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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שפ״א
דיני המבטל רשותו ועבר והוציא
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des A'haronim sur celui qui a renoncé à son domaine et sur les formes de la renonciation

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שפ״א — 7 séifim dans le Choulhan Aroukh (Mehaber), avec une glose du Rama au séif ד ; le Choulhan Aroukh HaRav en compte 7 aussi (sur leur découpe dans le texte de Sefaria, voir le niveau 4)
avec notamment les sources : Guemara Érouvin, Rambam, Tour, Beit Yossef, Taz, מג״א, Michna Beroura, Biour Halakha

Michna Beroura : 28 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Le texte du Choulhan Aroukh — 7 seifim
  2. La michna — celui qui a renoncé et transporte : Rabbi Méir et Rabbi Yehouda (séif א)
  3. La prise de possession par les autres habitants (séif א)
  4. Sortir ou rentrer : le retour et la prise de possession (séif א)
  5. Une prise de possession faite de jour — le Tour et Rachi (séif א)
  6. D'une cour à l'autre — Chmouel et Rabbi Yo'hanan (séif ב)
  7. La ruine (séif ג)
  8. D'une maison à l'autre — l'enseignement de Rachi et la glose du Rama (séif ד)
  9. Les deux maisons entourées d'une cloison pendant Chabbat (séif ה)
  10. L'héritier (séif ו)
  11. On renonce, puis on renonce en retour — Rav et Chmouel (séif ז)
  12. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 7 seifim

סעיף א. דיני המבטל רשותו ועבר והוציא. ובו ז סעיפים:
המבטל רשותו והוציא אח״כ מביתו לחצר בשוגג אינו אוסר במזיד אוסר שהרי חוזר מביטולו שביטל ואם החזיקו בו כבר שהוציאו מבתיהם לחצר או שהכניסו מחצר לבתיהם אינו יכול לחזור מביטולו ולרש״י אין חזקה מועלת אלא אם כן החזיקו משחשיכה:

résumé : chapeau du siman, puis le séif א. Celui qui a renoncé à son domaine et a ensuite transporté de sa maison vers la cour : par inadvertance, il n'interdit pas ; délibérément, il interdit, car il revient sur la renonciation qu'il a faite. S'ils en avaient déjà pris possession — en transportant de leurs maisons vers la cour, ou en rentrant de la cour dans leurs maisons —, il ne peut plus revenir sur sa renonciation. Selon Rachi, la prise de possession ne sert que s'ils l'ont faite après la tombée de la nuit.

סעיף ב. יש ביטול רשות מחצר לחצר לא שנא שתי חצירו' ופתח ביניהן ועירבה כל אחת לעצמה ולא עירבו יחד יכול כל א' לבטל רשותו לחברת' להיות' מותר' להשתמש בה ולא היא לא שנא שתי חצירו' זו לפנים מזו ולא עירבו אלא החיצונה לבדה שפנימי' אוסרה על החיצונה יכולה לבטל לה רשות' שלא תשתמש ולא תעבור עליה אלא בשעה שצריכה לצאת ותהיה החיצונה מותר' או אם עירבו יחד ונתנו עירובן בחיצונה ושכח א' מהפנימי' ולא עירב יכול לבטל רשותו דהיינו שיבטל רשותו לכל א' מבני הפנימי' וגם לכל א' מבני החיצונה ויהיה הוא לבדו אסור וכולם מותרים:

résumé : il y a renonciation d'une cour à l'autre. Deux cours avec une ouverture entre elles, chacune ayant fait l'érouv pour elle-même et non ensemble : chacune peut renoncer à son domaine en faveur de l'autre, pour que l'autre s'en serve, et non elle. Deux cours l'une à l'intérieur de l'autre, seule l'extérieure ayant fait l'érouv, l'intérieure lui interdisant [le transport] : l'intérieure peut lui céder son domaine, pour ne pas s'en servir et ne pas y passer, sauf au moment où elle a besoin de sortir, et l'extérieure sera permise. Ou bien, si elles ont fait l'érouv ensemble et l'ont déposé dans l'extérieure, et que l'un de l'intérieure a oublié de faire l'érouv : il peut renoncer, en faveur de chacun des habitants de l'intérieure et de chacun de ceux de l'extérieure ; lui seul est alors interdit, et tous sont permis.

סעיף ג. יש ביטול רשות בחורבה שאם היו שני בתים וחורב' ביניהם שהיא של שניהם ושכחו ולא עירבו יכול אחד לבטל רשותו לחבירו ולהיותו מותר בו:

résumé : il y a renonciation pour une ruine. Deux maisons et, entre elles, une ruine qui appartient aux deux : s'ils ont oublié de faire l'érouv, l'un peut renoncer à son domaine en faveur de l'autre, pour que celui-ci y soit permis.

סעיף ד. יש ביטול רשות מבית לבית שאם היו שני בתים ופתח ביניהם ולא עירבו א' מבטל רשות לחבירו ואפי' המבטל מותר להוציא מביתו לבי' חבירו אבל אינו יכול להוציא מבי' חבירו לביתו שאז היה חוזר ומחזיק ברשו' שביטל וכן אם יש לו חדר פתוח לביתו וביטל רשו' ביתו אסור להוציא מהחדר לביתו: הגה וי״א דאין לבטל מבית לבית אלא אם כן ישאיר לעצמו חדר אחד שלא ביטל ואז מותר להכניס אפילו מבית חבירו לביתו וטוב להחמיר לכתחילה (ב״י בשם רבינו ירוחם ור״ת והגהות מיימוני פ״ב מהלכות עירובין):

résumé : il y a renonciation d'une maison à l'autre. Deux maisons avec une ouverture entre elles, sans érouv : l'un renonce en faveur de l'autre. Même celui qui renonce peut transporter de sa maison vers celle de l'autre, mais non de la maison de l'autre vers la sienne, car il reviendrait alors reprendre possession du domaine auquel il a renoncé ; de même, s'il a une chambre ouverte sur sa maison et a renoncé au domaine de sa maison, il lui est interdit de transporter de la chambre vers sa maison. Glose du Rama : certains disent qu'on ne renonce pas d'une maison à l'autre, à moins de garder pour soi une chambre à laquelle on n'a pas renoncé ; alors il est permis de rentrer [des objets] même de la maison de l'autre dans la sienne ; et il est bon d'être strict a priori.

סעיף ה. שני בתים בשני צדי רה״ר והקיפום עכו״ם מחיצה בשבת בענין שיש ביניהם כמו חצר ששני בתים פתוחים לו והרי הם אוסרים זה על זה אינם יכולים לבטל א' לחבירו:

résumé : deux maisons des deux côtés du domaine public, que des non-Juifs ont entourées d'une cloison pendant Chabbat, de sorte qu'il y a entre elles comme une cour sur laquelle deux maisons sont ouvertes, et elles s'interdisent l'une à l'autre : ils ne peuvent pas renoncer l'un en faveur de l'autre.

סעיף ו. יורש מבטל רשות שאם לא עירב מורישו ומת בשבת והיורש בא לדור בחצר ואוסר יכול לבטל רשותו:

résumé : l'héritier renonce. Si celui dont il hérite n'a pas fait l'érouv et est mort pendant Chabbat, et que l'héritier vient habiter dans la cour et interdit, il peut renoncer à son domaine.

סעיף ז. מבטלין וחוזרין ומבטלין כלומר שמבטלין רשותם בני חצר זו לבני חצר אחרת או לאחד מבני חצר עד שיוציאו מה שירצו וחוזרים ומבטלים לאותם שביטלו להם עד שיוציאו גם הם מה שירצו:

résumé : on renonce, puis on renonce en retour. Les habitants d'une cour renoncent à leur domaine en faveur de ceux d'une autre cour, ou de l'un des habitants de la cour, jusqu'à ce que ceux-ci aient transporté ce qu'ils veulent ; puis ceux-ci renoncent en retour en faveur de ceux qui leur avaient renoncé, jusqu'à ce qu'eux aussi aient transporté ce qu'ils veulent.

1. La michna — celui qui a renoncé et transporte : Rabbi Méir et Rabbi Yehouda (séif א)

Le Beit Yossef ouvre le siman par sa source, une michna du chapitre הדר, et rapporte la décision : « פלוגתא דר״מ ור׳ יהודה ופסק כר׳ יהודה וכן פסקו הפוסקים » (בית יוסף או״ח שפ״א) — le désaccord de Rabbi Méir et de Rabbi Yehouda ; on a tranché selon Rabbi Yehouda, et ainsi ont tranché les décisionnaires. La michna : « מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ וְהוֹצִיא, בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד — הֲרֵי זֶה אוֹסֵר, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּמֵזִיד אוֹסֵר, בְּשׁוֹגֵג אֵינוֹ אוֹסֵר » (עירובין ס״ט ע״ב). Le séif א écrit ce que dit Rabbi Yehouda : par inadvertance, il n'interdit pas ; délibérément, il interdit.

Sur quoi Rabbi Méir et Rabbi Yehouda s'opposent-ils ? La guemara rapporte deux lectures. Rav A'ha bar 'Hana, au nom de Rav Chéchet, rattache leur désaccord à celui de Rav et Chmouel sur la renonciation en retour (section 10) : « מַאי לָאו, בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וּמַר סָבַר אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין » (עירובין ס״ח ע״ב) — l'un tiendrait qu'on renonce puis qu'on renonce en retour, l'autre que non. Rav A'ha bar Ta'hlifa, au nom de Rava, le refuse : « לָא, דְּכוּלֵּי עָלְמָא אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וְהָכָא בְּקָנְסוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד קָא מִיפַּלְגִי » (עירובין ס״ח ע״ב) — tous admettent qu'on ne renonce pas en retour, et ils s'opposent sur la question de savoir si l'on a pénalisé l'inadvertance à cause de l'acte délibéré.

