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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שפ״ה
דין צדוקי ומומר בעירוב
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques,
chitot des Richonim et des A'haronim sur le Tsedouki, le Kouti et le mumar dans l'érouv

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שפ״ה — 4 séifim dans le Choulhan Aroukh (Mehaber), sans glose du Rama dans le texte de Sefaria ; le Choulhan Aroukh HaRav en compte 4 aussi, sous sa propre numérotation (voir le niveau 4)
avec notamment les sources : Guemara Érouvin, Rachi, Rambam, Tour, Beit Yossef, Taz, מג״א, Michna Beroura, Biour Halakha

Michna Beroura : 11 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim
  2. La michna et la guemara : le Tsedouki et Rabban Gamliel (séif א)
  3. Le Tsedouki et l'érouv : le Rambam et le Tour (séif א)
  4. Le Kouti (séif ב)
  5. Le mumar dans la guemara : en public, en privé (séif ג)
  6. Même par un interdit rabbinique — et le Tsedouki (séif ג)
  7. Qui est appelé mumar (séif ג)
  8. Celui qui a changé de religion : la réponse du Rachba (séif ד)
  9. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 4 seifim

סעיף א. דין צדוקי ומומר בעירוב. ובו ד סעיפים:
צדוקי הרי הוא כישראל ומבטל רשות אבל עירוב אינו מועיל כיון שאינו מודה בעירוב:

résumé : chapeau du siman, puis le séif א. Le Tsedouki est comme un Israélite et renonce à son domaine ; mais l'érouv ne sert pas [avec lui], puisqu'il ne reconnaît pas l'érouv.

סעיף ב. כותי הרי הוא כשאר עכו״ם ואין לו תקנה אלא בשכירות:

résumé : le Kouti est comme les autres non-Juifs, et il n'a de solution que par la location.

סעיף ג. ישראל מומר לעבודת אלילים או לחלל שבתות בפרהסיא אפילו אינו מחללו אלא באיסור דרבנן הרי הוא כעכו״ם ואם אינו מחלל אלא בצינע' אפילו מחללו באיסור דאוריית' הרי הוא כישראל ומבטל רשות:

résumé : l'Israélite mumar pour l'idolâtrie, ou pour profaner les Chabbatot en public — même s'il ne le profane que par un interdit d'ordre rabbinique —, est comme un non-Juif ; s'il ne le profane qu'en privé, même par un interdit de la Torah, il est comme un Israélite et renonce à son domaine.

סעיף ד. ישראל שהמיר והיו לו בתים בשכונת ישראל שעירבו לכל השנה אם אין לו פתח אחר כלל הוא אוסר בכל שבת שחל לאחר שהמיר אבל אם יש לו פתח אחר לשכונת העכו״ם אפילו הוא פתח קטן שלא היה רגיל בו מתחיל' דוחין אותו אצל פתח הפתוח לשכונת העכו״ם:

résumé : l'Israélite qui a changé de religion et avait des maisons dans le quartier des Israélites, lesquels ont fait l'érouv pour toute l'année : s'il n'a aucune autre ouverture, il interdit chaque Chabbat qui tombe après qu'il a changé de religion ; s'il a une autre ouverture vers le quartier des non-Juifs, même une petite ouverture dont il n'avait pas l'habitude au début, on le repousse vers l'ouverture qui donne sur le quartier des non-Juifs.

1. La michna et la guemara : le Tsedouki et Rabban Gamliel (séif א)

La michna du chapitre הדר : « הַדָּר עִם הַנׇּכְרִי בֶּחָצֵר, אוֹ עִם מִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בָּעֵירוּב — הֲרֵי זֶה אוֹסֵר עָלָיו » (עירובין ס״א ע״ב) — celui qui habite dans une cour avec un non-Juif, ou avec quelqu'un qui ne reconnaît pas l'érouv, celui-ci lui interdit [le transport]. Elle poursuit avec l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov : « רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: לְעוֹלָם אֵינוֹ אוֹסֵר עַד שֶׁיְּהוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים אוֹסְרִין זֶה עַל זֶה » (עירובין ס״א ע״ב) — il n'interdit jamais tant qu'il n'y a pas deux Israélites qui s'interdisent l'un à l'autre ; pour le non-Juif, voir le Choul'han Aroukh, siman 382, séif א. Elle rapporte ensuite le récit de Rabban Gamliel : « אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁהָיָה דָּר עִמָּנוּ בְּמָבוֹי בִּירוּשָׁלַיִם, וְאָמַר לָנוּ אַבָּא: מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ אֶת הַכֵּלִים לַמָּבוֹי, עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם » (עירובין ס״א ע״ב) — il y eut un Tsedouki qui habitait avec nous dans un mavoï, à Jérusalem, et mon père nous dit : hâtez-vous de sortir les objets dans le mavoï, avant qu'il ne sorte [quelque chose] et ne vous l'interdise.

