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DAAT · NIVEAU 2 — LAMDAN

Choulhan Aroukh · Orah Haïm

Hilkhot Érouvin — étude approfondie
סימן שפ״ב
אם דירת עכו״ם מעכב׳ בעירובו
עיון, פלפול, שיטות הראשונים והאחרונים
⚡ Pour les lamdanim et les talmidei hakhamim ⚡
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Pilpoul approfondi

Sources talmudiques, hakira de fond,
chitot des Richonim et des A'haronim sur la demeure d'un non-Juif dans la cour et sur la location de son domaine

Sujet :
Choulhan Aroukh Orah Haïm siman שפ״ב — 20 séifim dans le Choulhan Aroukh (Mehaber), avec des gloses du Rama ; le Choulhan Aroukh HaRav en compte 23 dans le texte que sert Sefaria (voir le niveau 4)
Ouvrages cités sur cette page : Guemara Érouvin et Rachi, Tour, Beit Yossef, Taz, מג״א, Michna Beroura, Biour Halakha

Michna Beroura : 77 ס״ק

Rédaction et étude :
Rav Yossef Haim Samama · DAAT

📑 Table des matières

  1. Le texte du Choulhan Aroukh — 20 seifim
  2. La michna et le décret : pourquoi le non-Juif interdit, et pourquoi il faut louer (séifim א-ג)
  3. Une location faible, pour moins d'une perouta, et pendant Chabbat (séifim ד-ה)
  4. Le retour du non-Juif sur la location, et sa durée (séifim ו-ח)
  5. Sa femme, son salarié et son journalier (séif יא)
  6. Celui qui se rapproche du non-Juif : deux avis (séif יב)
  7. Un Juif et un non-Juif, ou deux non-Juifs, dans une même maison (séif טו)
  8. Deux cours, l'une dans l'autre (séif יז)
  9. Par les fenêtres, ou par une ouverture (séif יט)
  10. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

📜 Le texte du Choulhan Aroukh — 20 seifim

סעיף א. אם דירת עכו״ם מעכב' בעירובו. ובו כ סעיפים:
הדר עם העכו״ם בחצר אינו אוסר עליו עד שיהיו שני ישראלים דרים בשני בתים ואוסרים זה על זה אז העכו״ם אוסר עליהם ואינו מועיל שיבטל העכו״ם רשותו אלא צריך שישכירו ממנו: הגה ישראל שהשכיר או השאיל ביתו לעכו״ם אינו אוסר עליו דלא השכיר או השאיל לו ביתו כדי שיאסור עליו (המגיד פרק ב') אבל אם הבית של עכו״ם ושכרו ישראל ממנו ועכו״ם דר בבית עמו אין שכירות הבית מועיל לענין שכירות העירוב (א״ז) ישראל שהשאיל או השכיר בית לחבירו (במקום שדרים עכו״ם) אע״פ שיש לו תפיסה בבית לא מהני וצריכים לשכור מעכו״ם (ב״י בשם מצאתי כתוב):

résumé : titre du siman, puis le séif א. Celui qui habite avec un non-Juif (akoum) dans une cour : [le non-Juif] ne lui interdit pas [de transporter], jusqu'à ce que deux Juifs habitent dans deux maisons et s'interdisent [le transport] l'un à l'autre ; alors le non-Juif leur interdit, et il ne sert pas que le non-Juif renonce à son domaine : il faut qu'ils prennent [son domaine] en location auprès de lui. Glose du Rama : un Juif qui a loué ou prêté sa maison à un non-Juif : [celui-ci] ne lui interdit pas, car il ne lui a pas loué ou prêté sa maison pour qu'il lui interdise [référence telle qu'imprimée : המגיד פרק ב׳] ; mais si la maison est au non-Juif, qu'un Juif la lui a prise en location et que le non-Juif habite dans la maison avec lui, la location de la maison ne sert pas pour la location [qu'exige] l'érouv [א״ז] ; un Juif qui a prêté ou loué une maison à un autre (dans un lieu où habitent des non-Juifs), bien qu'il ait une prise (tefissa) dans la maison, cela ne sert pas, et ils doivent prendre en location auprès du non-Juif [ב״י בשם מצאתי כתוב].

סעיף ב. אם בטלו הישראלים רשותם לאחד מהם כדי שיחשב כיחידי אצל העכו״ם אינו מועיל:

résumé : Si les Juifs ont renoncé à leur domaine en faveur de l'un d'eux, pour qu'il soit compté comme seul auprès du non-Juif, cela ne sert pas.

סעיף ג. אם אין לעכו״ם דריסת רגל על הישראלים אינו אוסר כגון שני חצירות הפתוחו' זו לזו ואין להם דריסת רגל זה על זה ובחצר א' דר עכ״ם ובחצר א' דרים ב' ישראלים או יותר מכניסין ומוציאין מחצר זו לחצר זו בשבת דרך חלון שביניהם ואין צריך לשכור מהעכו״ם:

résumé : Si le non-Juif n'a pas de droit de passage (derissat réguel) sur les Juifs, il n'interdit pas ; par exemple, deux cours ouvertes l'une sur l'autre, sans droit de passage de l'une sur l'autre, dans l'une habite un non-Juif et dans l'autre habitent deux Juifs ou plus : on fait entrer et sortir [des objets] d'une cour à l'autre pendant Chabbat, par la fenêtre qui est entre elles, et il n'est pas nécessaire de prendre en location auprès du non-Juif.

סעיף ד. השוכר מן העכו״ם סתם מועיל וא״צ לפרש לו שהוא להתיר הטלטול וא״צ לכתוב שום כתיבה על השכירו':

résumé : Celui qui prend en location auprès du non-Juif sans rien préciser (stam) : cela sert ; il n'est pas nécessaire de lui expliquer que c'est pour permettre le transport, ni d'écrire quoi que ce soit sur la location.

סעיף ה. שוכרין מעכו״ם אפילו בפחו' משוה פרוטה ומותר לשכור ממנו בשבת (מרדכי ריש פרק הדר) (וע״ל סימן שפ״ג):

résumé : On prend en location auprès d'un non-Juif même pour moins que la valeur d'une perouta. En petits caractères, sans le mot הגה : et il est permis de prendre en location auprès de lui pendant Chabbat [référence telle qu'imprimée : מרדכי ריש פרק הדר] (et voir plus loin le siman 383).

סעיף ו. כל זמן שאין העכו״ם חוזר בו מועיל השכירו' ואפילו לזמן מרובה (ואינו יכול לחזור משכירתו עד שיחזור הדמים) (ב״י בשם רש״י פרק הדר):

résumé : Tant que le non-Juif ne revient pas sur sa décision, la location sert, et même pour longtemps. Parenthèse en petits caractères, sans le mot הגה : (et il ne peut pas revenir sur sa location tant qu'il ne rend pas l'argent) [référence telle qu'imprimée : ב״י בשם רש״י פרק הדר].

סעיף ז. אם שכרו מהעכו״ם לזמן ידוע לכשיכלה הזמן צריך לחזור ולשכור שנית וצריך לחזור ולערב דאין עירוב ראשון חוזר וניעור:

résumé : S'ils ont pris en location auprès du non-Juif pour une durée fixée, quand la durée s'achève il faut reprendre la location une seconde fois, et il faut refaire l'érouv, car le premier érouv ne revit pas.

סעיף ח. אם שכרו מהעכו״ם לזמן ידוע ובתוך הזמן השכיר העכו״ם דירתו לאחר די בשכירו הראשון:

résumé : S'ils ont pris en location auprès du non-Juif pour une durée fixée, et qu'au cours de cette durée le non-Juif a loué sa demeure à un autre, la première location suffit.

סעיף ט. חמשה הדרים בחצר אחד שוכר מהעכו״ם בשביל כולם:

résumé : Cinq qui habitent une même cour : [l'un d'eux] prend en location auprès du non-Juif pour eux tous.

סעיף י. אם שכרו ממנו בעל כרחו אינו מועיל אף ע״פ שהיה רגיל להשכיר מקודם:

résumé : S'ils ont pris la location auprès de lui contre son gré, cela ne sert pas, même s'il avait l'habitude de louer auparavant.

סעיף יא. אבל מאשתו או משכירו ולקיטו שוכרים אע״פ שהוא מוחה (ושכירו של שכירו ולקיטו של בעל הבית הוא כשכיר בעל הבית עצמו) (ריב״ש סי' תכ״ז):

résumé : Mais auprès de sa femme, ou de son salarié ou de son journalier (sekhiro ouléquito), on prend en location même s'il proteste. Parenthèse en petits caractères, sans le mot הגה : (et le salarié du salarié ou du journalier du maître de maison est comme le salarié du maître de maison lui-même) [référence telle qu'imprimée : ריב״ש סי׳ תכ״ז].