יסוד — le Rambam donne la raison de chacun des deux cas, dans les termes de la renonciation elle-même : « אִם בְּמֵזִיד הוֹצִיא הֲרֵי זֶה אוֹסֵר עֲלֵיהֶן שֶׁהֲרֵי לֹא עָמַד בְּבִטּוּלוֹ. וְאִם בְּשׁוֹגֵג הוֹצִיא אֵינוֹ אוֹסֵר שֶׁהֲרֵי הוּא עוֹמֵד בְּבִטּוּלוֹ » (הלכות עירובין פ״ב ה״ו) — délibérément, il n'est pas resté dans sa renonciation ; par inadvertance, il y reste. Le séif א écrit « במזיד אוסר שהרי חוזר מביטולו שביטל » (שו״ע או״ח שפ״א:א) — et il ajoute aussitôt que, s'ils ont déjà pris possession, il ne peut plus revenir sur sa renonciation (section 2) ; la Michna Beroura explique ces mots : « שנראה כחוזר ומחזיק ברשות שביטל. ומ״מ אם חוזר אח״כ ומבטל מחדש מהני » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ג) — il paraît revenir et reprendre possession du domaine auquel il a renoncé ; et s'il renonce de nouveau ensuite, cela sert.

חקירה — celui qui transporte délibérément interdit-il parce qu'il revient sur sa renonciation, ou parce qu'il profane le Chabbat ? Le Beit Yossef rapporte Rabbénou Yerou'ham, qui écrit d'abord qu'après la prise de possession il n'interdit pas, même délibérément, et que c'est l'avis du Rif, du Rambam, du Roch et de la plupart des décisionnaires ; puis : « אבל לרש״י לפי פירושו וקצת הפוסקים אוסרים במזיד אפי׳ החזיקו כבר כי הוא מחלל שבת בפרהסיא ואינו מבטל אפילו שחילל במילי דרבנן » (בית יוסף או״ח שפ״א) — selon Rachi, d'après son explication, et selon quelques décisionnaires, [celui qui a transporté] délibérément interdit [la cour aux autres] même après leur prise de possession, car il profane le Chabbat en public, et il ne renonce pas, même s'il n'a profané que des règles rabbiniques. Le Beit Yossef explique d'où vient cet avis : « והענין הוא דאהא דתניא (שם סט) עד שלא נתן רשותו הוציא בין בשוגג בין במזיד יכול לבטל דברי ר״מ ר׳ יהודה אומר בשוגג יכול לבטל במזיד אין יכול לבטל קסבר רבי יהודה מחלל שבת אין יכול לבטל בלא שכירות » (בית יוסף או״ח שפ״א) — le fond de la chose : sur la baraïta (ibid., 69), avant d'avoir donné son domaine, s'il a transporté, par inadvertance ou délibérément, il peut renoncer, selon Rabbi Méir ; Rabbi Yehouda dit : par inadvertance, il peut renoncer ; délibérément, il ne le peut pas, Rabbi Yehouda tient que celui qui profane le Chabbat ne peut pas renoncer sans location. Il rapporte ensuite l'objection des Tossafot sur cette explication : « והתוספות (שם) הקשו עליו והעלו דהכא לא מטעם מומר קאמר דמומר לא שייך אלא באדם הרגיל לחלל שבתות ואינו נזהר כלל אבל הכא לא ברגיל איירי וכו׳ ומיהו במאי דמשמע מדברי רש״י דאפילו במילי דרבנן חשיב מומר לא נחלקו עליו התוספות אדרבה כתבו דהכי משמע בגמרא » (בית יוסף או״ח שפ״א) — ce n'est pas ici [dans cette baraïta] au titre de celui qui s'est écarté de la Torah (מומר), ce qui ne s'entend que de l'homme habitué à profaner les chabbatot et qui ne s'en garde pas du tout, alors qu'il ne s'agit pas ici [dans cette baraïta] d'un homme habitué ; mais sur ce qui ressort des paroles de Rachi — que même pour des règles rabbiniques on est compté comme tel —, les Tossafot ne le contestent pas, et écrivent au contraire que c'est ce qui ressort de la guemara.

Le séif א donne pour raison le retour sur la renonciation, et écrit qu'après la prise de possession il ne peut plus revenir.

La question du Taz. Au siman 371, séif ב, celui qui était parti sans intention de revenir et revient pendant Chabbat n'interdit pas ; le Taz en donne pour raison que le Chabbat qui a été permis reste permis, et demande : « ולמה לא נימא כאן ג״כ הכי באם חזר וביטל בשבת דלא יוכל לחזור ולאסור כיון שכבר הותר בכניסת שבת » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק א) — en substance : pourquoi ne pas dire ici aussi [dans le cas que le Taz décrit par les mots באם חזר וביטל בשבת, dont cette page ne tranche pas le sens] qu'il ne peut plus revenir et interdire, puisque [le domaine] a déjà été permis à l'entrée du Chabbat ?

Sa réponse : « י״ל דשאני התם דההיתר תלוי בכניסת שבת דהא צריך להסיע מדעתו בכניסת שבת שלא יהי׳ שבת זו בבית זה » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק א) — là, la permission dépend de l'entrée du Chabbat, puisqu'il doit avoir écarté de son esprit, à ce moment, de passer ce Chabbat dans cette maison ; « משא״כ כאן יכול לבטל רשות אפי׳ משחשיכה כמ״ש סי׳ ש״פ ע״כ צריך להיות ההיתר כל השבת דוקא » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק א) — ici, on peut renoncer même après la tombée de la nuit, et la permission doit donc tenir tout le Chabbat.

Avant le Taz, le Roch répond autrement, sur celui qui a laissé sa maison pour passer le Chabbat chez sa fille et y revient pendant Chabbat : à ceux qui tirent une preuve de celui qui a renoncé, « ועוד ממבטל רשות שאם חזר והוציא אוסר » (רא״ש עירובין פרק ח׳ סימן ו׳), il répond « ומבטל רשות כיון שחזר והחזיק הוא במבוי קודם שהחזיקו בני מבוי בודאי לא הסיע מלבו » (רא״ש עירובין פרק ח׳ סימן ו׳) — celui qui a renoncé, puisqu'il est revenu prendre possession avant les autres, n'en avait certainement pas détourné son esprit ; et il ajoute « וכן מצאתי משם הראב״ד ז״ל » (רא״ש עירובין פרק ח׳ סימן ו׳).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit, lui aussi, qu'on ne dit pas ici que le Chabbat permis reste permis, et reprend la réponse du Roch (que celui-ci a aussi trouvée au nom du Raavad), autre que celle du Taz : « שֶׁכֵּיוָן שֶׁחוֹזֵר בּוֹ, אִם כֵּן בְּוַדַּאי לֹא הִסִּיחַ לִבּוֹ לְגַמְרֵי מִתְּחִלָּה, וְלֹא הֻתְּרָה שַׁבָּת מֵעוֹלָם » (שו״ע הרב שפ״א:א) — puisqu'il revient sur sa renonciation, il n'en avait certainement pas entièrement détourné son esprit dès le début, et le Chabbat n'a jamais été permis ; voir le niveau 4, point א.

S'il a transporté la veille de Chabbat, après avoir renoncé. Le Biour Halakha rapporte le Yad Efraïm : « עיין ביד אפרים שמבואר בו דאף אם הוציא בע״ש נמי כחוזר מביטולו דמי ויאסור עליהם כשיתקדש היום » (ביאור הלכה שפ״א) — c'est aussi un retour, et il interdira quand le jour sera sanctifié. Puis : « ואין הדבר מוכרח דאפשר לומר דאף שהביטול יכול להיות מבעוד יום מ״מ לענין חוזר מביטולו לא שייך אלא כשמוציא בשבת ולא כשמוציא בחול » (ביאור הלכה שפ״א) — ce n'est pas contraignant : on peut dire que, même si la renonciation peut se faire de jour, le retour ne s'applique que s'il transporte pendant Chabbat, et non en semaine. Le Biour Halakha ne tranche pas ici.

2. La prise de possession par les autres habitants (séif א)

La guemara rapporte, dans la version de Rabbi Méir, ce que Rabban Gamliel a dit à ses fils au sujet d'un Sadducéen qui habitait avec lui dans un mavoï, à Jérusalem : « בָּנַי, מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מוֹצִיאִין וְהַכְנִיסוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מַכְנִיסִין, עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא הַתּוֹעֵב הַזֶּה וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם, שֶׁהֲרֵי בִּיטֵּל רְשׁוּתוֹ לָכֶם » (עירובין ס״ח ע״ב) — hâtez-vous de sortir ce que vous sortez et de rentrer ce que vous rentrez, avant que cet homme ne sorte [quelque chose] et ne vous l'interdise, car il vous a abandonné son domaine. Elle s'en étonne : « לְמֵימְרָא דְּכִי מַפְּקִי אִינְהוּ וַהֲדַר מַפֵּיק אִיהוּ לָא אָסַר » (עירובין ס״ח ע״ב) — s'ils ont transporté, puis qu'il transporte, il n'interdirait pas ? La michna (section 1) ne dit-elle pas, selon Rabbi Méir, qu'il interdit ? Abayé répond : « אַבָּיֵי אָמַר, לָא קַשְׁיָא: כָּאן — שֶׁהֶחֱזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי, כָּאן — שֶׁלֹּא הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי » (עירובין ס״ט ע״א), et la guemara rapporte une baraïta qui le dit : « בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — בְּשֶׁלֹּא הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי, אֲבָל הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי, בֵּין בְּשׁוֹגֵג וּבֵין בְּמֵזִיד — אֵינוֹ אוֹסֵר » (עירובין ס״ט ע״א).

