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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שע״ט
דין חצירו׳ ובתים ביניהם
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, le bâtiment d'entrée,
chitot des Richonim et des Aharonim sur deux cours, les maisons qui sont entre elles et l'érouv

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שע״ט — 2 séifim, sans glose du Rama
avec notamment la Guemara, Rachi, les Tossafot, le Rashba et le Ritva, le Rambam, le Tour, le Beit Yossef, le מג״א et la Michna Beroura (Sefaria ne sert sur ce siman ni Taz ni Biour Halakha)

Michna Beroura : 4 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. La sougya — les dix maisons, la parole de Rav et la question de Ra'hava, en Érouvin 75b-76a
  2. « Et ils sont permis dans les trois » — le bâtiment d'entrée qui n'interdit pas
  3. La maison voisine et le passage par elle — ce que nomment Rachi, le séif et la Michna Beroura
  4. La maison du milieu, et l'érouv déposé ailleurs
  5. Le séif ב — maison pour une cour, bâtiment d'entrée pour l'autre ? La question de Ra'hava
  6. « De quelque façon qu'on le prenne » — une raison dans le séif, deux dans le Tour
  7. La comparaison avec Rava — le doute d'ordre rabbinique, et les maisons « qui sont devant nous »
  8. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 2 seifim

סעיף א. דין חצירו' ובתים ביניהם. ובו ב סעיפים:
ב' חצירו' וג' בתים ביניהם פתוחים זה לזה ורוצים לערב יחד חצר זה בא דרך בית שאצלו ונותן עירובו בבי' שבאמצע וכן עושה השניה ומותרים בשלשתן שכל בית שאצל החצר חשוב לו כבית שער וא״צ ליתן פת והאמצעי הוא בית שמניחין בו עירוב וא״צ ליתן פת:

résumé : chapeau du siman, puis le séif. Deux cours, et trois maisons entre elles, ouvertes l'une sur l'autre, et l'on veut faire l'érouv ensemble : [les gens de] chaque cour passent par la maison qui est à côté d'elle et déposent leur érouv dans la maison du milieu ; ils sont permis dans les trois. Chaque maison qui est à côté de la cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée [beit cha'ar], et n'a pas à donner de pain ; celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et n'a pas à donner de pain.

סעיף ב. שני חצירו' ושני בתים ביניהם ולא עירבו יחד אלא כל אחת לעצמה ובא מן חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבי' שאצל השני וכן עשה השני שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר' לא קנו עירוב שכל א' הניח עירוב בבי' שער של חצר אחרת:

résumé : deux cours, et deux maisons entre elles ; on n'a pas fait l'érouv ensemble, mais chaque cour pour soi. [Les gens de] chaque cour sont passés par la maison qui est à côté d'elle et ont déposé leur érouv dans la maison qui est à côté de l'autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour.

1. La sougya — les dix maisons, la parole de Rav et la question de Ra'hava, en Érouvin 75b-76a

La source dans la Guemara

Le Beit Yossef rattache le séif א à une parole de Rav Na'hman, « מימרא דר״נ » (בית יוסף או״ח שע״ט), et le séif ב à une question qui a été tranchée : « בעי׳ דאיפשיטא » (בית יוסף או״ח שע״ט).

Juste avant, la guemara traite de dix maisons placées l'une à l'intérieur de l'autre. Rav Yehouda, au nom de Chmouel : « עֲשָׂרָה בָּתִּים זֶה לִפְנִים מִזֶּה, פְּנִימִי נוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ, וְדַיּוֹ » (עירובין ע״ה ע״ב) — la plus intérieure donne son érouv, et cela suffit ; Rabbi Yo'hanan : « וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: אֲפִילּוּ חִיצוֹן » (עירובין ע״ה ע״ב) — même l'extérieure [la guemara précise : celle qui est à l'extérieur de la plus intérieure] ; et leur discussion porte sur ceci : « מָר סָבַר: בֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד שְׁמֵיהּ בֵּית שַׁעַר. וּמָר סָבַר: לָא שְׁמֵיהּ בֵּית שַׁעַר » (עירובין ע״ה ע״ב) — l'un tient que le bâtiment d'entrée d'un seul s'appelle bâtiment d'entrée, l'autre qu'il ne s'appelle pas ainsi. Rachi, sur la parole de Chmouel, explique que les maisons qu'on traverse « כולן נעשין בית שער לו ואינן אוסרין על בני חצר אלא פנימי לבדו » (רש״י עירובין ע״ה ע״ב) — deviennent toutes un bâtiment d'entrée pour la plus intérieure, et n'interdisent pas aux gens de la cour ; seule la plus intérieure interdit. Le Mehaber, lui, comme le Rambam (Hilkhot Érouvin, chapitre 4, halakha 9), écrit que les deux plus intérieures donnent [leur part], et non la seule plus intérieure ; il écrit le cas des dix maisons au siman ש״ע · 370 : « עשרה בתים זה לפנים מזה וכולם עוברים זה לזה ויוצאים דרך החיצון לחצר שנים הפנימיים לבד צריכים ליתן בעירוב והשאר פטורים שחשובים כולם כבית שער » (שו״ע או״ח ש״ע:ז) — dix maisons l'une à l'intérieur de l'autre, qui passent toutes de l'une à l'autre et sortent vers la cour par l'extérieure : les deux plus intérieures doivent seules donner [leur part] à l'érouv, et les autres en sont dispensées, car elles comptent toutes comme bâtiment d'entrée.

