au nom du Rashba ; le Beit Yossef le rapporte : « וכתב ה׳ המגיד בפ״ג שהוכיח הרשב״א מהתוספות שאם אין ביניהם מרחק ד׳ אינו צריך נסר מזו לזו אלא אף בלא נסר מערבין אחד ואין מערבין שנים כל שהן זו כנגד זו » (בית יוסף או״ח שע״ג) — le Maggid Mishneh a écrit que le Rashba a démontré que, si la distance entre eux n'est pas de quatre, il n'est pas besoin de planche de l'un à l'autre : même sans planche, on fait un seul érouv, et non deux, dès lors qu'ils sont face à face. Là où le Beit Yossef écrit מהתוספות (« à partir des Tossafot »), le texte du Maggid Mishneh que sert Sefaria écrit מכח התוספתא (« en vertu de la Tosefta »). Cette page ne tranche pas entre ces deux leçons : la question est posée au Rav.
Le Taz relève la contradiction : « והנה זה סותר מ״ש בשם התו׳ ודברי הרמ״א ולק״מ דזה מיירי במערב לטלטל מגזוזטרא לחברתה והם רחבות הרבה נמצא שההפסק אויר שביניהם שאין בו ארבע טפחים מבטל הפתח ודומה לחריץ וכותל שנפרצו יתר מעשר דא״א לערב אלא א׳ » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ב) — cela contredit ce qui est écrit au nom des Tossafot et les paroles du Rama ; mais il n'y a pas de difficulté : ce cas-là traite de qui fait l'érouv pour transporter d'un balcon à l'autre, et de balcons très larges ; le vide de moins de quatre tefa'him qui les sépare annule l'ouverture, et c'est comme le fossé ou le mur brisés sur plus de dix [amot], où l'on ne peut faire qu'un seul érouv.
« משא״כ בדברי תו׳ ורמ״א כאן שהגזוזטרא אינם רחבים ואינו רוצה להשתמש שם רק שעל ידיהם יהיה פתח מחצר לחצר ובזה מערבין כמו שרוצים כל זה בריר ופשוט » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ב) — tandis que chez les Tossafot et le Rama, ici, les balcons ne sont pas larges ; on ne veut pas s'en servir, mais seulement qu'ils fassent une ouverture de cour à cour, et là on fait l'érouv comme on le veut ; tout cela, conclut le Taz, est clair et simple.
Le Taz et le Magen Avraham placent la formule « un seul érouv, et non deux » dans des cas différents : le Taz, dans des balcons très larges sur lesquels on veut transporter ; le Magen Avraham, dans une proximité qui court sur plus de dix amot ou sur toute la longueur des balcons — et il nomme le Maggid Mishneh au nom du Rashba. Le texte du Maggid Mishneh que sert Sefaria ne nomme pas les dix amot. La Michna Beroura (ס״ק ה) écrit la limite du Magen Avraham. Cette page ne dit pas si ces deux façons de borner la formule reviennent au même : la question est posée au Rav.
5. « Et s'ils le veulent, chacune pour soi » — l'ordre de la michna et celui du séif
Le séif écrit d'abord ומערבין יחד, puis : « ואם רצו כל א׳ מערבת לעצמה » (שו״ע או״ח שע״ג:א) — et s'ils le veulent, chacune fait l'érouv pour soi. La michna disait l'inverse : « deux érouvin, et, si l'on veut, un seul » (section 1). Le Tour l'écrit comme la michna : « שני גזוזטראות הבולטות משתי עליות זו כנגד זו ונתן ביניהן נסר רחב ד׳ חשוב כפתח ואם רוצין מערבין יחד » (טור או״ח שע״ג) — c'est compté comme une ouverture, et s'ils le veulent, ils font l'érouv ensemble. Le Rambam l'écrit comme le séif, pour le fossé d'abord, « נָתַן לוּחַ שֶׁרָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים עַל רֹחַב הֶחָרִיץ מְעָרְבִין אֶחָד וְאִם רָצוּ מְעָרְבִין שְׁנֵי עֵרוּבִין » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ג הי״ד) , puis pour les balcons : « וְכֵן שְׁתֵּי גְּזֻזְטְרָאוֹת זוֹ כְּנֶגֶד זוֹ אִם הוֹשִׁיט לוּחַ שֶׁרָחָב אַרְבָּעָה טְפָחִים מִזּוֹ לְזוֹ מְעָרְבִין עֵרוּב אֶחָד. וְאִם רָצוּ מְעָרְבִין שְׁנֵי עֵרוּבִין אֵלּוּ לְעַצְמָן וְאֵלּוּ לְעַצְמָן » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ג הי״ד) — on fait un seul érouv ; et s'ils le veulent, ils font deux érouvin, ceux-ci pour eux-mêmes et ceux-là pour eux-mêmes.