Le Beit Yossef — sur la source de la prise de possession : « ואע״פ שכתב שם רש״י דלרבי יהודה דמתני׳ לא מהניא חזקה מ״מ כבר כתב דלרבי יהודה דברייתא מהניא וקי״ל הלכה כדברי המיקל בעירוב » (בית יוסף או״ח שפ״א) — bien que Rachi ait écrit là que, selon le Rabbi Yehouda de la michna, la prise de possession ne sert pas, [Rachi] a déjà écrit que, selon le Rabbi Yehouda de la baraïta, elle sert ; et l'on tient que la halakha suit l'avis le plus indulgent en matière d'érouv.
Le Rambam — « אֲבָל אִם קָדְמוּ וְהֶחֱזִיקוּ וְהוֹצִיאוּ אִם חָזַר הוּא וְהוֹצִיא בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד אֵינוֹ אוֹסֵר עֲלֵיהֶן » (הלכות עירובין פ״ב ה״ו) — s'ils l'ont devancé, ont pris possession et ont transporté, puis qu'il transporte, par inadvertance ou délibérément, il ne leur interdit pas.

3. Sortir ou rentrer : le retour et la prise de possession (séif א)

Pour celui qui a renoncé, le séif א ne nomme que la sortie — המבטל רשותו והוציא אח״כ — ; pour la prise de possession des autres, il nomme l'une et l'autre : « שהוציאו מבתיהם לחצר או שהכניסו מחצר לבתיהם » (שו״ע או״ח שפ״א:א).

Celui qui a renoncé rentre [un objet] de la cour dans sa maison. Le Magen Avraham, sur le mot והוציא : « אבל להכניס מותר אלא א״כ ביטל גם רשות ביתו דאז אסור להכניס » (מגן אברהם שפ״א ס״ק א) — rentrer est permis, sauf s'il a renoncé aussi au domaine de sa maison ; alors il est interdit de rentrer. La Michna Beroura rapporte cette distinction en ces termes, « כתב המג״א דלא אמרינן שהוא כחוזר ומחזיק אלא ע״י הוצאה מבית לחצר אבל אם מכניס מחצר לבית לא נראה כרוצה לחזור מביטולו ולהחזיק בחצר » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ג) — selon elle, il parle du retour —, puis renvoie à ce qu'elle a écrit au siman 380 : « שכמה פוסקים חולקים ע״ז וס״ל דאין חילוק בין הוצאה להכנסה וכמו דלא מחלקינן בין הוצאה להכנסה לענין החזיק וכמו שמסיים המחבר » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ג) — plusieurs décisionnaires le contestent et tiennent qu'il n'y a pas de différence entre sortir et rentrer, de même qu'on n'en fait pas pour la prise de possession, comme le séif l'écrit à sa fin.

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la même distinction quant au retour : « וְאֵינָהּ נִקְרֵאת חֲזָרָה אֶלָּא כְּשֶׁמּוֹצִיא מִבֵּיתוֹ לֶחָצֵר » (שו״ע הרב שפ״א:א) ; et il ajoute, entre parenthèses : « אֲבָל מִכָּל מָקוֹם אָסוּר לוֹ לְהַכְנִיס מֵחָצֵר לַבַּיִת » (שו״ע הרב שפ״א:א) — puisque sa maison lui est propre et que la cour est aux autres. À la lettre, le Magen Avraham écrit de la rentrée « אבל להכניס מותר » (מגן אברהם שפ״א ס״ק א), et le Rav qu'elle lui est interdite ; la Michna Beroura le lit comme parlant du retour, et la page ne tranche pas si, selon le Magen Avraham, la rentrée reste permise à celui qui a renoncé (question au Rav) ; voir le niveau 4, point ב.

יסוד — le retour et la prise de possession ne se mesurent pas de la même façon. Le Tour, sur la maison, écrit le principe du retour : « שאין נקרא מחזיק אלא כשמכניס לרשות שביטל אבל מה שמוציא ממנו אינו חזרה אבל אינו יכול להוציא מבית חבירו לביתו שאז היה חוזר ומחזיק ברשות שביטל » (טור או״ח שפ״א) — on n'appelle reprendre possession que le fait de rentrer [un objet] dans le domaine auquel on a renoncé ; en sortir n'est pas un retour ; mais il ne peut pas transporter de la maison de l'autre vers la sienne, car il reviendrait alors reprendre possession du domaine auquel il a renoncé (section 7). Le Beit Yossef, sur les mots du Tour ils ont transporté de leurs maisons vers la cour : « ומ״ש החזיקו בו כבר שהוציאו מבתיהם לחצר לאו דוקא דה״ה להכניסו מחצר לבתיהם » (בית יוסף או״ח שפ״א), et il répond à la difficulté que pose le principe du Tour : « דלא אמרן כן אלא דוקא לענין חוזר ומחזיק דכשמוציא מרשות שביטל לא מיקרי חזרה אבל לגבי חזקה כל שעושה דבר שהיה נאסר בלא ביטול הוי חזקה » (בית יוסף או״ח שפ״א) — ce principe ne vaut que pour le retour ; pour la prise de possession, tout ce qui aurait été interdit sans renonciation est une prise de possession. Le Biour Halakha : « בזה מודו כו״ע דשוה הכנסה להוצאה » (ביאור הלכה שפ״א).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la même distinction : « שֶׁכֹּל שֶׁעָשׂוּ דָבָר בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁהָיוּ אֲסוּרִים לַעֲשׂוֹתוֹ אִם לֹא בִטְּלָהּ לָהֶם — הֲרֵי זוֹ חֲזָקָה » (שו״ע הרב שפ״א:א).

Après la prise de possession, celui qui a renoncé peut-il lui-même transporter ? Le Magen Avraham, sur החזיקו : « ומ״מ לכתחלה אסור להוציא » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ב) — même ainsi, a priori, il lui est interdit de transporter ; il renvoie au siman 380. Le Choulhan Aroukh HaRav : « אֲבָל הוּא אָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא בֶּחָצֵר אַף לְאַחַר שֶׁהֶחֱזִיקוּ בָּהּ, אֶלָּא אִם כֵּן בִּטֵּל לָהֶם גַּם רְשׁוּת בֵּיתוֹ » (שו״ע הרב שפ״א:א) ; et il ajoute « שֶׁאָז נַעֲשֶׂה כְּאוֹרֵחַ גָּמוּר אֶצְלָם » (שו״ע הרב שפ״א:א), ce qui, écrit-il au séif 4, ne vaut que pour celui qui a renoncé en faveur de plusieurs : « וַאֲפִלּוּ אִם הֶחֱזִיקוּ אֵינוֹ מוֹעִיל אֶלָּא בְּיָחִיד שֶׁבִּטֵּל לְרַבִּים, אֲבָל לֹא בְּיָחִיד לְיָחִיד » (שו״ע הרב שפ״א:ד).

4. Une prise de possession faite de jour — le Tour et Rachi (séif א)

Le Tour écrit que la prise de possession sert de jour comme après la tombée de la nuit, puis rapporte Rachi : « החזיקו בו כבר שהוציאו מבתיהם לחצר לא שנא מבע״י ל״ש משחשיכה אינו יכול לחזור מביטולו ורש״י פי׳ שאין חזקה מועלת אא״כ החזיקו משתחשך » (טור או״ח שפ״א). Le Beit Yossef, sur les mots de jour ou après la tombée de la nuit : « ומ״ש ל״ש מבע״י ל״ש משחשכה כן משמע מסתימת המשנה שם » (בית יוסף או״ח שפ״א) — c'est ce qui ressort de la michna, qui ne distingue pas. Et sur Rachi, dont il donne la source — son explication des mots de la michna où Rabban Gamliel rapporte ce que leur a dit son père, « וְאָמַר לָנוּ אַבָּא: מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ אֶת הַכֵּלִים לַמָּבוֹי » (עירובין ס״ח ע״ב), dont la section 2 cite la version de la baraïta : « ופירש״י והוציאו את הכלים. והחזיקו במבוי ושוב לא יוכל לחזור מביטולו וכשקידש היום עסקינן דחזקה דמבע״י לא מוכחא » (בית יוסף או״ח שפ״א) — ils ont pris possession du mavoï, et il ne pourra plus revenir sur sa renonciation ; et il s'agit du moment où le jour a été sanctifié, car une prise de possession faite de jour ne prouve rien. Le séif א écrit la règle sans condition, puis, au nom de Rachi, la restriction (משחשיכה).

חקירה — qu'est-ce que cette prise de possession : une acquisition, une preuve, ou la levée d'un interdit ?

Une acquisition. La Michna Beroura, sur l'avis que le séif écrit en premier : « דבכל מקום חזקה מועילה בקניה ואע״ג שאין זו חזקה גמורה אפ״ה הקילו חכמים בה דמהני כשאר חזקות » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ה) — partout la prise de possession sert à acquérir ; bien que ce ne soit pas ici une prise de possession complète, les Sages l'ont admise comme les autres. Et elle en tire : « ולדעה זו מהני חזקה אף אם החזיק בערב שבת אחר הביטול » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ה).

Une preuve. Selon Rachi, une prise de possession faite de jour ne prouve rien (לא מוכחא). Le Magen Avraham en donne la raison : « דאם הוציא מבע״י ליכא חזקה דבלא ביטול נמי יכולין להוציא » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ג) — même sans renonciation, ils peuvent transporter de jour.