Vient alors la parole de Rav Na'hman, au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav : « שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּשְׁלֹשָׁה בָּתִּים בֵּינֵיהֶן, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה. וְזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה, וְנוֹתֵן עֵירוּבוֹ בָּזֶה » (עירובין ע״ה ע״ב) — deux cours et trois maisons entre elles : [les gens de] l'une passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-ci [du milieu], et [ceux de] l'autre passent par cette [maison]-là et déposent leur érouv dans celle-ci ; « זֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה, וְזֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה » (עירובין ע״ו ע״א) — celle-ci devient bâtiment d'entrée pour celle-ci, et celle-là pour celle-là ; « אֶמְצָעִי הָוֵה לֵיהּ בַּיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב, וְאֵין צָרִיךְ לִיתֵּן אֶת הַפַּת » (עירובין ע״ו ע״א) — celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et elle n'a pas à donner le pain. Rachi décrit les lieux : « בית זה פתוח לחצר זו וזה לזו ובית אמצעי פתוח לב׳ הבתים » (רש״י עירובין ע״ה ע״ב) — cette maison-ci est ouverte sur cette cour-ci, celle-là sur celle-là, et la maison du milieu est ouverte sur les deux maisons.

Puis Ra'hava éprouve les Rabbanan : « בָּדֵיק לְהוּ רַחֲבָה לְרַבָּנַן: שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת וּשְׁנֵי בָתִּים בֵּינֵיהֶם, זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, וָזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וְנָתַן עֵירוּבוֹ בָּזֶה, קָנוּ עֵירוּב אוֹ לָא » (עירובין ע״ו ע״א) — deux cours et deux maisons entre elles : [les gens de] l'une passent par cette [maison] et déposent leur érouv dans celle-là, et [ceux de] l'autre de même : ont-ils acquis l'érouv, ou non ? Il précise sa question : « מִי מְשַׁוֵּית לְהוּ לְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת, וּלְגַבֵּי דְּהַאי בֵּית שַׁעַר [וּלְגַבֵּי דְּהַאי בֵּית שַׁעַר, וּלְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת] » (עירובין ע״ו ע״א) — la comptes-tu, à l'égard de l'une, comme une maison, et à l'égard de l'autre comme un bâtiment d'entrée ? (la formulation inverse est entre crochets dans le texte que sert Sefaria). Ils lui répondent : « שְׁנֵיהֶן לֹא קָנוּ עֵירוּב, מָה נַפְשָׁךְ: אִי בֵּית שַׁעַר מְשַׁוֵּית לֵיהּ, הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב » (עירובין ע״ו ע״א) — aucun des deux n'a acquis l'érouv, de quelque façon qu'on le prenne : si tu la comptes comme bâtiment d'entrée, celui qui dépose son érouv dans un bâtiment d'entrée, un portique ou une galerie, ce n'est pas un érouv ; « אִי בַּיִת מְשַׁוֵּית לֵיהּ — קָא מְטַלְטֵל לְבַיִת דְּלָא מְעָרֵב לֵיהּ » (עירובין ע״ו ע״א) — si tu la comptes comme maison, il transporte vers une maison qui n'a pas fait l'érouv avec lui.

La guemara objecte alors une parole de Rava : « וּמַאי שְׁנָא מִדְּרָבָא? דְּאָמַר רָבָא: אָמְרוּ לוֹ שְׁנַיִם צֵא וְעָרֵב עָלֵינוּ. לְאֶחָד עֵירַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם, וּלְאֶחָד עֵירַב עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת. זֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו מִבְּעוֹד יוֹם נֶאֱכַל עֵירוּבוֹ בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת, וְזֶה שֶׁעֵירַב עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת נֶאֱכַל עֵירוּבוֹ מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ — שְׁנֵיהֶם קָנוּ עֵירוּב » (עירובין ע״ו ע״א) — en quoi est-ce différent de [la règle] de Rava ? Deux personnes lui ont dit : va, fais l'érouv pour nous ; pour l'un, il l'a fait de jour, pour l'autre, entre chien et loup ; l'érouv du premier a été mangé entre chien et loup, celui du second, après la tombée de la nuit : tous deux ont acquis l'érouv. Et elle répond : « הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם סָפֵק יְמָמָא סָפֵק לֵילְיָא לָא מִינַּכְרָא מִילְּתָא, אֲבָל הָכָא, אִי דִּלְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת, לְגַבֵּי דְּהַאי בַּיִת. אִי לְגַבֵּי דְּהַאי בֵּית שַׁעַר, לְגַבֵּי דְּהַאי נָמֵי בֵּית שַׁעַר » (עירובין ע״ו ע״א) — est-ce comparable ? là, doute du jour, doute de la nuit : la chose ne se reconnaît pas ; mais ici, si c'est une maison à l'égard de l'une, c'est une maison à l'égard de l'autre ; si c'est un bâtiment d'entrée à l'égard de l'une, à l'égard de l'autre aussi c'est un bâtiment d'entrée.

Le séif א reprend la parole de Rav ; le séif ב, la question de Ra'hava et la réponse des Rabbanan — la réponse seulement, avec une seule des deux branches du « de quelque façon qu'on le prenne » (section 6). Le Rambam écrit les deux cas l'un après l'autre (Hilkhot Érouvin, chapitre 4, halakhot 10 et 11), juste après celui des dix maisons (halakha 9) : voir les sections 2 et 6.

2. « Et ils sont permis dans les trois » — le bâtiment d'entrée qui n'interdit pas

Le séif : « ב׳ חצירו׳ וג׳ בתים ביניהם פתוחים זה לזה ורוצים לערב יחד » (שו״ע או״ח שע״ט:א) — deux cours, et trois maisons entre elles, [les maisons étant] ouvertes l'une sur l'autre, et [les gens des deux cours] veulent faire l'érouv ensemble ; « חצר זה בא דרך בית שאצלו ונותן עירובו בבי׳ שבאמצע וכן עושה השניה ומותרים בשלשתן » (שו״ע או״ח שע״ט:א) — [les gens de] cette cour-ci passent par la maison qui est à côté d'elle et déposent leur érouv dans la maison du milieu, et la seconde [cour] fait de même ; et ils sont permis dans les trois [maisons].