סעיף יב. אם אינו רוצה להשכיר יתקרב לו א' מבני החצר עד שישאיל לו רשותו שיהא לו רשות להניח בו שום דבר דהוי ליה כשכירו ולקיטו ומשכיר שלא מדעת העכו״ם ויש אומרים שאינו צריך להשכיר אלא נותן עירובו ודיו:

résumé : S'il ne veut pas louer, l'un des habitants de la cour se rapprochera de lui jusqu'à ce qu'il lui prête son domaine, pour qu'il ait le droit d'y déposer quelque chose ; car il est alors comme son salarié ou son journalier, et il loue [le domaine] sans que le non-Juif le sache. Et certains disent qu'il n'a pas besoin de louer, mais qu'il donne sa part d'érouv, et cela suffit.

סעיף יג. אם ייחד לו מקום בבית שמשאיל לו כיון שאינו כשלוחו בכל הבית לא מהני:

résumé : S'il lui a assigné un endroit [particulier] dans la maison qu'il lui prête : puisqu'il n'est pas comme son mandataire dans toute la maison, cela ne sert pas.

סעיף יד. שכרו משכירו ולקיטו לזמן אע״פ שסילקו תוך הזמן מהיות שכירו ולקיטו מותרים עד תום הזמן אבל אם שכרו ממנו סתם כיון שסילקו נתבטל השכירו': הגה וה״ה אם שכרו מגזבר המלך ונסתלק לגמרי מן המלך אבל אם לא סלקו רק מן הגזברות ועדיין אוכל פרס המלך עדיין מיקרי שכירו ולקיטו ויוכל לשכור ממנו ולכן גם שכירות הראשון עדיין קיים (ב״י בשם תשובת רשב״א):

résumé : S'ils ont pris en location auprès de son salarié ou journalier pour une durée [fixée], même s'il l'a renvoyé, au cours de la durée, de sa place de salarié ou de journalier, ils sont permis jusqu'à la fin de la durée ; mais s'ils ont pris en location auprès de lui sans rien préciser, dès qu'il l'a renvoyé, la location est annulée. Glose du Rama : et de même, s'ils ont pris en location auprès du trésorier du roi et qu'il a été entièrement écarté du roi ; mais s'il n'a été écarté que de la trésorerie et qu'il mange encore la pension (peras) du roi, on l'appelle encore son salarié ou son journalier, et l'on peut prendre en location auprès de lui ; c'est pourquoi la première location, elle aussi, tient encore [référence telle qu'imprimée : ב״י בשם תשובת רשב״א].

סעיף טו. אם ישראל ועכו״ם דרים בבית א' צריך לשכור מהעכו״ם ולערב עם הישראל: הגה אם יש לכל א' דירה בפני עצמו וה״ה שני (עכו״ם) הדרים בכה״ג בבית אחד צריך לשכור (משניהם) (ב״י בשם הג״א):

résumé : Si un Juif et un non-Juif habitent une même maison, il faut prendre en location auprès du non-Juif et faire l'érouv avec le Juif. Glose du Rama : si chacun y a une demeure à part ; et de même deux (non-Juifs) qui habitent ainsi dans une même maison : il faut prendre en location (auprès des deux) [référence telle qu'imprimée : ב״י בשם הג״א].

סעיף טז. אם יש לעכו״ם ה' שכירים או לקיטים ישראלים דרים בביתו אין דירתם חשובה דירה שיאסרו זה על זה (דשכירות של עכו״ם אין אוסר אם שכרו מבעל הבית) (ב״י):

résumé : Si le non-Juif a cinq salariés ou journaliers juifs qui habitent dans sa maison, leur demeure n'est pas comptée comme une demeure qui ferait qu'ils s'interdisent l'un à l'autre. Parenthèse en petits caractères, sans le mot הגה : (car la location [mot imprimé : « שכירות »] d'un non-Juif n'interdit pas, si l'on a pris en location auprès du maître de maison) [référence telle qu'imprimée : ב״י]. [La Michna Beroura, ס״ק נ״ה, y lit « ושכירו » : et son salarié n'interdit pas.]

סעיף יז. שתי חצירו' זו לפנים מזו ישראל ועכו״ם בפנימי' וישראל בחיצונה או שישראל ועכו״ם בחיצונה וישראל בפנימי' ואפילו עכו״ם בפנימי' ושני ישראלים בחיצונה אוסר ויש מי שאומר שאפי' עכו״ם בפנימי' וישראל א' בחיצונה אוסר:

résumé : Deux cours, l'une à l'intérieur de l'autre : un Juif et un non-Juif dans l'intérieure et un Juif dans l'extérieure ; ou un Juif et un non-Juif dans l'extérieure et un Juif dans l'intérieure ; et même un non-Juif dans l'intérieure et deux Juifs dans l'extérieure : il interdit. Et il y a quelqu'un qui dit que même un non-Juif dans l'intérieure et un seul Juif dans l'extérieure, il interdit.

סעיף יח. עכו״ם שהשכיר ביתו לחבירו עכו״ם אם נשאר לו שום תפיסה בבי' שיש לו רשות להניח שם שום כלים יכולים לשכור ממנו ואם לא נשאר לו שום תפיס' אם יכול המשכיר לסלק השוכר תוך זמנו יכולים לשכור ממנו ואם לאו אינו מועיל אלא אם כן ישכרו מהשוכר: הגה וה״ה איש א' שיש לו תפיסה בבית יכולין לשכור ממנו דלא גרע משכירו ולקיטו (ב״י בשם ריב״ש סי' תנ״ז):

résumé : Un non-Juif qui a loué sa maison à un autre non-Juif : s'il lui reste une prise (tefissa) dans la maison — qu'il a le droit d'y déposer des objets —, on peut prendre en location auprès de lui ; et s'il ne lui reste aucune prise : si le bailleur peut renvoyer le locataire au cours de son terme, on peut prendre en location auprès de lui ; sinon, cela ne sert pas, à moins de prendre en location auprès du locataire. Glose du Rama : et de même, une personne (ich a׳) qui a une prise dans la maison, on peut prendre en location auprès d'elle, car elle ne vaut pas moins qu'un salarié ou journalier [référence telle qu'imprimée : ב״י בשם ריב״ש סי׳ תנ״ז].

סעיף יט. חצר שישראל ועכו״ם דרים בה ובית א' של ישראל אצל ביתו של זה ואינו פתוח לחצר וחלונו' ביניהם אינו יכול לערב עמו דרך החלון שביניהם כדי להוציא כליו דרך בית שכנו הפתוח לחצר אבל אם פתח פתוח ביניהם מותר ויש מי שאומר דאף אם פתח פתוח ביניהם אסור:

résumé : Une cour où habitent un Juif et un non-Juif ; la maison d'un [autre] Juif est à côté de la maison de celui-ci, elle n'est pas ouverte sur la cour, et il y a des fenêtres entre elles : il ne peut pas faire l'érouv avec lui par la fenêtre qui est entre elles, pour sortir ses objets à travers la maison de son voisin, qui est ouverte sur la cour ; mais s'il y a une ouverture (péta'h) ouverte entre elles, c'est permis. Et il y a quelqu'un qui dit que même s'il y a une ouverture ouverte entre elles, c'est interdit.

סעיף כ. חצר שישראל ועכו״ם שרוים בה והיו חלונות פתוחות מבית ישראל זה לבית ישראל זה ועשו עירוב דרך חלונות אף ע״פ שהם מותרים להוציא מבית לבית דרך חלונות הרי הם אסורים להוציא מבית לבית דרך פתחים מפני העכו״ם עד שישכיר: הגה ספינה שיש בה ישראלים רבים ויש להם בתים מיוחדים צריכים לערב ולשכור רשות מן עכו״ם בעל הספינה או להבליעו בשכר הספינה (ב״י בשם שבולי לקט) וע״ל סי' שס״ו ס״ב:

résumé : Une cour où habitent des Juifs et un non-Juif, avec des fenêtres ouvertes de la maison de l'un des Juifs vers la maison de l'autre, et ils ont fait l'érouv par les fenêtres : bien qu'ils soient autorisés à transporter d'une maison à l'autre par les fenêtres, il leur est interdit de transporter d'une maison à l'autre par les portes (peta'him), à cause du non-Juif, jusqu'à la location [de son domaine]. Glose du Rama : un navire où il y a beaucoup de Juifs, qui y ont des logements séparés : ils doivent faire l'érouv et prendre le domaine en location auprès du non-Juif propriétaire du navire, ou l'inclure dans le prix du passage [référence telle qu'imprimée : ב״י בשם שבולי לקט] ; et voir plus haut le siman 366, séif ב.

