Siman שע״ט · 2 séifim du Choulhan Aroukh
Première approche du Siman שע״ט : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française, explications des concepts halakhiques, cas pratiques et synthèse.
Sujet : deux cours et les maisons qui sont entre elles — l'érouv commun que les gens de chaque cour, passant par la maison voisine de leur cour, déposent dans la maison du milieu, quand trois maisons, ouvertes l'une sur l'autre, sont entre les cours (séif א) ; et pourquoi l'érouv n'est pas acquis quand chaque cour, faisant l'érouv pour soi, dépose le sien dans la maison voisine de l'autre cour (séif ב)
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן שע״ט (deux séifim dans le Choulhan Aroukh, sans glose du Rama ; deux aussi dans le Choulhan Aroukh HaRav, étudiés au niveau 4)
Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com
📑 Plan de l'étude
1. Le texte du Choul'han Aroukh
Le siman שע״ט contient deux séifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ; dans le texte que sert Sefaria, aucune glose du Rama n'y figure. Objet du siman, selon son titre : la règle des cours, et des maisons qui sont entre elles. Le séif א traite de deux cours et de trois maisons entre elles, quand on veut faire l'érouv ensemble ; le séif ב, de deux cours et de deux maisons entre elles, quand chaque cour fait l'érouv pour soi. Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken compte lui aussi deux séifim pour ce siman ; sa rédaction est étudiée au niveau 4.
Seif א
דין חצירו' ובתים ביניהם. ובו ב סעיפים:
ב' חצירו' וג' בתים ביניהם פתוחים זה לזה ורוצים לערב יחד חצר זה בא דרך בית שאצלו ונותן עירובו בבי' שבאמצע וכן עושה השניה ומותרים בשלשתן שכל בית שאצל החצר חשוב לו כבית שער וא״צ ליתן פת והאמצעי הוא בית שמניחין בו עירוב וא״צ ליתן פת:
- Le cas : deux cours, trois maisons entre elles, et l'on veut faire l'érouv ensemble : ב׳ חצירו׳ וג׳ בתים ביניהם פתוחים זה לזה ורוצים לערב יחד. La Michna Beroura (ס״ק א) ajoute que les maisons sont aussi ouvertes chacune sur la cour qui est à côté d'elle, et relève qu'on peut se représenter ici qu'aucune des trois maisons ne donne sa part, et que tous puissent pourtant transporter.
- Chaque cour passe par sa maison voisine et dépose son érouv dans celle du milieu ; et ils sont permis dans les trois [maisons] : חצר זה בא דרך בית שאצלו ונותן עירובו בבי׳ שבאמצע וכן עושה השניה ומותרים בשלשתן. Selon la Michna Beroura (ס״ק ב), ils peuvent transporter dans ces maisons, et [les gens des] maisons dans [les cours], bien qu'ils n'aient pas donné leur part de l'érouv.
- La maison voisine de chaque cour est, pour elle, un bâtiment d'entrée : elle ne donne pas de pain : שכל בית שאצל החצר חשוב לו כבית שער וא״צ ליתן פת. Selon la Michna Beroura (ס״ק ג), parce que les gens de la cour portent leur érouv en passant par elle vers celle du milieu ; elle rapporte ensuite l'avis de « certains » qui étendent la règle à d'autres maisons : voir la section 3.
- Celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv : elle ne donne pas de pain non plus : והאמצעי הוא בית שמניחין בו עירוב וא״צ ליתן פת. Sur les mots וא״צ ליתן פת, que le séif écrit deux fois, la Michna Beroura (ס״ק ד) renvoie au siman 366 ; Sefaria place son appel devant la première occurrence, celle des maisons voisines des cours : voir la section 3.
Seif ב
שני חצירו' ושני בתים ביניהם ולא עירבו יחד אלא כל אחת לעצמה ובא מן חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבי' שאצל השני וכן עשה השני שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר' לא קנו עירוב שכל א' הניח עירוב בבי' שער של חצר אחרת:
- Le cas : deux cours, deux maisons entre elles, et chaque cour fait l'érouv pour soi : שני חצירו׳ ושני בתים ביניהם ולא עירבו יחד אלא כל אחת לעצמה.
- Chaque cour dépose son érouv dans la maison voisine de l'autre cour : ובא מן חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבי׳ שאצל השני וכן עשה השני שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר׳.