La Michna Beroura (ס״ק א) — sur « ouvertes l'une sur l'autre » : « והם ג״כ פתוחים לחצרות שאצלן » (משנה ברורה שע״ט ס״ק א) — et elles sont aussi ouvertes sur les cours qui sont à côté d'elles. Le Rambam écrit le cas ainsi : « שְׁתֵּי חֲצֵרוֹת וּבֵינֵיהֶן שְׁלֹשָׁה בָּתִּים פְּתוּחִים זֶה לָזֶה וּפְתוּחִים לַחֲצֵרוֹת » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ד ה״י) ; le Ritva aussi : « והבתי׳ הם פתוחי׳ זה לזה ופתוחי׳ לחצרות והם לתשמיש החצרות ושתי חצרות אלו באו לערב ביחד ונתנו עירובן באמצעית וכלה פשוטה היא » (ריטב״א עירובין ע״ה ע״ב) — les maisons sont ouvertes l'une sur l'autre et ouvertes sur les cours, et elles servent à l'usage des cours ; ces deux cours sont venues faire l'érouv ensemble et ont déposé leur érouv dans celle du milieu, et tout cela est simple. La Michna Beroura dit ensuite ce que le séif apprend : « וקמ״ל דאע״ג דבעלמא אם בית אחד אינו נותן חלק בעירוב הוא בעצמו אסור לטלטל וגם אוסר על בני החצר » (משנה ברורה שע״ט ס״ק א) — il nous apprend que, bien qu'ailleurs, si une maison ne donne pas sa part de l'érouv, elle-même soit interdite de transporter et interdise aussi les gens de la cour, « הכא יצוייר ששום אחד מהשלשה לא יתנו חלק בעירוב ואפ״ה מותרים הכל לטלטל כגון אם יתנו בעלי שתי החצרות את עירובן בבית האמצעי ומטעם שמסיים » (משנה ברורה שע״ט ס״ק א) — ici, on peut se représenter qu'aucune des trois ne donne sa part de l'érouv et que pourtant tous soient permis de transporter, par exemple si les gens des deux cours déposent leur érouv dans la maison du milieu, et par la raison que [le séif] donne à la fin.

La Michna Beroura explique ומותרים בשלשתן : « ר״ל שהם מותרים לטלטל באותן הבתים והבתים בהן אע״פ שלא נתנו חלק בעירוב » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ב) — c'est-à-dire qu'ils sont permis de transporter dans ces maisons, et [les gens des] maisons dans [les cours], bien qu'ils n'aient pas donné de part à l'érouv. Rachi écrivait déjà, sur la parole de Rav : « אין אחד מדיורי הבתים האלה צריך ליתן פת אלו משום בית שער ואמצעי משום בית שמניחין בו עירוב » (רש״י עירובין ע״ה ע״ב) — aucun des habitants de ces maisons n'a à donner de pain : celles-ci, à cause du bâtiment d'entrée, et celle du milieu, parce que c'est la maison où l'on dépose l'érouv.