1. La michna et le décret : pourquoi le non-Juif interdit, et pourquoi il faut louer (séifim א-ג)

La michna ouvre le chapitre הדר : « הַדָּר עִם הַנׇּכְרִי בֶּחָצֵר, אוֹ עִם מִי שֶׁאֵינוֹ מוֹדֶה בָּעֵירוּב — הֲרֵי זֶה אוֹסֵר עָלָיו. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: לְעוֹלָם אֵינוֹ אוֹסֵר עַד שֶׁיְּהוּ שְׁנֵי יִשְׂרְאֵלִים אוֹסְרִין זֶה עַל זֶה » (עירובין ס״א ע״ב) — celui qui habite avec un non-Juif dans une cour, ou avec celui qui ne reconnaît pas l'érouv : celui-ci lui interdit [de transporter] ; Rabbi Eliézer ben Yaakov dit : il n'interdit jamais, jusqu'à ce que deux Israélites s'interdisent l'un à l'autre. Le Beit Yossef rapporte la décision : « ובגמרא אמרינן דהלכה כר׳ אליעזר בן יעקב דאמר לעולם אינו אוסר עד שיהו שני ישראלים אוסרים זה על זה ואע״ג דאיכא התם מאן דפליג ואמר דלא דרשינן לה בפירקא כל הפוסקים פסקו דהלכה כראב״י » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — dans la guemara, on dit que la halakha est selon Rabbi Eliézer ben Yaakov, qui dit qu'il n'interdit jamais jusqu'à ce que deux Israélites s'interdisent l'un à l'autre ; et bien qu'il y ait là quelqu'un qui conteste et dise qu'on ne l'enseigne pas dans la leçon publique, tous les décisionnaires ont tranché selon lui. Le séif א écrit ainsi.

יסוד — pourquoi le non-Juif interdit-il ? Abayé : « דְּכוּלֵּי עָלְמָא דִּירַת גּוֹי לֹא שְׁמָהּ דִּירָה, וְהָכָא בִּגְזֵירָה שֶׁמָּא יִלְמַד מִמַּעֲשָׂיו קָא מִיפַּלְגִי » (עירובין ס״ב ע״א) — pour tous, la demeure d'un non-Juif ne s'appelle pas une demeure ; ici, ils divergent sur le décret de crainte qu'il n'apprenne de ses actes. Puis : « רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב סָבַר: כֵּיוָן דְּגוֹי חָשׁוּד אַשְּׁפִיכוּת דָּמִים, תְּרֵי דִּשְׁכִיחִי דְּדָיְירִי — גְּזַרוּ בְּהוּ, חַד לָא שְׁכִיחַ — לָא גְּזַרוּ בֵּיהּ רַבָּנַן. וְרַבִּי מֵאִיר סָבַר: זִמְנִין דְּמִקְּרֵי וְדָיֵיר » (עירובין ס״ב ע״א) — Rabbi Eliézer ben Yaakov tient que, le non-Juif étant soupçonné de verser le sang, deux, qu'il est fréquent de voir habiter [avec lui], on a décrété pour eux ; un seul, ce n'est pas fréquent, et les Sages n'ont pas décrété pour lui ; Rabbi Méir tient qu'il arrive parfois qu'il habite [ainsi]. Et : « וַאֲמַרוּ רַבָּנַן: אֵין עֵירוּב מוֹעִיל בִּמְקוֹם גּוֹי, וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מוֹעִיל בִּמְקוֹם גּוֹי, עַד שֶׁיַּשְׂכִּיר. וְגוֹי לָא מוֹגַר » (עירובין ס״ב ע״א) — les Sages ont dit : ni l'érouv ni la renonciation au domaine ne servent là où est un non-Juif, jusqu'à ce qu'il loue ; et le non-Juif ne loue pas. Rachi explique ce que vise ce décret : « הטריחוהו והפסידוהו חכמים לישראל הדר עמו כדי שיקשה בעיניו ליתן שכר בכל שבת ושבת ויצא משם » (רש״י עירובין ס״ב ע״א) — les Sages ont imposé cette peine et cette perte à l'Israélite qui habite avec lui, pour qu'il lui soit pénible de donner un loyer chaque Chabbat et qu'il parte de là.

Renoncer en faveur d'un seul (séif ב). Des Israélites d'une ruelle où habitait un non-Juif qui refusait de louer vinrent trouver Abayé, qui leur dit : « זִילוּ בַּטִּילוּ רְשׁוּתַיְיכוּ לְגַבֵּי חַד, הָוֵה לֵיהּ יָחִיד בִּמְקוֹם גּוֹי, וְיָחִיד בִּמְקוֹם גּוֹי לָא אָסַר. אֲמַרוּ לֵיהּ: מִידֵּי הוּא טַעְמָא אֶלָּא דְּלָא שְׁכִיחַ דְּדָיְירִי, וְהָכָא הָא קָדָיְירִי! אֲמַר לְהוּ: כׇּל בַּטּוֹלֵי רְשׁוּתַיְיהוּ גַּבֵּי חַד, מִילְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא הִיא, וּמִילְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא, לָא גְּזַרוּ בַּהּ רַבָּנַן » (עירובין ס״ג ע״ב) — allez renoncer à vos domaines en faveur d'un seul : ce sera un seul [Israélite] là où est un non-Juif, et un seul là où est un non-Juif n'interdit pas ; ils lui objectèrent que la raison n'est que le fait qu'il n'est pas fréquent [qu'un seul] habite [avec lui], alors qu'ici ils y habitent ; il répondit que renoncer tous en faveur d'un seul n'est pas fréquent, et que pour ce qui n'est pas fréquent les Sages n'ont pas décrété. Rav Houna fils de Rav Yehochoua rapporta cet enseignement à Rava, qui dit : « אִם כֵּן, בִּיטַּלְתָּ תּוֹרַת עֵירוּב מֵאוֹתוֹ מָבוֹי » (עירובין ס״ד ע״א) — s'il en est ainsi, tu as aboli la loi de l'érouv de cette ruelle. La Michna Beroura, sur le séif ב : « דא״כ בטלת תורת עירוב מאותו מבוי שהרי לא יצטרכו לשכור כלל ויוכלו תמיד לבטל וישכח תורת עירוב » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק י״ג) — car alors la loi de l'érouv serait abolie de cette ruelle : on n'aurait jamais besoin de louer, on pourrait toujours renoncer, et la loi de l'érouv serait oubliée.

Deux cours côte à côte (séif ג). Le Biour Halakha, sur « וא״צ לשכור מהעכו״ם », rapporte que le Beit Yossef cite à la fin du siman un autre avis, au nom du Mordekhi, et que le séif tient ici selon le Roch, qui permet même par une ouverture. Le Mordekhi ajoute un second point : « אבל אם פתחיהם יוצאות למבוי אחת שאוסרים זה על זה במבוי עד שישכרו רשותו [וכגון דאיכא שתי חצרות של ישראל] בזה אסורים לטלטל מחצר לחצר בכל גווני אפילו דרך כותל למעלה » (ביאור הלכה שפ״ב) — mais si leurs ouvertures donnent sur une même ruelle, où ils s'interdisent l'un à l'autre jusqu'à ce qu'ils louent son domaine [par exemple s'il y a deux cours d'Israélites], il est interdit de transporter d'une cour à l'autre de toute façon, même par le haut du mur. Sur ce point, le Biour Halakha relève que, d'après le Gaon de Vilna (ס״ק ח), le séif parle d'un cas où ils s'interdisent la ruelle, et le Mehaber permet pourtant ; puis il écrit : « ומ״מ לדינא נראה דיש להחמיר בכגון זה עכ״פ להוציא דרך חלון שהוא למטה מעשרה ומכ״ש דרך פתח מאחר שהב״ח [והעתיקו גם הא״ר] והחכ״צ נוטים לדעת המרדכי בזה אפילו בחלון שהוא למעלה מי׳ » (ביאור הלכה שפ״ב) — toutefois, pour la halakha, il semble qu'il faille être strict dans un tel cas, du moins pour sortir par une fenêtre au-dessous de dix [tefa'him], et à plus forte raison par une ouverture, puisque le Ba'h [recopié aussi par l'Eliya Rabba] et le 'Hakham Tsvi inclinent ici vers l'avis du Mordekhi, même pour une fenêtre au-dessus de dix. Le texte du Rav sur ce séif est au niveau 4, point א. Cette page ne tranche pas : consulte ton Rav.

