דעת DAAT
← Siman קכ״ג Accueil ♥ Soutenir
Accueil Yoreh De'ah · Stam yénam et yayin nessekh — quel vin est interdit, et pourquoi Siman קכ״ג Niveau 3 — Synthèse / Révision
✦ ❖ ✦ D A A T · N I V E A U 3 — S Y N T H È S E / R É V I S I O N ✦ ❖ ✦

Siman 123 — Stam yénam et yayin nessekh — quel vin est interdit, et pourquoi

כמה דינין מיין נסך — סתם יינם ואיזה יין נאסר

Les deux interdits du vin et leur portée : l'איסור הנאה et la brèche ouverte par le Rama, ce qui compte comme “vin”, le seuil de la המשכה, les sous-produits de la cuve, le foulage et la force du non-Juif
Révision structurée, tableaux de psak, mémorisation rapide


Source : Shulchan Aroukh, Yoreh De'ah קכ״ג — 26 seifim
Nossei kelim : ש״ך (Shach, 51 ס״ק) · ט״ז (Taz, 18 ס״ק) · בית יוסף · דרכי משה · פתחי תשובה
Compilation : הרב יוסף חיים סממה · DAAT
Pour les étudiants ayant maîtrisé les Niveaux 1 et 2
daattorah.com

📑 Plan de la synthèse

  1. L'axiome : deux interdits sous un seul nom — יין נסך et סתם יינם
  2. Les 3 questions-réflexes : est-ce du vin · est-ce déjà du vin · qu'a-t-il fait
  3. Tableau-maître A — l'איסור הנאה et la brèche du Rama (seifim 1-2, 24)
  4. Tableau-maître B — quel liquide compte comme “vin” (seifim 3 à 8)
  5. Tableau-maître C — le seuil de la המשכה : quand le moût devient du vin (seifim 17 à 20)
  6. Les sous-produits de la cuve : חרצנים, זגים, שמרים, תמד, חרסים (seifim 9 à 16)
  7. Fouler avec lui — le contact, la force, le pied (seifim 21-22)
  8. Les quatre cas de la fin du siman (seifim 23 à 26)
  9. Les 7 règles d'or
  10. Mnémonique — le mot יין
  11. Les 6 pièges classiques
  12. Huit cas pratiques
  13. Récap des 26 seifim — une ligne chacun
  14. Carte-éclair finale

1. L'axiome : deux interdits sous un seul nom

Le point de départ :

Le titre même du siman annonce un pluriel — כמה דינין מיין נסך, “plusieurs lois tirées du yayin nessekh”. C'est qu'il y a ici deux interdits superposés, que tout le siman passe son temps à distinguer.

D'un côté le יין נסך au sens strict : le vin réellement versé en libation devant une idole. Interdit à la consommation et au profit, et cet interdit-là ne vient pas des Sages.

De l'autre le סתם יינם : le vin ordinaire d'un non-Juif, dont on ne sait rien, et notre propre vin qu'un non-Juif a touché. C'est le sujet réel du siman, et le seif 1 le pose d'un trait : « סתם יינם של עממים עובדי כוכבים אסור בהנאה וה״ה למגעם ביין שלנו » (שו״ע יו״ד קכ״ג:א).
La distinctionCe qui l'interditPortée de l'interdit
יין נסך — vin versé en libationInterdit de la Tora, au titre de l'idolâtrieBoisson et profit, sans discussion
סתם יינם — leur vin ordinaireDécret des Sages, pour deux motifsBoisson toujours ; profit selon le Mehaber, débattu par le Rama
Les deux motifs du décretLa crainte du vin qui a servi de libation, et la גזרת בנותיהןrésumé — un interdit rabbinique, à cause du vin versé en libation qui est interdit de la Tora, et aussi à cause de la גזרת בנותיהן (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק א)
Notre vin touché par luiMême statut que leur vin« וה״ה למגעם ביין שלנו » (שו״ע יו״ד קכ״ג:א)
💡 Le repère : chaque fois qu'un seif de ce siman a l'air de dire deux choses opposées, demande-toi lequel des deux interdits est en jeu — et, à l'intérieur du second, s'il s'agit de la boisson ou du profit. Presque toutes les difficultés de lecture du siman viennent de là.