יסוד — pourquoi le bâtiment d'entrée n'interdit-il pas ? Le Mehaber l'écrit au siman ש״ע · 370 : « הדר בבי׳ שער אכסדרה ומרפס׳ שבחצר אינו אוסר על בני החצר שאינם חשובים דירה » (שו״ע או״ח ש״ע:א) — celui qui habite un bâtiment d'entrée, un portique ou une galerie de la cour n'interdit pas aux gens de la cour, car ils ne comptent pas comme une habitation. Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken y donne la raison du bâtiment d'entrée : « הַדָּר בְּבֵית שַׁעַר, אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ לוֹ ד׳ מְחִצּוֹת, כֵּיוָן שֶׁרַבִּים עוֹבְרִים דֶּרֶךְ שָׁם לְבָתֵּיהֶם — אֵין עָלָיו תּוֹרַת בַּיִת אֶלָּא תּוֹרַת חָצֵר » (שו״ע הרב ש״ע:א) — celui qui habite un bâtiment d'entrée, bien qu'il ait quatre parois, puisque beaucoup passent par là vers leurs maisons, n'a pas le statut d'une maison mais celui d'une cour ; et, dans le cas des dix maisons [dont seule l'extérieure ouvre sur la cour], de la troisième maison en partant de l'intérieur : « בַּיִת הַשְּׁלִישִׁי מֵהַפְּנִים הוּא בֵּית שַׁעַר לְב׳ הַפְּנִימִים, וְנִקְרָא בֵּית שַׁעַר שֶׁל רַבִּים, וְאֵינוֹ חָשׁוּב דִּירָה כֵּיוָן שֶׁרַבִּים עוֹבְרִים עָלָיו. אֲבָל בַּיִת הַשֵּׁנִי אֵינוֹ בֵּית שַׁעַר אֶלָּא לְבַיִת אֶחָד הַפְּנִימִי מִמֶּנּוּ, וּבֵית שַׁעַר שֶׁל בַּיִת אֶחָד אֵינוֹ מִתְבַּטֵּל מִתּוֹרַת בַּיִת » (שו״ע הרב ש״ע:ח) — la troisième maison depuis l'intérieur est bâtiment d'entrée pour les deux [maisons] intérieures ; elle s'appelle bâtiment d'entrée de beaucoup, et ne compte pas comme habitation, puisque beaucoup passent par elle. Mais la deuxième maison n'est bâtiment d'entrée que pour une seule maison, celle qui est à l'intérieur d'elle, et le bâtiment d'entrée d'une seule maison ne perd pas le statut de maison. Le Rambam, sur les dix maisons : « וְהַשְּׁמוֹנָה בָּתִּים הַחִיצוֹנִים אֵינָן נוֹתְנִין אֶת הָעֵרוּב הוֹאִיל וְרַבִּים דּוֹרְסִין בָּהֶן הֲרֵי הֵן כְּבֵית שַׁעַר וְהַדָּר בְּבֵית שַׁעַר אֵינוֹ אוֹסֵר. אֲבָל הַתְּשִׁיעִי אֵין דּוֹרְסִין בּוֹ רַבִּים אֶלָּא יָחִיד לְפִיכָךְ אוֹסֵר עַד שֶׁיִּתֵּן עֵרוּבוֹ » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ד ה״ט) — les huit maisons extérieures ne donnent pas l'érouv, puisque beaucoup les foulent ; elles sont comme un bâtiment d'entrée, et celui qui habite un bâtiment d'entrée n'interdit pas. Mais la neuvième, ce n'est pas beaucoup qui la foulent, mais un seul : c'est pourquoi elle interdit, jusqu'à ce qu'elle donne son érouv. Les deux textes posent aussitôt la limite : ce qui n'est bâtiment d'entrée que pour une seule maison n'est pas annulé — pour le Rav, il ne perd pas le statut de maison ; pour le Rambam, il interdit jusqu'à ce qu'il donne son érouv. C'est la règle des deux maisons les plus intérieures, que le Mehaber écrit aussi au siman ש״ע · 370, séif ז (section 1, où la guemara discute du bâtiment d'entrée d'un seul). Le Rambam écrit aussitôt après le cas des trois maisons, avec sa raison : « אוֹתָן הַשְּׁלֹשָׁה בָּתִּים אֵינָן צְרִיכִין לִתֵּן אֶת הַפַּת. הָאֶמְצָעִי מִפְּנֵי שֶׁהִנִּיחוּ בּוֹ הָעֵרוּב וְהַשְּׁנַיִם שֶׁמִּצְּדָדָיו מִפְּנֵי שֶׁכָּל אֶחָד מֵהֶן בֵּית שַׁעַר לְאַנְשֵׁי חָצֵר » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ד ה״י) — ces trois maisons n'ont pas à donner le pain : celle du milieu, parce qu'on y a déposé l'érouv ; les deux qui sont sur ses côtés, parce que chacune d'elles est un bâtiment d'entrée pour les gens de [la] cour. Dans notre siman, le Rav écrit : « כִּי שְׁנַיִם הַסְּמוּכִים לַחֲצֵרוֹת הֵם כְּבֵית שַׁעַר, וּבֵית שַׁעַר אֵינוֹ אוֹסֵר » (שו״ע הרב שע״ט:א) — car les deux qui sont attenantes aux cours sont comme un bâtiment d'entrée, et un bâtiment d'entrée n'interdit pas.

3. La maison voisine et le passage par elle — ce que nomment Rachi, le séif et la Michna Beroura

Au séif א, chaque maison voisine de la cour compte pour elle comme un bâtiment d'entrée (חשוב לו כבית שער) ; « devient » (נעשה) est le mot de la guemara et de Rachi. Les textes nomment la maison qui est à côté de la cour, et le passage par elle :

Sur 76a, Rachi dit pour quelle cour chaque maison devient bâtiment d'entrée ; sur 75b, dans la même phrase, il nomme la maison ouverte sur [l'homme de la cour] et le passage par elle. Le séif, lui aussi, décrit le passage — « חצר זה בא דרך בית שאצלו » (שו״ע או״ח שע״ט:א) — avant d'écrire « שכל בית שאצל החצר חשוב לו כבית שער » (שו״ע או״ח שע״ט:א) ; et le Rav écrit l'un et l'autre (section 8). Dans le cas du séif, la maison voisine de la cour est aussi celle qu'on traverse.

Pour l'érouv qui n'est pas déposé dans la maison du milieu, les Tossafot écrivent : « נראה דאפי׳ יתנו העירוב באחד הבתים הסמוכים לחצירות או אפילו באחד מבתי החצירות אלו ג׳ בתים אין צריכין ליתן עירוב דנעשו כולם בית שער לאותה חצר המוליכה עירוב דרך עליהן לחצר אחרת » (תוספות עירובין ע״ו ע״א) — il semble que, même si l'on dépose l'érouv dans l'une des maisons voisines des cours, ou même dans l'une des maisons des cours [elles-mêmes], ces trois maisons n'ont pas à donner d'érouv, car elles deviennent toutes bâtiment d'entrée pour la cour qui porte son érouv en passant par elles vers l'autre cour. Leurs mots nomment le passage : la cour « המוליכה עירוב דרך עליהן » (תוספות עירובין ע״ו ע״א) — qui porte son érouv en passant par elles. Qui rapporte cet avis, et comment : section 4.