2. Une location faible, pour moins d'une perouta, et pendant Chabbat (séifim ד-ה)

Le séif ד se contente d'une location sans précision, sans explication et sans écrit. La guemara rapporte : « רַב חִסְדָּא אָמַר: שְׂכִירוּת בְּרִיאָה. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: שְׂכִירוּת רְעוּעָה » (עירובין ס״ב ע״א) — Rav 'Hisda dit : une location solide ; Rav Chéchet dit : une location faible ; et, après avoir écarté une autre explication, elle définit ces mots : « בְּרִיאָה — בְּמוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי, רְעוּעָה — בְּלָא מוּהְרְקֵי וָאבוּרְגָנֵי » (עירובין ס״ב ע״א) — solide, avec des מוהרקי et des אבורגני ; faible, sans eux (le Beit Yossef rapporte plusieurs explications de ces termes). Le Beit Yossef rapporte la décision : « וכתב הרא״ש דהלכה כדברי המיקל בעירוב » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — le Roch écrit que la halakha est selon celui qui est indulgent en matière d'érouv. Et la Michna Beroura, sur le séif ד : « דדי בשכירות חלושה ולא בעינן שכירות בריאה » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ) — une location faible suffit, on n'exige pas une location solide.

Pour moins que la valeur d'une perouta (séif ה), la guemara : « הֲווֹ יוֹדְעִין שֶׁשּׂוֹכְרִין מִן הַגּוֹי אֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה. וְאָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בֶּן נֹחַ נֶהֱרָג עַל פָּחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה, וְלֹא נִיתָּן לְהִשָּׁבוֹן » (עירובין ס״ב ע״א) — sachez qu'on loue auprès du non-Juif même pour moins que la valeur d'une perouta ; et Rabbi 'Hiya bar Abba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le descendant de Noa'h est mis à mort pour moins que la valeur d'une perouta, et [ce qu'il a pris] n'est pas sujet à restitution.

Louer pendant Chabbat (passage en petits caractères du séif ה). Des Sages arrivés dans une auberge dont le propriétaire non-Juif vint pendant Chabbat se demandèrent s'ils pouvaient louer auprès de lui : « שׂוֹכֵר כִּמְעָרֵב דָּמֵי — מָה מְעָרֵב מִבְּעוֹד יוֹם, אַף שׂוֹכֵר מִבְּעוֹד יוֹם. אוֹ דִילְמָא שׂוֹכֵר כִּמְבַטֵּל רְשׁוּת דָּמֵי, מָה מְבַטֵּל רְשׁוּת וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת, אַף שׂוֹכֵר וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת » (עירובין ס״ה ע״ב) — celui qui loue est-il comme celui qui fait l'érouv : comme l'érouv se fait de jour, la location aussi ? Ou est-il comme celui qui renonce à son domaine : comme la renonciation se fait même pendant Chabbat, la location aussi ? « רַבִּי חֲנִינָא בַּר יוֹסֵף אָמַר: נִשְׂכּוֹר, וְרַבִּי אַסִּי אָמַר: לֹא נִשְׂכּוֹר, אֲמַר לְהוּ רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: נִסְמוֹךְ עַל דִּבְרֵי זָקֵן וְנִשְׂכּוֹר » (עירובין ס״ה ע״ב) — Rabbi 'Hanina bar Yossef dit : louons ; Rabbi Assi dit : ne louons pas ; Rabbi 'Hiya bar Abba leur dit : appuyons-nous sur les paroles de l'ancien, et louons. Ils allèrent interroger Rabbi Yo'hanan, qui leur dit : « יָפֶה עֲשִׂיתֶם שֶׁשְּׂכַרְתֶּם » (עירובין ס״ו ע״א) — vous avez bien fait de louer. Les Sages de Nehardéa s'en étonnèrent : « וּמִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שׂוֹכֵר כִּמְעָרֵב דָּמֵי. מַאי לָאו: מָה מְעָרֵב מִבְּעוֹד יוֹם, אַף שׂוֹכֵר מִבְּעוֹד יוֹם! לָא, מָה מְעָרֵב וַאֲפִילּוּ בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה, אַף שׂוֹכֵר בְּפָחוֹת מִשָּׁוֶה פְּרוּטָה » (עירובין ס״ו ע״א) — Rabbi Yo'hanan a-t-il dit cela ? N'a-t-il pas dit : celui qui loue est comme celui qui fait l'érouv ; n'est-ce pas : comme l'érouv se fait de jour, la location aussi ? Non : comme l'érouv [sert] même pour moins que la valeur d'une perouta, la location aussi [sert] pour moins que la valeur d'une perouta ; et la guemara poursuit cette comparaison.

Sur ce passage du séif ה, le Taz : « דאין זה כמקח וממכר שאין זה אלא כמתנה להתיר טלטול בשבת » (ט״ז או״ח שפ״ב ס״ק ז) — ce n'est pas comme une vente, ce n'est que comme un don pour permettre le transport pendant Chabbat ; et la Michna Beroura : « שאינו שכירות ודאית אלא כביטול רשות והיכר בעלמא » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ב) — ce n'est pas une location certaine, mais comme une renonciation et un simple signe ; elle ajoute que, selon les décisionnaires, on lui donne un aliment ou un objet qu'il est permis de déplacer, mais que déplacer de l'argent est interdit ; et, renvoyant au siman 383, « דהעירוב נתבטל וצריכין לבטל רשותם לגבי אחד » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ב) — l'érouv est annulé, et ils doivent renoncer à leur domaine en faveur de l'un d'eux. Le texte du Rav, qui donne cette raison et écrit qu'acquérir un domaine pendant Chabbat reste interdit, est au niveau 4, point ב.

3. Le retour du non-Juif sur la location, et sa durée (séifim ו-ח)

Le séif ו : « כל זמן שאין העכו״ם חוזר בו מועיל השכירו׳ ואפילו לזמן מרובה » (שו״ע או״ח שפ״ב:ו) — tant que le non-Juif ne revient pas sur sa décision, la location sert, et même pour longtemps. Le Beit Yossef en donne la source : « כן כתבו המרדכי והרא״ש בר״פ הדר בשם ר״מ ז״ל » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — ainsi ont écrit le Mordekhi et le Roch, au début du chapitre הדר, au nom de ר״מ. Il écarte l'avis contraire : « ואע״פ שכתב בהגהת אשיר״י שם בשם א״ז דצריך להשכיר מן הכותי בכל שבת לא שבקינן כל הני רבוותא מקמי א״ז » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — bien que les Hagahot Acheri écrivent au nom de l'Or Zaroua qu'il faut louer auprès du non-Juif chaque Chabbat, on ne délaisse pas tous ces maîtres devant l'Or Zaroua ; il rattache cet avis à une parole de Rachi sur la peine de louer chaque veille de Chabbat, et rapporte que le Roch l'explique : on ne loue de nouveau que si le non-Juif est revenu sur la location.

La parenthèse du séif ו : « ואינו יכול לחזור משכירתו עד שיחזור הדמים » (שו״ע או״ח שפ״ב:ו) — il ne peut pas revenir sur sa location tant qu'il ne rend pas l'argent. Rachi, sur le Sadducéen de la michna : « וש״מ דאינו כנכרי דאי אגירו מיניה היכי מצי למהדר אע״ג דמפיק לא אסר דהא נקיט דמי » (רש״י עירובין ס״א ע״ב) — on en déduit qu'il n'est pas comme un non-Juif : si on avait loué auprès de lui, comment pourrait-il revenir ? Même s'il sortait [des objets], il n'interdirait pas, puisqu'il a pris de l'argent. Le Beit Yossef en tire : « דכל דנקט דמי אינו יכול לחזור משכירותו עד שיחזיר הדמים » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — tant qu'il a pris de l'argent, il ne peut revenir sur sa location qu'en rendant l'argent.