La levée de l'interdit du Chabbat. Le Taz lit Rachi autrement : « נראה דה״ק דבאמ׳ אין כאן חזק׳ גמור׳ שיקנה קנין גמור אלא דלא בעי אלא לאפקועי איסור שבת וזה אין שייך בע״ש דאין שם איסור טלטול עדיין עד שקידש היום » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ב) — il n'y a pas ici de prise de possession complète qui acquerrait pleinement ; il ne s'agit que de lever l'interdit du Chabbat, ce qui n'a pas lieu la veille de Chabbat, quand il n'y a pas encore d'interdit de transport. Et il ajoute : « ובחנם אפקי׳ מו״ח ז״ל להאי ורש״י פי׳ מן נוסחאו׳ הטור וכ׳ שהוא ט״ס אלא הדברים כהוייתן דבאיסור טלטול תליא מילתא » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ב) — c'est en vain que son beau-père a retiré des versions du Tour les mots ורש״י פי׳, en écrivant que c'est une faute de copiste ; les mots sont à leur place, car la chose dépend de l'interdit du transport.

Un usage de la cour. Le Biour Halakha propose, pour le Tour : « אבל לדעת הטור דמהני חזקה אף מבע״י אפשר דלדידיה מהני חזקה ע״י השתמשות בחצר גופא אף שלא הוציא והכניס וכמו בחזקות דעלמא ומ״מ אינו מוכרח » (ביאור הלכה שפ״א) — selon le Tour, qui admet la prise de possession de jour, elle se ferait peut-être aussi par l'usage de la cour elle-même, sans sortir ni rentrer [d'objets], comme les autres prises de possession ; mais ce n'est pas contraignant.

Le séif retient-il le premier avis ? Le Biour Halakha : « משמע מלשון זה דתופס לעיקר כדעה ראשונה ובאמת צ״ע דדעה ראשונה היא רק דעת הטור ודעת רש״י לאו יחידאה היא » (ביאור הלכה שפ״א) — il ressort de cette formulation que [le Mehaber] tient le premier avis pour l'essentiel ; mais cela demande examen, car le premier avis n'est que celui du Tour, et l'avis de Rachi n'est pas isolé : « דכן כתב גם רבינו יהונתן והריטב״א וכן מוכח בתוספות ס״ח ע״ב ד״ה והוציאו » (ביאור הלכה שפ״א). Et sur celui qui a rejeté la position de Rachi : « ומה שכתב הב״ח לדחות שיטת רש״י כבר דחו אחרונים דבריו ויש להחמיר » (ביאור הלכה שפ״א) — ce que le Ba'h a écrit pour rejeter la position de Rachi, les A'haronim l'ont déjà rejeté, et il y a lieu d'être strict. La Michna Beroura renvoie à lui : « ועיין בביאור הלכה שיש להחמיר כדעה זו » (משנה ברורה שפ״א ס״ק ו).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la restriction d'abord, sans nom, et l'autre avis sous וְיֵשׁ אוֹמְרִים, puis : « וְיֵשׁ לְהַחֲמִיר כִּסְבָרָא הָרִאשׁוֹנָה לְכַתְּחִלָּה, וּבְדִיעֲבַד יֵשׁ לְהָקֵל בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים » (שו״ע הרב שפ״א:א) — il y a lieu d'être strict selon le premier avis a priori, et après coup d'être indulgent pour [une règle] d'ordre rabbinique ; voir le niveau 4, point ג.

Une prise de possession faite la veille de Chabbat, après la renonciation. Selon l'avis que le séif écrit en premier, elle sert (Michna Beroura, ס״ק ה) ; selon Rachi, elle ne sert pas, et le Biour Halakha écrit qu'il y a lieu d'être strict ; le Choulhan Aroukh HaRav écrit qu'il y a lieu d'être strict a priori et, après coup, indulgent pour une prise de possession faite de jour après la renonciation.

5. D'une cour à l'autre — Chmouel et Rabbi Yo'hanan (séif ב)

La guemara : « גּוּפָא, אָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר, וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת בְּחוּרְבָּה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: יֵשׁ בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר, וְיֵשׁ בִּיטּוּל רְשׁוּת בְּחוּרְבָּה » (עירובין ס״ו ע״ב). Abayé limite la parole de Chmouel : « אָמַר אַבָּיֵי: הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל אֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר, לָא אֲמַרַן אֶלָּא בִּשְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּפֶתַח אֶחָד בֵּינֵיהֶן, אֲבָל שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ, מִתּוֹךְ שֶׁאוֹסְרִין — מְבַטְּלִין » (עירובין ס״ו ע״ב) — elle ne vaut que pour deux cours avec une ouverture entre elles ; pour deux cours l'une dans l'autre, puisqu'elles s'interdisent [l'une à l'autre], on renonce. Rava : « רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ, פְּעָמִים מְבַטְּלִין וּפְעָמִים אֵין מְבַטְּלִין » (עירובין ס״ו ע״ב), et il détaille : « נָתְנוּ עֵירוּבָן בַּחִיצוֹנָה וְשָׁכַח אֶחָד, בֵּין מִן הַפְּנִימִית וּבֵין מִן הַחִיצוֹנָה, וְלֹא עֵירַב — שְׁתֵּיהֶן אֲסוּרוֹת. נָתְנוּ עֵירוּבָן בַּפְּנִימִית, וְשָׁכַח אֶחָד מִן הַפְּנִימִית וְלֹא עֵירַב — שְׁתֵּיהֶן אֲסוּרוֹת. שָׁכַח אֶחָד מִן הַחִיצוֹנָה וְלֹא עֵירַב — פְּנִימִית מוּתֶּרֶת וְחִיצוֹנָה אֲסוּרָה » (עירובין ס״ו ע״ב). La guemara explique pourquoi, dans le premier cas, celui de l'intérieure ne peut renoncer en faveur de personne : « הַאי בַּר פְּנִימִית, לְמַאן נִיבַטֵּיל? לִיבַטֵּיל לִבְנֵי פְנִימִית — לֵיתָא לְעֵרוּבַיְיהוּ גַּבַּיְיהוּ. לִיבַטֵּיל לִבְנֵי חִיצוֹנָה — אֵין בִּטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר » (עירובין ס״ו ע״ב) — en faveur des habitants de l'intérieure, leur érouv n'est pas chez eux ; en faveur de ceux de l'extérieure, il n'y a pas de renonciation d'une cour à l'autre. Et, quand l'érouv est déposé dans l'intérieure et que l'un de l'extérieure a oublié : « שָׁכַח אֶחָד מִן הַחִיצוֹנָה וְלֹא עֵירַב — וַדַּאי פְּנִימִית מוּתֶּרֶת, דְּאָחֲדָא דַּשָּׁא, וּמִשְׁתַּמְּשָׁא, וְחִיצוֹנָה אֲסוּרָה » (עירובין ס״ז ע״א) — l'intérieure ferme la porte et se sert de sa cour.

Rava lui-même dit ailleurs (section 10) : « אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לִי, דְּאָמַר: יֵשׁ בִּיטּוּל מֵחָצֵר לְחָצֵר » (עירובין ס״ח ע״א). Le Beit Yossef : « פלוגתא דשמואל ור׳ יוחנן ופסק הרא״ש כר״י דאמר הכי וכן דעת הרמב״ם בפ״ב מה״ע וכ״כ סמ״ג וסמ״ק » (בית יוסף או״ח שפ״א). Le Rambam : « כְּשֵׁם שֶׁבַּעַל הַבַּיִת זֶה מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לְבַעַל הַבַּיִת זֶה בְּחָצֵר אַחַת כָּךְ מְבַטְּלִין מֵחָצֵר לֶחָצֵר » (הלכות עירובין פ״ב ה״ה).

Pourquoi le séif précise-t-il, pour la première cour, qu'elle a fait l'érouv pour elle-même, et, pour la seconde, que seule l'extérieure l'a fait ? Le Beit Yossef, sur les deux cours avec une ouverture : « ואין לפרש דלא עירבו כלל דא״כ היאך מבטלין הא קי״ל דלשנים שלא עירבו אין מבטלין לפי שכל אחד אוסר על חבירו » (בית יוסף או״ח שפ״א) — si elles n'avaient pas fait l'érouv du tout, comment renonceraient-elles ? On tient qu'on ne renonce pas en faveur de deux qui n'ont pas fait l'érouv, chacun interdisant à l'autre. Sur les deux cours l'une dans l'autre : « אלא על כרחך לפרש לא עירבו שתיהן אלא החיצונה לבדה דהשתא כיון דפנימית לא עירבה כלל ה״ל רגל האסורה במקומה ואוסרת על החיצונה » (בית יוסף או״ח שפ״א) — l'intérieure, qui n'a pas fait l'érouv du tout, est alors un pied interdit en son lieu, qui interdit l'extérieure. Et sur le passage, la Michna Beroura : « דאין דריסת הרגל אוסר אלא עם עשיית תשמיש » (משנה ברורה שפ״א ס״ק י״ג).