La guemara demande pourquoi la michna parle du Tsedouki, et répond qu'il y manque des mots : « צַדּוּקִי מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ? חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: צַדּוּקִי הֲרֵי הוּא כְּגוֹי, וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: צַדּוּקִי אֵינוֹ כְּגוֹי » (עירובין ס״ח ע״ב) — et voici ce qu'elle enseigne : le Tsedouki est comme un non-Juif ; et Rabban Gamliel dit : le Tsedouki n'est pas comme un non-Juif. Rachi explique « comme un non-Juif » : « הרי הוא כנכרי - דאינו יכול לבטל בלא שכירות » (רש״י עירובין ס״ח ע״ב) — il ne peut pas renoncer sans location.

Le Beit Yossef — sur la décision : « וכתב המרדכי דהלכה דצדוקי הרי הוא כעו״ג והרא״ש כתב שר״מ פסק דצדוקי הרי הוא כעו״ג והוא דחה ראיותיו ופסק כר״ג דצדוקי אינו כעו״ג וכן דעת הרמב״ם בספ״ב מה״ע » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — le Mordekhaï écrit que la halakha est que le Tsedouki est comme un non-Juif ; le Roch écrit que ר״מ a tranché que le Tsedouki est comme un non-Juif, il en a repoussé les preuves et a tranché comme Rabban Gamliel, que le Tsedouki n'est pas comme un non-Juif ; et tel est l'avis du Rambam, à la fin du chapitre 2 des lois de l'érouv.

Le séif א écrit « צדוקי הרי הוא כישראל ומבטל רשות אבל עירוב אינו מועיל כיון שאינו מודה בעירוב » (שו״ע או״ח שפ״ה:א) — le Tsedouki est comme un Israélite et renonce à son domaine ; mais l'érouv ne sert pas [avec lui], puisqu'il ne reconnaît pas l'érouv (section 2).

2. Le Tsedouki et l'érouv : le Rambam et le Tour (séif א)

Le Rambam — sur ceux qui ne reconnaissent pas l'érouv : « אֲבָל אִם הָיָה מִן הָאֶפִּיקוֹרוֹסִין שֶׁאֵין עוֹבְדִין עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת וְאֵין מְחַלְּלִין שַׁבָּת כְּגוֹן צְדוֹקִין וּבַיְתוֹסִין וְכָל הַכּוֹפְרִים בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר כָּל מִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בְּמִצְוַת עֵרוּב, אֵין מְעָרְבִין עִמּוֹ לְפִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בָּעֵרוּב » (הלכות עירובין פ״ב הט״ז) — s'il était de ces hérétiques qui ne sont pas idolâtres et ne profanent pas le Chabbat, comme les Tsedoukim, les Baytoussim et tous ceux qui nient la Torah orale — en règle générale, quiconque ne reconnaît pas la mitsva de l'érouv —, on ne fait pas l'érouv avec lui, puisqu'il ne reconnaît pas l'érouv. Puis : « וְאֵין שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ לְפִי שֶׁאֵינוֹ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת. אֲבָל מְבַטֵּל הוּא רְשׁוּתוֹ לְיִשְׂרָאֵל הַכָּשֵׁר וְזוֹ הִיא תַּקָּנָתוֹ » (הלכות עירובין פ״ב הט״ז) — et l'on ne loue pas de lui, puisqu'il n'est pas comme un idolâtre ; mais il renonce à son domaine en faveur de l'Israélite cachère, et c'est là sa solution.
Le Tour — « צדוקי הרי הוא כישראל ומבטל רשות אבל לערב כתב הרמב״ם ז״ל שאינו יכול כיון שאינו מוד׳ בעירוב » (טור או״ח שפ״ה) — le Tsedouki est comme un Israélite et renonce à son domaine ; mais pour faire l'érouv, le Rambam écrit qu'il ne le peut pas, puisqu'il ne reconnaît pas l'érouv. Le Tour attribue au Rambam la seconde moitié de la règle.