- L'érouv n'est pas acquis : chacun l'a déposé dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour : לא קנו עירוב שכל א׳ הניח עירוב בבי׳ שער של חצר אחרת. Le Magen Avraham (ס״ק ב) ajoute, au nom du Tour, l'autre branche du raisonnement — si on la tenait pour une maison à part entière, [une maison] s'interposerait, pour chaque cour, entre lui et la maison où il a déposé son érouv : voir la section 6.
2. Le contexte général
De quoi parle ce siman ?
Le Beit Yossef, sur le Tour, rattache le premier cas à une parole (mimra) de Rav Na'hman, à la fin du chapitre HaDar du traité Érouvin, et le second à une question posée puis tranchée. Dans la guemara : « שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּשְׁלֹשָׁה בָּתִּים בֵּינֵיהֶן, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה. וְזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה » (עירובין ע״ה ע״ב) — deux cours et trois maisons entre elles : [les gens de] l'une passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-ci [du milieu], et [ceux de] l'autre passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-ci ; Rav Na'hman le dit au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav. La suite : « זֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה, וְזֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה. אֶמְצָעִי הָוֵה לֵיהּ בַּיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב, וְאֵין צָרִיךְ לִיתֵּן אֶת הַפַּת » (עירובין ע״ו ע״א) — cette [maison] devient bâtiment d'entrée pour cette [cour], et cette [maison]-là pour cette [cour]-là ; celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et elle n'a pas besoin de donner le pain.
Le second cas est la question par laquelle Ra'hava éprouva les Rabbanan : « שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת וּשְׁנֵי בָתִּים בֵּינֵיהֶם, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, וָזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, קָנוּ עֵירוּב אוֹ לָא » (עירובין ע״ו ע״א) — ont-ils acquis l'érouv, ou non ? Ils lui répondirent : « שְׁנֵיהֶן לֹא קָנוּ עֵירוּב, מָה נַפְשָׁךְ: אִי בֵּית שַׁעַר מְשַׁוֵּית לֵיהּ, הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב. אִי בַּיִת מְשַׁוֵּית לֵיהּ — קָא מְטַלְטֵל לְבַיִת דְּלָא מְעָרֵב לֵיהּ » (עירובין ע״ו ע״א) — aucun des deux n'a acquis l'érouv, de quelque façon qu'on le prenne : si tu la tiens pour un bâtiment d'entrée, celui qui dépose son érouv dans un bâtiment d'entrée, un portique ou une galerie, ce n'est pas un érouv ; si tu la tiens pour une maison, il transporte vers une maison qui n'a pas fait l'érouv avec lui.
Place dans Hilkhot Érouvin
Dans l'index de Sefaria, la section הלכות עירובין du Choul'han Aroukh commence au siman 345. Le siman שע״ט suit le siman שע״ח. Au siman 366, le Mehaber écrit que la maison où l'on dépose l'érouv n'a pas à donner de pain, et qu'on ne le dépose pas dans un bâtiment d'entrée (séif ג ; le Rama y ajoute une glose sur l'usage de son temps : voir la section 3). La Michna Beroura (ס״ק ד) renvoie au siman 366 sur les mots וא״צ ליתן פת de notre séif א (voir la section 3) ; le Choulhan Aroukh HaRav (séif 2 de sa numérotation) y renvoie pour l'érouv déposé dans un bâtiment d'entrée (voir le niveau 4).
3. Les concepts-clés halakhiques
Quelques notions structurent ce siman, dans l'ordre des séifim :
- פתוחים זה לזה — ouvertes l'une sur l'autre (séif א) : la Michna Beroura précise « והם ג״כ פתוחים לחצרות שאצלן » (משנה ברורה שע״ט ס״ק א) — et elles sont aussi ouvertes sur les cours qui sont à côté d'elles. Elle relève ce que le séif apprend : ailleurs, une maison qui ne donne pas sa part de l'érouv est elle-même interdite de transporter, et interdit aussi les gens de la cour ; « הכא יצוייר ששום אחד מהשלשה לא יתנו חלק בעירוב ואפ״ה מותרים הכל לטלטל כגון אם יתנו בעלי שתי החצרות את עירובן בבית האמצעי » (משנה ברורה שע״ט ס״ק א) — ici, on peut se représenter qu'aucune des trois ne donne sa part de l'érouv et que tous peuvent pourtant transporter, par exemple si les gens des deux cours déposent leur érouv dans la maison du milieu.
