Louer un bien à un non-juif qui l'exploite le Shabbat dépend de la coutume du métier (Choulhan Aroukh, Siman 243). Champ ou moulin (habituellement en métayage) sont permis car le non-juif travaille pour sa part ; bain public ou four (habituellement tenus par un salarié à la journée) sont interdits à cause de מראית עין.
Plusieurs cas lèvent l'interdit (location publiquement connue, bien privé) ; pour un cas concret, consulter son Rav.
Le Choulhan Aroukh (Siman 243) tranche selon la coutume du métier. Un champ (שדה) ou un moulin (רחיים) — habituellement exploités en métayage — peuvent être confiés à un non-juif : il travaille pour sa propre part (אדעתיה דנפשיה), donc pas d'apparence trompeuse. Un bain public (מרחץ) ou un four (תנור) — habituellement tenus par un employé à la journée — sont interdits, car les passants croiraient que le Juif fait travailler son ouvrier le Shabbat (מראית עין). Cet interdit se lève dans plusieurs cas (location publiquement connue, bien privé…). Pour un cas concret — demande à ton Rav.
Vous possédez un bien qui produit du revenu en continu — un bain public, un champ, une boulangerie, un moulin. Un non-juif l'exploite… y compris le Shabbat. Est-ce permis ? Le Choulhan Aroukh consacre un siman entier à cette question, le Siman 243 des Hilkhot Shabbat. Et la réponse, étonnamment, ne dépend pas tant du bien que de la manière dont on le confie — et de ce que les gens vont penser.
Le cas de départ : le bain (Seif Alef)
לֹא יַשְׂכִּיר אָדָם מֶרְחָץ שֶׁלּוֹ לְגוֹי, מִפְּנֵי שֶׁנִּקְרֵאת עַל שְׁמוֹ וְגוֹי זֶה עוֹשֶׂה מְלָאכָה בּוֹ בְּשַׁבָּת, דִּסְתַם מֶרְחָץ לָאו לַאֲרִיסוּתָא.
« On ne loue pas son bain public à un non-juif, parce qu'il est appelé à son nom [du Juif] et que ce non-juif y travaille le Shabbat — car habituellement, un bain ne se confie pas en métayage. »
Trois raisons se combinent : le bain est connu comme appartenant au Juif ; le non-juif y travaille le Shabbat (chauffer l'eau, nettoyer) ; et surtout, la coutume d'un bain n'est pas le métayage mais le salaire fixe — d'où le problème d'apparence. (Source : Choulhan Aroukh, Orah Haïm 243:1.)
Pourquoi un champ, oui — un bain, non ?
Tout le siman repose sur un seul critère : la coutume habituelle du métier.
Lorsque le non-juif a un intérêt personnel à travailler (il prend une part de la récolte, ou il a un forfait à finir), on considère qu'il travaille pour son propre compte, et non comme l'émissaire du Juif. Le travail du Shabbat ne « retombe » donc pas sur le Juif.
- Champ (שדה) : la coutume est le métayage (אריסות). Tout le monde le sait → le non-juif travaille pour sa part → pas d'apparence trompeuse. Permis.
- Bain (מרחץ) : la coutume est l'emploi à la journée. Voir un non-juif y œuvrer le Shabbat fait croire qu'il est l'ouvrier du Juif → מראית עין → interdit, même en forfait.
Les 4 manières de confier un bien
| Type | Mécanique | Statut de principe |
|---|---|---|
| שכיר יום salaire journalier | Le non-juif est l'employé direct ; les revenus sont au Juif | 🔴 Interdit toujours (c'est l'אמירה לגוי typique) |
| קבלנות forfait | Prix global pour un ouvrage ; le non-juif choisit ses jours | 🟢 Permis en principe — 🔴 sauf si la coutume est le journalier (bain, four) |
| השכרת קרקע location pure | Le Juif loue le bien pour un prix fixe ; le non-juif garde les revenus | 🟢 Permis — 🔴 sauf mar'it ayin (bain) |
| אריסות métayage | Le non-juif partage la récolte (1/3, 1/4…) | 🟢 Permis — il a un intérêt propre à travailler |
Le Rama : four et moulin
וְתַנּוּר דִּינוֹ כַּמֶּרְחָץ, וְרֵחַיִם דִּינָם כְּשָׂדֶה.
« Un four (תנור) — sa loi est comme celle du bain ; et un moulin (רחיים) — sa loi est comme celle du champ. »
Autrement dit : le four = bain → 🔴 interdit (coutume du journalier) ; le moulin = champ → 🟢 permis (coutume du forfait/métayage). La règle qui décide reste, partout, la coutume du métier dans la région.
Quand le bain redevient permis (Seif Beit)
Le Seif Alef pose une règle générale ; le Seif Beit montre qu'elle n'est pas absolue. Dès que la confusion (מראית עין) disparaît, la location redevient possible. Parmi les cas dégagés par les commentateurs :
- Location publiquement connue : le bien a été loué ouvertement deux ou trois années de suite → tout le monde sait que c'est une location, pas un emploi.
- Bain privé (dans une habitation) : seuls les voisins l'utilisent et savent qu'il est loué → pas de soupçon (glose du Rama).
- Bien non possédé : le Juif a lui-même loué le bien d'un non-juif et le sous-loue → il n'est pas « appelé à son nom ».
- Forfait absorbant (בהבלעה) : le salaire du Shabbat est englobé dans l'ensemble du contrat, pas isolé.
Application moderne
On retrouve directement ce cadre dans des situations d'aujourd'hui — toujours à examiner avec un Rav :
- Un commerce avec employé non-juif : payé à la journée → problème ; en forfait / commission selon la coutume du métier → à étudier.
- Une boulangerie (four = bain) : interdit même en forfait ; la solution évoquée est de louer entièrement l'établissement au boulanger.
- Une station-service : la pratique courante est de louer l'ensemble à un non-juif pour le Shabbat (héter mékhira spécifique).
Cet article présente ce que dit la source à des fins d'étude. Il ne tranche aucun cas pratique. Pour savoir si ta location, ton commerce ou ton bien est permis — selon le type de contrat, la coutume du métier et l'usage de ta communauté — consulte ton Rav.
Questions fréquentes
Pourquoi le champ est permis et le bain interdit ?
Tout dépend de la coutume du métier. Pour un champ, la coutume est le métayage — le non-juif travaille pour sa part, donc pour lui-même. Pour un bain, la coutume est l'emploi à la journée : voir un non-juif y œuvrer le Shabbat fait croire qu'il est l'ouvrier du Juif (מראית עין). Pour un cas concret, consulte ton Rav.
Qu'est-ce que la mar'it ayin ?
C'est l'interdit d'une action qui, bien que permise, ressemble à une transgression aux yeux des passants. Louer un bain en métayage serait permis, mais comme un bain s'exploite habituellement avec un employé, les gens croiraient à un travail Shabbat pour le Juif. Pour la pratique, consulte ton Rav.
Un four est-il comme un bain, un moulin comme un champ ?
Oui — c'est la règle du Rama : le four suit le bain (interdit, coutume du journalier), le moulin suit le champ (permis, coutume du forfait/métayage). La coutume du métier décide. Pour ton cas, consulte ton Rav.
Étudier le Siman 243 en profondeur
Quatre niveaux, du débutant au talmid hakham — texte hébreu, traduction, pilpoul et la chitah de l'Admour HaZaken.