⚖ La brèche du Rama, et ce qu'elle ne permet pas

Le Rama, sur ce même seif 1, rapporte que de son temps la libation aux idoles n'est plus chose courante — et il en tire deux conséquences : « י״א דמגע עובד כוכבים ביין שלנו אינו אסור בהנאה רק בשתייה », et de même « וכן סתם יין שלהם אינו אסור ליהנות ממנו » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

Mais lis la suite avec soin : l'allègement porte sur le profit, jamais sur la boisson, et il est calibré sur la perte. Le Rama permet de recouvrer une créance sur un non-Juif en prenant son vin, « מפני דהוי כמציל מידם », et il étend cela aux autres cas de perte — celui qui a transgressé et acheté, ou vendu. En revanche, acheter ou vendre לכתחלה pour en tirer un gain reste interdit ; certains allègent même là, et le Rama conclut : « ויש מקילין גם בזה וטוב להחמיר » (רמ״א יו״ד קכ״ג:א).

2. Les 3 questions-réflexes

■ 1. EST-CE DU VIN ? — la substance. Le vin cuit, le vin où l'on a mis du miel ou du poivre au point d'en changer le goût, le vin noyé dans un plat, le vinaigre qui bouillonne, le vin figé : tous sortent de la catégorie et le contact du non-Juif ne les atteint plus. Le jus de raisin vert et le vin coupé d'eau, eux, y restent (seifim 3 à 8).
↓ si la substance est bien du vin, l'est-elle déjà ?
■ 2. EST-CE DÉJÀ DU VIN ? — le seuil de la המשכה. Dans la cuve, le raisin foulé n'est pas encore juridiquement du vin : il le devient au moment où le liquide clair se sépare des peaux et se met à couler. Avant ce seuil, rien ne s'interdit ; après, tout ce qui est dans la cuve peut tomber d'un coup (seifim 17 à 20).
↓ si c'est bien du vin, qu'a fait le non-Juif exactement ?
■ 3. QU'A-T-IL FAIT ? — et que reste-t-il de permis ? Trois gestes, trois régimes : le contact de la main (מגע), la force qui met le vin en mouvement sans le toucher (כח), le foulage au pied. Le siman les échelonne, et la réponse ne se donne jamais en un mot : elle se donne en deux — interdit à la boisson, et interdit ou non au profit (seifim 21-22).

3. Tableau-maître A — l'איסור הנאה et la brèche du Rama

Base : les seifim 1 et 2 du Mehaber avec la glose du Rama, et le seif 24 qui en tire la conséquence la plus large. Ce tableau répond à une seule question : que peut-on faire de ce vin, à défaut de le boire ?

SituationBoissonProfit (הנאה)Source
Leur vin ordinaire — סתם יינם, selon le MehaberInterditInterditשו״ע יו״ד קכ״ג:א
Notre vin touché par un non-Juif, selon le MehaberInterditInterdit — « וה״ה למגעם ביין שלנו »שו״ע יו״ד קכ״ג:א
Les deux mêmes cas, selon l'avis rapporté par le Rama pour notre tempsInterditPermisרמ״א יו״ד קכ״ג:א
Recouvrer sa créance sur un non-Juif en prenant son vinInterditPermis — c'est comme sauver son bien de leur mainרמ״א יו״ד קכ״ג:א
Il a transgressé et l'a acheté, ou vendu — donc il y a perteInterditPermis, comme tout autre cas de perteרמ״א יו״ד קכ״ג:א
En acheter ou en vendre לכתחלה pour en tirer un gainInterditInterdit — certains allègent, « וטוב להחמיר »רמ״א יו״ד קכ״ג:א ; renvoi au siman 132
Faire un bain de leur vin pour un malade sans danger de mortInterdit — « אסור לעשות מרחץ מסתם יינם לחולה שאין בו סכנה »שו״ע יו״ד קכ״ג:ב ; renvoi à la fin du siman 155
L'eau-de-vie tirée de leur vinInterditInterdit comme le vin lui-même, bien qu'elle n'en soit que la vapeurשו״ע ורמ״א יו״ד קכ״ג:כ״ד
⚠ Ne pas surinterpréter le Rama. Le Taz, en ouvrant le siman, montre bien l'articulation des deux motifs : résumé — c'est à cause de leurs filles qu'on l'a interdit à la boisson, et à cause du yayin nessekh qu'on l'a interdit même au profit ; et selon ce second motif il y a place à un allègement aujourd'hui, puisque le vrai yayin nessekh n'est plus courant parmi nous (ט״ז יו״ד קכ״ג ס״ק א). Le motif de la boisson, lui, n'a pas bougé d'un pouce : aucune ligne de ce siman ne permet de boire leur vin.