- ומותרים בשלשתן — permis dans les trois (séif א) : « ר״ל שהם מותרים לטלטל באותן הבתים והבתים בהן אע״פ שלא נתנו חלק בעירוב » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ב) — c'est-à-dire qu'ils peuvent transporter dans ces maisons, et [les gens des] maisons dans [les cours], bien qu'ils n'aient pas donné leur part de l'érouv.
- בית שער — le bâtiment d'entrée : le Mehaber écrit au siman 366 qu'on ne dépose pas l'érouv dans la cour, mais « בבית שראוי לדיר׳ לאפוקי בית שער אכסדר׳ ומרפסת » (שו״ע או״ח שס״ו:ג) — dans une maison propre à l'habitation, ce qui exclut le bâtiment d'entrée, le portique et la galerie (le séif ajoute qu'elle doit avoir quatre amot sur quatre). Le même séif porte une glose du Rama : « והמנהג בזמן הזה להניח העירוב בבית הכנסת וכן נהגו הקדמונים ונראה לי הטעם דעירובין שלנו יש להם דין שתוף ואין צריך להניח בבית דירה וע׳ לקמן סי׳ שפ״ו ושפ״ז » (רמ״א או״ח שס״ו:ג) — l'usage, de son temps, est de déposer l'érouv à la synagogue, et ainsi faisaient les anciens ; et il me semble que la raison en est que nos érouvin ont le statut de chitouf, et qu'il n'est pas nécessaire de le déposer dans une maison d'habitation ; et voir plus loin, simanim 386 et 387. Le Rama donne cette raison comme la sienne (« il me semble »). Le Choulhan Aroukh HaRav rapporte le même usage : « וְהַמִּנְהָג בִּזְמַן הַזֶּה לְהַנִּיחַ הָעֵרוּב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, אַף עַל פִּי שֶׁבֵּית הַכְּנֶסֶת אֵינוֹ רָאוּי לְדִירָה מִפְּנֵי קְדֻשָּׁתוֹ » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — l'usage, de son temps, est de déposer l'érouv à la synagogue, bien que la synagogue ne soit pas propre à l'habitation, à cause de sa sainteté : le Rav l'écrit lui-même. Il écrit aussi : « וּמְקוֹמוֹת שֶׁאֵין לָהֶם לֶחִי אוֹ קוֹרָה לִמְבוֹאוֹתֵיהֶם, אוֹ שֶׁבֵּית הַכְּנֶסֶת אֵינוֹ בְּמָבוֹי הַמְּתֻקָּן בְּלֶחִי אוֹ קוֹרָה, שֶׁאֵין מַנִּיחִים שָׁם עֵרוּב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, כְּמוֹ שֶׁנִּתְבָּאֵר בְּסִמָּן שס״ה » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — les lieux dont les mavoïm n'ont ni lé'hi ni koré, ou dont la synagogue n'est pas dans un mavoï aménagé par un lé'hi ou une koré, où l'on ne dépose pas l'érouv à la synagogue, comme il a été expliqué au siman 365. Ce membre de phrase décrit ces lieux et renvoie, pour la règle, au siman 365 ; la phrase du Rav se poursuit par une permission : « אַף עַל פִּי כֵן מֻתָּרִים לְטַלְטֵל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת… » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — néanmoins, il est permis de porter dans la synagogue. Sur notre siman, l'Eliya Rabba, commentant le Levush, écrit au nom de la Perisha : « מכאן יש סתירה למנהג קצת מקומות שנתנו עירובין בבית הכנסת ובתי כותים הם מפסיקן ביניהם ובין העירוב ואין יכולין לטלטל לבית הכנסת למקום עירוב » (אליה רבה שע״ט ס״ק ב) — d'ici, il y a une contradiction avec l'usage de quelques lieux qui ont déposé les érouvin à la synagogue alors que des maisons de kouthim [non-Juifs] s'interposent entre eux et l'érouv, et ils ne peuvent porter jusqu'à la synagogue, lieu de l'érouv. Ce que cet usage change au cas du séif ב de notre siman, cette page ne le tranche pas : consulte ton Rav. Au séif א de notre siman, la maison voisine de chaque cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée ; la Michna Beroura en donne la raison : « אחרי שבני החצר מוליכין עירובן דרך עליה לאמצעית » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ג) — puisque les gens de la cour portent leur érouv en passant par elle vers celle du milieu. Elle rapporte ensuite un avis plus large : « ויש שכתבו דה״ה אם נתנו שניהם העירוב באחד מבתים הסמוכים לחצרות או באחד משאר בתים שבשתי החצרות אלו השלשה בתים אין צריכין ליתן עירוב דנעשו כולם בית שער לאותה חצר כיון שעוברים דרך עליהם להניח העירוב בה » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ג) — certains ont écrit qu'il en va de même si les deux [cours] ont déposé l'érouv dans l'une des maisons voisines des cours, ou dans l'une des autres maisons des deux cours : ces trois maisons n'ont pas à donner de part à l'érouv, car elles deviennent toutes bâtiment d'entrée pour cette cour-là, puisqu'on passe par elles pour y déposer l'érouv. Le Magen Avraham attribue cet avis aux Tossafot (ס״ק א ; voir la section 6). La Michna Beroura le rapporte sous la forme « certains ont écrit », sans le trancher. Le Choulhan Aroukh HaRav le rapporte aussi, sous « וְיֵשׁ אוֹמְרִים » (שו״ע הרב שע״ט:א), sans écrire dans ce séif s'il faut s'y appuyer (séif 1 de sa numérotation ; voir le niveau 4).