Celui qui a oublié de faire l'érouv commun — en faveur de qui renonce-t-il ? Le séif ב parle de l'érouv déposé dans l'extérieure et de l'un de l'intérieure qui a oublié : il renonce en faveur de chacun des habitants des deux cours. Le Beit Yossef : « אבל אם ביטל לבני החיצונה ולא לבני הפנימית עדיין פנימית באיסורה עומדת לפי שאין עירובה בחצירה » (בית יוסף או״ח שפ״א) — s'il ne renonce qu'en faveur de ceux de l'extérieure, l'intérieure reste interdite, car son érouv n'est pas dans sa cour. Et : « וה״ה שאם שכח אחד מן החיצונה ולא עירב שהוא מבטל רשותו לכל אחד ואחד מבני החיצונה ומבני הפנימית והוא אסור וכולם מותרים » (בית יוסף או״ח שפ״א). Selon lui, ces cas se déduisent de celui que le Tour écrit, et il fallait apprendre en plus celui-ci : « ולא איצטריך לאשמועינן אלא היכא דנתנו עירובן בפנימית ושכח א׳ מן החיצונה ולא עירב דפנימית מותרת משום דאחדא דשא ומשתמשת שהרי עירובה בחצירה ואמרה לחיצונה לתקוני שתפתיך ולא לעוותי » (בית יוסף או״ח שפ״א). Le Tour : « אבל נתנו עירובן בפנימית ושכח אחד מן החיצונה אף ביטול אין צריכין » (טור או״ח שפ״א). (Dans la phrase précédente du Tour, le texte de Sefaria porte une variante entre parenthèses : « ושכח א׳ מן הפנימית (ס״א החיצונה) ולא עירב יכול לבטל רשותו » (טור או״ח שפ״א).)

La Michna Beroura : « ל״ד דה״ה דאם נתנו עירובן בפנימית ג״כ צריך הפנימי לבטל רשותו לשתי החצרות ולא סגי בשיבטל לפנימית לבד » (משנה ברורה שפ״א ס״ק י״ד) ; car « דכיון שהעוות בא מהם שהרי אחד מבני חצרם שכח לערב אי אפשר להם להסתלק מבני החיצונה אחרי שנתחברו מתחלה יחד ע״י עירוב אחד » (משנה ברורה שפ״א ס״ק י״ד) — le dommage venant d'eux, puisque l'un des habitants de leur cour a oublié de faire l'érouv, ils ne peuvent pas se retirer de ceux de l'extérieure, avec qui ils se sont joints dès le début par un seul érouv.

Le Biour Halakha, sur l'un de l'extérieure qui a oublié : « וה״ה אם שכח אחד מבני החיצונה ג״כ בעינן שיבטל לשתי החצרות ולא סגי בשיבטל לבני החיצונה לבד ובני הפנימית יסתלקו מהם [כיון שאין העוות בא מהם] אחרי שהעירוב מונח בחיצונה » (ביאור הלכה שפ״א) ; « ואם העירוב מונח בפנימית יכולין בני הפנימי להסתלק מהם [אף שלא ביטל רשותו להם] » (ביאור הלכה שפ״א) — il distingue selon l'endroit où l'érouv est déposé.

Le Choulhan Aroukh HaRav : « אֲבָל אִם שָׁכַח אֶחָד מִן הַחִיצוֹנָה וְלֹא עֵרֵב — אֵין צָרִיךְ לְבַטֵּל לְהַפְּנִימִית » (שו״ע הרב שפ״א:ב), parce que l'intérieure peut dire à l'extérieure : « לְתִקּוּנֵי שִׁתַּפְתִּיךָ עִמִּי וְלֹא לְעִוּוּתֵי » (שו״ע הרב שפ״א:ב). Cette raison est celle que le Rav donne lui-même au siman 378 pour l'érouv déposé dans l'intérieure : « אֲבָל אִם שָׁכַח אֶחָד מִן הַחִיצוֹנָה וְלֹא עֵרֵב — חִיצוֹנָה אֲסוּרָה וּפְנִימִית מֻתֶּרֶת, דְּכֵיוָן שֶׁעֵרוּבָהּ אֶצְלָהּ » (שו״ע הרב שע״ח:ג) — l'intérieure est permise, puisque son érouv est chez elle ; et, pour l'érouv déposé dans l'extérieure, il y écrit : « אֲבָל אִם נָתְנוּ עֵרוּבָן בַּחִיצוֹנָה, אֲפִלּוּ שָׁכַח אֶחָד מִן הַחִיצוֹנָה וְלֹא עֵרֵב — שְׁתֵּיהֶן אֲסוּרוֹת, שֶׁאַף אִם הַפְּנִימִית תְּסַלֵּק אֶת הַחִיצוֹנָה מֵעָלֶיהָ, הֲרֵי אֵין עֵרוּבָהּ אֶצְלָהּ » (שו״ע הרב שע״ח:ג) — les deux sont interdites : même si l'intérieure écarte l'extérieure, son érouv n'est pas chez elle. Le Mehaber distingue de même au siman 378 : « עירבו ביחד ונתנו עירובן בחיצונה ושכח א׳ בין מן הפנימי׳ בין מן החיצונה ולא עירב שתיהן אסורות עד שיבטל רשותו » (שו״ע או״ח שע״ח:ג) ; « ואם נתנו עירובן בפנימי׳ ושכח א׳ מן הפנימי׳ ולא עירב שתיהן אסורות אבל אם שכח א׳ מן החיצונה ולא עירב פנימית מותרת » (שו״ע או״ח שע״ח:ג). C'est aussi la raison que le Beit Yossef écrit pour l'érouv déposé dans l'intérieure. À qui celui de l'extérieure renonce quand l'érouv est déposé dans l'extérieure, le séif du Rav ne l'écrit pas ; le Beit Yossef et le Biour Halakha : en faveur des deux cours (niveau 4, point ד).

6. La ruine (séif ג)

La parole de Chmouel et celle de Rabbi Yo'hanan (section 5) portent aussi sur la ruine. La guemara explique pourquoi les deux cas sont nécessaires : « דְּאִי אַשְׁמְעִינַן מֵחָצֵר לְחָצֵר, בְּהָא קָאָמַר שְׁמוּאֵל, מִשּׁוּם דְּהָא תַּשְׁמִישְׁתָּא לְחוּד וְהָא תַּשְׁמִישְׁתָּא לְחוּד. אֲבָל חוּרְבָּה, דְּתַשְׁמִישְׁתָּא חֲדָא לְתַרְוַויְיהוּ. אֵימָא: מוֹדֵי לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן. וְכִי אִתְּמַר בְּהָא, בְּהָא קָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, אֲבָל בְּהָךְ מוֹדֵי לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל, צְרִיכָא » (עירובין ס״ו ע״ב) — si l'on nous avait appris seulement [le cas] d'une cour à l'autre, [on aurait dit que] Chmouel le dit là parce que l'usage de l'une est à part et celui de l'autre à part, mais que, pour la ruine, dont l'usage est un pour les deux, il concède à Rabbi Yo'hanan ; et si cela avait été dit de la ruine, [on aurait dit que] Rabbi Yo'hanan le dit pour elle, mais que, pour l'autre cas, il concède à Chmouel. Le Beit Yossef : « פלוגתא דשמואל ורבי יוחנן ופסקו כר׳ יוחנן » (בית יוסף או״ח שפ״א). Le Rambam : « וְיֵשׁ בִּטּוּל רְשׁוּת בְּחֻרְבָּה כְּדֶרֶךְ שֶׁהוּא בְּחָצֵר » (הלכות עירובין פ״ב ה״ה).

L'usage commun, ou l'usage principal. La guemara envisage que, pour la ruine, Chmouel puisse concéder, puisque son usage est un pour les deux. Les commentateurs du séif écartent une considération qui irait dans l'autre sens. Le Magen Avraham : « אף על פי שאין עיקר תשמישתייהו שם » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ד). La Michna Beroura : « ולא אמרינן שלא הקילו חכמים בביטול רשות אלא בחצר שלפני הבתים שבה הוא עיקר תשמישם » (משנה ברורה שפ״א ס״ק י״ז). Le rapprochement des deux considérations est celui de la page.

Pour la ruine qui appartient aux deux, la Michna Beroura renvoie au siman 376 (ס״ק י״ח). Le Choulhan Aroukh HaRav ajoute, entre parenthèses, avec le même renvoi : « אוֹ שֶׁאֵינָהּ שֶׁל שְׁנֵיהֶם אֲבָל שְׁנֵיהֶם מִשְׁתַּמְּשִׁים בָּהּ בְּתַשְׁמִישׁ נוֹחַ » (שו״ע הרב שפ״א:ג).

7. D'une maison à l'autre — l'enseignement de Rachi et la glose du Rama (séif ד)

Rachi, selon le Taz — sur le séif ד, le Taz écrit qu'il n'y a pas là de retour, dans les termes du Tour (section 3), puis : « ומ״ה כתבו התו׳ והרא״ש דמעשה בא לפני רש״י בחופה א׳ ששכחו ולא עירבו והוצרכו להוציא מבית זה לבית זה והתיר להם ע״י שביטלו רשותם לא׳ » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ג) — les Tossafot et le Roch ont écrit qu'un cas s'est présenté devant Rachi, lors d'une 'houppa : ils avaient oublié de faire l'érouv et devaient transporter d'une maison à l'autre, et il le leur a permis en leur faisant renoncer à leur domaine en faveur de l'un.