4. Tableau-maître B — quel liquide compte comme “vin”

Base : les seifim 3 à 8. C'est le cœur pratique du siman, et la question s'y pose toujours de la même façon : le contact du non-Juif rencontre-t-il encore du vin ?

Le liquideLe contact l'interdit-il ?La raison, ou la précisionSource
Vin cuit à nous — יין מבושלNon — « יין מבושל שלנו שנגע בו העובד כוכבים מותר »Et à partir de quand est-il dit cuit ? « ומאימתי נקרא מבושל משהרתיח על גבי האש » — le Chakh précise qu'il faut que sa mesure diminue par l'ébullition, ainsi qu'ont écrit le Rachba et le Ran (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק ז)שו״ע יו״ד קכ״ג:ג
Vin au miel et au poivre dont le goût a changéNon — « אם נשתנה טעמו מחמתם אינו נאסר במגע עובד כוכבים »Le Rama ajoute qu'il en va de même avec le miel seul ou le poivre seul ; le Chakh étend la règle à toute chose qui change le goût du vin (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק ח)שו״ע ורמ״א יו״ד קכ״ג:ד
Un plat cuisiné où il y a du vinNon, même avant l'ébullition — « תבשיל שיש בו יין ונגע בו העובד כוכבים אפי׳ קודם שהרתיח אין בו משום יין נסך »Mais le Rama borne : « ודוקא תבשיל שאין היין ניכר בו בעין » — dans une graisse ou une moutarde où le vin surnage visiblement, l'interdit joueשו״ע ורמ״א יו״ד קכ״ג:ה
Vin figé — יין שנקרשNon — « ויין שנקרש אין בו משום מגע עובד כוכבים »Et à plus forte raison s'il a touché un tesson imprégné de vin. Le Chakh, lui, hésite à s'appuyer là-dessus une fois le vin refondu (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק י״ב)רמ״א יו״ד קכ״ג:ה
Vinaigre qui bouillonne quand on le jette à terreNon — « חומץ שמבעבע כשמשליכין אותו על הארץ אינו נאסר במגע עובד כוכבים »Le bouillonnement est le test, et le Chakh explique pourquoi : résumé — tant qu'il ne bouillonne pas, nous ne sommes pas experts pour dire si c'est du vinaigre ou non (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק י״ג)שו״ע יו״ד קכ״ג:ו
Un tonneau trouvé aigre au point de bouillonnerNon, rétroactivement« ותוך שלשה ימים למפרע נגע בו העובד כוכבים אין לחוש למגעו » — trois jours plus tôt il était déjà pleinement vinaigreשו״ע יו״ד קכ״ג:ז
Jus de raisin vert — מי הבוסרOui — « מי הבוסר נאסרים במגע עובד כוכבים »Parce que nous ne sommes pas experts pour dire à partir de quand cela s'appelle בוסר (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק ט״ו ; ט״ז יו״ד קכ״ג ס״ק ה)שו״ע יו״ד קכ״ג:ח
Vin coupé d'eau — יין מזוגOui, tant qu'il garde un goût de vin« יין מזוג כל זמן שיש בו טעם יין אסור » ; certains permettent à six parts d'eau, comme il est expliqué au siman 134רמ״א יו״ד קכ״ג:ח
💡 Le fil commun : deux mécanismes se partagent ce tableau, et il vaut la peine de les nommer. Le premier est l'identité : le liquide a cessé d'être du vin — il est cuit, il est vinaigre, il est figé. Le second est la couverture : le vin est encore du vin, mais il est noyé dans autre chose et n'est plus ניכר בעין. Le premier vaut définitivement ; le second tombe dès que le vin redevient visible, et c'est très exactement la limite que le Rama pose au seif 5.

5. Tableau-maître C — le seuil de la המשכה

Base : les seifim 17 à 20, les plus techniques du siman. Tant que le raisin foulé n'a pas franchi ce seuil, il n'y a rien à interdire — et une fois franchi, tout ce qui se trouve dans la cuve suit.