L'ordre du séif est celui du Rambam ; celui du Tour, celui de la michna. Les commentateurs du séif que nous avons ouverts — le Taz, le Magen Avraham, la Michna Beroura, le Biour Halakha — n'en disent rien, et cette page ne donne pas de portée à cette différence d'ordre : la question est posée au Rav.
6. Les balcons décalés — la forme de l'ouverture, ou la peur du passage ?
Le séif : « אבל אם היו זו שלא כנגד זו שאחת משוכה למזרח וא׳ למערב אינם יכולים לערב יחד » (שו״ע או״ח שע״ג:א). La Michna Beroura définit le décalage, « ר״ל משוכה ממקום חברתה לצד מזרח » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ח) — décalé de la place de l'autre, vers l'est —, là où Rachi écrivait, sur la parole de Rava : « שהיתה זו בולטת לרה״ר יותר מחברתה לא סגי להו בנסר ארבעה » (רש״י עירובין ע״ט ע״א) — l'un avançait davantage que l'autre vers le domaine public, et la planche de quatre ne leur suffit pas. Le Tour écrit le cas avec sa raison : « אבל היו זו שלא כנגד זו שאחת משוכה למזרח והשנייה למערב כזה אין יכולין לערב שכשיתנו הנסר מזו לזו יבא מקרן זוית של זו לשל זו ולא חשיב פתח דפתחא בקרן זוית לא עבדי אינשי » (טור או״ח שע״ג) — mais s'ils n'étaient pas face à face, l'un décalé vers l'est et l'autre vers l'ouest — « כזה », comme ceci [le mot annonce une figure, que le texte servi par Sefaria ne porte pas] —, ils ne peuvent pas faire l'érouv : la planche posée de l'un à l'autre irait du coin de l'un à celui de l'autre, ce qui ne compte pas comme une ouverture, car on ne fait pas d'ouverture dans un coin ; le Magen Avraham la reprend : « שכשיתנו הנסר מזו לזו יבא מקרן זויות של זו לשל זו ופתחא בקרן זויות לא עבדי אינשי » (מגן אברהם שע״ג ס״ק ג).
חקירה — qu'est-ce qui manque à la planche posée entre deux balcons décalés : la forme d'une ouverture, ou la facilité du passage ? La Michna Beroura écrit les deux raisons, l'une après l'autre :
- La forme : « שכשיתנו הנסר מזו לזו יבא מקרן זוית של זו לזו ופתחא בקרן זוית לא עבדי אינשי » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ט) — la raison du Tour.
- Le passage : « וגם לפי שאין הגשר ישר אלא באלכסון עומד מתירא אדם לעבור בו » (משנה ברורה שע״ג ס״ק ט) — la passerelle n'étant pas droite mais en diagonale, on a peur d'y passer.
La première porte sur l'angle ; la seconde, sur le biais lui-même.
C'est la question des Tossafot à Rachi (section 2) : avec une planche de quatre, pourquoi faut-il qu'ils soient face à face ? Le Rashba la rapporte, avec la réponse qu'ils proposent pour Rachi : « והקשו עליו בתוספות דכיון שעל ידי נסר רחב ארבעה מיירי, מאי קא דייק בגמרא » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) ; « והם ז״ל תירצו דשמא נאמר דכיון שמשוכות זו מכנגד זו אם נתן נסר מזו לזו לצד קרן זוית של זו ושל זו הוה ליה פיתחא בקרן זוית ופיתחא בקרן זוית לא עבדי אנשי » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) — peut-être faut-il dire que, puisqu'ils sont décalés, la planche posée de l'un à l'autre irait au côté du coin de l'un et de l'autre, et ce serait une ouverture dans un coin, ce qu'on ne fait pas. Il poursuit : « ועדיין קשה דמאי שנא מההיא דאביי דלעיל » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) — la difficulté demeure : en quoi est-ce différent du cas d'Abayé, plus haut ? résumé de la suite : là, avec un mur large de quatre, [les échelles servent] même très écartées. Et il répond : « ומסתברא שאין זה קשה כלל, דהתם הוה להו שתי הסולמות כשני פתחים הפתוחים על גג משותף כיון שרחב הכותל ארבעה » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) — ce n'est pas une difficulté : là, les deux échelles sont comme deux ouvertures donnant sur un toit commun, puisque le mur a quatre de large.
