Prêter ou louer un ustensile à un non-juif pour le Shabbat est permis (Choulhan Aroukh, Siman 246) car nous ne sommes pas commandés sur le repos des objets (שביתת כלים). Trois garde-fous : remise avant Shabbat, pas de loyer journalier isolé sur le Shabbat (forfait multi-jours / הבלעה), pas de מראית עין.
Un animal (et non un objet) relève d'un interdit plus grave ; pour un cas concret, consulter son Rav.
On peut prêter (שְׁאֵלָה / shéila) ou louer (שְׂכִירוּת / sékhirout) ses ustensiles à un non-juif, même s'il s'en sert le Shabbat — car nous ne sommes pas commandés sur le repos des objets (שְׁבִיתַת כֵּלִים). Trois garde-fous : remettre l'objet avant Shabbat (pas à la tombée de la nuit), éviter un loyer journalier isolé sur le Shabbat (le forfait multi-jours / הַבְלָעָה le résout), et ne pas tomber dans l'apparence trompeuse (מַרְאִית הָעַיִן). Attention : un animal (et non un objet) relève d'un interdit plus grave. Pour un cas concret — demande à ton Rav.
Vous prêtez votre perceuse à un voisin non-juif un vendredi, et il s'en sert le Shabbat. Vous louez votre voiture à une plateforme dont le client roulera Shabbat. Est-ce permis ? Le Choulhan Aroukh répond avec une précision étonnante au Siman 246 des Hilkhot Shabbat (Orah Haïm), en distinguant ce qui change tout : s'agit-il d'un objet, ou d'un être vivant ?
Le principe de base : שְׁבִיתַת כֵּלִים
Le Mehaber (Rabbi Yossef Karo) ouvre le siman par une permission claire :
מֻתָּר לְהַשְׁאִיל וּלְהַשְׂכִּיר כֵּלָיו לְנָכְרִי אַף עַל פִּי שֶׁעוֹשֶׂה בָּהֶם מְלָאכָה בְּשַׁבָּת, מִפְּנֵי שֶׁאֵין אָנוּ מְצֻוִּין עַל שְׁבִיתַת כֵּלִים.
« Il est permis de prêter et de louer ses ustensiles à un non-juif, même s'il en fait usage le Shabbat — car nous ne sommes pas commandés sur le repos des ustensiles (שְׁבִיתַת כֵּלִים). »
Le débat fondateur (Beïtsa 16b) : Beit Shamai exige que les objets du Juif eux-mêmes « se reposent » le Shabbat ; Beit Hillel n'exige le repos que pour le Juif, ses dépendants et son animal — pas pour ses outils inertes. La halakha suit Beit Hillel : un ustensile peut donc travailler entre les mains d'un non-juif.
Les deux garde-fous du séif א
1. נִרְאֶה כְּשָׁלוּחַ — ne pas avoir l'air de l'envoyer en mission
La permission vaut quand on prête ou loue avant Shabbat. Mais à la veille du Shabbat, près de la nuit, c'est interdit : cela donnerait l'impression que le non-juif est l'émissaire du Juif pour accomplir la mélakha. (Le Rama assouplit pour le simple prêt sans paiement, sauf pour un ustensile dont l'usage typique enfreint Shabbat.)
2. שְׂכַר שַׁבָּת et la solution de la הַבְלָעָה
Louer avec un loyer journalier (שְׂכַר יוֹם) qui tomberait sur le Shabbat est interdit — cela ressemble à un gain de Shabbat (מַשְׂתַּכֵּר בְּשַׁבָּת). La parade : la הַבְלָעָה, un loyer englobant plusieurs jours (forfait à la semaine, au mois), où le Shabbat n'est jamais facturé isolément. C'est exactement la logique d'un contrat de location moderne.
מַרְאִית הָעַיִן : l'objet qui sort de chez moi le Shabbat (séif ב)
Le séif ב ajoute une limite d'apparence : il est interdit de remettre l'objet si proche de la nuit que le non-juif n'aurait plus le temps de le sortir de chez le Juif avant Shabbat. La raison : celui qui verrait, le Shabbat, un non-juif sortir de chez un Juif avec un objet du Juif pourrait soupçonner le Juif d'envoyer ses affaires le Shabbat (מַרְאִית הָעַיִן). Et cela vaut même dans une ville où le transport n'est que rabbiniquement interdit (כַּרְמְלִית).
La grande différence : objet vs animal (séif ג)
Tout bascule quand il ne s'agit plus d'un ustensile mais d'un animal :
| Ce qu'on cède au non-juif | Statut |
|---|---|
| Un ustensile (כְּלִי) — outil, objet, et par extension un véhicule | Permis (pas de שביתת כלים), sous les garde-fous ci-dessus. |
| Un animal (בְּהֵמָה) que le non-juif fera travailler le Shabbat | Interdit — le Juif est commandé sur le repos de son animal (שְׁבִיתַת בְּהֶמְתּוֹ), un interdit de la Torah. Même loué pour 30 jours, tant qu'il reste dans son patrimoine, il doit le faire reposer. |
Le Mehaber ajoute que même en stipulant que le non-juif ne le fera pas travailler le Shabbat — s'il transgresse, le Juif n'est pas fautif, mais il ne convient pas de le louer du tout, de peur d'en arriver là.
Application moderne : voiture, outillage, location
- Prêter un outil (perceuse, échelle) à un voisin non-juif avant Shabbat : c'est le cas type du séif א — autorisé, en veillant à la remise avant la nuit.
- Louer une voiture à un non-juif : une voiture est un ustensile, pas un animal — donc le cadre permissif s'applique, à condition d'un contrat signé et d'une remise avant Shabbat, et d'un loyer en הַבְלָעָה (forfait) plutôt qu'un tarif isolé sur le Shabbat.
- Le point de vigilance moderne : la מַרְאִית הָעַיִן (objet identifiable comme « celui du Juif », véhicule immatriculé à son nom) reste une vraie question contemporaine.
Plusieurs autorités contemporaines s'appuient sur ce siman pour la location de véhicules, le prêt d'outillage et les plateformes de location — avec des nuances selon le minhag, le type de bien et son identification au Juif.
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour savoir si votre prêt ou votre location est permis — selon votre communauté, le type de bien et votre situation — consultez votre Rav.
Questions fréquentes
Peut-on prêter ou louer un objet à un non-juif avant Shabbat ?
Oui : selon le Choulhan Aroukh (Orah Haïm 246:1), on peut prêter (shéila) ou louer (sékhirout) ses ustensiles à un non-juif même s'il s'en sert le Shabbat, car il n'y a pas de devoir de repos des objets (שביתת כלים). À condition de les remettre avant Shabbat. Pour un cas concret, consulte ton Rav.
Qu'est-ce que שביתת כלים (le repos des ustensiles) ?
C'est le débat entre Beit Shamai et Beit Hillel (Beïtsa 16b). Beit Shamai exige que les ustensiles du Juif se reposent le Shabbat ; Beit Hillel n'exige le repos que pour le Juif, ses dépendants et son animal. La halakha suit Beit Hillel — d'où la permission de prêter un objet.
Peut-on louer une voiture à un non-juif pour le Shabbat ?
Le cadre du Siman 246 le permet en principe (une voiture est un ustensile, non un animal), si la remise se fait avant Shabbat et que le loyer englobe plusieurs jours (הבלעה) plutôt qu'un tarif isolé sur le Shabbat. D'autres facteurs modernes (immatriculation, מראית עין) entrent en jeu : pour la pratique, consulte ton Rav.
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