Pour quel Chabbat ? Et pendant la durée ? Les commentateurs divergent. Le Magen Avraham : « היינו כששכרו סתם וחזר בו קודם שבת ראשונה ואם החזיר בו משנכנס השבת שוב אינו יכול לחזור בו ואם שכרו לזמן אינו יכול לחזור בו עד כלות הזמן » (מגן אברהם שפ״ב ס״ק ו) — c'est quand on a loué sans précision et qu'il revient avant le premier Chabbat ; s'il החזיר בו une fois le Chabbat entré, il ne peut plus revenir [texte tel qu'imprimé ; le passage parallèle du Choulhan Aroukh HaRav, 382:9, parle ici des habitants qui ont pris possession (החזיקו) de la cour après l'entrée du Chabbat] ; et si on a loué pour une durée, il ne peut pas revenir avant la fin de la durée. Le Taz : « משמע מזה אפי׳ שכרו לזמן מצי למיהדר אפי׳ תוך הזמן אם נותן הדמים » (ט״ז או״ח שפ״ב ס״ק ח) — il en ressort que, même si on a loué pour une durée, il peut revenir même pendant la durée, s'il rend l'argent. La Michna Beroura : « מיירי ששכרו ממנו בסתם ולא פירש שום זמן דאי שכרו לזמן ידוע כשעבר הזמן צריך לשכור שנית בכל ענין כמבואר בסעיף שאח״ז וקודם שעבר הזמן אינו יכול לחזור בשום ענין » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ג) — [le séif] parle d'une location sans durée précisée ; si on a loué pour une durée fixée, quand la durée est passée il faut louer de nouveau dans tous les cas, comme au séif suivant, et avant que la durée soit passée il ne peut revenir en aucun cas ; « כיון שלא פירש זמן בשכירות מהני כ״ז שאינו חוזר העכו״ם בפירוש אבל אם רוצה הנכרי יכול לחזור בו מיד אחר שבת הראשונה ואוסר עליו דכיון שלא השכיר לו אלא בסתם יכול לומר לו לא כוונתי אלא על שבת אחת » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ד) — puisqu'il n'a pas précisé de durée, [la location] sert tant que le non-Juif ne revient pas expressément ; mais s'il le veut, il peut revenir aussitôt après le premier Chabbat et lui interdire, car, n'ayant loué que sans précision, il peut lui dire : je n'avais en vue qu'un seul Chabbat ; « ר״ל דמה שאמרנו דאחר שבת הראשונה יכול העכו״ם לחזור היינו דוקא כשמחזיר הדמים דאל״כ יכול הישראל לומר לו אנכי כונתי לשכור ממך על כמה שבתות וע״ד כן נתתי לך דמי השכירות ובכגון זה הקילו חכמים במקום עכו״ם שאינו יכול לאסור עליו והרבה חולקים ע״ז ולדבריהם יכול העכו״ם לחזור אחר שבת ראשונה אפילו בלא חזרת דמים דכיון דלא פירש לכמה שבתות יכול לומר לא כוונתי אלא על שבת אחת » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ה) — ce que nous avons dit, qu'après le premier Chabbat le non-Juif peut revenir, n'est vrai que s'il rend l'argent ; sinon, l'Israélite peut lui dire : j'avais en vue de louer de toi pour plusieurs Chabbatot, et c'est dans cette intention que je t'ai donné le loyer ; en pareil cas, les Sages ont été indulgents, là où il s'agit d'un non-Juif, [en disant] qu'il ne peut pas lui interdire ; et beaucoup contestent cela : selon eux, le non-Juif peut revenir après le premier Chabbat même sans rendre l'argent, car, n'ayant pas précisé pour combien de Chabbatot, il peut dire : je n'avais en vue qu'un seul Chabbat.

Le Biour Halakha : « יש בענין הזה מבוכה רבה בין המפרשים והמחוורת שבכולם היא שיטת הב״ח וא״ר [כי כמה אחרונים עומדים בשיטתם] דכשהשכירו לזמן קצוב אינו יכול לחזור באמצע הזמן וכדמוכח מסי״ד וכ״כ בתמים דעים דקודם הזמן שקצב אינו יכול לחזור ואפילו אם יחזיר לו הדמים » (ביאור הלכה שפ״ב) — il y a sur ce sujet une grande confusion entre les commentateurs ; la plus claire de toutes est la position du Ba'h et de l'Eliya Rabba [car plusieurs A'haronim s'y tiennent] : quand il a loué pour une durée fixée, il ne peut pas revenir au milieu de la durée, comme il ressort du séif יד ; et ainsi écrit le Tamim Déïm : avant la durée qu'il a fixée, il ne peut pas revenir, même s'il lui rend l'argent. Sur les mots de Rachi, il rapporte que des A'haronim ont déjà écrit qu'il n'y a là aucune preuve : « דאין כונת רש״י במה שכתב דנקט דמי מפני שהמעות בידו אלא הכונה שהרי לקח דמים וממילא נקנה הרשות לשוכר » (ביאור הלכה שפ״ב) — l'intention de Rachi, quand il écrit il a pris de l'argent, n'est pas que l'argent est entre ses mains, mais : puisqu'il a pris de l'argent, le domaine est par là acquis au locataire. Et il conclut : « אכן בהשכירו סתם דעת הפוסקים שאחר שבת ראשונה יכול לחזור שיכול העכו״ם לומר לא השכרתיך אלא על שבת אחת אמנם כ״ז שלא חזר עומד השכירות בתקפו ובזה מיירי השו״ע » (ביאור הלכה שפ״ב) — mais quand il a loué sans précision, l'avis des décisionnaires est qu'après le premier Chabbat il peut revenir, car le non-Juif peut dire : je ne t'ai loué que pour un seul Chabbat ; toutefois, tant qu'il n'est pas revenu, la location tient dans toute sa force, et c'est de cela que parle le Choulhan Aroukh.

Le texte du Rav sur ces questions est au niveau 4, point ג. Cette page ne tranche pas : consulte ton Rav.

La mort ou la vente pendant la durée (séifim ז-ח). Sur le séif ז, le Taz : « נראה לי דאם שוכרין מעכו״ם ומת והניח יורש אין מועיל מה ששכרו מן המוריש דאז נתבטל כח השכירו׳ דהא אפי׳ בחייו מצי למיהדר ביה אם ירצה » (ט״ז או״ח שפ״ב ס״ק ט) — il me semble que, si on loue auprès d'un non-Juif et qu'il meurt en laissant un héritier, ce qu'on a loué auprès de celui dont il hérite ne sert pas, car alors la force de la location s'annule, puisque même de son vivant il pouvait revenir s'il le voulait. La Michna Beroura : « וזהו לשיטתו לעיל שכתב בס״ו דאפילו בתוך זמן יכול לחזור אבל לפי מה שהסכימו האחרונים שם דבתוך הזמן אינו יכול לחזור בשום ענין א״כ אפילו מת לא נתבטל השכירות ואפילו היורש עומד ומוחה וכ״כ הא״ר ועוד הרבה אחרונים מיהו בשכר ממנו סתם ומת מסתברא דנתבטל ממילא השכירות וכדברי הט״ז » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ו) — c'est selon sa position, puisqu'il a écrit plus haut, au séif ו, que même pendant la durée il peut revenir ; mais selon ce que les A'haronim ont admis là, que pendant la durée il ne peut revenir en aucun cas, même s'il meurt la location n'est pas annulée, même si l'héritier proteste ; ainsi écrit l'Eliya Rabba, et beaucoup d'autres A'haronim ; toutefois, si on a loué de lui sans précision et qu'il meurt, il est raisonnable que la location s'annule d'elle-même, selon les paroles du Taz. Sur le séif ח : « וה״ה אם מכר לאחר והטעם דשכירות ליומא נמי ממכר הוא ואין יכול למכור הזכות שנתן כבר לאחר ויש מחמירין במכר » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק כ״ט) — de même s'il a vendu à un autre ; la raison : la location pour un jour est aussi une vente, et il ne peut pas vendre le droit qu'il a déjà donné à un autre ; et certains sont stricts pour la vente. Le texte du Rav sur ces deux cas est au niveau 4, point ד.

4. Sa femme, son salarié et son journalier (séif יא)

Le séif יא : on loue auprès de sa femme, de son salarié ou de son journalier, même s'il proteste. La guemara compare celui qui loue à celui qui fait l'érouv : « וּמָה מְעָרֵב אֲפִילּוּ שְׂכִירוֹ וּלְקִיטוֹ, אַף שׂוֹכֵר אֲפִילּוּ שְׂכִירוֹ וּלְקִיטוֹ » (עירובין ס״ו ע״א) — comme pour celui qui fait l'érouv [cela sert] même [par] son salarié ou son journalier, pour celui qui loue aussi, même [auprès de] son salarié ou son journalier. Pour la femme, le Beit Yossef rapporte le Mordekhi : « וכתב המרדכי בר״פ הדר ונראה דשוכרין מאשתו של כותי או מא׳ מבני ביתו דהא אמרינן בפרק חלון (עירובין פ.) בעובדא דטורזינא דשוכרין מאשתו » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — il semble qu'on loue auprès de la femme du non-Juif ou de l'un des gens de sa maison, car on dit au chapitre חלון, dans l'épisode de טורזינא, qu'on loue auprès de sa femme ; et la Rachba : « וכ״כ הרשב״א בתשובה אפילו בקשו ממנו לשכור ולא רצה שוכרין מאשתו ואפילו משכירו ולקיטו וכמעשה דטורזינא ושלא מדעתו ואפילו מוחה קאמר » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — même si on lui a demandé de louer et qu'il n'a pas voulu, on loue auprès de sa femme, et même auprès de son salarié ou journalier ; et l'épisode de טורזינא s'entend [d'une location faite] sans qu'il le sache, et même s'il proteste.