Une planche en biais, mais pas aux coins —
- Le Taz infère de la raison du Tour : « משמע כל שאינם בקרן זוית שפיר מהני הנסר אע״ג דהוה בעיקום וכ״מ בקושיית התוספות דבנסר מהני אפילו זו שלא כנגד זו » (ט״ז או״ח שע״ג ס״ק ג) — il en ressort que, tant qu'ils ne sont pas dans un coin, la planche sert bien, même en biais ; et c'est ce qu'il lit dans la question des Tossafot : avec une planche, cela sert même s'ils ne sont pas face à face.
- Le Biour Halakha rapporte d'abord la lecture du Taz : « עיין בט״ז דמשמע מיניה דהמחבר ג״כ ס״ל כהתוספות וע״כ הסכים דמשום עיקום לבד לא הוי ריעותא ומהני נסר » (ביאור הלכה שע״ג) — selon le Taz, le Mehaber lui aussi tient comme les Tossafot, et le biais seul n'est pas un défaut ; puis l'avis de l'Eliya Rabba : « והנה בא״ר חולק עליו וסובר דאין נ״מ אלא כל שהוא מעוקם בג״ט לא מהני נסר וכתב דכן משמע בשו״ע שלא חילק בזה והמחבר סתם כרש״י ודלא כדעת התוספות בשם ר״ת וכן משמע בעו״ש דהמחבר סתם כדעת רש״י » (ביאור הלכה שע״ג) — il n'y a pas de différence : dès qu'il y a un biais de trois tefa'him, la planche ne sert pas ; c'est ce qui ressort du Choulhan Aroukh, qui ne distingue pas, et le Mehaber a écrit sans précision comme Rachi, et non comme les Tossafot au nom de Rabbénou Tam ; ainsi ressort-il aussi du עו״ש [l'Olat Chabbat]. Entre crochets, il objecte au Taz : « ובאמת דברי הט״ז קשה מאד דמשמע מניה דהתוס׳ ג״כ מודים היכא דאיתרמי שהניח הנסר בקרן זוית של הגזוזטרא מזו לזו לא חשבינן אותו כפתח והמעיין בחידושי הרשב״א יראה להדיא דלהתוס׳ דמקשים מהא דסולם והביאו מזה ראי׳ דמהני הוא אפילו היכא דהנסר מונח בקרן זוית וא״כ ע״כ דהשו״ע לא סתם כהתוספות » (ביאור הלכה שע״ג) — selon le Taz, les Tossafot reconnaîtraient que la planche posée au coin n'est pas une ouverture ; or, dans les 'Hiddouchim du Rashba, on voit que, pour les Tossafot, qui objectent à partir du cas de l'échelle, la planche sert même posée au coin ; le Choulhan Aroukh n'a donc pas écrit comme les Tossafot. Et il conclut : « וכן עיקר דהרבה ראשונים ס״ל כדעת רש״י דהמשנה דגזוזטרא קאי אנסר ואפ״ה בזה שלא כנגד זה לא מהני הלא המה הרבינו יונתן והרשב״א והריטב״א והריא״ז ומה שהקשו התוספות על פירושו כבר תירצו בחידושי הרשב״א והריטב״א » (ביאור הלכה שע״ג).
נפקא מינה — deux balcons décalés de trois tefa'him ou plus, et une planche posée en biais, qui ne part pas des coins. Le Taz fonde sur la raison de l'angle son inférence qu'elle sert ; l'Eliya Rabba, que suit le Biour Halakha (וכן עיקר), écrit qu'elle ne sert pas. Le Biour Halakha donne pour fondement de cette conclusion la lecture de Rachi que suivent, écrit-il, de nombreux Richonim ; il n'invoque pas ici la seconde raison de la Michna Beroura. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
7. L'un plus haut que l'autre — la hauteur, et la leçon de la guemara
Le séif : « וכן אם היתה אחת גבוה מחבירת׳ לא חשיב פתח » (שו״ע או״ח שע״ג:א) — la guemara : « et l'un au-dessus de l'autre, non plus » (section 1).
Le Rashba, sur la hauteur : « וטפי קשה לי לדידי מזו למעלה מזו דמאי שנא מסולם שבין חצר לעליה. ושמא אינו כגירסת אלה הספרים. וכן אינה במקצת הספרים שלנו, אבל בפר״ח ז״ל ישנה » (רשב״א עירובין ע״ח ע״ב) — le cas de l'un au-dessus de l'autre lui est plus difficile encore : en quoi est-ce différent de l'échelle qui va de la cour à l'étage ? Peut-être, écrit-il, n'est-ce pas la leçon de ces livres : elle manque dans certains de ses livres, mais elle se trouve chez Rabbénou 'Hananel.