- בית שמניחין בו עירוב — la maison où l'on dépose l'érouv (séif א) : le Mehaber écrit au siman 366 : « הבית שמניחים בו העירוב א״צ ליתן פת » (שו״ע או״ח שס״ו:ג) — la maison où l'on dépose l'érouv n'a pas besoin de donner de pain. Notre séif écrit deux fois les mots וא״צ ליתן פת, après les maisons voisines des cours puis après celle du milieu ; Sefaria place l'appel du ס״ק ד devant la première occurrence. Sur ces mots, la Michna Beroura renvoie : « כמבואר בסימן שס״ו ס״ב » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ד) ; dans le texte du Choulhan Aroukh que sert Sefaria (les éditions Maginei Eretz et Torat Emet), la règle de la maison où l'on dépose l'érouv se lit au séif ג du siman 366. Laquelle des deux occurrences ce ס״ק vise, et ce que désigne ס״ב, cette page ne le tranche pas.
- כל אחת לעצמה — chacune pour soi (séif ב) : les deux cours ne font pas l'érouv ensemble ; chacune fait le sien, et le dépose dans la maison voisine de l'autre cour.
- לא קנו עירוב — ils n'ont pas acquis l'érouv (séif ב) : le Mehaber donne une raison, que chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour. La guemara, elle, raisonne « מָה נַפְשָׁךְ » (עירובין ע״ו ע״א) — de quelque façon qu'on le prenne (section 2). Le Tour écrit les deux branches : « שאם נחשוב ב׳ הבתים כבית שער הרי נתנו עירובן בבית שער ואינו עירוב ואם נחשוב אותם כבית גמור הרי כל החצר מפסיק בית בינו ובין הבית שנתן בו עירובו » (טור או״ח שע״ט) — si l'on tient les deux maisons pour des bâtiments d'entrée, ils ont déposé leur érouv dans un bâtiment d'entrée, et ce n'est pas un érouv ; et si on les tient pour de vraies maisons, [pour] chaque cour, une maison s'interpose entre lui et la maison où il a déposé son érouv. Le Mehaber n'écrit que la première ; le Magen Avraham donne la seconde, au nom du Tour (ס״ק ב ; voir la section 6). Les mots du séif « שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר׳ » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) ne sont pas dans le Tour, qui écrit seulement « וכן עשה השני לא קנו עירוב » (טור או״ח שע״ט) ; on les lit dans l'explication que le Beit Yossef donne de ces mots du Tour : « ומ״ש וכן עשה השני כלומר שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר אחרת » (בית יוסף או״ח שע״ט).
4. Le détail des seifim — un par un
| Seif | Contenu |
|---|---|
| א | Deux cours, et trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre ; on veut faire l'érouv ensemble. Les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu : ils sont permis dans les trois maisons. Chaque maison voisine d'une cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée, et ne donne pas de pain ; celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et ne donne pas de pain. |
| ב | Deux cours, et deux maisons entre elles ; on n'a pas fait l'érouv ensemble, mais chaque cour pour soi. Chaque cour a déposé son érouv dans la maison voisine de l'autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun l'a déposé dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour. |
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 4 entrées sur ce siman, toutes sur des mots du séif א. Les voici toutes, dans l'ordre — pour mieux comprendre le sens du séif :
Pour le texte sur Sefaria : Mishnah Berurah 379.