4. La maison du milieu, et l'érouv déposé ailleurs

Le séif : « והאמצעי הוא בית שמניחין בו עירוב וא״צ ליתן פת » (שו״ע או״ח שע״ט:א) — et celle du milieu est la maison où l'on dépose l'érouv, et n'a pas à donner de pain. Le Rambam l'écrit dans la règle générale de l'érouv des cours : « וּבַיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ עֵרוּב אֵינוֹ צָרִיךְ לִתֵּן אֶת הַפַּת » (רמב״ם הלכות עירובין פ״א הט״ז) — la maison où l'on dépose l'érouv n'a pas à donner le pain ; et, dans la même halakha : « אֲבָל אִם נָתְנוּ בְּבֵית שַׁעַר אֲפִלּוּ בֵּית שַׁעַר שֶׁל יָחִיד אוֹ בְּאַכְסַדְרָה אוֹ בְּמִרְפֶּסֶת אוֹ בְּבַיִת שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת אֵינוֹ עֵרוּב » (רמב״ם הלכות עירובין פ״א הט״ז) — mais si on l'a déposé dans un bâtiment d'entrée, même le bâtiment d'entrée d'un seul, ou dans un portique, ou dans une galerie, ou dans une maison qui n'a pas quatre amot sur quatre amot, ce n'est pas un érouv. Le Mehaber écrit l'une et l'autre règle au siman שס״ו : « הבית שמניחים בו העירוב א״צ ליתן פת » (שו״ע או״ח שס״ו:ג) — la maison où l'on dépose l'érouv n'a pas à donner de pain ; « ואין מניחין אותו בחצר אלא בבית שראוי לדיר׳ לאפוקי בית שער אכסדר׳ ומרפסת » (שו״ע או״ח שס״ו:ג) — on ne le dépose pas dans la cour, mais dans une maison propre à l'habitation, ce qui exclut le bâtiment d'entrée, le portique et la galerie. Le même séif porte une glose du Rama : « והמנהג בזמן הזה להניח העירוב בבית הכנסת וכן נהגו הקדמונים ונראה לי הטעם דעירובין שלנו יש להם דין שתוף ואין צריך להניח בבית דירה וע׳ לקמן סי׳ שפ״ו ושפ״ז » (רמ״א או״ח שס״ו:ג) — l'usage, de son temps, est de déposer l'érouv à la synagogue, et ainsi faisaient les anciens ; et il me semble que la raison en est que nos érouvin ont le statut de chitouf, et qu'il n'est pas nécessaire de le déposer dans une maison d'habitation ; et voir plus loin, simanim 386 et 387. Le Rama donne cette raison comme la sienne (« il me semble »). Le Choulhan Aroukh HaRav rapporte le même usage : « וְהַמִּנְהָג בִּזְמַן הַזֶּה לְהַנִּיחַ הָעֵרוּב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, אַף עַל פִּי שֶׁבֵּית הַכְּנֶסֶת אֵינוֹ רָאוּי לְדִירָה מִפְּנֵי קְדֻשָּׁתוֹ » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — l'usage, de son temps, est de déposer l'érouv à la synagogue, bien que la synagogue ne soit pas propre à l'habitation, à cause de sa sainteté : le Rav l'écrit lui-même. Il écrit aussi : « וּמְקוֹמוֹת שֶׁאֵין לָהֶם לֶחִי אוֹ קוֹרָה לִמְבוֹאוֹתֵיהֶם, אוֹ שֶׁבֵּית הַכְּנֶסֶת אֵינוֹ בְּמָבוֹי הַמְּתֻקָּן בְּלֶחִי אוֹ קוֹרָה, שֶׁאֵין מַנִּיחִים שָׁם עֵרוּב בְּבֵית הַכְּנֶסֶת, כְּמוֹ שֶׁנִּתְבָּאֵר בְּסִמָּן שס״ה » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — les lieux dont les mavoïm n'ont ni lé'hi ni koré, ou dont la synagogue n'est pas dans un mavoï aménagé par un lé'hi ou une koré, où l'on ne dépose pas l'érouv à la synagogue, comme il a été expliqué au siman 365. Ce membre de phrase décrit ces lieux et renvoie, pour la règle, au siman 365 ; la phrase du Rav se poursuit par une permission : « אַף עַל פִּי כֵן מֻתָּרִים לְטַלְטֵל בְּבֵית הַכְּנֶסֶת… » (שו״ע הרב שס״ו:ו) — néanmoins, il est permis de porter dans la synagogue. Sur notre siman, l'Eliya Rabba, commentant le Levush, écrit au nom de la Perisha : « מכאן יש סתירה למנהג קצת מקומות שנתנו עירובין בבית הכנסת ובתי כותים הם מפסיקן ביניהם ובין העירוב ואין יכולין לטלטל לבית הכנסת למקום עירוב » (אליה רבה שע״ט ס״ק ב) — d'ici, il y a une contradiction avec l'usage de quelques lieux qui ont déposé les érouvin à la synagogue alors que des maisons de kouthim [non-Juifs] s'interposent entre eux et l'érouv, et ils ne peuvent porter jusqu'à la synagogue, lieu de l'érouv. Ce que cet usage change au cas du séif ב de notre siman, cette page ne le tranche pas : consulte ton Rav. Notre séif écrit deux fois les mots וא״צ ליתן פת, après les maisons voisines des cours puis après celle du milieu ; Sefaria place l'appel du ס״ק ד devant la première occurrence. Sur ces mots, la Michna Beroura renvoie : « כמבואר בסימן שס״ו ס״ב » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ד) ; dans le texte du Choulhan Aroukh que sert Sefaria, la règle de la maison où l'on dépose l'érouv se lit au séif ג du siman שס״ו. Laquelle des deux occurrences ce ס״ק vise, cette page ne le tranche pas.

