Choulhan Aroukh · Orah Haïm
Pilpoul approfondi
Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des A'haronim sur la renonciation au domaine de celui qui n'a pas fait l'érouv
Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman ש״פ — 4 séifim dans le Choulhan Aroukh (Mehaber), sans glose introduite par הגה ; le Choulhan Aroukh HaRav en compte 7, découpés autrement
avec notamment les sources : Guemara Érouvin, Rachi, Rambam, Tour, Beit Yossef, Taz, מג״א, Michna Beroura, Biour Halakha
Michna Beroura : 24 ס״ק
Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT
📑 Table des matières
- Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim
- La michna et la guemara — celui qui a oublié de faire l'érouv (séif א)
- חקירה — se retirer de son domaine, ou le faire acquérir ? (séif א)
- לך ולך ou לכולכם — Rabbi Eliezer et les Rabbanan (séif א)
- La renonciation sans précision — la cour, non la maison ; l'invité (séif א)
- Verrouiller sa maison — la baraïta et ses lectures (séif א)
- La maison aussi — l'invité complet, et qui transporte le premier (séif ב)
- Louer au lieu de renoncer (séif ג)
- Plusieurs en faveur d'un seul — ils ne deviennent pas des invités (séif ד)
- Deux seulement ; plusieurs en faveur de plusieurs (séif ד)
- Deux qui ont oublié — à qui l'on renonce, et la renonciation transmise (séif ד)
- Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique
📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim
א' מבני החצר ששכח ולא עירב עם האחרים אוסר עליהם מה תקנתם יבטל להם רשותו שיאמר רשותי מבוטל' לכם או קנויה לכם ואין צריך לקנו' בקנין סודר ויכול לבטל אף משתחשך ואם דר עם ארבעה או חמשה צריך לבטל לכל א' וא' שיאמר רשותי מבוטלת לך ולך וי״א שדי שיאמר רשותי מבוטל' לכולכם אם ביטל רשותו סתם לא ביטל אלא רשותו שיש לו בחצר הלכך הם מותרים להוציא מבתיהם לחצר וגם הוא שהוא אורח בעלמא אבל אסורין להוציא מביתו לחצר וגם הוא וי״א שצריך לנעול ביתו כדי שלא יבא להוציא באיסור ולא יפתחנו אלא כשרוצה לצאת ולבא וינעלנו מיד אחר צאתו ובואו:
résumé : chapeau du siman, puis le séif א. L'habitant de la cour qui a oublié et n'a pas fait l'érouv avec les autres leur interdit [le transport] ; leur remède : qu'il renonce à son domaine en leur faveur, en disant : mon domaine vous est cédé, ou vous est acquis. Il n'est pas besoin d'acquérir par un kinyan soudar, et il peut renoncer même après la tombée de la nuit. S'il habite avec quatre ou cinq, il doit renoncer en faveur de chacun, en disant : à toi et à toi ; certains disent qu'il suffit de dire : à vous tous. S'il a renoncé sans précision, il n'a renoncé qu'à son domaine dans la cour : eux sont autorisés à transporter de leurs maisons à la cour, et lui aussi, car il n'y est qu'un simple invité ; mais ils sont interdits de transporter de sa maison à la cour, et lui aussi. Certains disent qu'il doit verrouiller sa maison, pour ne pas en venir à transporter de façon interdite, ne l'ouvrir que lorsqu'il veut sortir et entrer, et la verrouiller aussitôt après.
résumé : s'il a renoncé en leur faveur aussi au domaine de sa maison, ils sont autorisés, lui comme eux, à transporter vers la cour, de sa maison comme de leurs maisons.
résumé : s'il ne veut pas renoncer à son domaine en leur faveur, mais le leur louer : certains disent que c'est efficace comme une renonciation, et certains disent que ce n'est pas efficace.
résumé : si les habitants qui ont fait l'érouv renoncent à leur domaine en faveur d'un seul qui ne l'a pas fait, lui transporte de sa maison à la cour, mais non de leurs maisons — en petits caractères, entre parenthèses : à moins qu'ils n'aient renoncé expressément aussi au domaine de leurs maisons (ב״י) ; eux sont interdits même de sa maison à la cour, car plusieurs ne deviennent pas des invités auprès d'un seul. De même s'ils ne sont que deux et que l'un renonce en faveur de l'autre : celui qui renonce est interdit même dans ce qui est à son compagnon, et le compagnon est permis même dans ce qui est à lui ; de même pour plusieurs qui n'ont pas fait l'érouv et donnent leur domaine à plusieurs qui l'ont fait — l'individu devient un invité auprès de plusieurs, mais plusieurs ne le deviennent pas, même auprès de plusieurs, ni l'individu auprès d'un individu. Deux ont oublié : ils peuvent renoncer, chacun en faveur de tous les habitants — en faveur de plusieurs qui ont fait l'érouv, pourvu que chacun renonce en faveur de chacun, ou d'un seul qui ne l'a pas fait. Mais on ne renonce pas en faveur de deux qui n'ont pas fait l'érouv, car même après la renonciation ils sont deux, et l'un interdit à l'autre ; et même s'il dit à l'un : je renonce en ta faveur à condition que tu renonces à ton tour en faveur de ton compagnon, ce n'est pas efficace.
1. La michna et la guemara — celui qui a oublié de faire l'érouv (séif א)
Le Beit Yossef donne la source du séif : « משנה בפרק הדר » (בית יוסף או״ח ש״פ). La michna d'Érouvin : « אַנְשֵׁי חָצֵר שֶׁשָּׁכַח אֶחָד מֵהֶן וְלֹא עֵירַב — בֵּיתוֹ אָסוּר מִלְּהַכְנִיס וּמִלְּהוֹצִיא לוֹ וְלָהֶם, וְשֶׁלָּהֶם מוּתָּרִין לוֹ וְלָהֶם » (עירובין ס״ט ע״ב). Sa maison est interdite, à lui comme à eux, pour y faire entrer et pour en faire sortir ; leurs maisons sont permises, à lui comme à eux. La guemara explique ce que cela suppose (section 4).
Le séif parle de celui qui a oublié ; la Michna Beroura écrit : « נקט ששכח לאשמועינן דאפילו בכה״ג אוסר כשלא ביטל אבל ה״ה דאפילו כשהזיד ולא עירב מהני ביטול » (משנה ברורה ש״פ ס״ק א). Le Rambam ouvre son chapitre ainsi : « אַנְּשֵׁי הֶחָצֵר שֶׁעֵרְבוּ כֻּלָּן חוּץ מֵאֶחָד מֵהֶן שֶׁלֹּא עֵרֵב עִמָּהֶן בֵּין מֵזִיד בֵּין שׁוֹכֵחַ הֲרֵי זֶה אוֹסֵר עֲלֵיהֶן » (הלכות עירובין פ״ב ה״א).
La formule, sans acte d'acquisition — le Beit Yossef rattache cette partie du séif à une baraïta : « ברייתא שם (סט:) ישראל מומר משמר שבתו בשוק מבטל רשות » (בית יוסף או״ח ש״פ). La voici : « מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ: יִשְׂרָאֵל נוֹטֵל רְשׁוּת וְנוֹתֵן רְשׁוּת. וּבְגוֹי, עַד שֶׁיַּשְׂכִּיר. כֵּיצַד? אוֹמֵר לוֹ: רְשׁוּתִי קְנוּיָה לָךְ, רְשׁוּתִי מְבוּטֶּלֶת לָךְ — קָנָה, וְאֵין צָרִיךְ לִזְכּוֹת » (עירובין ס״ט ע״ב). Rachi, sur le dernier mot : « לזכות - בקנין סודר » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב). La baraïta parle à un seul ; le séif א écrit ses deux formules au pluriel, et reprend, comme la baraïta que Rachi explique, qu'il n'a pas besoin de kinyan soudar.