8. Moins de trois tefa'him — « un balcon coudé »
Le séif : « והני מילי כשמרוחקו׳ זו מזו ג״ט אבל אם הם תוך ג׳ זו לזו בין בריחוק בין בגובה חשיב שפיר כפתח » (שו״ע או״ח שע״ג:א). Le Tour écrivait : « אבל אם הם תוך שלשה זו לזו בין בריחוק בין בגובה חשיב שפיר כפתח » (טור או״ח שע״ג) ; les mots והני מילי כשמרוחקו׳ זו מזו ג״ט du séif ne sont pas dans le Tour ; ils reprennent en substance la parole de Rava, « cela, quand il y a trois tefa'him entre l'un et l'autre » (section 1).
יסוד — la Michna Beroura lit « en écart ou en hauteur » : « דע דמה שאמרו בין בריחוק בין בגובה היינו שמרוחק זה מזה יותר מד׳ טפחים באויר שבין זו לזו אלא שזו גבוה מזו בפחות מג׳ טפחים אז אמרינן דהוי כאלו הם שניהם זו כנגד זו ונותן נסר מזו לזו כיון שהמרחק שביניהם יותר מד׳ טפחים » (משנה ברורה שע״ג ס״ק י״א) — l'écart entre eux, dans le vide, est de plus de quatre tefa'him, mais l'un n'est plus haut que l'autre que de moins de trois : c'est alors comme s'ils étaient tous deux face à face, et l'on pose une planche de l'un à l'autre, puisque la distance entre eux dépasse quatre ; « וה״ה נמי כשמרוחק זו מזו בפחות מג׳ טפחים בריחוק שזו לצד מזרח וזו לצד מערב ואינם זה כנגד זה ממש רק שמרוחק פחות מג״ט אמרינן לבוד והוי כאלו הם זו כנגד זו ואז אף שעדיין יש אויר רחוק בין זו לזו יותר מד״ט מותר ע״י נסר שנותן בין זו לזו » (משנה ברורה שע״ג ס״ק י״א) — de même, quand le décalage vers l'est ou l'ouest est de moins de trois tefa'him, on applique le lavoud, et c'est comme s'ils étaient face à face ; et alors, bien qu'il reste plus de quatre tefa'him de vide entre eux, c'est permis par la planche qu'on pose de l'un à l'autre. Le lavoud des trois tefa'him les rend face à face ; quand l'écart entre eux dépasse quatre, il ne dispense pas de la planche.
9. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique
Le fondement — la michna d'Érouvin 78b et les paroles de Rava en 79a, que les Richonim et les Aharonim lisent ainsi :
- le fossé, la planche, les deux balcons, et Rava sur le décalage, la hauteur et les trois tefa'him — section 1 ;
- la michna des balcons parle de la planche selon Rachi — que suivent, selon le Biour Halakha, notamment le Rashba et le Ritva —, du vide entre eux selon Rabbénou Tam dans les Tossafot — section 2 ;
- la planche : comme un pont, et une ouverture par laquelle on transporte d'une cour à l'autre, si l'on fait l'érouv ensemble ; fixée par un clou (le Magen Avraham au nom du Chiltei HaGuibborim ; la Michna Beroura) ; des étages habités (le Peri Megadim, cité par la Michna Beroura) — section 3 ;
- la glose du Rama, à moins de quatre sans planche : deux érouvin ou un seul selon les Tossafot, que suit le Rama selon le Taz ; un seul érouv, et non deux, dans la Tosefta que sert Sefaria, dans l'explication de Rabbénou Tam telle que la rapporte le Rashba, qui l'écarte comme lecture de la michna (section 2), et chez le Maggid Mishneh, au nom du Rashba, que rapporte le Beit Yossef (le texte du Maggid Mishneh que sert Sefaria écrit « de la Tosefta », le Beit Yossef « des Tossafot ») ; la distinction du Taz ; la limite des dix amot (le Magen Avraham ; la Michna Beroura) — section 4 ;
- « et s'ils le veulent » : l'ordre de la michna et du Tour, celui du Rambam et du séif ; la limite des dix amot pour la planche, et l'interdit que la Michna Beroura juge raisonnable sur la planche elle-même — section 5 ;
- les balcons décalés : la raison de l'angle (le Tour ; le Magen Avraham ; la Michna Beroura) et celle du passage en biais (la Michna Beroura) ; le Taz et l'Eliya Rabba, et le Biour Halakha qui conclut וכן עיקר — section 6 ;
- l'un plus haut que l'autre : le Rambam ; le Maggid Mishneh, qui rapporte Rachi sur la hauteur ; la leçon que le Rashba met en doute — section 7 ;
- moins de trois tefa'him : la phrase que le séif ajoute au Tour ; le lavoud, qui ne dispense pas de la planche quand l'écart dépasse quatre (la Michna Beroura, ס״ק י״א) ; le Magen Avraham (ס״ק ה) — section 8.
Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.
Pour aller plus loin
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 1 séif sur ce siman).