L'avis des Tossafot — l'érouv déposé dans une maison voisine d'une cour, ou dans une maison des cours, sans que les trois maisons aient à donner de pain (section 3) — est rapporté notamment par le Magen Avraham, la Michna Beroura et le Rav, chacun sous sa forme :

Le Magen Avraham (ס״ק א) — sur les mots du séif « dans la maison du milieu », au nom des Tossafot : « והתוס׳ כתבו דאפי׳ נתנו העירוב באחד מבתים הסמוכים לחצירות או באחד מבתי החצר אלו הג׳ בתים א״צ ליתן עירוב דנעשו כלם בית שער לאותה חצר המולכת עירוב דרך עליהם לחצר אחרת » (מגן אברהם שע״ט ס״ק א) — les Tossafot ont écrit que, même si l'on a déposé l'érouv dans l'une des maisons voisines des cours, ou dans l'une des maisons de la cour, ces trois maisons n'ont pas à donner d'érouv, car elles deviennent toutes bâtiment d'entrée pour la cour qui porte son érouv en passant par elles vers l'autre cour.
La Michna Beroura (ס״ק ג) — après la raison du passage (section 3) : « ויש שכתבו דה״ה אם נתנו שניהם העירוב באחד מבתים הסמוכים לחצרות או באחד משאר בתים שבשתי החצרות אלו השלשה בתים אין צריכין ליתן עירוב דנעשו כולם בית שער לאותה חצר כיון שעוברים דרך עליהם להניח העירוב בה » (משנה ברורה שע״ט ס״ק ג) — certains ont écrit qu'il en va de même si les deux [cours] ont déposé l'érouv dans l'une des maisons voisines des cours, ou dans l'une des autres maisons des deux cours : ces trois maisons n'ont pas à donner d'érouv, car elles deviennent toutes bâtiment d'entrée pour cette cour, puisqu'on passe par elles pour y déposer l'érouv.
Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken (379:1) — après la règle de la maison du milieu, qu'il écrit sans l'attribuer : « וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁאֲפִלּוּ נָתְנוּ עֵרוּב בְּאֶחָד מִבָּתִּים הַסְּמוּכִים לַחֲצֵרוֹת, אוֹ אֲפִלּוּ בְּאֶחָד מִבָּתֵּי הַחֲצֵרוֹת עַצְמָן » (שו״ע הרב שע״ט:א) — « אֵין ג׳ בָּתִּים אֵלּוּ צְרִיכִים לִתֵּן פַּת, לְפִי שֶׁנַּעֲשׂוּ כֻלָּם כְּבֵית שַׁעַר לְאוֹתָהּ חָצֵר הַמּוֹלֶכֶת עֵרוּבָהּ דֶּרֶךְ עֲלֵיהֶם לְחָצֵר הָאַחֶרֶת » (שו״ע הרב שע״ט:א) — certains disent que, même si l'on a donné l'érouv dans l'une des maisons attenantes aux cours, ou même dans l'une des maisons des cours elles-mêmes, ces trois maisons n'ont pas à donner de pain, parce qu'elles sont toutes devenues comme un bâtiment d'entrée pour la cour qui porte son érouv en passant par elles vers l'autre cour.

Les Tossafot écrivent « il semble » ; le Magen Avraham rapporte l'avis à leur nom, sans le discuter ; la Michna Beroura l'introduit par « certains ont écrit », le Rav par « certains disent ». Le Mehaber, le Tour et le Rambam n'écrivent que le cas de la maison du milieu. Cette page ne dit pas comment la Michna Beroura ou le Rav tranchent, ni s'il faut s'appuyer sur cet avis : la question est posée au Rav.

5. Le séif ב — maison pour une cour, bâtiment d'entrée pour l'autre ? La question de Ra'hava

Le séif : « שני חצירו׳ ושני בתים ביניהם ולא עירבו יחד אלא כל אחת לעצמה » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) ; « ובא מן חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבי׳ שאצל השני וכן עשה השני » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) , « שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר׳ » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) ; « לא קנו עירוב שכל א׳ הניח עירוב בבי׳ שער של חצר אחרת » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) — deux cours, et deux maisons entre elles, et ils n'ont pas fait l'érouv ensemble, mais chacune pour soi ; [l'un] est venu de cette cour-ci par la maison qui est à côté d'elle et a déposé son érouv dans la maison qui est à côté de la seconde [cour], et le second [celui de la seconde cour] a fait de même — lui aussi a déposé son érouv dans la maison voisine de l'autre cour : ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun a déposé l'érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour.

Rachi décrit le cas de Ra'hava ainsi : « ואין בני שתי החצירות רוצין לערב זו עם זו אלא כל אחת לעצמה וכל חצר לא הניחה עירובה בבית הפתוח לה אלא עשאתו בית שער והניח עירובה בבית הפתוח לחברתה » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — les gens des deux cours ne veulent pas faire l'érouv l'une avec l'autre, mais chacune pour soi ; et chaque cour n'a pas déposé son érouv dans la maison ouverte sur elle, mais en a fait un bâtiment d'entrée, et a déposé son érouv dans la maison ouverte sur l'autre. Le Ritva : « הא מיירי בשערבה כל חצר לעצמה ויש לכל אחת זכות בבתים ההם שפתוחי׳ להו כל אחת מהן נותנה העירוב בבית הסמוך לחברת׳ ועוש׳ מן הבית הסמוך לה בית שער » (ריטב״א עירובין ע״ה ע״ב) — il s'agit ici du cas où chaque cour a fait l'érouv pour soi, et chacune a un droit dans ces maisons qui sont ouvertes sur elles ; chacune dépose l'érouv dans la maison voisine de l'autre, et fait de la maison voisine d'elle un bâtiment d'entrée.

חקירה — le statut d'une maison se dit-il à l'égard de chaque cour, si bien que la même maison serait bâtiment d'entrée pour l'une et maison pour l'autre, ou est-il un seul ? C'est la question de Ra'hava, que Rachi explique ainsi : « לכל בית לגבי חצר הסמוכה לו כבית שער שלא לאסור עליו וגבי חצר האחרת שעשאתו בית גמור והניח בו עירובה משוינן לה כי בית למיקני עירובה » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — compte-t-on chaque maison, à l'égard de la cour qui est à côté d'elle, comme un bâtiment d'entrée, pour qu'elle ne lui interdise pas ; et à l'égard de l'autre cour, qui en a fait une maison à part entière et y a déposé son érouv, la compte-t-on comme une maison, pour qu'elle acquière son érouv ?