La Michna Beroura explique « l'érouv ne sert pas » : « ר״ל אף אם נתן חלק בעירוב אינו מועיל ואוסר עליהן עד שיבטל רשותו להן ולאו דוקא מכת הצדוקים וכה״ג שאינם מודים בתורה שבע״פ ה״ה אם רק אינו מודה במצות עירוב אינו יכול ליתן חלק בעירוב » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ב) — même s'il a donné sa part dans l'érouv, cela ne sert pas, et il leur interdit jusqu'à ce qu'il leur renonce son domaine ; et cela ne vaut pas seulement pour la secte des Tsedoukim et ceux qui, comme eux, ne reconnaissent pas la Torah orale : il en va de même de celui qui, simplement, ne reconnaît pas la mitsva de l'érouv — il ne peut pas donner de part dans l'érouv.

Le Choulhan Aroukh HaRav (séif 1 de sa numérotation) écrit : « וְאֵין צָרִיךְ לִשְׂכּוֹר מֵהֶם כְּדֵי לְהַרְחִיק דִּירָתוֹ מֵהֶם, הוֹאִיל וְהֵם שׁוֹמְרֵי שַׁבָּת וְאֵינָם עוֹבְדִים אֱלִילִים. אֲבָל עֵרוּב שֶׁלָּהֶם אֵינוֹ מוֹעִיל, כֵּיוָן שֶׁאֵינָם מוֹדִים בְּעֵרוּב » (שו״ע הרב שפ״ה:א) — il n'est pas nécessaire de louer d'eux pour éloigner sa demeure d'eux, puisqu'ils gardent le Chabbat et ne sont pas idolâtres ; mais leur érouv ne sert pas, puisqu'ils ne reconnaissent pas l'érouv. Voir le niveau 4, point א.

3. Le Kouti (séif ב)

Le séif ב écrit du Kouti « ואין לו תקנה אלא בשכירות » (שו״ע או״ח שפ״ה:ב) — il n'a de solution que par la location. Le Tour écrit : « וכותי הרי הוא כעו״ג וצריך להשכיר » (טור או״ח שפ״ה) — le Kouti est comme un non-Juif, et il faut qu'il donne [son domaine] en location. Le Beit Yossef : « ומ״ש רבינו וכותי הרי הוא כעו״ג וצריך להשכיר כך פשוט בריש חולין (ו » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — ce qu'écrit notre maître [le Tour] est simple au début du traité 'Houlin (6b).

4. Le mumar dans la guemara : en public, en privé (séif ג)

Le séif ג commence par le mumar pour l'idolâtrie. Le Tour ne le mentionne pas ; le Beit Yossef en donne la raison : « ולא חש רבינו לכתוב דישראל מומר לע״ג דינו כעו״ג אע״פ שנזכר בגמרא ובדברי הרמב״ם משום דמילתא דפשיטא היא » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — notre maître ne s'est pas soucié d'écrire que l'Israélite mumar pour l'idolâtrie a la loi du non-Juif, bien que ce soit mentionné dans la guemara et chez le Rambam, parce que c'est une chose simple. Le Rambam écrit : « יִשְׂרָאֵל שֶׁהוּא מְחַלֵּל שַׁבָּת בְּפַרְהֶסְיָא אוֹ שֶׁהוּא עוֹבֵד עֲבוֹדַת כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת הֲרֵי הוּא כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת לְכָל דְּבָרָיו. וְאֵין מְעָרְבִין עִמּוֹ וְאֵינוֹ מְבַטֵּל רְשׁוּת אֶלָּא שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ כְּעוֹבֵד כּוֹכָבִים וּמַזָּלוֹת » (הלכות עירובין פ״ב הט״ז) — l'Israélite qui profane le Chabbat en public, ou qui est idolâtre, est comme un idolâtre à tous égards ; on ne fait pas l'érouv avec lui, et il ne renonce pas à son domaine, mais on loue de lui comme d'un idolâtre. Le Choulhan Aroukh HaRav (séif 3) écrit aussi du mumar « הֲרֵי הוּא כְּנָכְרִי לְכָל דְּבָרָיו וְצָרִיךְ לִשְׂכּוֹר מִמֶּנּוּ » (שו״ע הרב שפ״ה:ג) — voir le niveau 4, point ב.