Le gesteY a-t-il המשכה ?La conséquenceSource
Le vin s'écoule de lui-même sur la pente de la cuve, dégagé des peauxOui — « מאימתי נקרא יין ליאסר במגע עובד כוכבי׳ משהתחיל לימשך »Toute la cuve devient interdite, « ונאסר כל מה שבגת אפי׳ לא נגע אלא בחרצנים ובזגים אם יש בהם טופח על מנת להטפיח »שו״ע יו״ד קכ״ג:י״ז
Le vin n'a pas été séparé des peaux jusqu'au fond de la cuveNonPas de המשכה, donc pas encore de statut de vin ; le Chakh précise que dégager seulement le dessus ne suffit pas (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק ל״ג)שו״ע יו״ד קכ״ג:י״ז
Il remplit un verre à la cuve en visant à l'écarter des peauxOuiL'intention de séparer suffit à faire une המשכהשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ח
Il pose un panier dans la cuve ou dans le baquet fouléOui — « וכן אם נתן סל לתוך הגת או גיגית דרוכה נקרא המשכה »Le vin clair entre dans le panier et s'y sépare des peauxשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ח
Il prélève les peaux avec le vinNon — « אבל אם לקח החרצנים עם היין לא הוי המשכה »Et même si c'est un non-Juif qui les a pris ensemble, il est permis de rendre le resteשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ח
Un baquet de raisins foulés se tient chez le non-JuifPrésomption défavorable« גיגית מלאה ענבים דרוכים עומדת בבית העובד כוכבים יש לאסור שמא המשיך ממנה »שו״ע יו״ד קכ״ג:י״ט
Cuve close et pleine, d'où le vin et les peaux descendent ensemble dans un panierPas dans la cuve« אין על מה שבגת תורת יין אלא על מה שבסל בלבד » — seul le panier a statut de vin ; s'il y touche, le panier est interditשו״ע יו״ד קכ״ג:כ׳
On reverse ce panier interdit dans la cuveLa cuve tombePar mélange — sauf s'il y a soixante dans les peaux et les rafles contre le vin tombé du panierשו״ע יו״ד קכ״ג:כ׳ ; ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק מ״א
Le seuil en une phrase : la המשכה n'est pas un écoulement, c'est une séparation. Ce n'est pas que le liquide bouge — c'est que le vin clair cesse d'être mêlé aux peaux. Voilà pourquoi le verre puisé avec intention en fait une, pourquoi le panier posé en fait une, et pourquoi la poignée de peaux prise avec son vin n'en fait pas.

6. Les sous-produits de la cuve

Base : les seifim 9 à 16. Une fois le vin fait, il reste dans la cuve les peaux et les pépins (חרצנים), les rafles (זגים), la lie (שמרים) — et l'on en tire, en y remettant de l'eau, une piquette (תמד). Le siman leur consacre huit seifim, et le principe commun est simple : ces résidus valent ce que vaut le vin qu'ils portent encore.