Le moment de la renonciation — la michna rapporte une discussion : « מֵאֵימָתַי נוֹתְנִין רְשׁוּת? בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מִבְּעוֹד יוֹם. בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: מִשֶּׁחָשֵׁיכָה » (עירובין ס״ט ע״ב). Le séif suit Beit Hillel : il peut renoncer même après la tombée de la nuit. Le Rambam : « וּבִטּוּל רְשׁוּת בְּשַׁבָּת מֻתָּר לְכַתְּחִלָּה » (הלכות עירובין פ״ב ה״ב).
יסוד — la cour où l'un des habitants n'a pas fait l'érouv est interdite dès l'entrée du Chabbat ; la renonciation la permet pourtant, même faite pendant le Chabbat. Le Biour Halakha, sur les mots אף משתחשך du séif : « ואע״ג דנאסר למקצת שבת מ״מ מהני ביטול כדאיתא בברייתא ס״ט ע״ב דלענין ביטול רשות לא משגחינן במה דנאסר בתחלת שבת » (ביאור הלכה ש״פ).
2. חקירה — se retirer de son domaine, ou le faire acquérir ? (séif א)
Le séif א écrit : « ואין צריך לקנו' בקנין סודר ויכול לבטל אף משתחשך » (שו״ע או״ח ש״פ:א). La Michna Beroura en donne la raison : « דהוא רק סילוק רשותא בעלמא שמסלק עצמו מרשותו כדי שלא יאסור עליהם ומה״ט מותר לבטל אף משתחשך » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ג). Le Magen Avraham, sur les mots אף משתחשך : « דאסתלוקי רשותא בשבתא שרי » (מגן אברהם ש״פ ס״ק א). Le Choulhan Aroukh HaRav l'écrit dans son séif 1 : « וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין קוֹנִין קִנְיָן בְּשַׁבָּת, מִכָּל מָקוֹם כַּאן אֵין צָרִיךְ שֶׁיִּקְנוּ הֵם רְשׁוּתוֹ, אֶלָּא שֶׁהוּא יְסַלֵּק עַצְמוֹ מֵרְשׁוּתוֹ, וּמִמֵּילָא אֵין מִי שֶׁיֶּאֱסֹר עֲלֵיהֶם; וּלְסַלֵּק עַצְמוֹ מֵרְשׁוּתוֹ מֻתָּר אַף בְּשַׁבָּת » (שו״ע הרב ש״פ:א).
חקירה — la renonciation n'est-elle que le retrait de celui qui renonce, ou fait-elle aussi acquérir son domaine à ceux en faveur de qui il renonce ? La baraïta d'où vient la formule du séif emploie le mot de l'acquisition, קנה (section 1). Sur la fin de la michna, la guemara envisage qu'on dise à celui qui reçoit : « וְאֵין נוֹטְלִין רְשׁוּת. לְמָה לִי? לָא צְרִיכָא, אַף עַל גַּב דְּאָמְרִי לֵיהּ: קְנִי עַל מְנָת לְהַקְנוֹת » (עירובין ע׳ ע״א). Et dans le Choulhan Aroukh HaRav, le premier avis sur la location — celui qu'il retient pour la halakha, dans son séif 4 — compare la location à la renonciation, et parle de don gratuit : « יֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁשְּׂכִירוּת מוֹעֶלֶת בְּיִשְׂרָאֵל כְּמוֹ שֶׁמּוֹעֶלֶת בְּנָכְרִי, לְפִי שֶׁהַשְּׂכִירוּת אֵינָהּ גָּרוּעַ מֵהַבִּטּוּל שֶׁהִיא מַתָּנָה בְּחִנָּם » (שו״ע הרב ש״פ:ד).
La Michna Beroura emploie l'un et l'autre langage : le retrait, pour expliquer qu'on renonce sans acte d'acquisition et même après la tombée de la nuit (ס״ק ג) ; la part qu'on fait acquérir, pour expliquer ce que celui qui a reçu peut renoncer à son tour : « דחלקו יכול לבטל אבל לא חלק שהקנוהו לו » (משנה ברורה ש״פ ס״ק כ״ד). La page ne tranche pas entre les deux lectures.
Le rapprochement est celui de la page : la question touche notamment la location le Chabbat — le Magen Avraham propose, avec réserve, de l'interdire entre Juifs comme un acte de commerce (section 7) — et la renonciation transmise, que la fin du séif ד déclare inefficace (section 10).
3. לך ולך ou לכולכם — Rabbi Eliezer et les Rabbanan (séif א)
La guemara rattache la question à une discussion sur celui qui renonce à sa cour : « לְדִבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הַמְבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ — רְשׁוּת בֵּיתוֹ בִּיטֵּל. לְרַבָּנַן: הַמְבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ — רְשׁוּת בֵּיתוֹ לֹא בִּיטֵּל » (עירובין כ״ו ע״ב). Elle demande ce que cela enseigne, et répond : « לֹא נִצְרְכָא אֶלָּא לַחֲמִשָּׁה שֶׁשְּׁרוּיִן בְּחָצֵר אֶחָד וְשָׁכַח אֶחָד מֵהֶן וְלֹא עֵירַב » (עירובין כ״ו ע״ב) — « לְדִבְרֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: כְּשֶׁהוּא מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ, אֵין צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד » (עירובין כ״ו ע״ב) ; « לְרַבָּנַן: כְּשֶׁהוּא מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ, צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד » (עירובין כ״ו ע״ב).
Rachi — la raison de la discussion : « דלר' אליעזר מבטל בעין יפה מבטל ולא אמרינן חצר דגלי גלי בית דלא גלי לא גלי ונילף מינה דהיכא דבטיל לחד מינייהו בטיל לכולהו » (רש״י עירובין כ״ו ע״ב). Et pour les Rabbanan : « ולרבנן צריך לבטל לכל אחד ואחד כי היכי דלגבי בית סבירא להו דמאי דלא פריש לא בטיל הכא נמי למאן דלא פריש לא בטיל » (רש״י עירובין כ״ו ע״ב). Il explique aussi pourquoi renoncer en faveur d'un seul ne suffit pas, même quand celui-là a fait l'érouv avec les autres : « דאע״ג דהאי דבטיל ליה עירב עם חבירו כי עירב מאתמול אדעתא דההיא חולקא לא עירב דההיא שעתא לאו דידיה הוא » (רש״י עירובין כ״ו ע״ב).
יסוד — selon Rachi, deux des règles du séif א — renoncer en faveur de chacun, et la renonciation sans précision qui ne porte que sur la cour (section 4) — viennent, pour les Rabbanan, d'une même idée : ce qu'il n'a pas précisé, il n'y a pas renoncé.
La guemara rapporte une question d'Abbayé à Rabba : « בְּעָא מִינֵּיהּ אַבָּיֵי מֵרַבָּה: חֲמִשָּׁה שֶׁשְּׁרוּיִין בְּחָצֵר אַחַת, וְשָׁכַח אֶחָד מֵהֶן וְלֹא עֵירַב, כְּשֶׁהוּא מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד אוֹ לָא? אֲמַר לֵיהּ: צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד » (עירובין ע׳ ע״א). On lui oppose une baraïta (section 10), où celui qui n'a pas fait l'érouv renonce en faveur d'un seul qui l'a fait ; Rabba répond : « וְרַבָּה: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, דַּהֲוָה וּמִית » (עירובין ע׳ ע״א) — l'autre est mort. La guemara explique la baraïta selon chacun : « לְאַבָּיֵי דְּאִיתֵיהּ, וְקָא מַשְׁמַע לַן: דְּאֵין צָרִיךְ לְבַטֵּל רְשׁוּת לְכׇל אֶחָד וְאֶחָד » (עירובין ע׳ ע״א) ; selon Rabba, il est mort. Le Beit Yossef rattache la règle du séif à ces passages : « ואם דר עם ד' או ה' צריך לבטל לכל אחד וא' וכו' הכי אמרינן בעירובין (כו.) אליבא דרבנן דפליגי אר״א ובפרק הדר (עירובין ע:) איבעיא לן ופשטוה הכי וכתב שם הרא״ש בשם ר״מ דהלכה כרבנן » (בית יוסף או״ח ש״פ).
