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DAAT · NIVEAU 1 — INITIATION

Siman שע״ט · 2 séifim du Choulhan Aroukh

Deux cours et les maisons entre elles — pour découvrir et comprendre
סימן שע״ט
דין חצירו׳ ובתים ביניהם
🌱 Niveau Initiation · מתחילים
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Première approche du Siman שע״ט : texte hébreu intégral du Mehaber, traduction française, explications des concepts halakhiques, cas pratiques et synthèse.

Sujet : deux cours et les maisons qui sont entre elles — l'érouv commun que les gens de chaque cour, passant par la maison voisine de leur cour, déposent dans la maison du milieu, quand trois maisons, ouvertes l'une sur l'autre, sont entre les cours (séif א) ; et pourquoi l'érouv n'est pas acquis quand chaque cour, faisant l'érouv pour soi, dépose le sien dans la maison voisine de l'autre cour (séif ב)
Source : שולחן ערוך אורח חיים סימן שע״ט (deux séifim dans le Choulhan Aroukh, sans glose du Rama ; deux aussi dans le Choulhan Aroukh HaRav, étudiés au niveau 4)

Compilation : רב יוסף חיים סממה
DAAT · daattorah.com

📑 Plan de l'étude

1. Le texte du Choul'han Aroukh — les deux séifim du Mehaber
2. Le contexte général : pourquoi ce siman, quelle est la question ?
3. Les concepts-clés halakhiques de ce siman
4. Le détail des seifim — un par un
5. Le Mishnah Berurah — premières entrées
6. La position du Rama — et les précisions des commentateurs
7. Cas pratiques modernes
8. Synthèse pratique et règles à retenir
9. Questions de compréhension

1. Le texte du Choul'han Aroukh

Le siman שע״ט contient deux séifim du Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ; dans le texte que sert Sefaria, aucune glose du Rama n'y figure. Objet du siman, selon son titre : la règle des cours, et des maisons qui sont entre elles. Le séif א traite de deux cours et de trois maisons entre elles, quand on veut faire l'érouv ensemble ; le séif ב, de deux cours et de deux maisons entre elles, quand chaque cour fait l'érouv pour soi. Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken compte lui aussi deux séifim pour ce siman ; sa rédaction est étudiée au niveau 4.

Seif א

דין חצירו' ובתים ביניהם. ובו ב סעיפים:
ב' חצירו' וג' בתים ביניהם פתוחים זה לזה ורוצים לערב יחד חצר זה בא דרך בית שאצלו ונותן עירובו בבי' שבאמצע וכן עושה השניה ומותרים בשלשתן שכל בית שאצל החצר חשוב לו כבית שער וא״צ ליתן פת והאמצעי הוא בית שמניחין בו עירוב וא״צ ליתן פת:
Traduction : Deux cours, et trois maisons entre elles, [les maisons étant] ouvertes l'une sur l'autre, et [les gens des deux cours] veulent faire l'érouv ensemble : [les gens de] cette cour-ci passent par la maison qui est à côté d'elle et déposent leur érouv dans la maison du milieu, et la seconde [cour] fait de même ; et ils sont permis dans les trois [maisons]. Car chaque maison qui est à côté de la cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée [beit cha'ar], et n'a pas besoin de donner de pain ; et celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et n'a pas besoin de donner de pain.
Ce que dit ce séif :

Seif ב

שני חצירו' ושני בתים ביניהם ולא עירבו יחד אלא כל אחת לעצמה ובא מן חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבי' שאצל השני וכן עשה השני שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר' לא קנו עירוב שכל א' הניח עירוב בבי' שער של חצר אחרת:
Traduction : Deux cours, et deux maisons entre elles, et ils n'ont pas fait l'érouv ensemble, mais chacune pour soi ; [l'un] est venu de cette cour-ci par la maison qui est à côté d'elle et a déposé son érouv dans la maison qui est à côté de la seconde [cour], et le second [celui de la seconde cour] a fait de même — lui aussi a déposé son érouv dans la maison voisine de l'autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée [beit cha'ar] d'une autre cour.
Ce que dit ce séif :

2. Le contexte général

De quoi parle ce siman ?