Le résiduLe statutLa condition qui décideSource
Eau versée sur nos peaux foulées au pied, sans pressoir à roue ni poutreInterdit au premier et au second passageEt cela même s'il n'a pas retrouvé le volume d'eau verséשו״ע יו״ד קכ״ג:ט
Les mêmes, mais pressées à la rouePas de yayin nessekhSauf s'il a versé trois mesures d'eau et en a retrouvé quatreשו״ע יו״ד קכ״ג:ט
Toute piquette agréable à boireUn avis l'interdit en tout état de cause« ויש מי שאומר שאין להתיר מגע עובד כוכבים בשום תמד » — « כל שהוא משובח לשתייה משום דמחליף ביין גמור »שו״ע יו״ד קכ״ג:ט
Sortir les peaux et les rafles des cuvesÀ éviter par leur intermédiaire« יש להזהר מלהוציא החרצנים והזגים מהגתות על ידי עובדי כוכבים או כנענים » — et cela même après le premier et le second vinשו״ע יו״ד קכ״ג:י
Notre lie, mise en piquette, dont il n'a retrouvé que la mesurePremier passage interdit s'il y a touché ; second passage permisLe Taz relève que cette distinction ne s'accorde pas avec l'avis rapporté au seif 9 (ט״ז יו״ד קכ״ג ס״ק ז)שו״ע יו״ד קכ״ג:י״א
Leur lieToujours interdite« אבל שמרים של עובדי כוכבים לעולם אסורים אפילו לא מצא אלא כדי מדתן »שו״ע יו״ד קכ״ג:י״א
Tonneau vidé de sa lie et rincé à l'eauPlus aucune crainte de contactParce que le vin est annulé dans l'eau du rinçageשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ב
Tessons gorgés de leur vin, qui le rendent à l'eauInterdits au profit« חרסים שבלעו יין של עובד כוכבים הרבה עד שכששורין אותם במים פולטים יינם אסורים בהנאה » — le Chakh en tire qu'on ne peut même pas y caler un pied de lit (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק כ״ה)שו״ע יו״ד קכ״ג:י״ג
Leurs peaux, rafles et lieInterdites au profit douze mois« תוך י״ב חדש אסורים בהנאה ולאחר י״ב חדש מותרים אפילו באכילה » — mais seulement s'il les a d'abord mises en piquette ; sinon interdites à jamais, même séchées au fourשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ד
Des peaux écumées de la cuve avant la המשכהJamais interditesLe Rama le déduit du seuil du seif 17 ; de même pour ceux qui foulent le raisin dans un tonneau, même si le vin surnageרמ״א יו״ד קכ״ג:י״ד
Pâte levée avec leur lie pendant les douze moisToute la pâte est interdite au profit« המחמיץ בשמרי יין של עובדי כוכבים תוך זמן איסורם כל העיסה אסורה בהנאה » — le Chakh : même dans mille, cela ne s'annule pas, puisque c'est pour son goût qu'on l'a mis (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק כ״ח)שו״ע יו״ד קכ״ג:ט״ו
Le dépôt de vin durci sur la paroi des fûtsL'usage permet, sans le gratter« שכיון שנתייבש כל כך כבר כלה כל לחלוחית יין שבו וכעפר בעלמא הוא » — le Taz veut néanmoins qu'on lave bien et qu'on gratte לכתחלה (ט״ז יו״ד קכ״ג ס״ק ט)שו״ע יו״ד קכ״ג:ט״ז

7. Fouler avec lui — le contact, la force, le pied

Base : les seifim 21 et 22, où le siman quitte la substance pour le geste. Trois gestes différents produisent trois résultats différents, et c'est ici que la distinction boisson / profit devient opératoire.

■ מגע — la main. Le contact direct de la main du non-Juif dans le vin. C'est le cas principal du seif 1 : interdit à la boisson, et interdit au profit selon le Mehaber. Le détail du contact fait l'objet du siman 124 tout entier.
↓ un cran plus bas
■ כח — la force. Il ne touche pas le vin, mais son mouvement le met en mouvement. Le Rama, au seif 21 : « ואם דרך כל מה שנמשך מכחו ויצא לחוץ נאסר » — et il renvoie expressément au siman 124. Le Chakh ajoute que ce qui reste dans la cuve n'est pas atteint, et que cette interdiction ne porte que sur la boisson (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק מ״ד-מ״ה).
↓ un cran plus bas encore
■ דריכה — le pied seul. Le seif 22 est le cas-limite du siman : « עובד כוכבים שדרך היין ולא נגע בו והרי ישראל עומד על גבו וישראל הוא שכנסו בחבית הרי זה אסור בשתייה ». Trois protections cumulées — il n'a pas touché, un Juif surveillait, un Juif a encaissé le vin — et il reste malgré tout interdit à la boisson. Mais seulement à la boisson.

⚖ Pourquoi on ne foule pas avec lui

Le seif 21 pose la règle : « אין דורכין עם העובד כוכבים בגת… שמא יגע בידים וינסך ואפילו היה כפות » (שו״ע יו״ד קכ״ג:כ״א). Même ligoté, on ne foule pas avec lui.

Le Rama en délimite ensuite la portée avec une précision qu'il ne faut pas manquer : la règle vise le baquet ou la cuve d'où l'on a coutume de tirer le vin, et l'on y décrète l'avant-המשכה à cause de l'après-המשכה ; mais dans une auge d'où l'on n'a pas coutume de tirer, « אבל בעריבה שאין דרך למשוך משם מותר לדרוך עמו », et il est de même permis de lui acheter du raisin foulé dans une auge.

Le Taz, lui, ne s'en tient pas là : résumé — j'ai entendu de nombreux sages et hommes pieux qui ont décrété de ne prendre d'un non-Juif aucun raisin foulé, dans quelque récipient que ce soit, et ils ont tranché ainsi en pratique ; il est juste de se conduire de la sorte partout où c'est possible (ט״ז יו״ד קכ״ג ס״ק ט״ז).