6. La position du Rama
Dans le texte que sert Sefaria (édition Maginei Eretz), le Rama (Rabbi Moshe Isserles) n'a sur ce siman aucune glose introduite par le mot הגה. Le Magen Avraham, lui, porte une entrée sur chacun des deux séifim ; les voici.
- Seif א, la maison du milieu — il rapporte l'avis des Tossafot : « והתוס׳ כתבו דאפי׳ נתנו העירוב באחד מבתים הסמוכים לחצירות או באחד מבתי החצר אלו הג׳ בתים א״צ ליתן עירוב דנעשו כלם בית שער לאותה חצר המולכת עירוב דרך עליהם לחצר אחרת » (מגן אברהם שע״ט ס״ק א) — même si l'on a déposé l'érouv dans l'une des maisons voisines des cours, ou dans l'une des maisons de la cour, ces trois maisons n'ont pas à donner de part à l'érouv, car elles deviennent toutes bâtiment d'entrée pour la cour qui porte son érouv en passant par elles vers l'autre cour. La Michna Beroura rapporte le même avis sous la forme « certains ont écrit » (ס״ק ג).
- Seif ב, le bâtiment d'entrée — il donne, au nom du Tour, l'autre branche du raisonnement : « ואם נחשוב אותו כבית גמור א״כ כל חצר מפסיק בינו ובין הבית שנתן שם עירובו » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) — et si on la tient pour une maison à part entière, alors, [pour] chaque cour, [une maison] s'interpose entre lui et la maison où il a déposé son érouv (le Tour, auquel il renvoie, écrit après מפסיק le mot בית, « une maison », que le texte que sert Sefaria n'a pas ici). Il demande ensuite pourquoi l'on n'applique pas ici la règle selon laquelle « קי״ל ספיק׳ דרבנן לקולא אי׳ היכא דסתרי אהדדי » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) — un doute d'ordre rabbinique se tranche à la légère, [même] là où [les deux suppositions] se contredisent —, à laquelle il renvoie (le texte que sert Sefaria porte « בסי׳ שנ״ג ס״ג » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) ; or le séif ג du siman 353 du Choulhan Aroukh traite des zizim qui avancent au-dessus du domaine public, non d'un doute d'ordre rabbinique ; la règle de Rava, que la guemara compare à ce cas, le Choulhan Aroukh la tranche au siman 393, séif ג ; cette page ne corrige pas la leçon de Sefaria), et répond : « התם לא מנכר׳ מלתא הכא קיימי הנך בתים קמן ואי משוי לה להאי חצר בית ולהאי בית שער א״כ הוי כי חוכא ואטלולא » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) — là, la chose ne se voit pas ; ici, ces maisons sont devant nous, et si l'on en faisait une maison pour cette cour-ci et un bâtiment d'entrée pour celle-là, ce serait comme une moquerie ; il renvoie aussi à Yoré Déa, siman 111 : « וע׳ בי״ד סי׳ קי״א » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב). La guemara répond de même : « הָתָם סָפֵק יְמָמָא סָפֵק לֵילְיָא לָא מִינַּכְרָא מִילְּתָא, אֲבָל הָכָא, אִי דִּלְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת, לְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת. אִי לְגַבֵּי דְּהַאי בֵּית שַׁעַר, לְגַבֵּי דְּהַאי נָמֵי בֵּית שַׁעַר » (עירובין ע״ו ע״א) — là, doute du jour, doute de la nuit, la chose ne se reconnaît pas ; mais ici, si [c'est] une maison à l'égard de l'une, [c'est] une maison à l'égard de l'autre ; si [c'est] un bâtiment d'entrée à l'égard de l'une, à l'égard de l'autre aussi [c'est] un bâtiment d'entrée.
- Habad → suivre le Choulhan Aroukh HaRav, siman שע״ט (voir Niveau 4 — Daat HaRav).