Y a-t-il renonciation d'une maison à l'autre ? Le Beit Yossef rapporte des Tossafot que Rachi l'a enseigné, et l'objection du Ri : « דאם יועיל ביטול מבית לבי׳ א״כ יהיו כולם מותרים לטלטל מזו לזו גם אותם שביטלו להם » (בית יוסף או״ח שפ״א) ; « דא״כ בטלת תורת עירוב מאותו מבוי שלא יחושו לעשות עוד עירוב כיון דמשתרו כולהו בביטול » (בית יוסף או״ח שפ״א) — si la renonciation servait d'une maison à l'autre, tous seraient permis de transporter de l'une à l'autre, et l'on ne se soucierait plus de faire l'érouv. Le Ri propose une voie : « ומיהו אור״י דאם יש חדרים בבית יכול לבטל כל הבית בלא חדרים שיהא עכשיו אסור להוציא מן החדר לבית כמו מבית לחצר ואין שייך כאן בטלת תורת עירוב שהרי ישתכר בעירוב יותר מן הביטול » (בית יוסף או״ח שפ״א) — renoncer à la maison sans les chambres, de sorte qu'il soit interdit de transporter de la chambre à la maison ; on gagne alors plus à l'érouv qu'à la renonciation. La citation des Tossafot se poursuit par une réponse : « ונראה דאין מכאן ראיה לחלוק על הוראת רש״י דשפיר דמי דחוזר בו מביטולו כשנוטל כליו והכניס לתוך בית חבירו וחזר והחזיר לביתו שהוא רשות המיוחדת לו נראה כחוזר בו מביטולו וכיון שמפסיד בדבר לא ביטלת תורת עירוב » (בית יוסף או״ח שפ״א) — il est juste de dire qu'il revient sur sa renonciation quand il prend ses objets, les met dans la maison de l'autre, puis les ramène dans sa maison, domaine qui lui est propre ; et puisqu'il y perd, la loi de l'érouv n'est pas abolie. Le Beit Yossef poursuit : « והרא״ש כתב הא דנראה דאין מכאן ראיה לחלוק על הוראת רש״י וכו׳ בשם רבינו שמשון וכתבו שר״ת חולק ואומר שאין ביטול רשות מבית לבית והרא״ש הסכים לדעת רש״י » (בית יוסף או״ח שפ״א) ; « וכ״כ רבינו ירוחם בחי״ו שדעת הרא״ש כר״ש ושכן נראה עיקר » (בית יוסף או״ח שפ״א).

Il explique ainsi les mots du Tour selon lesquels celui qui renonce ne transporte pas de la maison de l'autre vers la sienne : « ומשום דאינו יכול להוציא מבית חבירו לביתו נמצא שנשתכר בעירוב מבביטול » (בית יוסף או״ח שפ״א) ; et il rapporte les Hagahot Maïmoniot : « והגהות מיימון כתבו סברות אלו בפ״ב מה״ע בשם סמ״ג וסמ״ק ונראה מדבריהם דליתא לדר״ת וכתבו דטוב לשייר חדר אחד שלא יבטל וכדברי ר״י » (בית יוסף או״ח שפ״א).

חקירה — pourquoi celui qui a renoncé ne peut-il pas transporter de la maison de l'autre vers la sienne ? Le séif ד : « ואפי׳ המבטל מותר להוציא מביתו לבי׳ חבירו אבל אינו יכול להוציא מבי׳ חבירו לביתו שאז היה חוזר ומחזיק ברשו׳ שביטל » (שו״ע או״ח שפ״א:ד). Le Magen Avraham, sur la permission : « שהרי הכל של חבירו » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ה) ; et sur l'interdit : « דיחיד לגבי יחיד לא הוי אורח » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ו). La Michna Beroura développe cette raison : « התם מיירי ביחיד לגבי רבים וחשיב רק כאורח לגבייהו אבל הכא מיירי ביחיד לגבי יחיד ויחיד לגבי יחיד לא הוי אורח » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״א) — au siman 380, il s'agit d'un particulier vis-à-vis de plusieurs, qui n'est compté que comme un invité chez eux ; ici, d'un particulier vis-à-vis d'un particulier, qui n'est pas un invité. Et : « ולפ״ז אפילו אם החזיק זה שביטלו לו ג״כ אסור למבטל להוציא מביתו » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״א) — même si l'autre a pris possession, cela reste interdit à celui qui a renoncé.

Le Biour Halakha revient sur ce qu'il a écrit dans la Michna Beroura : « עיין מ״ב מה שכתבנו בזה ונמשכנו אחרי דברי מג״א בזה » (ביאור הלכה שפ״א) ; « ויותר נראה בדבריהם דאפילו היה המבטל יחיד וביטל לרבים ג״כ אסור לו להוציא מרשותם לרשותו » (ביאור הלכה שפ״א) ; « שאני הכא דמיירי שלאחר ביטולו הוציא כליו והכניס לבית חבירו ואח״כ מוציאם ומכניסם שוב לרשותו כמקדם נראה כמי שרוצה לחזור ולזכות בביתו שביטל » (ביאור הלכה שפ״א) — c'est le fait de ramener chez lui les objets qu'il avait mis chez l'autre qui le fait paraître vouloir acquérir de nouveau sa maison. Ce sont, à peu près, les termes de la réponse des Tossafot rapportée plus haut par le Beit Yossef, et le Biour Halakha le dit lui-même : « עיין בתוס׳ וברא״ש ובאו״ז שמדוקדק כן בדבריהם » (ביאור הלכה שפ״א).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la raison du Magen Avraham : « וַאֲפִלּוּ הֶחֱזִיק בּוֹ כְּבָר חֲבֵרוֹ — אֵינוֹ מוֹעִיל לְהַתִּיר גַּם לוֹ, כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ נַעֲשֶׂה כְּאוֹרֵחַ אֵצֶל חֲבֵרוֹ, מִפְּנֵי שֶׁהוּא יָחִיד אֵצֶל יָחִיד » (שו״ע הרב שפ״א:ה) ; voir le niveau 4, section 1, séif 5.

La chambre ouverte sur sa maison. Le séif ד : « וכן אם יש לו חדר פתוח לביתו וביטל רשו׳ ביתו אסור להוציא מהחדר לביתו » (שו״ע או״ח שפ״א:ד). Le Beit Yossef : « נראה דהיינו כשביטל רשות ביתו סתם אבל אם ביטל רשות ביתו ורשות חדרו בהדיא שרי להוציא אפילו מחדר לביתו » (בית יוסף או״ח שפ״א) — selon lui, cela ne vaut que s'il a renoncé à sa maison sans préciser ; s'il a renoncé expressément à sa maison et à sa chambre, il peut sortir [un objet] même de la chambre vers sa maison ; et « ויותר נראה דלא אסר להוציא מהחדר אלא עד שיחזיקו בני החצר להוציא מבתיהם לחצר אבל אחר שהחזיקו יכול להוציא אפילו מחדרו » (בית יוסף או״ח שפ״א) — et il lui paraît plutôt que l'interdit ne dure que jusqu'à ce que les gens de la cour aient pris possession ; après, il peut sortir [un objet] même de sa chambre. La Michna Beroura : « וה״ה מבית לחדרו מפני שהוא כמוציא מרשות לרשות » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ב) ; et « ועיין באחרונים שהעלו דאפילו אם ביטל גם רשות חדרו בהדיא אסור להוציא מאחד לחבירו דבזה הוא חוזר ומחזיק ברשותו » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ב).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit le cas de celui qui a renoncé à sa maison sans la chambre : « וּבִטֵּל רְשׁוּת בֵּיתוֹ בִּלְבָד בְּלִי הַחֶדֶר — אָסוּר לְהוֹצִיא מֵהַחֶדֶר לְבֵיתוֹ » (שו״ע הרב שפ״א:ה), et « וַאֲפִלּוּ הוּא יָחִיד אֵצֶל רַבִּים — אֵינוֹ נַעֲשֶׂה כְּאוֹרֵחַ אֶצְלָם לְעִנְיַן הוֹצָאָה וְהַכְנָסָה מֵחֶדֶר לְבַיִת » (שו״ע הרב שפ״א:ה). Le texte du Rav ne suit pas la seconde lecture du Beit Yossef (niveau 4, section 2, point ה).

La glose du Rama — à la fin du séif ד : « וי״א דאין לבטל מבית לבית אלא אם כן ישאיר לעצמו חדר אחד שלא ביטל ואז מותר להכניס אפילו מבית חבירו לביתו וטוב להחמיר לכתחילה » (רמ״א או״ח שפ״א:ד), avec ses sources, telles qu'imprimées : « ב״י בשם רבינו ירוחם ור״ת והגהות מיימוני פ״ב מהלכות עירובין » (רמ״א או״ח שפ״א:ד). Le Taz : « וי״א שמביא רמ״א הוא ר״י ור״ת שחלקו עליו דאין מועיל ביטול מבית לבית דא״כ יהי׳ מותר לטלטל לכולן ויבטל תור׳ עירוב כיון שיש תקנ׳ ע״י ביטול אא״כ ישאיר לעצמו חדר א׳ שלא ביטל » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ג) — ceux que le Rama rapporte sous וי״א sont le Ri et Rabbénou Tam, qui ont contesté [Rachi] : la renonciation d'une maison à l'autre ne servirait pas, car alors tous pourraient transporter et la loi de l'érouv serait abolie, à moins de garder pour soi une chambre ; et sur la leçon du Rama qu'il avait sous les yeux : « ומ״ש רמ״א ואף מות׳ להכניס צ״ל ואז מות׳ כו׳ » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ג). La page rapporte ces attributions telles qu'elles sont écrites ; elle ne les concilie pas.

La question du Magen Avraham sur ואז מותר להכניס. « כ״כ הרב״י ודבריהם תמוהים דהא דומה למי שביטל רשות חצירו ליחיד דאסור להוציא מבית חבירו לחצר דנראה שחוזר ומחזיק דיחיד לגבי יחיד לא הוי אורח וכמ״ש סי׳ ש״פ ס״ד וא״כ ה״נ אסור » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ז) — c'est semblable à celui qui a renoncé au domaine de sa cour en faveur d'un particulier, à qui il est interdit de transporter de la maison de l'autre vers la cour, et ici aussi ce serait donc interdit ; et s'il s'agit d'un particulier qui renonce en faveur de plusieurs qui ont fait l'érouv : « ואי מיירי ביחיד המבטל לרבים שעירבו א״כ אפי׳ לא שייר חדר נמי שרי דלא שייך לומר שתשתכח תורת עירוב » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ז). La Michna Beroura donne la raison de l'avis : « לפי שיש לחוש שלא תשתכח תורת עירוב מבתים אלו הפתוחים זה לזה שכולם יבטלו בעליהם לאחד » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ג).