8. Les quatre cas de la fin du siman

SeifLe casLe psak
23Un tonneau de yayin nessekh posé au milieu de tonneaux cachères« אם חבית של יין נסך מונחת עם חביות כשירות צריך לעשות לה היכר » — il faut lui faire un signe distinctif, pour qu'on ne s'y trompe pas
24L'eau-de-vie tirée de leur vin — אגוא״ה ארדיינט״יInterdite au profit comme le vin lui-même. Le Rama explique le mot : « יין שרוף שעושין מיין נסך אע״פ שאינו רק זיעה מן הנסך הרי הוא כאיסור עצמו », d'après le Rivach
25Les dragées de coriandre achetées à un non-Juif« מותר ליקח מהעובד כוכבים קוליינדר״י קונפיט״י אע״פ שנותנין הקוליינדר״י בחומץ » — parce que c'est un goût qui gâte ; renvoi à la fin du siman 134
26Le miel des IsmaélitesInterdit — le Chakh explique qu'il s'agit d'un vin cuit jusqu'à s'épaissir en une sorte de miel, et il conclut que, malgré une raison d'alléger, il l'interdit en pratique (ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק מ״ט-נ׳)
💡 La dernière ligne du siman n'est pas une loi, c'est une réparation. Le Rama clôt les vingt-six seifim par une téchouva du Roch : « מי ששתה יין נסך בשוגג י״א שיתענה ה׳ ימים נגד ה׳ פעמים גפן שבחומש » (רמ״א יו״ד קכ״ג:כ״ו). Cinq jeûnes, pour les cinq occurrences du mot גפן dans le Houmach — le siman qui s'ouvrait sur un interdit de profit se ferme sur un chemin de retour.

9. Les 7 règles d'or

⚖ Ce qu'il faut savoir par cœur

  1. Deux interdits, pas un. Le יין נסך versé en libation et le סתם יינם ne relèvent ni du même niveau ni de la même discussion. Ce qui s'allège chez le Rama, c'est le second, et seulement au profit.
  2. La boisson ne bouge jamais. Aucun des vingt-six seifim ne permet de boire leur vin, ni notre vin qu'ils ont touché.
  3. Un liquide qui a cessé d'être du vin ne se rattrape pas. Cuit, vinaigré, figé, transformé par le miel ou le poivre : le contact ne l'atteint plus.
  4. Un vin caché reste du vin. Le plat qui contient du vin est permis tant que le vin n'y est pas ניכר בעין — dès qu'il surnage, il redevient saisissable.
  5. Avant la המשכה, rien. Le raisin foulé n'est pas juridiquement du vin tant que le liquide clair ne s'est pas séparé des peaux jusqu'au fond de la cuve.
  6. Les résidus valent le vin qu'ils portent. Peaux, rafles et lie sont interdits au profit douze mois, à condition d'avoir été mis en piquette d'abord ; sinon, l'interdit ne s'éteint pas.
  7. Trois gestes, trois régimes. La main interdit le plus, la force interdit la boisson de ce qui est sorti, le pied seul interdit encore la boisson. Aucun ne se traite comme les autres.

10. Mnémonique — le mot יין

Le mot même du siman porte ses trois questions, dans l'ordre où il faut les poser.

ייֵשׁ כָּאן יַיִן? Y a-t-il ici du vin ? Cuit, vinaigré, figé, changé de goût, noyé dans un plat : la substance est-elle encore du vin ? (seifim 3 à 8, 16)

ייַד מִי נָגְעָה? Quelle main y a touché, et comment ? Main, force, pied — et le seuil de la המשכה décide s'il y avait quelque chose à toucher. (seifim 17 à 22)

ןנִשְׁאַר מַה? Que reste-t-il de permis ? La réponse se donne toujours en deux temps : la boisson, puis le profit. (seifim 1-2, 13 à 15, 24)