La guemara répond que non : « si c'est une maison à l'égard de l'une, c'est une maison à l'égard de l'autre » (section 1). Le séif ne rapporte pas la question ; il en écrit la conclusion, לא קנו עירוב.

6. « De quelque façon qu'on le prenne » — une raison dans le séif, deux dans le Tour

La guemara raisonne מָה נַפְשָׁךְ — de quelque façon qu'on le prenne (section 1). Rachi explique les deux branches. La première : « ודאי אי תרוייהו בית שער משוינן אין אחד מהן עירוב » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — certes, si on les compte toutes deux comme bâtiments d'entrée, aucun n'est un érouv. La seconde : « ואי תרוייהו בית גמור. אין אחד מהן עירוב שהרי בית זה מפסיק בין חצר לעירובה והוא לא עירב עמה ואינה יכולה להביא עירובה לתוכה דרך בית זה » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — et si on les compte toutes deux comme maisons à part entière, aucun n'est un érouv, car cette maison s'interpose entre la cour et son érouv ; elle n'a pas fait l'érouv avec elle, et [la cour] ne peut pas apporter son érouv jusqu'à elle en passant par cette maison. Et sur « il transporte » : « קא מטלטל - כל חצר בבית דלא מערב ליה » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — chaque cour, dans une maison qui n'a pas fait l'érouv avec elle. Le Ritva : « ובודאי כל שאתה עושה אותו בית אסור לטלטל ולהכניס ולהוציא לשם שהרי לא ערבו אותו » (ריטב״א עירובין ע״ה ע״ב) — assurément, toute [maison] que tu comptes comme maison, il est interdit de transporter, d'apporter et de sortir [des objets] là, puisqu'on n'a pas fait l'érouv avec elle ; « ואם אתה אומר לזה שהביא הסמוכ׳ לא נידונית כבית נמצא שערובו רחוק ממנו שהרי הבית האסו׳ מפסיק בינו ובין עירובו וא״א לו להביאו אצלו » (ריטב״א עירובין ע״ה ע״ב) — et si tu dis, de celui qui a apporté [son érouv], que la voisine n'est pas jugée comme une maison, il se trouve que son érouv est loin de lui, car la maison interdite s'interpose entre lui et son érouv, et il ne peut pas l'apporter jusqu'à lui.

Le Tour écrit le second cas avec les deux branches : « ובא חצר זה דרך בית שאצלו והניח עירובו בבית שאצל החצר השני וכן עשה השני לא קנו עירוב » (טור או״ח שע״ט) ; « שאם נחשוב ב׳ הבתים כבית שער הרי נתנו עירובן בבית שער ואינו עירוב » (טור או״ח שע״ט) — car si l'on compte les deux maisons comme bâtiments d'entrée, ils ont déposé leur érouv dans un bâtiment d'entrée, et ce n'est pas un érouv ; « ואם נחשוב אותם כבית גמור הרי כל החצר מפסיק בית בינו ובין הבית שנתן בו עירובו » (טור או״ח שע״ט) — et si on les compte comme maisons à part entière, voici que, [pour] chaque cour, une maison s'interpose entre lui et la maison où il a déposé son érouv. Rachi et le Ritva le disent en toutes lettres : c'est la maison qui s'interpose. Le Magen Avraham rapporte cette seconde branche en renvoyant au Tour : « ואם נחשוב אותו כבית גמור א״כ כל חצר מפסיק בינו ובין הבית שנתן שם עירובו » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) ; dans le texte que sert Sefaria, le mot בית qui suit מפסיק chez le Tour n'y figure pas.

Le séif ב du Mehaber n'écrit que la première branche, et presque dans les mots du Rambam : « שְׁתֵּיהֶן לֹא קָנוּ עֵרוּב. שֶׁכָּל אֶחָד מֵהֶן הִנִּיחַ עֵרוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר שֶׁל חָצֵר אַחֶרֶת » (רמב״ם הלכות עירובין פ״ד הי״א) — aucune des deux n'a acquis l'érouv, car chacune a déposé son érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour. Son début reprend, à quelques mots près, celui du Tour ; et ses mots « שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר האחר׳ » (שו״ע או״ח שע״ט:ב) ne sont pas dans le Tour : ils sont dans l'explication que le Beit Yossef donne de « et le second a fait de même » : « ומ״ש וכן עשה השני כלומר שגם הוא הניח עירובו בבית הסמוך לחצר אחרת » (בית יוסף או״ח שע״ט). Le séif réunit donc les mots du Tour, l'explication du Beit Yossef et la raison du Rambam. Cette page relève cette composition ; elle ne dit pas pourquoi le Mehaber n'a écrit qu'une branche du raisonnement.

7. La comparaison avec Rava — le doute d'ordre rabbinique, et les maisons « qui sont devant nous »

Pourquoi ne pas compter la maison comme bâtiment d'entrée pour l'une et comme maison pour l'autre, quand Rava compte le même moment comme nuit pour l'un et comme jour pour l'autre (section 1) ? Rachi explique la règle de Rava : « אלמא משום דבין השמשות ספק הוא וספק דדבריהם להקל ועירוב מדבריהם הוא » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — il en ressort que, puisque [le moment] entre chien et loup est un doute, et qu'un doute dans leurs paroles [des Sages] s'allège, et que l'érouv est de leurs paroles, « לגבי האי שנאכל עירובו בין השמשות משוינן ליה ליליא ואמרינן כבר קנה עירוב ולגבי האי שעירב עליו בין השמשות משוינן ליה יום ועדיין הוה לו שהות לקנות שביתה » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — à l'égard de celui dont l'érouv a été mangé entre chien et loup, on le compte comme nuit, et l'on dit qu'il a déjà acquis l'érouv ; à l'égard de celui pour qui on a fait l'érouv entre chien et loup, on le compte comme jour, et il avait encore le temps d'acquérir son lieu de chabbat.