La formule : le Rambam et le Tour. Le Rambam : « וְהַמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לִבְנֵי חָצֵר צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכָל אֶחָד וְאֶחָד בְּפֵרוּשׁ וְאוֹמֵר רְשׁוּתִי מְבֻטֶּלֶת לְךָ וּלְךָ וּלְךָ » (הלכות עירובין פ״ב ה״ב). Le Tour : « צריך לבטל לכל א' ואחד שיאמר רשותי מבוטלת לך ולך או יאמר לכולכם בכלל » (טור או״ח ש״פ). Le Beit Yossef explique d'où vient la seconde formule : « ומ״ש או יאמר לכולכם בכלל בפ״ב מה״ע כתב ה״ה דהכי משמע מדברי רש״י בספ״ב דעירובין (כו:) ושלשון הרמב״ם בזה צריך תלמוד » (בית יוסף או״ח ש״פ). Le séif א écrit la première sans attribution, et rapporte la seconde comme un avis : « צריך לבטל לכל א' וא' שיאמר רשותי מבוטלת לך ולך וי״א שדי שיאמר רשותי מבוטל' לכולכם » (שו״ע או״ח ש״פ:א).
Le Taz lit dans le premier avis que à vous tous ne suffit pas, et en propose la raison : « משמע דלדיע' זו לא מהני לכולכם ונרא' הטעם דמצינו רובו ככולו וע״כ אי אמר לכולכם אפשר דלא נתכוין רק על הרוב » (ט״ז או״ח ש״פ ס״ק א). Le Magen Avraham, sur à chacun, au nom du Maguid Michné : « ואם לא עשה כן אף למי שביטל אסור » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ב). La Michna Beroura rapporte la décision de l'Eliya Rabba, et la phrase se poursuit par une condition : « ולדינא מסיק הא״ר דהעיקר כהי״א דמהני גם כשאמר לכולכם וכ״ז כשעומד נגד כולם ואמר להם לשון זה » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ה).
Le Choulhan Aroukh HaRav, dans son séif 1, pose la formule qui s'adresse à tous sans attribution, et précise : « וְאִם דָּר עִם ד' אוֹ ה' — צָרִיךְ לְבַטֵּל לְכָל אֶחָד וְאֶחָד, שֶׁיֹּאמַר "רְשׁוּתִי מְבֻטֶּלֶת לְכֻלְּכֶם", וְלֹא דַי שֶׁיְּבַטֵּל לְאֶחָד מֵהֶם, אַף עַל פִּי שֶׁזֶּה שֶׁמְּבַטֵּל לוֹ כְּבָר עֵרֵב עִם הַשְּׁאָר » (שו״ע הרב ש״פ:א) ; puis il rapporte l'autre formule comme un avis, et tranche : « וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁלֹּא דַי שֶׁיֹּאמַר "רְשׁוּתִי מְבֻטֶּלֶת לְכֻלְּכֶם", אֶלָּא צָרִיךְ שֶׁיְּפָרֵשׁ וְיֹאמַר "מְבֻטֶּלֶת לְךָ וּלְךָ". וּלְעִנְיַן הֲלָכָה, בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים הַלֵךְ אַחַר הַמֵּקֵל » (שו״ע הרב ש״פ:א). La précision sur celui qui a déjà fait l'érouv est celle dont Rachi donne la raison (ci-dessus) ; voir le niveau 4, point א.
La renonciation faite avant l'érouv. Le Biour Halakha tire de la raison de Rachi : « ולפ״ז אם היה הבטול מבע״י קודם שעירב דכי עירב אדעתא דהאי חולקא נמי עירב מהני הבטול שביטל לו לבד » (ביאור הלכה ש״פ). Et il en déduit, selon l'avis du Roch sur la baraïta de celui qui meurt : « ה״ה בענינינו אפילו היה הביטול שביטל לו לאחר שעירב כיון שהוא קודם ביה״ש חל העירוב גם על החלק שביטלו לו » (ביאור הלכה ש״פ).
4. La renonciation sans précision — la cour, non la maison ; l'invité (séif א)
La guemara, sur la michna (section 1) : « בֵּיתוֹ הוּא דְּאָסוּר, הָא חֲצֵירוֹ שַׁרְיָא » (עירובין ס״ט ע״ב). Elle demande comment le comprendre, et répond : « הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן, כְּגוֹן שֶׁבִּיטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ, וְלֹא בִּיטֵּל רְשׁוּת בֵּיתוֹ. וְקָא סָבְרִי רַבָּנַן: הַמְבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ — רְשׁוּת בֵּיתוֹ לֹא בִּיטֵּל, דְּדָיַיר אִינִישׁ בְּבַיִת בְּלָא חָצֵר » (עירובין ס״ט ע״ב). Puis : « וְשֶׁלָּהֶן מוּתָּר לוֹ וְלָהֶן, מַאי טַעְמָא? דְּהָוֵי אוֹרֵחַ לְגַבַּיְיהוּ » (עירובין ס״ט ע״ב).
Rachi — pourquoi il est un invité dans leurs maisons : « כיון דמביתו לא מפיק אע״ג דמשתמש בחצר לא מיהדר ומשקל רשותיה הוא אלא כשאר אורחין » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב).
La guemara parle de celui qui a renoncé à sa cour ; le Rambam écrit la règle pour la renonciation sans précision : « הַמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ סְתָם רְשׁוּת חֲצֵרוֹ בִּטֵּל רְשׁוּת בֵּיתוֹ לֹא בִּטֵּל » (הלכות עירובין פ״ב ה״ב), et le séif א de même. La Michna Beroura : « וכ״ש אם אמר רשות חצרי מבוטלת לכם דאין הבית בכלל » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ו).
Pourquoi lui-même est-il interdit, de sa propre maison ? Il est un invité auprès d'eux ; pourquoi ne transporterait-il pas de sa maison à la cour ? Le Beit Yossef rapporte Rabbi Yehonatan : « וכתב ה״ר יהונתן ביתו אסור לבני חצר שהרי לא ביטל רשות ביתו בפירוש » (בית יוסף או״ח ש״פ), et le passage poursuit : « דלא דמי לשאר בתים שבחצר דשרי בהו דהתם ה״ט דאמרי' דהוי אורח לגבייהו אבל בביתו אין דרך לומר דהוי כאורח » (בית יוסף או״ח ש״פ) ; et encore : « ועוד דאם היה מוציא מביתו היה נראה שחזר בו מביטולו » (בית יוסף או״ח ש״פ).
Le Magen Avraham : « וגם הוא אסור שהרי בביתו אין לומר שהוא אורח » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ג). Le Choulhan Aroukh HaRav, dans son séif 2 : « לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים שֶׁהוּא כְּאוֹרֵחַ אֶצְלָם אֶלָּא לְעִנְיַן תַּשְׁמִישׁ מִבָּתֵּיהֶם לֶחָצֵר, אֲבָל תַּשְׁמִישׁ שֶׁמִּבֵּיתוֹ אוֹ לְבֵיתוֹ — אֵין לוֹמַר שֶׁהוּא אוֹרֵחַ » (שו״ע הרב ש״פ:ב).