Le Beit Yossef donne pour source du public et du privé une baraïta du chapitre הדר : « יִשְׂרָאֵל מוּמָר, מְשַׁמֵּר שַׁבַּתּוֹ בַּשּׁוּק — מְבַטֵּל רְשׁוּת, שֶׁאֵינוֹ מְשַׁמֵּר שַׁבַּתּוֹ בַּשּׁוּק — אֵינוֹ מְבַטֵּל רְשׁוּת. מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ: יִשְׂרָאֵל נוֹטֵל רְשׁוּת וְנוֹתֵן רְשׁוּת. וּבְגוֹי, עַד שֶׁיַּשְׂכִּיר » (עירובין ס״ט ע״ב) — un Israélite mumar qui garde son Chabbat au marché renonce à son domaine ; celui qui ne garde pas son Chabbat au marché ne renonce pas à son domaine ; car on a dit : un Israélite prend [un] domaine et donne [un] domaine, et pour un non-Juif, [il n'y a de solution que] lorsqu'il loue. Rachi : « בשוק - בפרהסיא ואע״ג דמחלל בצנעא » (רש״י עירובין ס״ט ע״ב) — « au marché » : en public, même s'il profane en privé.

La guemara concilie deux enseignements sur le Tsedouki — l'un d'où il ressort qu'il renonce à son domaine, l'autre qu'il est comme un non-Juif ; l'une de ses réponses : « וְאִיבָּעֵית אֵימָא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן — בְּמוּמָר לְחַלֵּל שַׁבָּתוֹת בְּצִנְעָא, כָּאן — בְּמוּמָר לְחַלֵּל שַׁבָּתוֹת בְּפַרְהֶסְיָא » (עירובין ס״ט ע״א) — dans un cas, il s'agit d'un mumar qui profane les Chabbatot en privé ; dans l'autre, d'un mumar qui les profane en public. Rachi : « ואיבעית אימא - מתני׳ דמשמע צדוקי מבטל במומר לחלל בצנעא » (רש״י עירובין ס״ט ע״א) — la michna, d'où il ressort que le Tsedouki renonce, parle du mumar qui profane en privé.

Celui qui se cache. La guemara rapporte : « הָהוּא דִּנְפַק בְּחוּמַרְתָּא דִמְדוּשָׁא. כֵּיוָן דְּחַזְיֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה נְשִׂיאָה, כַּסְּיַיהּ. אָמַר: כְּגוֹן זֶה מְבַטֵּל רְשׁוּת לְרַבִּי יְהוּדָה » (עירובין ס״ט ע״א) — un homme sortit [pendant Chabbat] avec un objet que la guemara appelle חומרתא דמדושא (Rachi en discute le sens) ; quand il vit Rabbi Yehouda Nessia, il le couvrit. Il fut dit : un tel homme renonce à son domaine selon Rabbi Yehouda. Rachi : « כגון זה - שמחלל שבת בצנעא » (רש״י עירובין ס״ט ע״א) — un tel homme : qui profane le Chabbat en privé.

La Michna Beroura, sur les mots אלא בצנעה du séif ג, écrit : « ואם מתבייש לעשות זה בפני אדם גדול אף שעושה דבר זה בפני כמה אנשים גם זה לצנעה יחשב » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ו) — s'il a honte de le faire devant un grand homme, même s'il le fait devant plusieurs personnes, cela aussi compte comme en privé.

Mumar à quel égard ? Rav Houna dit : « אָמַר רַב הוּנָא: אֵיזֶהוּ יִשְׂרָאֵל מוּמָר — זֶה הַמְחַלֵּל שַׁבָּתוֹת בְּפַרְהֶסְיָא » (עירובין ס״ט ע״א) — qui est un Israélite mumar ? celui qui profane les Chabbatot en public. Rav Na'hman lui demande selon qui il parle : selon Rabbi Méir, qui tient que celui qui est suspect pour une chose l'est pour toute la Torah, un seul interdit suffirait ; selon les Rabbanan, il faudrait qu'il soit mumar pour l'idolâtrie. Deux réponses :