La réponse de la guemara — « là, la chose ne se reconnaît pas » (section 1) —, Rachi l'explique : « ולא הוו מילי דרבנן כי חוכא ואיטלולא אבל הנך בתים הא קיימי קמן ואי משוינן הכא הכי והכא הכי הויין מילי דרבנן כי חוכא ואיטלולא ולא ניתן פה לצדוקים לרדות » (רש״י עירובין ע״ו ע״א) — [là,] les paroles des Sages ne sont pas comme une moquerie ; mais ces maisons sont là devant nous, et si nous comptions [la maison] ici ainsi et là autrement, les paroles des Sages seraient comme une moquerie, et l'on ne donne pas prise aux Saducéens. Le Magen Avraham pose la même question sur le séif ב ; il demande pourquoi l'on n'applique pas ici la règle « קי״ל ספיק׳ דרבנן לקולא אי׳ היכא דסתרי אהדדי » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) — nous tenons qu'un doute d'ordre rabbinique s'allège, [même] là où [les deux suppositions] se contredisent —, en renvoyant, dans le texte que sert Sefaria, au siman 353, séif ג (בסי׳ שנ״ג ס״ג) ; or ce séif du Choulhan Aroukh traite des zizim qui avancent au-dessus du domaine public, non d'un doute d'ordre rabbinique, et la règle de Rava est au siman 393, séif ג (ci-dessous) ; cette page ne corrige pas la leçon de Sefaria. Il répond, en signant (גמרא) : « התם לא מנכר׳ מלתא הכא קיימי הנך בתים קמן ואי משוי לה להאי חצר בית ולהאי בית שער א״כ הוי כי חוכא ואטלולא » (מגן אברהם שע״ט ס״ק ב) — là, la chose ne se reconnaît pas ; ici, ces maisons sont devant nous, et si l'on en faisait une maison pour cette cour-ci et un bâtiment d'entrée pour celle-là, ce serait comme une moquerie. Les mots « comme une moquerie » ne sont pas dans la guemara que sert Sefaria : ils sont dans l'explication de Rachi.

De quel érouv parle Rava ?

Le Mehaber, au siman שצ״ג — il écrit la règle de Rava, avec sa double façon de compter : « עירב לשנים לאחד מבעוד יום ונאכל העירוב בין השמשו׳ ולא׳ עירב בין השמשות שניהם קנו עירוב שלאותו שנאכל עירובו בין השמשו׳ אנו חושבין אותו לילה ולאותו שהניח עירובו בין השמשו׳ חושבים אותו יום אבל אם עירב עליו בין השמשו׳ ונאכל עירובו בין השמשו׳ אסור » (שו״ע או״ח שצ״ג:ג) — [si] l'on a fait l'érouv pour deux, pour l'un de jour, et son érouv a été mangé entre chien et loup, et pour l'autre entre chien et loup, tous deux ont acquis l'érouv : pour celui dont l'érouv a été mangé entre chien et loup, nous comptons [ce moment] comme nuit, et pour celui qui a déposé son érouv entre chien et loup, nous le comptons comme jour ; mais si l'on a fait l'érouv pour lui entre chien et loup et que son érouv a été mangé entre chien et loup, c'est interdit. C'est la double façon de compter que la guemara refuse pour les maisons du séif ב, parce que la chose s'y voit.

8. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — la parole de Rav et la question de Ra'hava en Érouvin 75b-76a, que les Richonim et les Aharonim lisent ainsi :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.

Le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken — il compte lui aussi deux séifim pour ce siman, découpés comme ceux du Mehaber. Au séif 1, il écrit le passage par la maison voisine : « וְעוֹשֶׂה אֶת בַּיִת הַפָּתוּחַ לַחֲצֵרוֹ כְּבֵית שַׁעַר לַחֲצֵרוֹ לַעֲבוֹר דֶּרֶךְ עָלָיו לְהָאֶמְצָעִי » (שו״ע הרב שע״ט:א) — et il fait de la maison ouverte sur sa cour comme un bâtiment d'entrée de sa cour, pour passer par elle vers celle du milieu ; il écrit aussi que les deux maisons attenantes aux cours sont comme un bâtiment d'entrée, qui n'interdit pas (section 2) ; et il rapporte l'avis des Tossafot sous « certains disent » (section 4). Au séif 2, il écrit la précision que Rachi donne du cas (section 5) : « וְכָל חָצֵר לֹא נָתְנָה עֵרוּבָהּ בַּבַּיִת הַפָּתוּחַ לָהּ אֶלָּא עֲשָׂאַתּוּ בֵּית שַׁעַר » (שו״ע הרב שע״ט:ב) — et chaque cour n'a pas donné son érouv dans la maison ouverte sur elle, mais en a fait un bâtiment d'entrée ; et il ne donne, comme le Mehaber et le Rambam, que la première branche : « לֹא קָנוּ עֵרוּב, שֶׁכָּל אֶחָד הִנִּיחַ עֵרוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר שֶׁל חָצֵר אַחֶרֶת, וְאֵינוֹ עֵרוּב, כְּמוֹ שֶׁנִּתְבָּאֵר בְּסִמָּן שס״ו » (שו״ע הרב שע״ט:ב) — ils n'ont pas acquis l'érouv, car chacun a déposé son érouv dans le bâtiment d'entrée d'une autre cour, et ce n'est pas un érouv, comme il a été expliqué au siman 366. La comparaison de son texte avec celui du Mehaber est au niveau 4.

Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 2 séifim sur ce siman).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שע״ט · Niveau 2 — Lamdan
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