Faire entrer, aussi : la michna dit de sa maison qu'il est interdit d'y faire entrer et d'en faire sortir (section 1) ; le Rambam écrit, de leurs maisons : « בִּטֵּל לָהֶן זֶה שֶׁלֹּא עֵרֵב רְשׁוּת חֲצֵרוֹ בִּלְבַד הֲרֵי אֵלּוּ מֻתָּרִין לְהוֹצִיא וּלְהַכְנִיס מִבָּתֵּיהֶן לֶחָצֵר וּמֵחָצֵר לְבָתֵּיהֶן אֲבָל לְבֵיתוֹ אָסוּר » (הלכות עירובין פ״ב ה״א). Le séif א ne parle que de transporter de sa maison à la cour ; le Choulhan Aroukh HaRav ajoute וכן להכניס, comme la michna (niveau 4, point ב). Pour lui, depuis leurs maisons, le Biour Halakha : « עיין פרישה שכתב דהוא מותר להוציא מביתם אפילו קודם שהחזיקו וכן מבואר בחידושי הרשב״א להדיא » (ביאור הלכה ש״פ).
5. Verrouiller sa maison — la baraïta et ses lectures (séif א)
Une baraïta, sur une maison entre deux cours, demande comment faire : « כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? נוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ וּמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ. תַּרְתֵּי?! הָכִי קָאָמַר: אוֹ נוֹעֵל אֶת בֵּיתוֹ אוֹ מְבַטֵּל אֶת רְשׁוּתוֹ » (עירובין ע״ט ע״ב). La guemara propose une autre lecture : « וְאִיבָּעֵית אֵימָא: לְעוֹלָם תַּרְתֵּי, כֵּיוָן דְּדָשׁ בֵּיהּ — אָתֵי לְטַלְטוֹלֵי » (עירובין ע״ט ע״ב).
Rachi — sur la seconde lecture : « ולענין היתר חבירו בחדא סגי ומיהו לדידיה בעי למיעבד הרחקה דלא ליתי לטלטולי והוא הדין דסבירא ליה להאי תנא בכל מבטלי רשות דבעי לנעול » (רש״י עירובין ע״ט ע״ב).
Une règle, ou un avis ? Le Tour l'écrit comme une règle : « הילכך צריך לנעול ביתו שלא יבא להוציא באיסור » (טור או״ח ש״פ). Le Beit Yossef rapporte ceux qui distinguent : « והתוספות והרא״ש בדף קכ״ה והמרדכי כתבו לחלק בין ההיא לאנשי חצר ששכח אחד מהם ולא עירב וגם הרמב״ם בפ״ב לא הזכיר הא דנועל ביתו » (בית יוסף או״ח ש״פ). Puis : « מיהו אח״כ כתב הרא״ש ואפשר דבעי נעילת ביתו כל היום כשא״צ ליכנס ולצאת אבל בשעת כניסה ויציאה פותח ואח״כ נועל ולעיל מצינו דחיישינן דילמא אתא לאפוקי לאחר שביטל הילכך יש להחמיר כדפירש״י והמבטל רשות צריך שיהא ביתו נעול כל היום והיוצא יצא והנכנס יכנס וינעול מיד אחריו » (בית יוסף או״ח ש״פ). Et il limite la chose : « מיהו נראה דהיינו דוקא במבטל רשות חצירו ולא רשות ביתו » (בית יוסף או״ח ש״פ). Le séif א l'écrit comme un avis : « וי״א שצריך לנעול ביתו כדי שלא יבא להוציא באיסור » (שו״ע או״ח ש״פ:א).
Sur cette baraïta, le Magen Avraham rapporte une question, qu'il pose sur les mots du séif ב : voir la section 6.
La Michna Beroura limite l'avis à celui qui n'a pas renoncé à sa maison : « ר״ל כשלא ביטל רשות ביתו דכשביטל מותר לכתחלה להוציא מביתו הוא והם כמ״ש בס״ב » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י), et écrit : « ובמקום הדחק יש לסמוך להקל שאין צריך נעילת בית » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״א). Le Choulhan Aroukh HaRav, après l'avis, écrit : « וְהַמֵּקֵל לֹא הִפְסִיד, כִּי יֵשׁ לוֹ עַל מִי לִסְמוֹךְ » (שו״ע הרב ש״פ:ב) (niveau 4, point ב).
6. La maison aussi — l'invité complet, et qui transporte le premier (séif ב)
Une question que rapporte le Magen Avraham, sur le séif ב, à propos de la baraïta du verrou (section 5). S'il suffit de renoncer aussi à sa maison, pourquoi la baraïta parle-t-elle de verrouiller ? « מ״ש הע״ש דא״כ למה אמרי' דף ע״ט נועל ביתו הל״ל לבטל גם רשות ביתו ויהיה מותר להוציא » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ד).
Sa réponse : « לא דק דהתם מיירי בשני יחידים כדאיתא בגמ' ברש״י ואז הוא אסור דחד לגבי חד לא הוי אורח » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ד). Et autrement : « ובלא״ה לק״מ דמיירי שאינו רוצה לבטל רשות ביתו שלא להרבות עליו נכנסי' ויוצאים » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ד).
Le Beit Yossef, sur la source du séif ב : « כך פשוט בסוף פ״ב דעירובין דאפילו לרבנן אם ביטל בהדיא רשות ביתו הויא מבוטלת » (בית יוסף או״ח ש״פ). Le Rambam : « וְגַם הוּא מֻתָּר מִפְּנֵי שֶׁלֹּא נִשְׁאַר לוֹ רְשׁוּת וַהֲרֵי הוּא כְּאוֹרֵחַ אֶצְלָם וְהָאוֹרֵחַ אֵינוֹ אוֹסֵר » (הלכות עירובין פ״ב ה״א).
יסוד — le Beit Yossef donne la raison de la permission, et y met une condition : « אבל במבטל רשות חצירו ורשות ביתו הוי אורח גמור לגבייהו ומותר להוציא אף מביתו כיון דלא נשאר לו שום רשות שלא ביטלו והוא שלא יוציא עד שיחזיקו הם וכמ״ש בסי' שאחר זה » (בית יוסף או״ח ש״פ). Le Magen Avraham, sur les mots בין מביתו du séif : « היינו לאחר שהחזיקו בחצר ערסי' שפ״א » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ה). La Michna Beroura : « היינו לאחר שהחזיקו אנשי החצר את רשותו שהוציאו מבתיהם להחצר » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ב) — et, entre crochets : « דקודם שהחזיקו אם יוציא מביתו לחצר אז חוזר מביטולו וממילא אוסר עליהם והן עליו » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ב).
D'où vient la crainte — la michna : « מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ וְהוֹצִיא, בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד — הֲרֵי זֶה אוֹסֵר, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּמֵזִיד אוֹסֵר, בְּשׁוֹגֵג אֵינוֹ אוֹסֵר » (עירובין ס״ט ע״ב). Le Rambam : « בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים שֶׁלֹּא קָדְמוּ וְהֶחֱזִיקוּ אֵלּוּ שֶׁבִּטֵּל לָהֶן. אֲבָל אִם קָדְמוּ וְהֶחֱזִיקוּ וְהוֹצִיאוּ אִם חָזַר הוּא וְהוֹצִיא בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד אֵינוֹ אוֹסֵר עֲלֵיהֶן » (הלכות עירובין פ״ב ה״ו). La suite relève du siman 381.