Si le maître de maison proteste. Le Taz : « מו״ח ז״ל כת׳ שחילק בזה בין אשתו לשכירו ולקיטו ולא מהני בשכירו ולקיטו מוחה ואנו אין לנו אלא כמ״ש כאן ע״פ הרשב״א » (ט״ז או״ח שפ״ב ס״ק י״ג) — mon beau-père [le Ba'h] a écrit en distinguant ici entre sa femme et son salarié ou journalier : auprès de son salarié ou journalier, cela ne sert pas s'il proteste ; et nous n'avons que ce qui est écrit ici, d'après la Rachba. La Michna Beroura : « כיון דמעיקר הדין אין דירתו אוסרת אלא כדי שלא ילמוד ממעשיו הקילו בה להיות אפילו שכירו נחשב לענין זה כבעה״ב וכתב הגר״א בביאורו דזהו רק לדעה הראשונה שבסימן שס״ז אבל לדעת י״א שם גם באשתו אינו יכול לשכור ממנה אם הבעל מוחה בה בפירוש שלא תשכיר » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק ל״ד) — puisque, en droit strict, sa demeure n'interdit que pour qu'on n'apprenne pas de ses actes, on a été indulgent, au point que même son salarié est compté à cet égard comme le maître de maison ; et le Gaon de Vilna écrit dans son Biour que ce n'est que selon le premier avis du siman 367 ; mais selon l'avis introduit là-bas par certains disent, même auprès de sa femme on ne peut pas louer si le mari lui a expressément interdit de louer. Le Biour Halakha renvoie à l'Etsei Almogim, qui écrit : « דבעינן דוקא שיהיה לו לשכירו ולקיטו רשות להשתמש בביתו או בחצרו הא לא״ה לא » (ביאור הלכה שפ״ב) — il faut précisément que son salarié ou journalier ait le droit de se servir de sa maison ou de sa cour ; sinon, non.

5. Celui qui se rapproche du non-Juif : deux avis (séif יב)

Le séif יב vient de la suite de l'épisode de la section 1. Rava : « לֵיזִיל חַד מִינַּיְיהוּ, לִיקְרַב לֵיהּ, וְלִשְׁאוֹל מִינֵּיהּ דּוּכְתָּא וְלַינַּח בֵּיהּ מִידֵּי, דְּהָוֵה לֵיהּ כִּשְׂכִירוֹ וּלְקִיטוֹ, וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: אֲפִילּוּ שְׂכִירוֹ וַאֲפִילּוּ לְקִיטוֹ — נוֹתֵן עֵירוּבוֹ וְדַיּוֹ » (עירובין ס״ד ע״א) — que l'un d'eux aille se rapprocher [du non-Juif], qu'il lui demande en prêt une place et y dépose quelque chose : il sera comme son salarié ou journalier ; et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : même son salarié et même son journalier donne son érouv, et cela suffit. Rachi : « ישתדל עם הנכרי עד שיהא אוהבו וישאיל לו הנכרי מקום בחצירו לאתנוחי ביה מידי » (רש״י עירובין ס״ד ע״א) — qu'il s'efforce auprès du non-Juif jusqu'à devenir son ami, et que le non-Juif lui prête une place dans sa cour pour y déposer quelque chose ; et sur les mots de Chmouel : « של נכרי אם ישראל הוא נותן עירובו עם בני מבוי ודיו » (רש״י עירובין ס״ד ע״א) — [le salarié] du non-Juif, s'il est Israélite, donne son érouv avec les habitants de la ruelle, et cela suffit.

Louer, ou donner son érouv ? Le Beit Yossef rapporte la lecture de Rachi : « ופירש״י עוד אפי׳ שכירו ולקיטו של כותי אם ישראל הוא נותן עירובו עם בני מבוי ודיו וכך הם דברי רבינו ורבינו ירוחם » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — Rachi explique encore que même le salarié ou journalier du non-Juif, s'il est Israélite, donne son érouv avec les habitants de la ruelle, et cela suffit ; et ce sont les paroles de notre maître [le Tour] et de Rabbénou Yerou'ham. Le Tour : « וזה תקנתם שאחד מבני החצר יתקרב אליו עד שישאיל לו שום מקום ברשותו ליתן בו שום דבר ונמצא זה כאילו הוא שכירו או לקיטו ודר עמו בביתו ונותן עירוב בשבילו ודיו » (טור או״ח שפ״ב) — voici leur remède : l'un des habitants de la cour se rapproche de lui jusqu'à ce qu'il lui prête une place dans son domaine pour y mettre quelque chose ; il se trouve alors comme son salarié ou son journalier, habitant avec lui dans sa maison ; il donne l'érouv pour lui, et cela suffit. Et celle du Rambam : « אבל הרמב״ם כתב בפ״ב מה״ע ואפילו היה שכירו או שמשו ישראל ה״ז משכיר שלא לדעתו שאל מן הכותי מקום להניח בו חפציו והשאילו הרי נשתתף עמו ברשותו ומשכיר שלא לדעתו » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — mais le Rambam écrit au chapitre 2 des lois de l'érouv : même s'il était son salarié ou son serviteur israélite, il loue sans qu'il le sache ; s'il a demandé au non-Juif une place pour y déposer ses affaires et que celui-ci la lui a prêtée, il s'est associé avec lui dans son domaine, et il loue sans qu'il le sache. Le premier avis du séif יב écrit « ומשכיר שלא מדעת העכו״ם » (שו״ע או״ח שפ״ב:יב) — et il loue sans que le non-Juif le sache ; le second, « ויש אומרים שאינו צריך להשכיר אלא נותן עירובו ודיו » (שו״ע או״ח שפ״ב:יב) — et certains disent qu'il n'a pas besoin de louer, mais qu'il donne son érouv, et cela suffit.

La Michna Beroura explique le premier avis : « אבל בלא שכירות לא יועיל דלא עדיף הישראל העומד במקומו ממנו » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק ל״ט) — mais sans location, cela ne servirait pas, car l'Israélite qui se tient à sa place ne vaut pas mieux que lui ; et le second : « ס״ל לדעה זו דל״ד שכירות מתיר בעכו״ם ה״ה שאלה וממילא שאילתו מועיל בעד כולם כמו בההיא דס״ט לענין שכירות וע״כ די במה שנותן בעירוב עם שאר בני החצר » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק מ) — cet avis tient que, de même que la location permet [le transport] là où il y a un non-Juif, le prêt aussi ; son prêt sert donc pour tous, comme au séif ט pour la location, et il suffit qu'il donne [sa part] à l'érouv avec les autres habitants de la cour. Puis : « ולכתחלה נכון לחוש לסברא הראשונה » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק מ״א) — a priori, il convient de tenir compte du premier avis. Le texte du Rav sur ce séif est au niveau 4, point ה.

6. Un Juif et un non-Juif, ou deux non-Juifs, dans une même maison (séif טו)

Le séif טו : « אם ישראל ועכו״ם דרים בבית א׳ צריך לשכור מהעכו״ם ולערב עם הישראל » (שו״ע או״ח שפ״ב:טו) — si un Juif et un non-Juif habitent une même maison, il faut louer auprès du non-Juif et faire l'érouv avec le Juif. Le Beit Yossef rapporte une parole de Rabbi Yo'hanan au Yerouchalmi, que les Tossafot opposent à la règle du salarié : « ישראל וכותי שהיו דרים בבית אחד צריך ישראל לבטל והכותי להשכיר » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — un Israélite et un non-Juif qui habitaient une même maison : l'Israélite doit renoncer et le non-Juif louer ; et leurs deux réponses : « וי״ל דהתם ששניהם שותפין בבית ישראל וכותי דלא הוי כשכירו ולקיטו דהכא ועוד יש לחלק דאם ייחד הכותי לישראל שהוא שכירו ולקיטו חדר אחד שלא יוכל הכותי להשתמש בו דהוי השתא הכותי מסולק מישראל ואין יכול לסלק הישראל בכה״ג לא אמרי׳ נותן עירובו ודיו » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — là, les deux, l'Israélite et le non-Juif, sont associés dans la maison, et [l'Israélite] n'est pas comme le salarié ou journalier d'ici ; et l'on peut encore distinguer : si le non-Juif a assigné à l'Israélite, son salarié ou journalier, une chambre dont le non-Juif ne peut pas se servir, le non-Juif est alors écarté de l'Israélite et ne peut pas écarter l'Israélite, et en pareil cas on ne dit pas qu'il donne son érouv et que cela suffit. Sur les mots du Tour chacun a sa demeure à part, le Beit Yossef écrit : « ומ״ש שלכל אחד דירתו בפני עצמו הוא כתירוץ שני דתוספות » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — c'est selon la seconde réponse des Tossafot.