11. Les 6 pièges classiques

  1. Confondre les deux interdits. Dire “yayin nessekh” pour le vin d'un non-Juif que personne n'a versé devant une idole est une facilité de langage qui fait perdre tout le siman. Le seif 1 dit סתם יינם, et c'est autre chose.
  2. Lire le Rama comme une permission de commerce. Il permet de recouvrer une créance et couvre celui qui a déjà acheté ou vendu ; acheter ou vendre לכתחלה pour gagner reste interdit, et le Rama conclut lui-même qu'il est bon d'être rigoureux.
  3. Croire que “cuit” veut dire chaud. Le seif 3 dit משהרתיח על גבי האש, et le Chakh exige que l'ébullition ait fait diminuer la mesure. Un vin simplement tiédi n'est pas מבושל.
  4. Appliquer la המשכה à une cuve close et pleine. Le seif 20 pose l'inverse : dans une cuve close et pleine, il n'y a pas de המשכה, et le statut de vin ne pèse que sur le panier placé devant.
  5. Croire que sans contact il n'y a rien. Le seif 22 aligne trois protections — pas de contact, un Juif présent, un Juif qui encaisse le vin — et conclut quand même à l'interdit de boire.
  6. Transposer le vinaigre à un vin seulement aigri. Le test est le bouillonnement quand on le jette à terre ; en dessous, dit le Chakh, nous ne savons pas dire si c'est du vinaigre, et le régime du vin continue de s'appliquer.

12. Huit cas pratiques

La questionLa réponse du simanSeif
Un non-Juif a porté la bouteille de vin ouverte jusqu'à la table.Le vin est interdit à la boisson ; quant au profit, le Mehaber l'interdit et le Rama rapporte l'avis qui l'autorise aujourd'hui. Le détail du contact appartient au siman 124.1
Le même geste, mais le vin était cuit.Permis — et le Chakh ajoute qu'on peut même le boire avec eux.3
Une sauce au vin qu'un non-Juif a remuée.Permise, même avant l'ébullition, tant que le vin n'y est pas visible en substance ; s'il surnage, l'interdit joue.5
Un débiteur non-Juif ne peut payer qu'en vin.Le Rama permet de le prendre en paiement : c'est comme sauver son bien de leur main.1
Un malade sans danger de mort à qui l'on veut donner un bain de vin.Interdit — le seif 2 le dit expressément, et renvoie à la fin du siman 155.2
Un ouvrier non-Juif propose de sortir les peaux de la cuve.À éviter, même après le premier et le second vin.10
Fouler la vendange avec un ouvrier non-Juif.Interdit dans une cuve ou un baquet ; le Rama permet dans une auge, mais le Taz rapporte des sages qui l'ont interdit partout en pratique.21
Une eau-de-vie distillée à partir de leur vin.Interdite au profit comme le vin lui-même : la vapeur suit l'interdit dont elle sort.24

13. Récap des 26 seifim — une ligne chacun

SeifCe qu'il enseigne
1Leur vin ordinaire est interdit au profit, et de même leur contact avec le nôtre ; le Rama allège le profit pour notre temps, permet le recouvrement d'une créance et couvre la perte, mais non le commerce voulu.
2On ne fait pas de bain de leur vin pour un malade qui n'est pas en danger.
3Notre vin cuit touché par eux est permis ; il est dit cuit dès qu'il a bouilli sur le feu.
4Le vin où l'on a mis du miel et du poivre, si le goût en est changé, échappe au contact.
5Un plat contenant du vin échappe au contact même avant l'ébullition ; le Rama borne la règle au vin qui n'est pas visible en substance, et ajoute le vin figé.
6Le vinaigre qui bouillonne quand on le jette à terre n'est pas atteint par le contact.
7Un tonneau trouvé aigre à ce point n'a rien à craindre des contacts des trois jours précédents.
8Le jus de raisin vert reste atteint ; le vin coupé d'eau aussi, tant qu'il garde son goût.
9L'eau versée sur nos peaux foulées au pied est interdite aux deux premiers passages ; pressées à la roue, la mesure décide — et un avis n'allège dans aucune piquette buvable.
10Ne pas leur faire sortir les peaux et les rafles des cuves, même après le second vin.
11Notre lie mise en piquette : premier passage interdit, second permis ; la leur est toujours interdite. Le vin de raisins secs est du vin.
12Un tonneau vidé de sa lie et rincé ne craint plus aucun contact : le vin est annulé dans l'eau.
13Les tessons gorgés de leur vin, qui le rendent à l'eau, sont interdits au profit.
14Leurs peaux, rafles et lie sont interdites au profit douze mois puis permises — à condition d'avoir été mises en piquette d'abord ; le Rama exclut ce qui a été écumé avant la המשכה.
15Une pâte levée avec leur lie pendant ces douze mois est entièrement interdite au profit.
16Le dépôt durci sur la paroi des fûts est traité comme de la poussière, et l'usage ne le gratte pas.
17Le moût devient du vin à la המשכה : quand le vin clair se sépare des peaux et coule jusqu'au fond de la cuve.
18Un verre puisé avec l'intention de séparer, ou un panier posé dans la cuve, font une המשכה ; prendre les peaux avec le vin n'en fait pas.
19Un baquet de raisins foulés chez eux est interdit, de crainte qu'ils n'en aient tiré du vin.
20Dans une cuve close et pleine, seul le panier placé devant a statut de vin ; reversé dans la cuve, il l'entraîne, sauf soixante contre lui.
21On ne foule pas avec eux, même ligotés ; ce qui sort par leur force est interdit ; le Rama permet l'auge, d'où l'on n'a pas coutume de tirer.
22Un non-Juif qui a foulé sans toucher, sous les yeux d'un Juif qui a encaissé le vin, le rend interdit à la boisson.
23Un tonneau interdit rangé parmi des tonneaux cachères doit porter un signe distinctif.
24L'eau-de-vie tirée de leur vin est interdite au profit comme le vin, bien qu'elle n'en soit que la vapeur.
25Les dragées de coriandre leur sont achetables, malgré le vinaigre où l'on trempe la graine.
26Le miel des Ismaélites est interdit ; le Rama ajoute la téchouva du Roch pour qui a bu de leur vin par mégarde.