La Michna Beroura ajoute, toujours entre crochets : « וכן יזהר שלא יכניס מחצר לביתו קודם שיכניסו הם מהחצר לביתו » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ב). Le séif ב ne parle pas de cet ordre. Le Choulhan Aroukh HaRav écrit la raison de la permission, « לְפִי שֶׁנַּעֲשֶׂה אוֹרֵחַ גָּמוּר אֶצְלָם, כֵּיוָן שֶׁלֹּא נִשְׁאַר לוֹ שׁוּם רְשׁוּת שֶׁלֹּא בִטְּלָה לָהֶם » (שו״ע הרב ש״פ:ג), et la précaution : « רַק שֶׁיִּזָּהֵר שֶׁלֹּא יוֹצִיא מִבֵּיתוֹ לֶחָצֵר קֹדֶם שֶׁיּוֹצִיאוּ [הֵ]ם מִבָּתֵּיהֶם לֶחָצֵר, כְּדֵי שֶׁיַּחֲזִיקוּ הֵם בֶּחָצֵר תְּחִלָּה, וְלֹא יַכְנִיס מֵחָצֵר לְבֵיתוֹ קֹדֶם שֶׁיַּכְנִיסוּ הֵם מֵחָצֵר לְבֵיתוֹ » (שו״ע הרב ש״פ:ג) (niveau 4, point ג).
7. Louer au lieu de renoncer (séif ג)
La baraïta de la formule (section 1) oppose le Juif, qui renonce, au non-Juif, dont on loue. Sur le Juif qui préfère louer, le Beit Yossef rapporte deux avis : « כ״כ הרא״ש בר״פ הדר (דף קנג) גבי צדוקי ושלא כדברי ר״מ שסובר דלא מהני שכירות בישראל והמרדכי בפרק הדר כתב כדברי ר״מ » (בית יוסף או״ח ש״פ) ; et il ajoute : « ודברי הרמב״ם בספ״ב מה״ע נוטים לדעת ר״מ שכתב גבי צדוקי ואין שוכרין ממנו לפי שאינו כעכו״ם » (בית יוסף או״ח ש״פ). Voici le Rambam qu'il vise : « וְאֵין שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת. אֲבָל מְבַטֵּל הוּא רְשׁוּתוֹ לְיִשְׂרָאֵל הַכָּשֵׁר וְזוֹ הִיא תַּקָּנָתוֹ » (הלכות עירובין פ״ב הט״ז).
Le Taz — sur le second avis du séif : « זהו דעת הר״מ באשר״י ולא זכר טעם ע״ז ונ״ל כיון דבשכירות שוכרין אפי' בפחות מש״פ כדלקמן סי' שפ״ב » (ט״ז או״ח ש״פ ס״ק ב) ; et il poursuit : « ומ״ה דוקא בעכו״ם שמצינו שב״נ נהרג על פחות מש״פ משא״כ בישראל דפחות מש״פ לאו כלום הוא ע״כ בטלו השכירות לגמרי בישראל » (ט״ז או״ח ש״פ ס״ק ב).
Et le Chabbat ? Le Rambam écrit, de la location au non-Juif : « שׂוֹכְרִין מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת אֲפִלּוּ בְּשַׁבָּת. שֶׁהַשְּׂכִירוּת כְּבִטּוּל רְשׁוּת הִיא שֶׁאֵינָהּ שְׂכִירוּת וַדָּאִית אֶלָּא הֶכֵּר בִּלְבַד. לְפִיכָךְ שׂוֹכְרִין מִן הָעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת אֲפִלּוּ בְּפָחוֹת מִשְּׁוֵה פְּרוּטָה » (הלכות עירובין פ״ב הי״ב). Le Magen Avraham propose, avec réserve, que même le second avis permette la location en semaine, et ne l'interdise que le Chabbat : « לולי דמסתפינא הייתי אומר דהר״מ מודה דבחול שרי דלמה יגרע מביטול אלא דשבת אסו' לשכור דהוי כמקח וממכר » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ו).
Il distingue lui-même la location du non-Juif : « דבשלמא גבי עכו״ם אין דירתו דירה אלא שאסור משום גזירה לא מיקרי קנין אבל בישראל אסור לשכור » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ו).
L'Eliya Rabba, qui rapporte cette proposition du Magen Avraham, objecte : « וצריך עיון דבמרדכי ריש פרק הדר כתב דשוכרין מכותים בשבת ולא דמי למקח וממכר דאין זה אלא כמתנה בעלמא שאין עושין אלא להתיר להם טילטול » (אליה רבה ש״פ ס״ק ו), et il en tire : « ואם כן הוא הדין בישראל » (אליה רבה ש״פ ס״ק ו) ; pour la halakha, il conclut pourtant, de la location d'un Juif : « ולענין הלכה נראה דאינו מועיל » (אליה רבה ש״פ ס״ק ו). Le Choulhan Aroukh HaRav écrit, de la location prise d'un non-Juif : « מֻתָּר לִשְׂכּוֹר מִן הַנָּכְרִי אֲפִלּוּ בְּשַׁבָּת, וְאֵין בְּזֶה מִשּׁוּם מִקָּח וּמִמְכָּר » (שו״ע הרב שפ״ב:ח), et, bien que la location soit elle aussi interdite le Chabbat parce qu'elle ressemble à un achat et une vente : « מִכָּל מָקוֹם כַּאן, כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ שׂוֹכֵר רְשׁוּתוֹ כְּדֵי לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהּ אֶלָּא לְהַתִּיר הַטִּלְטוּל בִּלְבָד, אִם כֵּן הַדָּמִים שֶׁנּוֹתֵן לוֹ אֵינוֹ אֶלָּא מַתָּנָה בְּעָלְמָא » (שו״ע הרב שפ״ב:ח).
La Michna Beroura explique le second avis : « ס״ל דלא תקנו שכירות אלא בעכו״ם אבל לא בישראל » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ג), et rapporte la décision : « ולענין הלכה הא״ר פוסק דאין שכירות מועלת בישראל כלל אבל שארי אחרונים מקילין בזה לענין ימי החול כהמ״א » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ג). Le Choulhan Aroukh HaRav rapporte les deux avis avec leurs raisons — le premier en section 2 — et tranche : « וְיֵשׁ אוֹמְרִים שֶׁלֹּא תִקְּנוּ שְׂכִירוּת אֶלָּא בְּנָכְרִי שֶׁאֵין בִּטּוּלוֹ מוֹעִיל, אֲבָל לֹא בְּיִשְׂרָאֵל. וּלְעִנְיַן הֲלָכָה, בְּדִבְרֵי סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּקֵל » (שו״ע הרב ש״פ:ד) ; son séif 4 ne distingue pas le Chabbat de la semaine ; au siman 382, il traite de la location prise d'un non-Juif le Chabbat, et il écrit que, pour un Juif, une location de moins d'une perouta n'est ni une location ni une renonciation (niveau 4, point ד).
Louer le Chabbat même. Selon la proposition du Magen Avraham, la location entre Juifs serait interdite le Chabbat, comme un acte de commerce ; l'Eliya Rabba lui oppose le Mordekhaï, pour qui le loyer n'est qu'un don ; la Michna Beroura rapporte que l'Eliya Rabba tient la location d'un Juif inefficace en tout cas, et que d'autres A'haronim sont indulgents pour la semaine. Le Choulhan Aroukh HaRav permet de prendre en location le domaine d'un non-Juif même le Chabbat, le loyer n'y étant qu'un don (שו״ע הרב שפ״ב:ח), et n'écrit pas en toutes lettres le cas d'un Juif. Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.