La glose du Rama. « אם יש לכל א׳ דירה בפני עצמו וה״ה שני (עכו״ם) הדרים בכה״ג בבית אחד צריך לשכור (משניהם) » (רמ״א או״ח שפ״ב:טו) — si chacun y a une demeure à part ; et de même deux (non-Juifs) qui habitent ainsi dans une même maison : il faut louer (auprès des deux). Pour les non-Juifs, le Beit Yossef rapporte les Hagahot Acheri : « אם יש מבעלי בתים כותים אפילו י׳ ודרים כולם עמו בבית צריך למיגר מכולהו » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — s'il y a [parmi] les maîtres de maison des non-Juifs, même dix, qui habitent tous avec lui dans la maison, il faut louer auprès de tous ; et il en tire : « ומשמע דאם ב׳ כותים דרים בבית א׳ דינם שוה לישראל וכותי הדרים בבית וצריך לשכור משניהם » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — il en ressort que, si deux non-Juifs habitent une même maison, leur règle est celle d'un Juif et d'un non-Juif qui habitent la maison : il faut louer auprès des deux.

La Michna Beroura : « ר״ל בחדרים מיוחדים לכל א׳ הא אי דרים בשותפות בכל הבית או אפי׳ מחולקים בכל הבית רק בחדר אחד יש רשות לשניהם להשתמש בו אין צריך לשכור רק מאחד מהם וכדלעיל בסי״ג. והרבה פוסקים חולקים אדברי רמ״א ולדידהו אפי׳ משתמשים ביחד בכל החדרים לא מיקרי ישראל שכיר ולקיט וצריך לשכור מן העכו״ם דוקא וכן בסיפא בשני עכו״ם נמי צריך לשכור משניהם דוקא והטעם דלא תקנו חכמים דיהיה ידו כיד בעה״ב אלא בשכיר ולקיט דנגרר אחריו אבל לא בשותפים שכח כל אחד מהם שוה בבית ואין כל אחד טפל לחבירו » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק נ״א) — c'est-à-dire dans des chambres réservées à chacun ; mais s'ils habitent en association dans toute la maison, ou même s'ils se partagent toute la maison mais qu'une chambre est ouverte à l'usage des deux, il ne faut louer qu'auprès de l'un d'eux, comme plus haut au séif יג ; et beaucoup de décisionnaires contestent les paroles du Rama : selon eux, même s'ils se servent ensemble de toutes les chambres, l'Israélite n'est pas appelé salarié ou journalier, et il faut louer auprès du non-Juif précisément ; de même, à la fin [de la glose], pour deux non-Juifs, il faut louer auprès des deux précisément ; la raison : les Sages n'ont institué que sa main soit comme celle du maître de maison que pour le salarié ou journalier, qui est à sa suite, et non pour des associés, dont la force dans la maison est égale, aucun n'étant l'accessoire de l'autre. Le Biour Halakha : « ונראה דאין להחמיר בזה כ״א לענין בע״כ » (ביאור הלכה שפ״ב) — il semble qu'il n'y ait lieu d'être strict en cela que pour [une location faite] contre le gré [de l'autre] ; quand on loue auprès de l'un sans que l'autre le sache, il est raisonnable, écrit-il, que l'autre, dont la force est égale, consente en règle générale à ce que fait son associé.

Le Choulhan Aroukh HaRav traite de ces cas à son séif 16 : voir le niveau 4.

7. Deux cours, l'une dans l'autre (séif יז)

Le séif יז vient de plusieurs enseignements. Rav Yehouda au nom de Rav : « יִשְׂרָאֵל וְגוֹי בַּפְּנִימִית, וְיִשְׂרָאֵל בַּחִיצוֹנָה. בָּא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי רַבִּי, וְאָסַר, וְלִפְנֵי רַבִּי חִיָּיא, וְאָסַר » (עירובין ס״ה ע״ב) — un Israélite et un non-Juif dans l'intérieure, et un Israélite dans l'extérieure : le cas vint devant Rabbi, et il interdit ; devant Rabbi 'Hiya, et il interdit. Après la discussion, Rav Houna fils de Rav Yehochoua l'établit ainsi : « לְעוֹלָם כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, וּכְרַבִּי עֲקִיבָא, וְהָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן? כְּגוֹן שֶׁעֵירְבוּ, וְטַעְמָא דְּאִיכָּא גּוֹי דַּאֲסִיר, אֲבָל לֵיכָּא גּוֹי לָא אֲסִיר » (עירובין ס״ה ע״ב) — en réalité, selon Rabbi Eliézer ben Yaakov et selon Rabbi Akiva ; de quoi s'agit-il ici ? Du cas où ils ont fait l'érouv, et la raison [de l'interdit] est qu'il y a un non-Juif ; sans non-Juif, il n'y aurait pas d'interdit. On avait demandé à Rav ce qu'il en est de celui de l'intérieure, à sa place : « פְּנִימִי בִּמְקוֹמוֹ מַהוּ? וְאָמַר לָהֶן: מוּתָּר » (עירובין ס״ה ע״ב) — il leur dit : c'est permis. Pour le cas inverse, « בְּעָא מִינֵּיהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר מֵרַב: יִשְׂרָאֵל וְגוֹי בַּחִיצוֹנָה וְיִשְׂרָאֵל בַּפְּנִימִית מַהוּ » (עירובין ס״ה ע״ב) — Rabbi Eliézer demanda à Rav : un Israélite et un non-Juif dans l'extérieure, et un Israélite dans l'intérieure, qu'en est-il ? Et Rav répondit : « תֵּן לְחָכָם וְיֶחְכַּם עוֹד » (עירובין ס״ה ע״ב) — donne au sage, et il deviendra plus sage encore.

Pour le non-Juif dans l'intérieure, Rabbi Eléazar : « וְגוֹי הֲרֵי הוּא כְּרַבִּים. מַאי שְׁנָא יִשְׂרָאֵל דְּלָא אָסַר, דְּמַאן דְּיָדַע — יָדַע, וּמַאן דְּלָא יָדַע סָבַר: עָירוֹבֵי עָירֵב, גּוֹי נָמֵי, אָמְרִינַן: דְּיָדַע — יָדַע, דְּלָא יָדַע סָבַר: אֲגִירֵי אוֹגַר! סְתָם גּוֹי, אִי אִיתָא דְּאוֹגַר — מִיפְעָא פָּעֵי » (עירובין ע״ה ע״ב) — et le non-Juif est comme plusieurs. Pourquoi l'Israélite n'interdit-il pas ? Parce que qui sait, sait, et qui ne sait pas pense : il a fait l'érouv. Pour le non-Juif aussi, disons : qui sait, sait, et qui ne sait pas pense : il a loué ! Un non-Juif ordinaire, s'il avait loué, l'aurait fait savoir partout. Le Beit Yossef rapporte l'explication de Rachi : « אם דר כותי בפנימית וב׳ ישראלים בחיצונה אוסרת דריסת רגלו עליהן עד שישכור » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — si un non-Juif habite dans l'intérieure et deux Israélites dans l'extérieure, son droit de passage leur interdit, jusqu'à ce qu'on loue.