5. Même par un interdit rabbinique — et le Tsedouki (séif ג)

Le séif ג écrit : même s'il ne profane que par un interdit d'ordre rabbinique. Le Beit Yossef en donne la source : « ומ״ש אפילו אינו מחללו אלא באיסור דרבנן כן דקדקו שם התוס׳ והרא״ש והמרדכי וכן דעת רש״י » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — ainsi l'ont déduit là les Tossafot, le Roch et le Mordekhaï, et tel est l'avis de Rachi. Puis la question des Tossafot et leur réponse : « והקשו התוס׳ דהא סתם צדוקי אינו נזהר במילי דרבנן ותירצו שרגילין הם ליזהר לפי שהם יראים מחכמים כדאיתא בנדה (לג » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — les Tossafot objectent que le Tsedouki ordinaire ne se garde pas des règles rabbiniques, et répondent que [les Tsedoukim] ont l'habitude de s'en garder, parce qu'ils craignent les Sages, comme il est dit dans Nidda (33b). Le Beit Yossef poursuit : « ולפי דבריהם הני צדוקים דשכיחי גבן כיון דעברי אמילי דרבנן בפרהסיא הרי הם כעו״ג ושוכרין ואין מבטלים » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — d'après leurs paroles, ces Tsedoukim qu'on trouve chez nous, puisqu'ils transgressent en public les règles rabbiniques, sont comme des non-Juifs : on loue d'eux, et ils ne renoncent pas.

Le Tsedouki qui transgresse en public des règles rabbiniques. Le Beit Yossef poursuit sur le Rambam : « והרמב״ם בפ״ב כתב הברייתא כצורתה ולא הזכיר דין מחלל שבת במילי דרבנן מיהו אפילו את״ל דס״ל דהוי מומר נראה דהני צדוקים לדידיה לא חשיבי מומרים אע״פ שעוברין בפרהסיא אמילי דרבנן דלא הוי מומר עד שיעבור במזיד ובני מזיד דידהו כאונס הוי דמעשה אבותיהן בידיהם וה״ל כתינוק שנשבה בין העו״ג וכמ״ש הוא ז״ל בפי׳ המשנה בפ״א ממסכת חולין » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — le Rambam, au chapitre 2, a recopié la baraïta telle quelle sans mentionner celui qui profane le Chabbat pour des règles rabbiniques ; mais même s'il le tient pour mumar, il semble que, selon lui, ces Tsedoukim ne sont pas comptés comme mumarim, bien qu'ils transgressent en public des règles rabbiniques, car on n'est mumar que si l'on transgresse délibérément, et le « délibéré » de ces gens est comme une contrainte, puisqu'ils tiennent la conduite de leurs pères : c'est comme un enfant capturé parmi les non-Juifs, ainsi que [le Rambam] l'écrit dans son commentaire de la michna, au premier chapitre de 'Houlin.

Pour l'érouv, ou pour toute chose ? La Michna Beroura, sur les mots הרי הוא כעכו״ם : « ר״ל לענין זה שאינו מועיל שוב ביטול רשות אלא דוקא שכירות. ולענין שארי דברים יש מן האחרונים שסוברין שאינו חשוב כמומר ע״י חילול שבת באיסור דרבנן » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ה) — c'est-à-dire pour cette question : la renonciation au domaine ne sert plus, seule la location ; et pour les autres questions, certains A'haronim tiennent qu'il n'est pas compté comme mumar par une profanation du Chabbat d'ordre rabbinique.

Le Biour Halakha, sur les mots אפילו… אלא באיסור דרבנן : « כן מוכח לדעת רש״י וכן הוא ג״כ דעת התוספות והרא״ש והמרדכי והגה״מ והריטב״א והאור זרוע » (ביאור הלכה שפ״ה) — cela se démontre selon Rachi, et c'est aussi l'avis des Tossafot, du Roch, du Mordekhaï, des Hagahot Maïmoniyot, du Ritva et du Or Zaroua ; puis il s'interroge : « ומסתפקנא אם ה״ה איסור מוקצה או כיון דהוא רק טלטול בעלמא לא נעשה מומר עי״ז אח״כ מצאתי בתפארת ישראל שהחמיר ג״כ במוקצה וצ״ע » (ביאור הלכה שפ״ה) — je me demande s'il en va de même d'un interdit de mouktsé, ou si, n'étant qu'un simple déplacement, on ne devient pas mumar par lui ; j'ai trouvé ensuite que le Tiféret Israël est strict aussi pour le mouktsé ; et la question reste à examiner. Le Biour Halakha ne tranche pas.