8. Plusieurs en faveur d'un seul — ils ne deviennent pas des invités (séif ד)
La michna : « נָתְנוּ לוֹ רְשׁוּתָן — הוּא מוּתָּר, וְהֵן אֲסוּרִין » (עירובין ס״ט ע״ב). La guemara : « וְנֶהֱוֵי אִינְהוּ לְגַבֵּיהּ כִּי אוֹרְחִין! חַד לְגַבֵּי חֲמִשָּׁה — הָוֵי אוֹרֵחַ, חֲמִשָּׁה לְגַבֵּי חַד — לָא הָוֵי אוֹרֵחַ » (עירובין ס״ט ע״ב). Rachi : « אפי' מביתו לחצר דכיון דמשתמשי בחצר אע״ג דלאו מבית דידהו מפקי הוה ליה משקל רשותא דחמשה לגבי חד לא דמו לאורחין » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב) ; et : « חמשה - לאו דוקא » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב). Le Rambam : « בִּטְּלוּ אֵלּוּ הַמְעָרְבִין רְשׁוּתָן לְזֶה שֶׁלֹּא עֵרֵב. הוּא מֻתָּר שֶׁהֲרֵי נִשְׁאָר לְבַדּוֹ. וְהֵם אֲסוּרִין שֶׁלֹּא נִשְׁאָר לָהֶן רְשׁוּת. וְאֵין אוֹמְרִים יִהְיוּ כְּאוֹרְחִים אֶצְלוֹ שֶׁאֵין רַבִּים אוֹרְחִין אֵצֶל אֶחָד » (הלכות עירובין פ״ב ה״ג).
יסוד — un seul domaine, et pourtant interdit. La Michna Beroura : « דכיון שביטלו לו רשותם נעשה חצירם וביתו רשות אחת » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ד). Et pourquoi ils sont interdits même de sa maison : « וא״כ כשחוזרין ומוציאין לתוכה ה״ז כאלו חוזרים בהם ורוצים לזכות בה » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ט״ז). Elle explique la règle dans ce cas : « ר״ל בכגון זה שבאמת החצר והבתים שייך להם אלא כדי שיהא מותר לטלטל נסתלקו מרשותם » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ח).
La leçon du Tour. Le Tour écrit : « והם אסורין אף מביתן לחצר ולא אמרינן שהם יהיו כאורחים » (טור או״ח ש״פ). Le Taz, sur les mots du séif : « כן עיקר ולא כנוסחא שבטור אף מביתן » (ט״ז או״ח ש״פ ס״ק ג). La Michna Beroura : « אף מביתו - כצ״ל » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ט״ז).
La mention entre parenthèses — le séif porte, en petits caractères, entre parenthèses, suivi de (ב״י) : « אם לא שבטלו בפירוש גם רשות ביתם » (שו״ע או״ח ש״פ:ד). Le Beit Yossef rapporte Rabbi Yehonatan : « כתב ה״ר יהונתן נתנו לו רשותם הוא מותר בשלו להוציא מביתו לחצר אבל בשלהם לא שהרי לא סלקו נפשם מבתיהם אלא מן החצר לבדו » (בית יוסף או״ח ש״פ), et écrit : « משמע מדבריו שאם ביטלו בפירוש רשות חצירן ורשות בתיהם שהוא מותר להוציא אף מבתיהם וכ״נ מדברי רבינו » (בית יוסף או״ח ש״פ). Le texte ne nomme pas l'auteur de la parenthèse ; ce qu'elle dit correspond à ce que le Beit Yossef déduit de Rabbi Yehonatan. Le Choulhan Aroukh HaRav l'écrit dans son séif 5 : « אֶלָּא אִם כֵּן בִּטְּלוּ לוֹ בְּפֵרוּשׁ גַּם רְשׁוּת בָּתֵּיהֶם » (שו״ע הרב ש״פ:ה).
Faire entrer de la cour dans sa maison. Le Magen Avraham : « ואפי' חזקה לא מהני (כ״מ בהר״ר יונתן) וא״כ משמע דמותרים להכניס מחצר לביתו » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ז). La Michna Beroura, après l'avoir rapporté : « אבל בא״ר כתב בשם הרבה פוסקים שגם להכניס מחצר לבית אסור וכ״כ באבן עוזר » (משנה ברורה ש״פ ס״ק ט״ז). Sur leurs propres maisons, elle écrit : « ואפי' ביטלו לו רשות ביתם ג״כ אסורים להוציא בין מביתם ובין מביתו לחצר » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ז). Le Choulhan Aroukh HaRav, dans son séif 5 : « אֲבָל מֻתָּרִים לְהַכְנִיס מֵחָצֵר לְבֵיתוֹ, לְפִי שֶׁאֵין נִרְאֶה חֲזָרָה אֶלָּא כְּשֶׁמַּכְנִיסִים לִרְשׁוּת שֶׁלָּהֶם שֶׁבִּטְּלוּהָ, דְּהַיְנוּ לֶחָצֵר, אֲבָל כְּשֶׁמּוֹצִיאִים מֵרְשׁוּת זוֹ וּמַכְנִיסִים לִרְשׁוּת אַחֶרֶת — אֵין זוֹ נִרְאֵית חֲזָרָה » (שו״ע הרב ש״פ:ה) ; puis : « אֲבָל אֲסוּרִים לְהַכְנִיס מֵחָצֵר לְבָתֵּיהֶם אֲפִלּוּ אִם בִּטְּלוּ לוֹ גַּם רְשׁוּת בָּתֵּיהֶם » (שו״ע הרב ש״פ:ה).
S'il a pris possession le premier. La Michna Beroura rapporte du Magen Avraham que, même si l'individu a pris possession de la cour le premier, ils sont interdits en tout cas (ס״ק י״ח). Le Biour Halakha : « ומצאתי בחידושי הרשב״א להדיא כהמ״א אכן מסיים הרשב״א דמסתברא שאע״פ שהם אסורין להוציא בכל גווני מ״מ אין יכולין לאסור עליו ע״י הוצאתן אם קדם הוא והחזיק » (ביאור הלכה ש״פ). Le Choulhan Aroukh HaRav écrit : « וַאֲפִלּוּ אִם כְּבָר הֶחֱזִיק הוּא בֶּחָצֵר — אֵין זֶה מוֹעִיל שֶׁלֹּא יוּכְלוּ הָרַבִּים לַחֲזוֹר בָּהֶם » (שו״ע הרב ש״פ:ה). La page met ces formulations côte à côte, sans trancher entre elles.
9. Deux seulement ; plusieurs en faveur de plusieurs (séif ד)
Le séif : « וה״ה אם היו שנים לבד וביטל א' מהם לחבירו המבטל אסור אף בשל חבירו וחבירו מותר אף בשל עצמו » (שו״ע או״ח ש״פ:ד). Le Beit Yossef en donne la source, le Maguid Michné au nom du Rachba : « וכתב ה״ה בפ״ב מה״ע בשם הרשב״א דה״ה נמי אם היו שנים לבד וביטל אחד מהם לחבירו המבטל אסור אף בשל חבירו וחבירו מותר בשל עצמו » (בית יוסף או״ח ש״פ).
Le mot אף. La Michna Beroura : « כתבו האחרונים דלא גרסינן אף דמשמע מזה דכ״ש בשל חבירו וזה אינו דהא המחבר מיירי שלא ביטל אלא רשות חצרו ולא ביתו וא״כ אסור להוציא מבית חבירו לחצר וכן הוא בשו״ע ישנים » (משנה ברורה ש״פ ס״ק י״ט). Le Magen Avraham lit autrement : « וה״ה בשל חבירו והיינו כשנותן לו גם רשות ביתו ואם נתן לו רשות חצירו לבד אסור בשל חבירו » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ח).
Un individu auprès d'un individu. Le Biour Halakha : « ועיין באבן עוזר שחולק על פסק זה ודעתו דדוקא רבים אצל יחיד לא הוי אורח וכ״כ בפרישה דמדברי הטור והתוס' לא משמע כן וכן מבואר בריטב״א דף ס״ד דיחיד אצל יחיד נעשה אורח » (ביאור הלכה ש״פ). Il conclut : « וע״כ נראה דבשעת הדחק יש לסמוך על זה » (ביאור הלכה ש״פ).