7. Cas pratiques modernes
Les situations ci-dessous sont des applications du site : le séif ne les nomme pas, chacune est rattachée à la proposition du séif qu'elle met en jeu.
| Situation | Analyse rapide |
|---|---|
| Deux cours séparées par trois maisons qui communiquent, et l'on veut un seul érouv | Application du site, séif א : c'est la forme du cas du séif — les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu : « ומותרים בשלשתן » (שו״ע או״ח שע״ט:א), et aucune des trois maisons ne donne de pain (séif א). Si des bâtiments d'aujourd'hui répondent à ces conditions : consulte ton Rav. |
| Le même cas, mais l'érouv commun est déposé dans une maison voisine d'une cour, et non au milieu | Application du site, séif א : le séif décrit l'érouv déposé dans la maison du milieu. Pour l'érouv déposé dans une maison voisine d'une cour, ou dans une autre maison des cours, la Michna Beroura rapporte que « certains ont écrit » que les trois maisons n'ont pas à donner de part à l'érouv (ס״ק ג), et le Magen Avraham l'écrit au nom des Tossafot (ס״ק א) ; le Choulhan Aroukh HaRav le rapporte aussi, sous « וְיֵשׁ אוֹמְרִים » (שו״ע הרב שע״ט:א), sans écrire dans ce séif s'il faut s'y appuyer (voir le niveau 4). Cette page ne tranche pas : consulte ton Rav. |
| Deux cours séparées par deux maisons ; chaque cour fait son propre érouv et le dépose dans la maison qui touche l'autre cour | Application du site, séif ב : « לא קנו עירוב » (שו״ע או״ח שע״ט:ב), car chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour (séif ב). Pour savoir où déposer l'érouv : consulte ton Rav. |
8. Synthèse pratique du Siman
- Deux cours, trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre : pour faire l'érouv ensemble, les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu ; ils sont alors permis dans les trois maisons (séif א) — bien qu'aucune n'ait donné sa part de l'érouv, selon la Michna Beroura (ס״ק א, ב).
- La maison voisine de chaque cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée, et ne donne pas de pain (séif א) — parce qu'on la traverse pour porter l'érouv au milieu, explique la Michna Beroura (ס״ק ג), qui rapporte aussi un avis plus large, sous la forme « certains ont écrit » ; le Magen Avraham l'attribue aux Tossafot (ס״ק א), et le Choulhan Aroukh HaRav le rapporte aussi, sous « וְיֵשׁ אוֹמְרִים » (שו״ע הרב שע״ט:א).
- La maison du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et ne donne pas de pain (séif א) ; la Michna Beroura (ס״ק ד) renvoie au siman 366 sur les mots וא״צ ליתן פת, que le séif écrit deux fois (voir la section 3).
- Deux cours, deux maisons entre elles, chacune faisant l'érouv pour soi : si chaque cour dépose son érouv dans la maison voisine de l'autre cour, ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun l'a déposé dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour (séif ב) ; le Magen Avraham ajoute, au nom du Tour, que, si on la tenait pour une vraie maison, [une maison] s'interposerait, pour chaque cour, entre lui et son érouv (ס״ק ב).
- Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
9. Questions de compréhension
- Au séif א, pourquoi aucune des trois maisons n'a-t-elle à donner de pain pour l'érouv ?
- Qu'apprend-on ici, selon la Michna Beroura (ס״ק א), par rapport à la règle habituelle de la maison qui ne donne pas sa part de l'érouv ?
- Pourquoi la maison voisine de chaque cour compte-t-elle comme un bâtiment d'entrée (Michna Beroura, ס״ק ג) ? Que disent « certains », et à qui le Magen Avraham attribue-t-il cet avis (ס״ק א) ?
- Au séif ב, pourquoi l'érouv n'est-il pas acquis ? Quelle raison le Mehaber écrit-il, et quelles sont les deux branches du raisonnement dans la guemara (עירובין ע״ו ע״א) et dans le Tour ?
- Pourquoi, selon la guemara et le Magen Avraham (ס״ק ב), ne pas tenir la même maison pour une maison à l'égard d'une cour et pour un bâtiment d'entrée à l'égard de l'autre ?
- Quels mots du séif ב ne sont pas dans le Tour, et d'où viennent-ils (Beit Yossef) ?
Pour aller plus loin
- 📚 Niveau 2 — Lamdan : pour le pilpoul, les שיטות ראשונים, les חקירות יסודיות, et les nuances Acharonim
- ✨ Niveau 3 — Synthèse : pour la révision et la mémorisation rapide avec mnémoniques
- 📜 Niveau 4 — Daat HaRav : la chitah de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav siman שע״ט)