La Michna Beroura rapporte une réponse : « ועיין בחמד משה שתירץ דדין זה דרמ״א מיירי ביחיד לגבי רבים אלא שאותן רבים היו דרים בבית אחד ולא היו צריכין לעירוב וזה ג״כ מקרי רבים וזה היחיד מקרי אורח לגבייהו ולכן מותר לו להכניס מביתם לביתו ואפילו קודם שהחזיקו » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ד) — la règle du Rama parlerait d'un particulier vis-à-vis de plusieurs qui habitaient une seule maison ; il est alors un invité chez eux, et peut rentrer [des objets] de leur maison dans la sienne, même avant leur prise de possession. Le Biour Halakha propose une autre lecture : « אכן כבר כתבנו שם בשם האבן עוזר והפרישה דיחיד נגד יחיד מיקרי אורח » (ביאור הלכה שפ״א) ; « ולפ״ז אתי דברי רמ״א כפשוטו ולפלוגי אתי אדברי המחבר שאוסר להכניס ודעתו דיש להתיר אף הכנסה דהוי כאורח דיחיד לגבי יחיד מיקרי אורח » (ביאור הלכה שפ״א) — selon cette lecture, le Rama vient contester le Mehaber et permettre aussi de rentrer. Et il conclut : « וכן מצאתי להגר״א שכתב דדעה זו דאז מותר שמובא בהג״ה פליג אדעת המחבר » (ביאור הלכה שפ״א).

Le Choulhan Aroukh HaRav, juste avant de rapporter l'avis, écrit lui-même, sans attribution, à la suite du cas de celui qui a renoncé à sa maison sans la chambre : « אֲבָל יָכוֹל לְהַכְנִיס מִבָּתֵּיהֶם לְבֵיתוֹ אֲפִלּוּ קֹדֶם שֶׁהֶחֱזִיקוּ הֵם בְּבֵיתוֹ » (שו״ע הרב שפ״א:ה), en le comparant à celui qui renonce au domaine de sa cour, qui peut sortir [des objets] de leurs maisons vers la cour avant leur prise de possession ; ses termes sont proches de ceux de la glose du Rama ; la réponse du 'Hemed Moché (ci-dessus) parle, elle, de plusieurs qui habitaient une seule maison et n'avaient pas besoin d'érouv, et dit de leur maison, au singulier, là où le Rav écrit de leurs maisons. Il rapporte ensuite l'avis sans les mots qui permettent alors de rentrer, puis : « וְהָעִקָּר כִּסְבָרָא הָרִאשׁוֹנָה, שֶׁהֲרֵי אַף אִם אֵינוֹ מַשְׁאִיר שׁוּם חֶדֶר — מִשְׂתַּכֵּר הוּא בָּעֵרוּב, שֶׁיְּהֵא מֻתָּר לוֹ לְהַכְנִיס לְבֵיתוֹ מִבֵּית חֲבֵרוֹ שֶׁבִּטֵּל לוֹ בֵּיתוֹ » (שו״ע הרב שפ״א:ה) ; « וְאַף עַל פִּי כֵן טוֹב לְהַחֲמִיר לְכַתְּחִלָּה לְהַשְׁאִיר חֶדֶר אֶחָד » (שו״ע הרב שפ״א:ה) ; voir le niveau 4, point ה. La raison qu'il donne du premier avis — celui qui renonce sans garder de chambre gagne encore à l'érouv — est celle que le Beit Yossef écrit en expliquant le Tour (plus haut).

8. Les deux maisons entourées d'une cloison pendant Chabbat (séif ה)

La guemara : « בְּעָא מִינֵּיהּ רַב חִסְדָּא מֵרַב שֵׁשֶׁת: שְׁנֵי בָתִּים מִשְּׁנֵי צִידֵּי רְשׁוּת הָרַבִּים וּבָאוּ גּוֹיִם וְהִקִּיפוּם מְחִיצָה בְּשַׁבָּת, מַהוּ » (עירובין ס״ז ע״א). Selon l'avis qui admet la renonciation d'une cour à l'autre, elle développe la question : « הָתָם, דְּאִי בָּעוּ לְעָרוֹבֵי מֵאֶתְמוֹל מָצוּ מְעָרְבִי — בַּטּוֹלֵי נָמֵי מָצֵי מְבַטֵּל — אֲבָל הָכָא, דְּלָא מָצוּ מְעָרְבִי מֵאֶתְמוֹל — בַּטּוֹלֵי נָמֵי לָא מָצֵי מְבַטֵּל. אוֹ דִילְמָא לָא שְׁנָא. אֲמַר לֵיהּ: אֵין מְבַטְּלִין » (עירובין ס״ז ע״א) — là, s'ils avaient voulu faire l'érouv la veille, ils l'auraient pu, et l'on peut donc renoncer ; ici, ils ne le pouvaient pas : ne peut-on pas non plus renoncer, ou n'y a-t-il pas de différence ? Il lui répond : on ne renonce pas. Une baraïta, que la guemara rapporte à propos de l'héritier (section 9), donne ce cas pour exemple d'une règle générale : « זֶה הַכְּלָל, כׇּל שֶׁמּוּתָּר לְמִקְצָת שַׁבָּת — הוּתַּר לְכׇל הַשַּׁבָּת, וְכׇל שֶׁנֶּאְסַר לְמִקְצָת שַׁבָּת — נֶאְסַר לְכׇל הַשַּׁבָּת חוּץ מִמְּבַטֵּל רְשׁוּת » (עירובין ע׳ ע״ב) ; « כׇּל שֶׁנֶּאְסַר לְמִקְצָת שַׁבָּת, נֶאְסַר לְכׇל הַשַּׁבָּת כּוּלָּהּ — כְּגוֹן שְׁנֵי בָתִּים בִּשְׁנֵי צִידֵּי רְשׁוּת הָרַבִּים, וְהִקִּיפוּם גּוֹיִם מְחִיצָה בְּשַׁבָּת » (עירובין ע׳ ע״ב). Le Rambam : « שְׁנֵי בָּתִּים בִּשְׁנֵי צִדֵּי רְשׁוּת הָרַבִּים וֶהֱקִיפוּם נָכְרִים מְחִצָּה בְּשַׁבָּת אֵין מְבַטְּלִין זֶה לָזֶה הוֹאִיל וְאִי אֶפְשָׁר לָהֶם לְעָרֵב מֵאֶמֶשׁ » (הלכות עירובין פ״ב ה״ז).

יסוד — le Taz : « הטעם לפי שלא היו יכולים לערב מאתמול » (ט״ז או״ח שפ״א ס״ק ד). Le Magen Avraham : « כיון שלא היו יכולים לערב יחד מבע״י » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ח). La Michna Beroura enchaîne cette raison et la règle de la baraïta : « כיון שנאסר למקצת השבת נאסר לכל השבת ולא מהני בטול » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ה).

Le Choulhan Aroukh HaRav pose le principe avant le cas : « הַבִּטּוּל הוּא בִּמְקוֹם עֵרוּב שֶׁמִּבְּעוֹד יוֹם. לְפִיכָךְ בְּמָקוֹם שֶׁלֹּא הָיוּ יְכוֹלִים לְעָרֵב מִבְּעוֹד יוֹם, אֵינָם יְכוֹלִים לְבַטֵּל מִשֶּׁתֶּחְשַׁךְ » (שו״ע הרב שפ״א:ה) ; voir le niveau 4, point ו.

9. L'héritier (séif ו)

La guemara : « בְּעָא מִינֵּיהּ רָבָא מֵרַב נַחְמָן: יוֹרֵשׁ מַהוּ שֶׁיְּבַטֵּל רְשׁוּת » (עירובין ע׳ ע״א) — « הֵיכָא דְּאִי בָּעֵי לְעָרוֹבֵי מֵאֶתְמוֹל מָצֵי מְעָרֵב — בַּטּוֹלֵי נָמֵי מָצֵי מְבַטֵּל, אֲבָל הַאי כֵּיוָן דְּאִי בָּעֵי לְעָרוֹבֵי מֵאֶתְמוֹל — לָא מָצֵי מְעָרֵב, לָא מָצֵי מְבַטֵּל. אוֹ דִּלְמָא: יוֹרֵשׁ כַּרְעֵיהּ דַּאֲבוּהּ הוּא » (עירובין ע׳ ע״ב) — là où l'on aurait pu faire l'érouv la veille, on peut aussi renoncer ; mais celui-ci ne le pouvait pas : ne peut-il donc pas renoncer ? Ou bien l'héritier est-il la jambe de son père ? Rav Na'hman répond : « אֲמַר לֵיהּ: אֲנִי אוֹמֵר מְבַטֵּל, וְהָנֵי דְּבֵי שְׁמוּאֵל תָּנוּ אֵין מְבַטֵּל » (עירובין ע׳ ע״ב).

Les objections. La guemara oppose à Rav Na'hman la baraïta citée à la section 8, dont l'exception parle de celui qui renonce, et répond : « וְקָתָנֵי: חוּץ מִמְּבַטֵּל רְשׁוּת. אִיהוּ — אִין, יוֹרֵשׁ — לָא. אֵימָא: חוּץ מִתּוֹרַת בִּיטּוּל רְשׁוּת » (עירובין ע׳ ע״ב). Elle lui oppose la baraïta de celui du marché, mort après la tombée de la nuit, dont un habitant de la cour hérite (siman 371, séif ג), et répond : « אַמַּאי אוֹסֵר? נִיבַטֵּיל! מַאי ״אוֹסֵר״ נָמֵי דְּקָתָנֵי — עַד שֶׁיְּבַטֵּל » (עירובין ע׳ ע״ב). La discussion se poursuit avec une autre baraïta, celle du Juif et du converti, que le siman 371 étudie.