Le Choulhan Aroukh HaRav, dans son séif 6, écrit pour les deux : « דִּינוֹ כְּרַבִּים לְגַבֵּי יָחִיד, שֶׁאַף הַיָּחִיד אֵינוֹ נַעֲשֶׂה אוֹרֵחַ לְגַבֵּי יָחִיד אֶלָּא לְגַבֵּי רַבִּים, וְאֵין רַבִּים פְּחוּתִים מִשְּׁנַיִם » (שו״ע הרב ש״פ:ו) ; et pour plusieurs en faveur de plusieurs : « וְכֵן רַבִּים שֶׁלֹּא עֵרְבוּ שֶׁבִּטְּלוּ רְשׁוּתָם לְרַבִּים שֶׁעֵרְבוּ, אֵינָם נַעֲשִׂים אוֹרְחִים אֶצְלָם, וְדִינָם כְּרַבִּים לְגַבֵּי יָחִיד » (שו״ע הרב ש״פ:ו). Le Magen Avraham emploie la même règle pour la baraïta du verrou (Magen Avraham, ס״ק ד ; section 6).
Le Rambam — deux qui n'ont pas fait l'érouv, et qui renoncent tour à tour : « וּמְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין. כֵּיצַד. שְׁנַיִם שֶׁשְּׁרוּיִים בֶּחָצֵר וְלֹא עֵרֵב. אֶחָד מֵהֶן מְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לַשֵּׁנִי וְנִמְצָא הַשֵּׁנִי מְטַלְטֵל בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁבִּטֵּל לוֹ חֲבֵרוֹ עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה צְרָכָיו. וְחוֹזֵר הַשֵּׁנִי וּמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ לָרִאשׁוֹן וּמְטַלְטֵל הָרִאשׁוֹן בִּרְשׁוּתוֹ שֶׁבִּטֵּל לוֹ » (הלכות עירובין פ״ב ה״ה).
Plusieurs dans une seule maison. Le Biour Halakha rapporte d'abord que, selon le 'Hemed Moché, plusieurs qui habitent une même maison comptent comme plusieurs ; puis il relève qu'il ressort du Choulhan Aroukh HaRav (שו״ע הגר״ז, le Choulhan Aroukh de l'Admour HaZaken), au siman 391, qu'ils sont comme un seul, et laisse la question en צ״ע : « אכן מדברי שו״ע הגר״ז בסימן שצ״א מוכח דאם רבים דרים בבית אחד כיחיד דמיא והויין בכלל אורחים לגבי רבים עי״ש וצ״ע » (ביאור הלכה ש״פ).
10. Deux qui ont oublié — à qui l'on renonce, et la renonciation transmise (séif ד)
Une baraïta, que la guemara oppose à Rabba (section 3) : « וּשְׁנַיִם שֶׁלֹּא עֵירְבוּ נוֹתְנִין רְשׁוּתָן לִשְׁנַיִם שֶׁעֵירְבוּ, אוֹ לְאֶחָד שֶׁלֹּא עֵירַב » (עירובין ע׳ ע״א) — mais : « וְאֵין שְׁנַיִם שֶׁעֵירְבוּ נוֹתְנִין רְשׁוּתָן לִשְׁנַיִם שֶׁלֹּא עֵירְבוּ, וְאֵין שְׁנַיִם שֶׁלֹּא עֵירְבוּ נוֹתְנִין רְשׁוּתָן לִשְׁנַיִם שֶׁלֹּא עֵירְבוּ » (עירובין ע׳ ע״א). La Michna Beroura explique le cas de celui qui n'a pas fait l'érouv : « פי' שלא היו בחצר כ״א ג' אנשים ושום אחד מהן לא עירב ולהכי כשביטלו אותם השנים רשותם להשלישי נמצא שחצר של יחיד הוא וא״צ עירוב » (משנה ברורה ש״פ ס״ק כ״ב). Le Beit Yossef, dans le passage où il rapporte Rabbi Yehonatan, écrit : « עוד משמע מכאן שהי' או השנים שמבטלים רשותן ליחיד צריכין שיבטלו רשותן לו בבת אחת » (בית יוסף או״ח ש״פ) ; puis, selon la raison que donne Rachi : « ולפי טעם זה אין הי' או הב' צריכין לבטל רשותן בבת אחת אלא אפי' זה אחר זה מהני וכ״נ שהוא דעת כל הפוסקים שלא חילקו בדבר » (בית יוסף או״ח ש״פ).
La michna dit que deux s'interdisent l'un à l'autre ; la guemara : « הָיוּ שְׁנַיִם אוֹסְרִין זֶה עַל זֶה. פְּשִׁיטָא? לָא צְרִיכָא, דַּהֲדַר חַד מִינַּיְיהוּ וּבַטֵּיל לֵיהּ לְחַבְרֵיהּ. מַהוּ דְּתֵימָא לִישְׁתְּרֵי, קָא מַשְׁמַע לַן דְּכֵיוָן דִּבְעִידָּנָא דְּבַטֵּיל לָא הֲוָה לֵיהּ שַׁרְיוּתָא בְּהַאי חָצֵר » (עירובין ס״ט ע״ב). Rachi : « רשותא דידיה מצי לבטולי רשותא דאקני ליה חבריה לא מצי לבטולי » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב). Et sur la fin de la michna, qui dit que deux ne reçoivent pas la renonciation, la guemara (section 2) parle de celui à qui l'on a dit קני על מנת להקנות ; Rachi : « מהו דתימא שליחא שווינהו קא משמע לן כיון דלא קנה איהו לאשתרויי לא מצי לאקנויי » (רש״י עירובין ע׳ ע״א).
Le Rambam — le cas sans condition : « וַאֲפִלּוּ חָזַר הָאֶחָד שֶׁלֹּא עֵרֵב וּבִטֵּל רְשׁוּתוֹ לַשֵּׁנִי שֶׁלֹּא עֵרֵב הֲרֵי זֶה אוֹסֵר שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁבִּטְּלוּ לוֹ הַמְעָרְבִין אָסוּר הָיָה » (הלכות עירובין פ״ב ה״ד).
Le séif ד n'écrit en toutes lettres que le cas de la condition, qu'il introduit par ואפילו : « ואפילו אמר לא' אני מבטל לך על מנת שתחזור ותבטל לחבירך אינו מועיל » (שו״ע או״ח ש״פ:ד). Le Taz écrit les deux cas, chacun avec sa raison : « כיון שתיכף שביטלו אותן שעירבו לאותן שלא עירבו לא הותר לטלטל בחצר כיון שהיו שנים שוב לא מהני ביטול א' מהם לחבירו ואפי' ע״מ שאמר לא מועיל כיון שלא זכה בחלק שביטלו לו בענין שיוכל לטלטל בחצר אינו יכול להקנו' לחבירו » (ט״ז או״ח ש״פ ס״ק ד). Le Magen Avraham, au nom de Rachi : « כיון דלא אקני ליה שיהא הוא מותר אינו מועיל » (מגן אברהם ש״פ ס״ק ט). La Michna Beroura lit le cas sans condition dans le ואפילו du séif : « ר״ל דלא מיבעי אם לא פירש שיחזור ויבטל לחבירו אלא שביטל סתם לראשון והראשון מעצמו חזר וביטל חלק של עצמו וגם חלק שקיבל דלא מהני » (משנה ברורה ש״פ ס״ק כ״ג) ; puis : « אלא אפילו אמר לו לכתחלה אני מבטל לך ע״מ שתחזור ותבטל לחברך לא אמרינן דשליח שויה והוי כאלו הוא בעצמו מבטל להאחרון אלא דכיון דלראשון לא מהני האי בטול לא קני ליה שיוכל לחזור ולהקנות לאחרון » (משנה ברורה ש״פ ס״ק כ״ג). Et elle ajoute : « ומסתברא דאם אותו שביטל לראשון חזר וביטל בעצמו לשני שפיר מהני שהרי עכשיו כל החלקים שלו שהרי הראשון ביטל לו מעיקרא חלק של עצמו » (משנה ברורה ש״פ ס״ק כ״ד).