Le Beit Yossef, sur le Tour, rattache le premier cas à une parole (mimra) de Rav Na'hman, à la fin du chapitre HaDar du traité Érouvin, et le second à une question posée puis tranchée. Dans la guemara : « שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּשְׁלֹשָׁה בָּתִּים בֵּינֵיהֶן, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה. וְזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה » (עירובין ע״ה ע״ב) — deux cours et trois maisons entre elles : [les gens de] l'une passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-ci [du milieu], et [ceux de] l'autre passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-ci ; Rav Na'hman le dit au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav. La suite : « זֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה, וְזֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה. אֶמְצָעִי הָוֵה לֵיהּ בַּיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב, וְאֵין צָרִיךְ לִיתֵּן אֶת הַפַּת » (עירובין ע״ו ע״א) — cette [maison] devient bâtiment d'entrée pour cette [cour], et cette [maison]-là pour cette [cour]-là ; celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et elle n'a pas besoin de donner le pain.

Le second cas est la question par laquelle Ra'hava éprouva les Rabbanan : « שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת וּשְׁנֵי בָתִּים בֵּינֵיהֶם, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, וָזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, קָנוּ עֵירוּב אוֹ לָא » (עירובין ע״ו ע״א) — ont-ils acquis l'érouv, ou non ? Ils lui répondirent : « שְׁנֵיהֶן לֹא קָנוּ עֵירוּב, מָה נַפְשָׁךְ: אִי בֵּית שַׁעַר מְשַׁוֵּית לֵיהּ, הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב. אִי בַּיִת מְשַׁוֵּית לֵיהּ — קָא מְטַלְטֵל לְבַיִת דְּלָא מְעָרֵב לֵיהּ » (עירובין ע״ו ע״א) — aucun des deux n'a acquis l'érouv, de quelque façon qu'on le prenne : si tu la tiens pour un bâtiment d'entrée, celui qui dépose son érouv dans un bâtiment d'entrée, un portique ou une galerie, ce n'est pas un érouv ; si tu la tiens pour une maison, il transporte vers une maison qui n'a pas fait l'érouv avec lui.

La question fondamentale : quand des maisons séparent deux cours, quel rôle tient chacune d'elles pour l'érouv — maison où l'on dépose l'érouv, ou bâtiment d'entrée que l'on traverse pour l'y porter ? Le séif א le dit de deux cours et de trois maisons, quand on fait l'érouv ensemble ; le séif ב, de deux cours et de deux maisons, quand chaque cour fait l'érouv pour soi et le dépose dans la maison voisine de l'autre cour.

Place dans Hilkhot Érouvin

Dans l'index de Sefaria, la section הלכות עירובין du Choul'han Aroukh commence au siman 345. Le siman שע״ט suit le siman שע״ח. Au siman 366, le Mehaber écrit que la maison où l'on dépose l'érouv n'a pas à donner de pain, et qu'on ne le dépose pas dans un bâtiment d'entrée (séif ג ; le Rama y ajoute une glose sur l'usage de son temps : voir la section 3). La Michna Beroura (ס״ק ד) renvoie au siman 366 sur les mots וא״צ ליתן פת de notre séif א (voir la section 3) ; le Choulhan Aroukh HaRav (séif 2 de sa numérotation) y renvoie pour l'érouv déposé dans un bâtiment d'entrée (voir le niveau 4).