14. Carte-éclair finale

Question éclairRéponseSource
Leur vin ordinaire, en une phrase ?Interdit à la boisson, et au profit selon le Mehaberשו״ע יו״ד קכ״ג:א
Ce que le Rama allège ?Le profit seulement, et sur le terrain de la perteרמ״א יו״ד קכ״ג:א
À partir de quand un vin est-il “cuit” ?Dès qu'il a bouilli sur le feu — le Chakh veut que la mesure diminueשו״ע יו״ד קכ״ג:ג ; ש״ך יו״ד קכ״ג ס״ק ז
Le test du vinaigre ?Il bouillonne quand on le jette à terreשו״ע יו״ד קכ״ג:ו
Le seuil de la המשכה ?La séparation du vin clair d'avec les peaux, jusqu'au fond de la cuveשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ז
Combien de temps leurs résidus sont-ils interdits ?Douze mois, s'ils ont d'abord été mis en piquetteשו״ע יו״ד קכ״ג:י״ד
Foulé par lui, sans contact, sous surveillance ?Interdit à la boisson — mais à la boisson seulementשו״ע יו״ד קכ״ג:כ״ב
Leur eau-de-vie ?Comme le vin dont elle est tiréeשו״ע ורמ״א יו״ד קכ״ג:כ״ד

⚖ Le réflexe en 3 questions

  1. Est-ce du vin ? Cuit, vinaigré, figé, transformé, noyé sans être visible : le contact ne mord plus.
  2. Est-ce déjà du vin ? Dans la cuve, tout se joue au seuil de la המשכה — avant, il n'y a rien à interdire.
  3. Qu'a-t-il fait, et que reste-t-il ? Main, force ou pied ; puis réponds en deux temps, la boisson d'abord, le profit ensuite.
Pour la halakha lema'asseh, consulte ton Rav.

🎓 Récapitulatif du parcours d'étude

NiveauContenuAcquis
🌱 Niveau 1 — Base Texte des 26 seifim, traduction, explication pas à pas Compréhension globale
Niveau 2 — Lamdan Le gueder du סתם יינם, les deux motifs du décret, le seuil de la המשכה et l'échelle מגע · כח · דריכה Étude approfondie
Niveau 3 — Synthèse Trois tableaux-maîtres, règles d'or, mnémonique, pièges, récap des 26 seifim Maîtrise pratique + révision
📜 Niveau 4 — Halakha lema'asse La psika pratique selon le ש״ך, le ט״ז, les פתחי תשובה et les poskim Application contemporaine
💡 Prochaines étapes suggérées :
📖 Sources de ce siman sur Sefaria :
~ ~ ~ ~ ~
DAAT · הרב יוסף חיים סממה
תלמיד חכם · מעביר שיעורים בהלכה ובחסידות
סימן קכ״ג · Niveau 3 — Synthèse / Révision · כמה דינין מיין נסך
daattorah.com

DAAT דעת — © 5786 / 2026 · Retour à l'accueil · Siman קכ״ג · ♥ Soutenir

📖Rejoindre la khavroutha