6. Qui est appelé mumar (séif ג)

Le séif ג ne dit pas ce qui fait de quelqu'un un mumar pour profaner les Chabbatot en public.

Le Magen Avraham — « ואם חילל שבת בחד זימנא לא מקרי מומר (הג״מ פ״ב ותוס » (מגן אברהם שפ״ה ס״ק ב) — s'il a profané le Chabbat une seule fois, il n'est pas appelé mumar ; il renvoie aux Hagahot Maïmoniyot (chapitre 2) et aux Tossafot.

Une seule fois. La Michna Beroura écrit : « דעון זה חמור כמו עובד עכו״ם שנעשה בזה מומר לכל התורה ודוקא בשרגיל בעון זה אבל אם חילל שבת בחד זימנא בפרהסיא לא מיקרי מומר וי״א דאפילו בחד זימנא מקרי מומר » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ד) — cette faute est grave comme celle de l'idolâtre, car par elle il devient mumar pour toute la Torah ; et cela seulement s'il est habitué à cette faute : s'il a profané le Chabbat une seule fois en public, il n'est pas appelé mumar ; et certains disent que, même une seule fois, il est appelé mumar. Elle écrit le premier avis sans nom, puis rapporte que certains disent le contraire.

Le Choulhan Aroukh HaRav (séif 3) écrit qu'il n'est appelé mumar public « אֶלָּא כְּשֶׁרָגִיל בְּכָךְ וְאֵינוֹ נִזְהָר כְּלָל, אֲבָל לֹא כְּשֶׁחִלְּלוֹ פַּעַם בְּאַקְרַאי בְּעָלְמָא, כְּשֶׁהָיָה דָחוּק לְפִי שָׁעָה » (שו״ע הרב שפ״ה:ג) — que s'il y est habitué et ne s'en garde pas du tout, et non s'il l'a profané une fois, par hasard, quand il était pressé sur le moment. Voir le niveau 4, point ג.

Ce qu'est le public, selon la Michna Beroura : « ופרהסיא מקרי כשחילל בפני עשרה מישראל או שידע שיתפרסם ביניהם » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ד) — on appelle public le fait de profaner devant dix Israélites, ou en sachant que cela se saura parmi eux. Et la convoitise et la provocation : « ודע דכל זה כשהוא עובר לתיאבון אבל להכעיס אפילו בשאר עבירות ואפילו שלא בפרהסיא דינו כעכו״ם » (משנה ברורה שפ״ה ס״ק ד) — sache que tout cela vaut quand il transgresse par convoitise ; mais par provocation, même pour d'autres fautes et même hors du public, il a la loi du non-Juif.

Celui qui se trompe. Le Biour Halakha : « היינו כשעושה זה בפריקת עול אבל אם הוא מוטעה בדבר שחשב שמותר לו לעשות כן מסתברא שאין זה בכלל מומר » (ביאור הלכה שפ״ה) — c'est-à-dire quand il le fait en rejetant le joug ; mais s'il se trompe, pensant qu'il lui est permis de faire ainsi, il est raisonnable que ce ne soit pas un mumar. Il en donne la preuve : « כן מוכח מדברי התוספות ד׳ ס״ט ד״ה הוציא בדברי ר״י שם ואפילו לדעת רש״י ג״כ נראה דמותר דאומר מותר בכלל שוגג הוא » (ביאור הלכה שפ״ה) — cela se démontre des paroles des Tossafot (69, au mot הוציא, dans les paroles du Ri) ; et même selon Rachi, il semble que ce soit permis, car celui qui dit « c'est permis » entre dans la catégorie de l'inadvertance.