3. Les concepts-clés halakhiques

Quelques notions structurent ce siman, dans l'ordre des séifim :

Les notions essentielles du siman שע״ט :

4. Le détail des seifim — un par un

SeifContenu
אDeux cours, et trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre ; on veut faire l'érouv ensemble. Les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu : ils sont permis dans les trois maisons. Chaque maison voisine d'une cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée, et ne donne pas de pain ; celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et ne donne pas de pain.
בDeux cours, et deux maisons entre elles ; on n'a pas fait l'érouv ensemble, mais chaque cour pour soi. Chaque cour a déposé son érouv dans la maison voisine de l'autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun l'a déposé dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour.
Le cœur du siman : le rôle que tient, pour l'érouv, chacune des maisons qui séparent deux cours. Au séif א — deux cours, trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre —, quand on fait l'érouv ensemble, la maison voisine de chaque cour, que ses gens traversent pour porter l'érouv, compte comme son bâtiment d'entrée, et celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv : aucune des trois ne donne de pain, et ils sont permis dans les trois (séif א). Au séif ב, chaque cour, faisant l'érouv pour soi, a déposé le sien dans la maison voisine de l'autre cour, c'est-à-dire dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv (séif ב).

5. Le Mishnah Berurah — premières entrées

Le Mishnah Berurah de Rabbi Israël Méir Kagan (Hafets Haïm) compte 4 entrées sur ce siman, toutes sur des mots du séif א. Les voici toutes, dans l'ordre — pour mieux comprendre le sens du séif :

משנה ברורה (א) — (א) פתוחים זה לזה - והם ג״כ פתוחים לחצרות שאצלן וקמ״ל דאע״ג דבעלמא אם בית אחד אינו נותן חלק בעירוב הוא בעצמו אסור לטלטל וגם אוסר על בני החצר הכא יצוייר ששום אחד מהשלשה לא יתנו חלק בעירוב ואפ״ה מותרים הכל לטלטל כגון אם יתנו בעלי שתי החצרות את עירובן בבית האמצעי ומטעם שמסיים:
משנה ברורה (ב) — (ב) ומותרים בשלשתן - ר״ל שהם מותרים לטלטל באותן הבתים והבתים בהן אע״פ שלא נתנו חלק בעירוב:
משנה ברורה (ג) — (ג) חשוב לו כבית שער - אחרי שבני החצר מוליכין עירובן דרך עליה לאמצעית. ויש שכתבו דה״ה אם נתנו שניהם העירוב באחד מבתים הסמוכים לחצרות או באחד משאר בתים שבשתי החצרות אלו השלשה בתים אין צריכין ליתן עירוב דנעשו כולם בית שער לאותה חצר כיון שעוברים דרך עליהם להניח העירוב בה:
משנה ברורה (ד) — (ד) וא״צ ליתן פת - כמבואר בסימן שס״ו ס״ב:

Pour le texte sur Sefaria : Mishnah Berurah 379.

6. La position du Rama

Dans le texte que sert Sefaria (édition Maginei Eretz), le Rama (Rabbi Moshe Isserles) n'a sur ce siman aucune glose introduite par le mot הגה. Le Magen Avraham, lui, porte une entrée sur chacun des deux séifim ; les voici.

Les précisions du Magen Avraham, séif par séif :

7. Cas pratiques modernes

Les situations ci-dessous sont des applications du site : le séif ne les nomme pas, chacune est rattachée à la proposition du séif qu'elle met en jeu.