Le Choulhan Aroukh HaRav, dans son séif 7 : « אֲבָל לְרַבִּים שֶׁלֹּא עֵרְבוּ, אֲפִלּוּ לִשְׁנַיִם שֶׁלֹּא עֵרְבוּ — אֵין מְבַטְּלִין לָהֶם » (שו״ע הרב ש״פ:ז) ; puis : « וַאֲפִלּוּ אִם חָזַר הָאֶחָד וּבִטֵּל לַחֲבֵרוֹ — אֵינוֹ מוֹעִיל כְּלוּם » (שו״ע הרב ש״פ:ז), avec la raison ; et pour la condition : « שֶׁכֵּיוָן שֶׁלֹּא זָכָה בְּחֵלֶק שֶׁבִּטְּלוּ לוֹ בְּעִנְיָן שֶׁיּוּכַל לְטַלְטֵל בֶּחָצֵר, אֵינוֹ יָכוֹל לְהַקְנוֹת לַחֲבֵרוֹ » (שו״ע הרב ש״פ:ז). Le cas sans condition, que le séif du Mehaber n'écrit pas en toutes lettres, se lit dans la guemara et chez le Rambam (ci-dessus), et chez Rabbi Yehonatan, que rapporte le Beit Yossef : « כתב ה״ר יהונתן בפירוש המשנה תני בברייתא שאע״פ שחזר השני וביטל רשותו לחבירו אסור להוציא לחצר דכיון שתיכף שביטלו אותן שעירבו לאותן שלא עירבו לא הותר לטלטל בחצר שוב לא מהני ליה ביטול חבירו » (בית יוסף או״ח ש״פ) ; la Michna Beroura le lit dans le ואפילו du séif (ci-dessus) ; voir le niveau 4, point ו.
11. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique
Le fondement — celui qui n'a pas fait l'érouv peut renoncer à son domaine ; selon Rachi, pour les Rabbanan, ce qu'il n'a pas précisé, il n'y a pas renoncé ; et, selon la guemara, plusieurs ne deviennent pas des invités auprès d'un seul :
- celui qui a oublié de faire l'érouv interdit aux autres — et la renonciation est efficace même pour celui qui ne l'a pas fait délibérément (Michna Beroura, ס״ק א) ; il renonce par une parole, sans kinyan soudar, et même après la tombée de la nuit, comme Beit Hillel (séif א) — selon la Michna Beroura, parce que ce n'est qu'un retrait de son domaine (ס״ק ג) ;
- s'il habite avec quatre ou cinq, il doit renoncer en faveur de chacun, comme les Rabbanan et Rabba ; le séif écrit sans attribution la formule à toi et à toi, celle du Rambam, et rapporte comme un avis que à vous tous suffit, ce que le Tour admet aussi (séif א) ; la Michna Beroura rapporte que l'Eliya Rabba retient cet avis, et poursuit : tout cela, quand il se tient face à eux tous et leur dit ces mots (ס״ק ה) ; le Choulhan Aroukh HaRav pose la formule à vous tous et tranche pour l'indulgence ;
- sans précision, il n'a renoncé qu'à la cour : de leurs maisons à la cour, eux et lui transportent, car il est un invité auprès d'eux ; de sa maison à la cour, ni eux ni lui (séif א) — et pour faire entrer, la michna et le Choulhan Aroukh HaRav l'écrivent aussi ; certains exigent qu'il verrouille sa maison (séif א) — selon la lecture de Rachi, l'avis du Tanna de la baraïta (seconde lecture de la guemara), que le Roch dit d'aggraver, et que d'autres distinguent ; la Michna Beroura écrit qu'en cas de nécessité pressante on peut s'appuyer sur l'indulgence (ס״ק י״א), et le Choulhan Aroukh HaRav écrit que celui qui est indulgent n'a rien perdu ;
- s'il a renoncé aussi à sa maison, tous transportent vers la cour, de sa maison comme des leurs, car il devient un invité complet (séif ב) — selon le Beit Yossef, le Magen Avraham et la Michna Beroura, après qu'ils ont pris possession de la cour (siman 381) ; et, selon la Michna Beroura (ס״ק י״ב) et le Choulhan Aroukh HaRav (séif 3), qu'il ne fasse pas entrer de la cour dans sa maison avant qu'eux n'aient fait entrer de la cour dans la maison (לביתו) : la Michna Beroura ne dit pas laquelle, et le Choulhan Aroukh HaRav compte en 381:1 l'entrée dans sa maison à lui (section 6) ;
- louer au lieu de renoncer : deux avis (séif ג), selon le Beit Yossef le Roch et ר״מ ; le Magen Avraham propose, avec réserve, de permettre en semaine et d'interdire le Chabbat ; la Michna Beroura rapporte l'Eliya Rabba, pour qui la location d'un Juif est inefficace, et d'autres A'haronim indulgents en semaine (ס״ק י״ג) ; le Choulhan Aroukh HaRav tranche pour l'indulgence ;
- plusieurs qui renoncent en faveur d'un seul : lui transporte de sa maison, non de leurs maisons, à moins qu'ils n'y aient renoncé expressément — la parenthèse, qui correspond à ce que le Beit Yossef déduit de Rabbi Yehonatan ; eux sont interdits même de sa maison — contre la leçon du Tour, écrit le Taz (séif ד) ; faire entrer de la cour dans sa maison : le Magen Avraham le déduit permis, la Michna Beroura rapporte l'Eliya Rabba qui l'interdit au nom de nombreux décisionnaires, et le Choulhan Aroukh HaRav le permet, mais non dans leurs maisons ;
- deux seulement : celui qui renonce est interdit même dans ce qui est à l'autre, et l'autre permis même dans ce qui est à lui-même, un individu ne devenant pas un invité auprès d'un individu (séif ד) — le Maguid Michné, au nom du Rachba, écrit sans « אף » la seconde proposition, celle du compagnon permis dans ce qui est à lui (section 9) ; et de même pour plusieurs sans érouv qui donnent leur domaine à plusieurs qui l'ont fait (séif ד) ; le Biour Halakha rapporte des avis contraires et écrit qu'en cas de nécessité pressante il paraît qu'on peut s'appuyer sur eux ; sur le mot אף, la Michna Beroura et le Magen Avraham lisent différemment ;
- deux qui ont oublié peuvent renoncer, chacun en faveur de tous ; on ne renonce pas en faveur de deux qui n'ont pas fait l'érouv, même sous condition (séif ד) — ni sans condition, écrivent la guemara, le Rambam, Rabbi Yehonatan (Beit Yossef), le Taz et le Choulhan Aroukh HaRav, et la Michna Beroura le lit dans le ואפילו du séif (ס״ק כ״ג) ; la Michna Beroura écrit qu'il est raisonnable (מסתברא) que ce soit efficace si celui qui avait renoncé en faveur du premier renonce lui-même ensuite en faveur du second, puisque toutes les parts sont maintenant à lui, le premier lui ayant cédé au départ sa propre part (ס״ק כ״ד).
Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.
Pour aller plus loin
Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 7 séifim sur ce siman, découpés autrement).