7. Celui qui a changé de religion : la réponse du Rachba (séif ד)

Les termes du séif ד se lisent dans une réponse du Rachba, que rapporte le Beit Yossef : « כתב הרשב״א בתשובה על אחד שיצא מכלל ישראל והיו לו בתים בשכונת ישראל שעירבו לכל שבתות השנה איברא שאם אין לו פתח אחר כלל שהוא אוסר בכל שבת שחל לאחר שהמיר ששבת זה לא הותר כלל ואע״פ שעירב עם כל בני השכונה לשנה והוא המיר באמצע השנה אין אומרים מותר למקצת שבתות הותרו כולם » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — le Rachba écrit, dans une réponse, au sujet de quelqu'un qui était sorti de la communauté d'Israël et avait des maisons dans le quartier des Israélites, lesquels avaient fait l'érouv pour tous les Chabbatot de l'année : certes, s'il n'a aucune autre ouverture, il interdit chaque Chabbat qui tombe après qu'il a changé de religion, car ce Chabbat n'a pas du tout été permis ; et bien qu'il ait fait l'érouv avec tous les habitants du quartier pour l'année et qu'il ait changé de religion au milieu de l'année, on ne dit pas : puisque [le transport] a été permis pour une partie des Chabbatot, il l'a été pour tous. Puis : « אבל בנדון שלפנינו שיש לו פתח קטן לשכונת הכותי ואפילו פתח קטן שלא היה רגיל בו מתחלה דוחין אותו אצל הפתח הפתוח לשכונת הכותי דלא עדיף מישראל דבכיוצא בזה אינו אוסר » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — mais dans le cas qui nous est soumis, où il a une petite ouverture vers le quartier du Kouti, même une petite ouverture dont il n'avait pas l'habitude au début, on le repousse vers l'ouverture qui donne sur le quartier du Kouti, car il ne vaut pas mieux qu'un Israélite, qui, dans un cas semblable, n'interdit pas.

Les raisons du Rachba — « וכל שכן שאין צריך עירוב ודוחין אותו אצל שכונת הכותי כדי שלא יאסור ועוד שזה דעתו מעורבת עם הכותי ורגיל אצלם » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — à plus forte raison, puisqu'il n'a pas besoin d'érouv, on le repousse vers le quartier du Kouti pour qu'il n'interdise pas ; et de plus, son esprit est mêlé à celui du Kouti et il est habitué à eux. Et la mesure : « אפילו אין לו אלא פתח אחד צר כד׳ על ד׳ לצד הכותי דוחין אותו אצל אותה פתח כאותה שאמרו בפרק הדר (עירובין סז.) כותי שיש לו ד׳ על ד׳ פתוח לבקעה אפילו מכניס גמלים וקרונות כל היום אינו אוסר מ״ט בההוא פתחא דמייחד ליה ניחא ליה » (בית יוסף או״ח שפ״ה) — même s'il n'a qu'une seule ouverture étroite, de quatre sur quatre, du côté du Kouti, on le repousse vers cette ouverture, comme on l'a dit au chapitre הדר : un Kouti qui a [une ouverture] de quatre sur quatre donnant sur une plaine, même s'il fait entrer chameaux et chariots toute la journée, n'interdit pas ; pourquoi ? c'est l'ouverture qui lui est propre qui lui convient.

Dans la guemara que sert Sefaria, ce cas est dit du « גוי » : « גּוֹי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פֶּתַח אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה פָּתוּחַ לְבִקְעָה, אֲפִילּוּ מַכְנִיס וּמוֹצִיא גְּמַלִּים וּקְרוֹנוֹת כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ דֶּרֶךְ מָבוֹי, אֵין אוֹסֵר עַל בְּנֵי מָבוֹי. מַאי טַעְמָא? בְּפִיתְחָא דִּמְיַחַד לֵיהּ, בְּהָהוּא נִיחָא לֵיהּ » (עירובין ס״ז ע״א) — un non-Juif qui a une ouverture de quatre sur quatre donnant sur une plaine, même s'il fait entrer et sortir chameaux et chariots toute la journée par le mavoï, n'interdit pas les habitants du mavoï ; pourquoi ? l'ouverture qui lui est propre, c'est elle qui lui convient.

La Michna Beroura sur ce séif :

Le Magen Avraham, sur les mots פתח אחר : « ואם פתח לו פתח אחר שמימר עסי׳ שפ״ג » (מגן אברהם שפ״ה ס״ק ג) — et s'il s'est ouvert une autre ouverture après avoir changé de religion, voir le siman 383 ; la Michna Beroura y renvoie aussi (ס״ק ט).

8. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — un Israélite règle l'érouv en renonçant à son domaine, un non-Juif seulement par la location (baraïta, Érouvin 69b) ; le siman dit de qui l'on renonce et de qui l'on loue :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 4 séifim sur ce siman, sous sa propre numérotation).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שפ״ה · Niveau 2 — Lamdan
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