יסוד — l'héritier n'aurait pas pu faire l'érouv la veille, et il renonce. Le Beit Yossef : « ופסק הרא״ש כר״נ וכן פסק הרמב״ם בפרק ב׳ מה״ע » (בית יוסף או״ח שפ״א). Le Rambam : « וְהַיּוֹרֵשׁ מְבַטֵּל רְשׁוּת אַף עַל פִּי שֶׁמֵּת מוֹרִישׁוֹ בְּשַׁבָּת שֶׁהַיּוֹרֵשׁ קָם תַּחַת מוֹרִישׁוֹ לְכָל דָּבָר » (הלכות עירובין פ״ב ה״ב) — l'héritier se tient à la place de celui dont il hérite, en toute chose. La Michna Beroura : « אף דאי בעי לערובי מאתמול לא מצי מערב אפ״ה מהני ביטולו משום דיורש כרעיה דאבוה הוא [ש״ס] » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ז).

Le Choulhan Aroukh HaRav ouvre ce cas par אֲבָל, après le principe qu'il a posé pour le séif ה du Mehaber (section 8), et écrit : « הַיּוֹרֵשׁ — בִּמְקוֹם מוֹרִישׁוֹ הוּא עוֹמֵד, וַהֲרֵי מוֹרִישׁוֹ הָיָה יָכוֹל לְעָרֵב, לָכֵן יָכוֹל הוּא לְבַטֵּל » (שו״ע הרב שפ״א:ו) ; voir le niveau 4, point ו.

L'héritier qui ne vient pas habiter. La Michna Beroura : « אבל אם לא היה בא לדור אינו אוסר על בני החצר דדירה בלא בעלים לא שמה דירה » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ו), avec un renvoi au siman 371. Le Beit Yossef, sur les mots du Tour et l'héritier habite dans la cour et interdit : « ומ״ש והיורש דר בחצר ואוסר הוא ע״פ מה שנתבאר בסי׳ שע״א » (בית יוסף או״ח שפ״א).

10. On renonce, puis on renonce en retour — Rav et Chmouel (séif ז)

La guemara rapporte que Rava voulait renoncer, pour un enfant dont l'eau chaude s'était renversée : « פַּנּוּ לִי מָאנֵי מִבֵּי גַבְרֵי לְבֵי נְשֵׁי, וְאֵיזִיל וְאִיתֵּיב הָתָם וְאֶיבַטֵּיל לְהוּ הָא חָצֵר » (עירובין ס״ח ע״א) — transportez mes objets de la maison des hommes à celle des femmes ; j'irai m'y asseoir et je leur renoncerai cette cour. Ravina lui oppose la parole de Chmouel, qu'il n'y a pas de renonciation d'une cour à l'autre, et Rava répond : « אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּרַבִּי יוֹחָנָן סְבִירָא לִי, דְּאָמַר: יֵשׁ בִּיטּוּל מֵחָצֵר לְחָצֵר » (עירובין ס״ח ע״א). On lui demande alors pourquoi il ne reste pas à sa place, renonçant puis recevant leur renonciation en retour : « נִיתֵּיב מָר בְּדוּכְתֵּיהּ, וְנִיבַטֵּיל לְהוּ לְדִידְהוּ, וְנִיהְדְּרוּ אִינְהוּ וְנִיבַטְּלוּ לֵיהּ לְמָר, דְּהָא אָמַר רַב: מְבַטְּלִין, וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין » (עירובין ס״ח ע״ב). Rava : « אֲנָא בְּהָא כִּשְׁמוּאֵל סְבִירָא לִי, דְּאָמַר: אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין » (עירובין ס״ח ע״ב). On lui objecte que c'est la même raison : « מַאי טַעְמָא אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין — לָאו מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּבַטְּלֵיהּ לִרְשׁוּתֵיהּ, אִסְתַּלַּק לֵיהּ מֵהָכָא לִגְמָרֵי, וְהָוֵה לֵיהּ כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת, וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר. מָר נָמֵי, לָא נִיבַטֵּיל » (עירובין ס״ח ע״ב) — celui qui a renoncé s'est entièrement retiré et est devenu comme l'habitant d'une autre cour ; le maître ne devrait donc pas non plus renoncer. Réponse : « הָתָם הַיְינוּ טַעְמָא: כִּי הֵיכִי דְּלָא לֶיהֱוֵי מִלְּתָא דְּרַבָּנַן כְּחוּכָא וְאִטְלוּלָא » (עירובין ס״ח ע״ב) — afin que la parole des Sages ne devienne pas un objet de moquerie.

Rav et Chmouel. « גּוּפָא, רַב אָמַר: מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין » (עירובין ס״ח ע״ב). Rav peut le dire même selon Rabbi Eliézer : « אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָתָם הַמְּבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ — רְשׁוּת בֵּיתוֹ בִּיטֵּל, מִשּׁוּם דִּבְבַיִת בְּלָא חָצֵר לָא דָּיְירִי אִינָשֵׁי. אֲבָל לְעִנְיַן אִיסְתַּלּוֹקֵי, מִי אָמַר » (עירובין ס״ח ע״ב) ; et Chmouel, même selon les Rabbanan : « עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם אֶלָּא מַאי דְּבַטֵּיל בַּטֵּיל, וּדְלָא בַּטֵּיל לָא בַּטֵּיל. אֲבָל מַאי דְּבַטֵּיל — מִיהָא אִיסְתַּלַּק לִגְמָרֵי » (עירובין ס״ח ע״ב).

Le Beit Yossef : « מחלוקת דרב ושמואל ופסקו הרי״ף והרא״ש והמרדכי וסמ״ג וסמ״ק כרב דאמר מבטלין וחוזרין ומבטלין וכן דעת הרמב״ם בפ״ב מה״ע » (בית יוסף או״ח שפ״א). Le Rambam l'illustre par deux qui habitent une cour, sans érouv : « שְׁנַיִם שֶׁשְּׁרוּיִים בֶּחָצֵר וְלֹא עֵרֵב. אֶחָד מֵהֶן מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לַשֵּׁנִי וְנִמְצָא הַשֵּׁנִי מְטַלְטֵל בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁבִּטֵּל לוֹ חֲבֵרוֹ עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה צְרָכָיו. וְחוֹזֵר הַשֵּׁנִי וּמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לָרִאשׁוֹן וּמְטַלְטֵל הָרִאשׁוֹן בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁבִּטֵּל לוֹ. וְכֵן כַּמָּה פְּעָמִים » (הלכות עירובין פ״ב ה״ה).

Faut-il renoncer en retour quand ceux qui ont renoncé ont aussi renoncé à leurs maisons ? Le Beit Yossef : « ומשמע דהא דצריך לחזור ולבטל כשביטל רשותו סתם היא שאילו ביטל רשות ביתו בפי׳ שניהם מותרים בין בבית המבטל בין בבית שאר שכינים כמ״ש בסי׳ שקוד׳ זה ואינם צריכים לחזור ולבטל » (בית יוסף או״ח שפ״א) — il ressort [ומשמע] que l'obligation de renoncer en retour vaut quand il a renoncé à son domaine sans préciser ; s'il avait expressément renoncé aussi au domaine de sa maison, les deux seraient permis, dans la maison de celui qui renonce comme dans celle des autres voisins, comme il l'a écrit au siman précédent, et ils n'auraient pas besoin de renoncer en retour. Le Magen Avraham : « כיון דרבים הם אפי׳ ביטלו ביתם אסורים להוציא לחצר כמ״ש סי׳ שפ״ד ס״ד דלא כב״י » (מגן אברהם שפ״א ס״ק ט). La Michna Beroura écrit comme le Magen Avraham : « אבל אם לא היו חוזרין ומבטלין להם לא היו מותרים המבטלים להוציא אפי׳ ביטלו גם רשות בתיהם הואיל והם רבים ואינם נעשים אורחים כמש״כ בסימן ש״פ [מ״א וש״א] » (משנה ברורה שפ״א ס״ק כ״ח).

Le Choulhan Aroukh HaRav écrit de même : « אֲבָל אִם לֹא הָיוּ חוֹזְרִים וּמְבַטְּלִים לָהֶם — לֹא הָיוּ מֻתָּרִים לְהוֹצִיא אֲפִלּוּ בִּטְּלוּ גַּם רְשׁוּת בָּתֵּיהֶם, הוֹאִיל וְהֵם רַבִּים וְאֵינָם נַעֲשִׂים אוֹרְחִים » (שו״ע הרב שפ״א:ז) ; et il précise que l'autre cour est une cour « לִבְנֵי חָצֵר אַחֶרֶת שֶׁעֵרְבָה לְעַצְמָן » (שו״ע הרב שפ״א:ז) ; voir le niveau 4, point ז.

11. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — la renonciation au domaine, posée au siman 380, s'étend ici d'une cour à l'autre et à la ruine, selon Rabbi Yo'hanan, et d'une maison à l'autre, selon l'enseignement de Rachi ; elle a ses limites (séif ה) et sa forme en retour (séif ז) :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 7 séifim sur ce siman ; sur leur découpe dans le texte de Sefaria, voir le niveau 4).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שפ״א · Niveau 2 — Lamdan
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