SituationAnalyse rapide
Deux cours séparées par trois maisons qui communiquent, et l'on veut un seul érouvApplication du site, séif א : c'est la forme du cas du séif — les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu : « ומותרים בשלשתן » (שו״ע או״ח שע״ט:א), et aucune des trois maisons ne donne de pain (séif א). Si des bâtiments d'aujourd'hui répondent à ces conditions : consulte ton Rav.
Le même cas, mais l'érouv commun est déposé dans une maison voisine d'une cour, et non au milieuApplication du site, séif א : le séif décrit l'érouv déposé dans la maison du milieu. Pour l'érouv déposé dans une maison voisine d'une cour, ou dans une autre maison des cours, la Michna Beroura rapporte que « certains ont écrit » que les trois maisons n'ont pas à donner de part à l'érouv (ס״ק ג), et le Magen Avraham l'écrit au nom des Tossafot (ס״ק א) ; le Choulhan Aroukh HaRav le rapporte aussi, sous « וְיֵשׁ אוֹמְרִים » (שו״ע הרב שע״ט:א), sans écrire dans ce séif s'il faut s'y appuyer (voir le niveau 4). Cette page ne tranche pas : consulte ton Rav.
Deux cours séparées par deux maisons ; chaque cour fait son propre érouv et le dépose dans la maison qui touche l'autre courApplication du site, séif ב : « לא קנו עירוב » (שו״ע או״ח שע״ט:ב), car chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour (séif ב). Pour savoir où déposer l'érouv : consulte ton Rav.
Pour les cas pratiques précis : le siman décrit le cas de trois maisons et d'un érouv commun (séif א), et celui de deux maisons et d'un érouv que chaque cour fait pour soi (séif ב) ; au séif ב, la raison qu'il écrit est le lieu où chacun a déposé l'érouv : le bâtiment d'entrée d'une autre cour ; et les commentateurs y ajoutent des précisions. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

8. Synthèse pratique du Siman

Les enseignements du Siman שע״ט :
  1. Deux cours, trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre : pour faire l'érouv ensemble, les gens de chaque cour passent par la maison voisine de leur cour et déposent leur érouv dans la maison du milieu ; ils sont alors permis dans les trois maisons (séif א) — bien qu'aucune n'ait donné sa part de l'érouv, selon la Michna Beroura (ס״ק א, ב).
  2. La maison voisine de chaque cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée, et ne donne pas de pain (séif א) — parce qu'on la traverse pour porter l'érouv au milieu, explique la Michna Beroura (ס״ק ג), qui rapporte aussi un avis plus large, sous la forme « certains ont écrit » ; le Magen Avraham l'attribue aux Tossafot (ס״ק א), et le Choulhan Aroukh HaRav le rapporte aussi, sous « וְיֵשׁ אוֹמְרִים » (שו״ע הרב שע״ט:א).
  3. La maison du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et ne donne pas de pain (séif א) ; la Michna Beroura (ס״ק ד) renvoie au siman 366 sur les mots וא״צ ליתן פת, que le séif écrit deux fois (voir la section 3).
  4. Deux cours, deux maisons entre elles, chacune faisant l'érouv pour soi : si chaque cour dépose son érouv dans la maison voisine de l'autre cour, ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun l'a déposé dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour (séif ב) ; le Magen Avraham ajoute, au nom du Tour, que, si on la tenait pour une vraie maison, [une maison] s'interposerait, pour chaque cour, entre lui et son érouv (ס״ק ב).
  5. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

9. Questions de compréhension

Vérifie ta compréhension :
  1. Au séif א, pourquoi aucune des trois maisons n'a-t-elle à donner de pain pour l'érouv ?
  2. Qu'apprend-on ici, selon la Michna Beroura (ס״ק א), par rapport à la règle habituelle de la maison qui ne donne pas sa part de l'érouv ?
  3. Pourquoi la maison voisine de chaque cour compte-t-elle comme un bâtiment d'entrée (Michna Beroura, ס״ק ג) ? Que disent « certains », et à qui le Magen Avraham attribue-t-il cet avis (ס״ק א) ?
  4. Au séif ב, pourquoi l'érouv n'est-il pas acquis ? Quelle raison le Mehaber écrit-il, et quelles sont les deux branches du raisonnement dans la guemara (עירובין ע״ו ע״א) et dans le Tour ?
  5. Pourquoi, selon la guemara et le Magen Avraham (ס״ק ב), ne pas tenir la même maison pour une maison à l'égard d'une cour et pour un bâtiment d'entrée à l'égard de l'autre ?
  6. Quels mots du séif ב ne sont pas dans le Tour, et d'où viennent-ils (Beit Yossef) ?

Pour aller plus loin

Si tu veux approfondir ce siman :
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