Un seul Israélite dans l'extérieure : le dernier avis du séif יז. Le Beit Yossef cite le Rambam au chapitre 4, puis écrit : « ואם היה כותי בפנימית הרי הוא כרבים ואוסר על החיצונה עד שישכרו מקומו נראה מדבריו שאפילו ביחיד בחיצונה אוסר » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — s'il y avait un non-Juif dans l'intérieure, il est comme plusieurs et interdit l'extérieure jusqu'à ce qu'on loue sa place ; il ressort de ses paroles que, même avec un seul [Israélite] dans l'extérieure, il interdit. Le Magen Avraham : « זה דקדק הרב״י מלשון הרמב״ם פ״ד ול״נ דא״א לו׳ כן » (מגן אברהם שפ״ב ס״ק י״ד) — c'est ce que le Beit Yossef a déduit de la formulation du Rambam au chapitre 4 ; et il me semble qu'il est impossible de le dire ; après ses preuves, il conclut : « לכן נ״ל דהרמב״ם קאי כששני׳ בחיצונ׳ אלא שסתם כמנהגו » (מגן אברהם שפ״ב ס״ק י״ד) — c'est pourquoi il me semble que le Rambam parle du cas où deux sont dans l'extérieure, mais qu'il a écrit sans préciser, selon son habitude. Le Taz : « והא דכ׳ כאן בש״ע ויש מי שאומר שאפי׳ עכו״ם בפנימית כו׳ אזיל לשיטתיה לדעת הרמב״ם ואינו כן וליכא מאן דס״ל הכי כנלע״ד פשוט » (ט״ז או״ח שפ״ב ס״ק י״ח) — ce qui est écrit ici dans le Choulhan Aroukh, et il y a quelqu'un qui dit que même un non-Juif dans l'intérieure…, suit sa propre lecture de l'avis du Rambam, et il n'en est pas ainsi ; et personne ne tient cela, me semble-t-il, c'est évident. La Michna Beroura : « דאע״ג דבכל מקום ישראל אחד עם עכו״ם אינו אסור אפילו אם דרים בחצר אחד ס״ל דהכא גרע טפי דבחצר שהוא לפנים מחצר לאו כו״ע ידעי מי ומי דר בו ויחשבו כי דרים בו גם ישראל מלבד עכו״ם וכי חזו דמטלטלי בחיצון אתו למימר דשרי בלי שכירות במקום עכו״ם ומ״מ להלכה לא נקטינן כן כי הרבה אחרונים דחו זה מהלכה » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק נ״ט) — bien que partout un seul Israélite avec un non-Juif ne soit pas interdit, même s'ils habitent une même cour, [cet avis] tient qu'ici c'est plus grave : d'une cour qui est à l'intérieur d'une autre, tout le monde ne sait pas qui y habite ; on penserait qu'y habite aussi un Israélite, outre le non-Juif, et, voyant qu'on transporte dans l'extérieure, on en viendrait à dire que c'est permis sans location là où est un non-Juif ; néanmoins, pour la halakha, nous ne retenons pas cela, car beaucoup d'A'haronim l'ont écarté de la halakha.

Sur les deux premiers cas du séif, le Biour Halakha : « עיין במג״א שהביא בשם הגהת אשר״י שמקיל בשני אופנים הראשונים לדידן דקיי״ל רגל המותרת במקומה אינה אוסרת שלא במקומה » (ביאור הלכה שפ״ב) — vois le Magen Avraham, qui rapporte au nom des Hagahot Acheri [un avis] indulgent dans les deux premiers cas, pour nous qui tenons que le passage permis à sa place n'interdit pas hors de sa place ; il rapporte ensuite des Richonim qui sont stricts, et conclut : « וע״כ קשה להקל בזה » (ביאור הלכה שפ״ב) — c'est pourquoi il est difficile d'être indulgent en cela.

Le texte du Rav sur ce séif est au niveau 4, point ו.

8. Par les fenêtres, ou par une ouverture (séif יט)

Le séif יט vient de Rav : « מָבוֹי שֶׁצִּידּוֹ אֶחָד גּוֹי וְצִידּוֹ אֶחָד יִשְׂרָאֵל — אֵין מְעָרְבִין אוֹתוֹ דֶּרֶךְ חַלּוֹנוֹת לְהַתִּירוֹ דֶּרֶךְ פְּתָחִים לַמָּבוֹי. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: אָמַר רַב אֲפִילּוּ בְּחָצֵר? אֲמַר לֵיהּ: אִין » (עירובין ע״ד ע״ב) — une ruelle dont un côté est à un non-Juif et un côté à un Israélite : on ne fait pas l'érouv par les fenêtres pour la permettre par les portes vers la ruelle ; Abayé demanda à Rav Yossef : Rav l'a-t-il dit même pour une cour ? Il répondit : oui. La guemara en donne la raison : « הַשְׁתָּא דְּאָמַר רַב אֲפִילּוּ חָצֵר, טַעְמָא דְּרַב דְּקָא סָבַר אָסוּר לַעֲשׂוֹת יָחִיד בִּמְקוֹם גּוֹי » (עירובין ע״ה ע״א) — maintenant que Rav a dit même une cour, la raison de Rav est qu'il tient qu'il est interdit de faire un [Israélite] seul là où est un non-Juif.

Et par une ouverture ? Rachi : « להכי נקט חלונות שאין דרך בני אדם לעשות פתחים גדולים מבית לבית » (רש״י עירובין ע״ד ע״ב) — il a mentionné les fenêtres parce que les gens n'ont pas l'habitude de faire de grandes ouvertures d'une maison à l'autre. Le Beit Yossef en tire : « ומשמע שאם היה פתח פתוח מבית לבית ה״נ דאין מערבין דרך הפתח » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — il en ressort que, s'il y avait une ouverture d'une maison à l'autre, on ne ferait pas non plus l'érouv par l'ouverture. Il rapporte l'autre lecture : « אבל התוס׳ והרא״ש כתבו בשם ר״י דכיון דמסיק בגמרא דטעמא משום דאסור לעשות יחיד במקום כותי כלומר שאסור לעשות סיוע ליחיד וכו׳ לפיכך לא יערבו אלו עמו ולא ישתמשו עמו במבוי כדי שיהא יחידי וכו׳ א״כ דוקא נקט חלונות משום דכי לא מערבי בהדי הדדי מירתת ישראל ולא דייר בהדי כותי וכי מערבין אהדדי לא מירתת אבל דרך פתחים כיון דאפילו לא מערבי שכיח דדייר ולא מירתת דכיון שיש פתח ביניהם נראה לו כאילו דר עמו בביתו שרי לערב בהדיה כיון דבלאו עירוב נמי שכיח דדייר » (בית יוסף או״ח שפ״ב) — mais les Tossafot et le Roch écrivent au nom du Ri : puisque la guemara conclut que la raison est qu'il est interdit de faire un [Israélite] seul là où est un non-Juif, c'est-à-dire qu'il est interdit d'aider celui qui est seul…, ceux-ci ne feront donc pas l'érouv avec lui et ne se serviront pas avec lui de la ruelle, pour qu'il reste seul… ; s'il en est ainsi, le mot fenêtres est précis : quand ils ne font pas l'érouv ensemble, l'Israélite craint et n'habite pas avec le non-Juif, et quand ils font l'érouv ensemble, il ne craint pas ; mais par des ouvertures, puisque, même sans érouv, il est fréquent qu'il habite [là] sans crainte, car, l'ouverture étant entre eux, il lui semble habiter avec lui dans sa maison, il est permis de faire l'érouv avec lui, puisque même sans érouv il est fréquent qu'il habite [là]. Le Tour : « אבל אם פתח פתוח ביניהן מותר לר״י ולרש״י אף אם פתח פתוח ביניהן אסור » (טור או״ח שפ״ב) — mais s'il y a une ouverture entre elles, c'est permis selon le Ri ; et selon Rachi, même s'il y a une ouverture entre elles, c'est interdit. Le séif יט écrit la permission, puis rapporte l'avis qui interdit même avec une ouverture.

La Michna Beroura explique la permission : « דאפי׳ בלא עירוב לא מסתפי ישראל לדור כאן יחידי שהרי הישראל מצוי תדיר כאן דרך פתחו ולהכי לא גזרו בזה שלא יהני עירובו » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק ס״ח) — même sans érouv, l'Israélite ne craint pas d'habiter là seul, puisque l'[autre] Israélite y est toujours présent par son ouverture ; c'est pourquoi on n'a pas décrété ici que son érouv ne serve pas ; et sur le second avis : « ויש להחמיר כדעה זו ועיין ביאור הלכה » (משנה ברורה שפ״ב ס״ק ס״ט) — il y a lieu d'être strict selon cet avis ; et vois le Biour Halakha. Le texte du Rav sur ce séif est au niveau 4, point ז. Cette page ne tranche pas : consulte ton Rav.

9. Récapitulatif des chitot et conclusion halakhique

Le fondement — la demeure d'un non-Juif n'est pas une demeure ; elle interdit par décret, pour qu'on n'apprenne pas de ses actes, et le remède est la location de son domaine :

Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav ; l'usage de la communauté compte aussi.


Pour aller plus loin

Niveau 3 — Synthèse : récapitulatif structuré, repères mnémotechniques, arbres de décision et règles pratiques.
Niveau 4 — Daat HaRav : la chita de l'Admour HaZaken (Choulhan Aroukh HaRav, 23 séifim sur ce siman dans le texte que sert Sefaria).

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DAAT · Rav Yossef Haim Samama

Siman שפ״ב · Niveau 2 — Lamdan
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